PROPRIÉTÉS DU SYSTÈME MUQUEUX
§ Ier. Propriétés de tissu.
L’extensibilité et la contractilité sont beaucoup moins réelles dans ce système qu’elles ne le paraissent au premier coup d’œil, à cause des replis nombreux qu’il présente dans les organes creux pendant leur contraction, replis qui ne font que se développer pendant l’extension , comme nous l’avons vu. Cependant ces deux propriétés deviennent très-apparentes en certains cas. Les excréteurs sont susceptibles de prendre une ampliation bien supérieure à celle qui leur est naturelle : les uretères en particulier offrent ce phénomène ; on les trouve quelquefois du volume d’un intesiin. Le cholédoque, le pancréatique, offrent aussi souvent ces dilatations. L’urètre et les conduits salivaires paraissent moins extensibles que les autres. Pour peu qu’ils éprouvent des obstacles par des brides, des rétrécissemens, etc., ils se rompent plutôt que de se distendre, et de là les diverses fistules urinaires et salivaires.
D’après cela, il y a, comme on le voit, plusieurs variétés dans les degrés d’extensibilité du système
MUQUEUX. 7 î
muqueux. Il en est de même de la contractilité de tissu. Du reste, ces deux propriétés sont susceptibles d’y être mises rapidement en jeu. On sait que l’estomac, les intestins, la vessie, etc., passent dans un moment d’une grande amplitude à un grand resserrement. Leurs fonctions supposent même cette rapidité, sans laquelle elles ne pourraient s’exercer. La membrane palatine, qui recouvre les joues, offre le même phénomène quand la bouche se remplit d’air, d’alimens, etc., qui en sont ensuite expulsés.
Lorsque les conduits muqueux cessent d’être parcourus par les fluides qui leur sont habituels, ils restent dans une contraction permanente : c’est ce qui arrive aux intestins au-dessous d’un anus contre nature. J’ai vu, dans ce cas, le cæcum et le rectum réduits au volume d’une très-grosse plume. Cependant il n’y a jamais alors oblitération de leurs parois, à cause de la présence des sucs muqueux, dont le malade rend toujours une certaine quantité. L’urètre, à la suite des opérations de taille où les urines sont long- temps à passer par la plaie, et dans les grandes fistules au périnée ou au-dessus du pubis, les conduits salivaires dans les plaies qui les intéressent, et qui donnent issue à toute la salive, le canal nasal dans les fistules lacrymales, se resserrent aussi plus ou moins, mais ne s’oblitèrent jamais. On sait que le conduit déférent est souvent très-long-temps sans être parcouru par la semence, et qu’il reste cependant libre. Ce phénomène distingue les conduits muqueux des artériels, qui, dès que le cours du sang y est interrompu, se
changent en des ligamens où toute espèce de canal disparaît. On ne doit pas perdre de vue ce phénomène générai à tout conduit muqueux; il infirme la pratique de ceux qui, croyant au bout d’un certain temps à l’impossibilité de rétablir, dans les fistules, les voies naturelles, regardent comme nécessaire d’en pratiquer d’artificielles.
Non-seulement les tubes muqueux ne s’oblitèrent point lorsqu’ils sont vides , mais même, étant enflammés, ils ne contractent jamais d’adhérence dans leurs parois, comme cela arrive si souvent dans les cavités séreuses, dans le tissu cellulaire, etc. Remarquez combien ce fait est avantageux aux grandes fonctions de la vie. Que seraient en effet devenues ces fonctions, si, dans les catarrhes des intestins, de la vessie, de l’estomac, de l’oesophage, des excréteurs, etc., ces adhérences étaient aussi fréquentes qu’elles le sont dans la pleurésie, la péritonite, la péricardite , etc. (i)?
(i) Sans doute les membranes muqueuses adhèrent difficilement à elles-mêmes, mais cependant cela arrive quelquefois, et l’on possède aujourd’hui des exemples de l’oblitération de quelques-uns des canaux tapissés par ces membranes : j’ai vu un vagin complètement oblitéré à sa partie supérieure. Au reste cette oblitération arrive à la faveur d’une inflammation longtemps prolongée des surfaces contiguës, inflammation qui amène d’abord un rétrécissement ; et plus tard, si l’art n’y met obstacle, ou si la nature elle-même ne s’y oppose en forçant quelques fluides à traverser ce point rétréci , l’oblitération finit par arriver : ainsi a-l— on observé l’oblitération de l’urètre , lorsqu’une fistule urinaire large s’était établie derrière le rétrécisement ; tandis que
ÏI. Propriétés vitales.
Peu de systèmes vivent d’une manière plus active que celui-ci ; peu présentent les forces vitales à un degré plus marqué.
Propriétés de la vie animale.
Sans cesse en rapport, comme les tégumens, avec les corps extérieurs, les surfaces muqueuses avaient besoin d’une sensibilité qui servît à l’âme à percevoir ces rapports, surtout à l’origine de ces surfaces; aussi la sensibilité animale y est-elle très- : développée. Elle y est même, en plusieurs endroits, supérieure à celle de l’organe cutané, où aucun sentiment n’est aussi vif que ceux qui naissent sur la pituitaire par les odeurs, sur la palatine par les saveurs, sur la surface du vagin, de l’urètre, du gland, à l’instant du coït, etc. Mais sans parler de ces exagérations de sensibilité , si je puis m’exprimer ainsi, tous les phénomènes naturels des surfaces muqueuses prouvent cette propriété d’une manière évidente : il est inutile de s’arrêter à ces phénomènes.
Je remarque seulement que cette sensibilité, comme celle de l’organe cutané, est essentiellement soumise à l’immense influence de l’habitude, qui,
cette oblitération n’est qu’apparente, dans tous les cas où celte fistule manque, et dans ceux où le canal accidentel est de formation récente. (F. Blandin.)
tendant sans cesse à émousser la vivacité du sentiment dont elles sont le siège, ramène également à l’indifférence la douleur et le plaisir qu’elles nous font éprouver, et dont elle est, comme on le sait, le terme moyen. i°. Je dis que l’habitude ramène à l’indifférence les sensations douloureuses nées sur les membranes muqueuses. La présence de la sonde qui pénètre l’urètre pour la première fois est cruelle le premier jour, pénible le second, incommode le troisième, insensible le quatrième. Les pessaires introduits dans le vagin, les tampons fixés dans le rectum , les tentes assujetties dans les fosses nasales, la canule placée à demeure dans le canal nasal , présentent à divers degrés les mêmes phénomènes. C’est sur cette remarque qu’est fondée la possibilité de l’introduction des sondes dans la trachée-artère pour suppléer à la respiration, et dans l’oesophage pour produire une déglutition artificielle. Cette loi de l’habitude peut même aller jusqu’à transformer en plaisir une impression d’abord pénible : l’usage du tabac pour la membrane pituitaire, de divers alimens pour la palatine, en fournissent de notables exemples, a0. Je dis que l’habitude ramène à l’indifférence les sensations agréables nées sur les surfaces muqueuses : le parfumeur placé dans une atmosphère odorante, le cuisinier dont le palais est sans cesse affecté par de délicieuses saveurs, ne trouvent pbint dans leurs professions les vives jouissances quelles préparent aux autres. De l’habitude peut même naître la succession du plaisir à de pénibles sensations, commedans le cas précédent elle ramène la peine au plaisir.
J’observe au reste que cette influence remarquable de l’habitude ne s’exerce que sur les sensations produites par le simple cor\tact, et non sur celles qui déterminent des lésions réelles, comme la déchirure, la distension forcée, la section, le pincement du système muqueux : aussi n’adoucitelle pas les douleurs causées sur la vessie par la pression et même par les déchiremens que produit la pierre; sur la surface de la matrice, des fosses nasales, etc., par un polype; sur celle de l’œsophage> de la trachée-artère, par un corps âpre et inégal qui y séjourne accidentellement, etc., etc.
C’est à ce pouvoir de l’habitude sur la sensibilité du système muqueux qu’il faut en partie rapporter la diminution graduelle de ses fonctions, qui accompagne lâge. Tout est excitant pour l’enfant, tout s’émousse chez le vieillard. Dans l’un, la sensibilité très-active des surfaces alimentaire, biliaire, urinaire, salivaire, etc., concourt principalement à produire cette rapidité avec laquelle se succèdent les phénomènes digestifs et sécrétoires; dans Vautre cette sensibilité, émoussée par l’habitude du contact, n’enchaîne qu’avec lenteur les mêmes phénomènes.
N’est-ce point de la même cause que dépend cette remarquable modification de la sensibilité de ce système, savoir, qu’à ses origines, comme sur la pituitaire, la palatine, l’oesophage, le gland, l’ouverture du rectum, etc., il nous donne la sensation des corps avec lesquels il est en contact, et qu’il ne procure point cette sensation dans les organes très-profonds qu’il tapisse, comme dans
les intestins, les excréteurs, la vésicule du fiel, etc.? Dans la profondeur des organes, ce contact est toujours uniforme : la vessie ne connaît que le contact de l’urine, la vésicule que celui de la bile, l’estomac que celui des alimens mâchés et réduits* quelle que soit leur diversité, en une pâte pulpeuse uniforme. Cette uniformité de sensation entraîne la nullité de perception, parce que pour percevoir il faut comparer, et qu’ici deux termes de comparaison manquent. Ainsi le fœtus n’a-t-il pas la sensation des eaux de l’amnios; ainsi l’air, très-irritant d’abord pour le nouveau-né, finit-il par ne pas lui être sensible. Au contraire, au commencement des membranes muqueuses , les excitans varient à chaque instant : lame peut donc en percevoir la présence, parce qu’elle peut établir des rapprochemens entre leurs divers modes d’action. Ce que je dis est si vrai, que si, dans la profondeur des organes, les membranes muqueuses sont en contact avec un corps étranger et différent de celui qui leur est habituel, elles en transmettent la sensation à lame : l’algalie dans la vessie, les sondes qu’on enfonce dans l’estomac, etc., en sont un exemple. L’air frais qui, dans une grande chaleur de l’atmosphère, est tout à coup introduit dans la trachée-artère promène sur toute la surface des bronches une agréable sensation ; mais bientôt l’habitude nous y rend insensibles, et nous cessons d’en avoir la perception. Cependant il est à observer que, lorsque les intestins sortent au dehors, dans le renversement des anus contre nature, jamais leur sensibilité ne devient aussi vive que celle
des surfaces palatine, pituitaire, etc. : l’absence des nerfs cérébraux influe sans doute sur ce phénomène.
La sensibilité du système muqueux s’exalte beaucoup dans les inflammations ; les catarrhes aigus sont très-douloureux, comme on le sait : le contact des corps est alors non-seulement ressenti, mais très-pénible. J’observe cependant que jamais alors la sensibilité ne se monte au point où elle arrive dans les systèmes cellulaire, séreux, fibreux, etc., enflammés. Un phlegmon, la pleurésie, etc., comparés à un catarrhe, suffisent pour en convaincre. On dirait que ce sont les organes les moins habitués à sentir dans l’état naturel qui, dans les maladies, éprouvent les plus vives sensations.
Il n’y a point de contractilité animale dans le ! système muqueux.
Propriétés de la vie organique.
La sensibilité organique et la contractilité inseni sible ou tonicité sont extrêmement marquées dans j le système muqueux. Elles y sont sans cesse mises en jeu par quatre causes différentes : i° par la nutrition de ce système; 2° par l’absorption qui y a lieu, soit naturellement, soit accidentellement; 3° par l’exhalation qui s’y fait; 4° par la continuelle sécrétion de ses glandes. Ces deux propriétés sont les causes primitives de toutes ces fonctions, dont l’augmentation ou la diminution sont véritablement des indices de l’état où elles se trouvent Comme mille causes agissent sans cesse sur les sur.
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faces muqueuses , comme mille excitans divers les agacent continuellement, surtout à leur origine^ cet état est sans cesse variable, ainsi que les fonctions qui en résultent.
Le système muqueux diffère donc de la plupart des autres, i° en ce que la sensibilité organique et la contractilité insensible y sont habituellement plus exaltées à cause des fonctions plus nombreuses auxquelles elles y président ; 20 en ce quelles y varient sans cesse, à cause de la variété des excitans. Remarquez, en effet, que, dans les systèmes osseux, fibreux, cartilagineux, musculaire, nerveux, etc., d’un côté ces propriétés ne sont mises en jeu que par la nutrition; d’un autre côté, aucun excitant n’étant en contact avec ces systèmes, elles restent toujours au même degré.
D’après cela il n’est pas étonnant que les maladies qui mettent spécialement en jeu la sensibilité organique et la contractilité insensible de même espèce soient aussi fréquentes dans les organes muqueux. Toutes les affections catarrhales, soit aiguës, soit chroniques, toutes les hémorrhagies, les tumeurs diverses et nombreuses, les polypes, les fongus, etc., toutes les espèces d’excoriatious, d’ulcères, etc., dont elles sont le siège, dérivent des altérations diverses dont leurs propriétés organiques sont susceptibles.
C’est aussi à ces altérations qu’il faut attribuer un phénomène remarquable, savoir, les innombrables variétés que présentent les fluides muqueux dans les maladies. Prenez pour exemple ceux que rejette la surface interne des bronches,
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fluides qu’on rend par l’expectoration, et qu’on peut mieux examiner que les autres, attendu qu’ils ne sont mêlés à aucune substance étrangère ; voyez combien, dans les affections diverses de poitrine, ils diffèrent entre eux : tantôt ils ont une teinte jaunâtre et comme bilieuse; tantôt ils sont écumeux dans le vase qui les reçoit; quelquefois ils y adhérent avec ténacité; d’autres fois ils s’en détachent sans peine. Visqueux ou coulans, fétides ou sans odeur, grisâtres, blanchâtres, verdâtres, noirâtres souvent le matin, etc., ils se présentent sous mille apparences extérieures qui y dénotent évidemment des différences de composition, différences que les chimistes ne nous ont point encore indiquées. Je ne parle pas des cas où , comme dans la phthisie, l’hémoptysie, etc., il se mêle des substances étrangères à ces sucs muqueux. Or, il est évident que toutes ces variétés dépendent uniquement des variétés de sensibilité organique des glandes bronchiques ou de la membrane sur laquelle elles versent leurs fluides. Suivant que cette propriété est diversement altérée dans le système muqueux, celui-ci est en rapport avec telles ou telles substances, admet les unes ou rejette les autres. Le même organe, les mêmes vaisseaux, peuvent donc, suivant l’état des forces qui les animent, séparer de la masse du sang une foule de substances différentes, en rejeter une aujourd’hui, l’admettre demain , etc.
Voulez-vous d’autres preuves des variétés sans nombre que les modifications diverses de la sensibilité organique des membranes muqueuses dé-
terminent dans leurs fonctions? Voyez l’urètre : dans l’état ordinaire, il laisse librement passer l’urine ; dans l’éréthisme où ses forces se trouvent lors de l’érection , sa sensibilité la repousse et n’admet que la semence. Qui ne sait que, dans une espèce d’épiphora, les voies muqueuses des larmes sontlibres, et que la seule diminution de leursforces vitales y empêche l’écoulement de ce fluide? Souvent la sensibilité des surfaces muqueuses est altérée au point que leurs glandes refusent d’admettre toute espèce de fluide ; c’est ce qui arrive dans le début de certaines péripneumonies, où les expectorations se suppriment entièrement, début toujours funeste, et même indice de la mort, si l’état de la sensibilité ne change pas, s’il ne se fait pas, comme on le dit si vaguement en médecine, une détente.
En général , je crois qu’il est peu de systèmes qui méritent plus que celui qui nous occupe de fixer l’attention du médecin , à cause des innombrables altérations dont il est susceptible, altérations qui supposent presque toujours celles des propriétés vitales dominantes dans ce système, comme les altérations des systèmes musculaire, nerveux, etc., mettent le plus souvent en jeu les propriétés qui leur appartiennent plus particulièrement, savoir, la contractilité animale pour l’un, la sensibilité de même espèce pour l’autre.
La contractilité organique sensible ne paraît pas être l’attribut du système muqueux ; cependant on y voit souvent quelque chose de plus que les oscillations insensibles qui composent l’autre contractilité organique. Par exemple, dans l’éjaculation
muqueux. Si
du sperme, où il n’y a point, comme dans l’éva- : cuation de l’urine, un agent d’impulsion à l’extré- ' mité de l’urètre, il est très-probable que celui-ci 1 se contracte spasmodiquement pour produire le ' jet souvent assez fort qui a lieu alors (i). Voici un ! phénomène que j’ai observé sur moi-même, et qui ’ me paraît tenir à la même cause : en bâillant, il “ s’échappe quelquefois de la bouche , alors grandement ouverte, un petit jet de fluide, qui, venant des parties latérales de cette cavité qu’il traverse, ] est projetté assez loin; si une surface est alors ! au-devant de la bouche, comme quand on lit un ' livre, ce jet se répand en gouttelettes sur cette ’ surface : c’est la salive , que le conduit excréteur de 1 Sténon projette avec force. Or, d’un côté, ce con- ! duit est presque tout muqueux; d’un autre côté, il n’a point à sa partie postérieure d’agent musculaire
1 d’impulsion. Peut-être les excréteurs (2) qui ver- '
(1) De véritables contractions ont certainement lieu dans la >! portion périnéale de l’urètre , sans que cela dépende de la membrane muqueuse de ce canal , membrane à laquelle toute contraction est étrangère. En effet, des fibres musculaires recouvrent quelques parties de l’urètre , et concourent à former ce canal , spécialement dans sa portion dite membraneuse ;t mais l’éjacu-
1 lation , citée ici par Bichat , est le résultat de la pression de l’u—
" rètre par les muscles relevèurs de l’anus et bulbo-caverneux , et la membrane intérieure du canal est entièrement étrangère à ce ; mouvement. ( F. Blandin. )
(2) Ce passage mérite deux observations : d’abord le liquide qui s’échappe de la bouche , par un petit jet, pendant l’action de bâiller, ne vient pas du conduit de Sténon , mais bien du conduit de Warthon ; et ensuite son expulsion ne prouve pas la con-
Anat. gén. t, ïy, 6
sent leurs fluides dans la profondeur des organes présentent-ils le même phénomène; on sait que le lait est aussi quelquefois sujet à une espèce d’éjaculation , quand il est très-abondant, éjaculation qui suppose une vive contraction des conduits lactifères. En général, ces divers mouvemens, ana- ! logues à celui du dartos, du tissu cellulaire, etc., paraissent tenir le milieu entre ceux de la tonicité et ceux de l’irritabilité.
Sympathies.
Il est peu de systèmes qui sympathisent plus fréquemment avec les autres que celui-ci. Or, dans ses sympathies, tantôt c’est lui qui influence, tantôt c’est lui qui est influencé. Tissot nomme actif le premier mode de sympathie, et le second passif : servons-nous ici de cette classification.
i°. Sympathies actives.
Un point du système muqueux étant irrité, en-
traction de la membrane muqueuse du canal d’où il sort , mais bien , au contraire , celle des muscles voisins. S’il en était autrement, ce jet salivaire devrait se faire aussi dans l’état de repos des muscles buccaux , ce qui n’a point lieu : ce phénomène arrive toujours pendant le bâillement, ou lorsque l’on ouvre grandement la bouche ; c’est-à-dire dans toutes les circonstances où le conduit de Warlhon est soumis à une forte pression de la part du muscle mylo-hyoïdien. (F. Blandin.)
flammé, agacé d’une manière quelconque, toutes 1 les forces vitales peuvent entrer isolément en action
■ dans les autres systèmes :
i Tantôt c’est la contractilité animale qui est mise en action sympathique : ainsi le diaphragme, les muscles intercostaux et les abdominaux se coni tractent-ils pour produire ou bien l’éternument
■ dans l’irritation pituitaire, ou bien la toux dans l’irritation de la membrane des bronches, dans celle même de la surface de l’estomac, ce qui produit les toux stomacales, lesquelles sont, comme on sait, absolument étrangères aux affections de poitrine. On connaît le spasme général qui s’empare de tous les muscles, à l’instant ou un corps étranger s’engage entre les bords muqueux de l’épiglotte-; les pierres de la vessie, de l’uretère, en faisant contracter sympathiquement le crémaster, produisent la rétraction du testicule. Les médecins pourraient, je crois, mettre à profit la connaissance de ces sympathies muqueuses. Dans l’apoplexie, où les bronches se remplissent quelquefois de mucosités que le malade ne peut évacuer, l’action de l’ammoniaque sur la pituitaire produit le double effet, i° de stimuler le cerveau, comme feraient les vésicatoires; 2° de débarrasser, par la toux qu’il occasione, la surface des bronches, qui, trop obstruée , peut mettre obstacle au passage de l’air, etc.
Tantôt c’est la sensibilité animale qui est mise en jeu par une affection des surfaces muqueuses : la pierre, qui irrite celle de la vessie, cause une démangeaison au bout du gland ; celle des intestins
étant agacée par les vers, il en résulte une espèce de prurit incommode au bout du nez; Wytt a vu un corps étranger, introduit dans l’oreille, affecter douloureusement tout le côté correspondant de la tête, un ulcère de la vessie déterminer, chaque fois que le malade urinait, une douleur à la partie supérieure de la cuisse, etc., etc.
Souvent la contractilité organique sensible est excitée sympathiquement par les affections du système muqueux. Je pourrais d’abord rapporter à ce sujet ce que j’ai observé à l’égard des muscles organiques, qui se meuvent presque tous en vertu de l’excitation d’une surface muqueuse contiguë: mais c’est là un phénomène naturel ; il en est beaucoup d’autres accidentels. Une pierre qui irrite la surface interne du bassinet détermine des vomissemens, lesquels sont toujours, comme on sait, produits à volonté par une irritation de la luette. A l’instant où la semence passe sur l’urètre, dans le coït, le cœur précipite communément son action. Tissot parle d’une pierre qui, engagée dans la surface muqueuse du conduit de Warthon, produisit un cours de ventre sympathique. Je vois à l’Hôtel-Dieu deux femmes qui , toutes les fois quelles ont leurs règles, que la surface muqueuse de la matrice est par conséquent en activité, ne peuvent garder que très-peu de temps les urines dans la vessie, qui se contracte involontairement pour les expulser dès qu’elles y sont tombées : dans les temps ordinaires, il n’y a aucun changement dans l’évacuation de ce fluide.
Quant aux sympathies de contractilité insensible
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et de sensibilité organique, elles ont lieu quand, une surface muqueuse étant irritée vers l’extrémité d’un conduit excréteur, la glande de ce conduit entre en action; quand, par exemple, la salive coule en plus grande abondance par l’action des sialagogues sur l’extrémité du conduit de Sténon. Toutes les fois qu’il y a un embarras gastrique, que la surface muqueuse de l’estomac souffre par conséquent, la surface de la langue s’affecte sympathiquement; les glandes situées sous cette surface augmentent leur action, et de là cet enduit blanchâtre et muqueux qui détermine ce qu’on appelle vulgairement langue chaj'gée , qui offre un véritable catarrhe sympathique, mais qui peut cependant exister idiopathiquement. Ici encore se rapporte la remarquable influence du système muqueux sur le cutané: ainsi, pendant la digestion, où les sucs muqueux pleuvent de toutes parts et en abondance dans l’estomac et les intestins, où les membranes muqueuses des viscères gastriques sont par conséquent dans une grande action, l’humeur de la transpiration insensible diminue notablement, selon l’observation de Sanctorius; elle est en très-petite quantité trois heures après le repas ; en sorte que l’action de l’organe cutané est visiblement moins énergique. Ainsi pendant le sommeil, où toutes les fonctions internes deviennent plus marquées et s’exécutent dans leur plénitude, où la sensibilité des membranes muqueuses est par ' conséquent très-caractérisée, la peau semble être frappée d’une espèce d’atonie; elle së refroidit plus facilement ; elle laisse moins échapper de sub-
stances, etc. A ces sympathies se rapportent encore plusieurs phénomènes des hémorrhagies : on sait avec quelle facilité, la surface muqueuse cessant, par une cause accidentelle quelconque, de rejeter du sang, comme cela arrive si souvent sur celle de la matrice, une autre s’affecte tout à coup et rejette ce fluide ; de là les hémorrhagies du nez, de l’estomac, de la poitrine, etc., à la suite de la suppression des utérines, etc. j
2°. Sympathies passives.
Dans plusieurs cas, les autres systèmes étant irrités, la sensibilité animale de celui-ci est mise en jeu. Parmi les nombreux exemples de ce fait, en voici un remarquable : dans une foule de maladies où des organes étrangers au système muqueux sont affectés, on éprouve un sentiment de chaleur brûlante dans la bouche, dans l’estomac, les intestins, etc., et cependant la surface muqueuse, siège de ce sentiment, ne dégage pas plus de calorique qu’à l’ordinaire; on peut s’en convaincre en plaçant les doigts dans la bouche. Cette sensation est de même nature que celle qu’on rapporte au gland quand une pierre est dans la vessie, que celle qu’on éprouve au bout du nez lors de la présence de vers intestinaux, etc. Il n’y a pas de cause maté-f rielle de douleur, et cependant on souffre. Ainsi, dans les fièvres intermittentes, éprouve-t-on un frisson cutané, quoique la peau soit aussi chaude qu’à l’ordinaire. J’observe, à cet égard, que les membranes muqueuses ne sont presque jamais le
siège d’un sentiment analogue de froid sympathique , mais que presque toujours c’est une sensation de chaleur qu’y produisent lesaberrations des forces vitales. D’où vient cette différence entre elles et l’organe cutané? je l’ignore. J’attribue aussi à une sympathie de sensibilité animale la soif ardente qui survient dans toutes les affections graves d’une partie quelconque. Dans toutes les grandes plaies, à la suite des grandes opérations, des expériences sur les animaux vivans, etc., on observe cette soif, qui dépend d’une affection sympathique de toute la surface muqueuse qui s’étend dans la bouche, l’estomac et l’œsophage.
La contractilité animale ne saurait être mise en jeu sympathiquement dans le système muqueux, puisqu’elle n’y existe pas.
Il en est de même de la contractilité organique sensible. Il est possible que quelquefois l’espèce de mouvement que nous avons indiquée, et qui se rapproche de cette propriété, soit excitée sympathiquement : je n’en connais aucun exemple.
La contractilité organique insensible est ici trèsfréquemment en activité sympathique. C’est surtout la peau qui exerce, sous le rapport de cette propriété, une grande influence sur le système muqueux. i°. Dans les hémorrhagies de la surface muqueuse de la matrice, des narines, etc., un corps j froid appliqué dans le voisinage, sur la peau, crispe r cette surface et arrête le sang. i°. Qui ne sait que la production de la plupart des catarrhes est le résultat souvent subit de l’action du froid sur l’organe cutané ? 3°. Dans diverses affections des mem-
branes muqueuses, les bains, qui relâchent et épanouissent la peau, produisent souvent d’heureux effets. 4°. Lorsque la température de l’atmosphère engourdit la tonicité cutanée, celle du système muqueux reçoit un accroissement d’énergie remarquable. Voilà pourquoi en hiver et dans les climats froids, où les fonctions de la pean sont singulièrement bornées, toutes celles de ce système s’accroissent en proportion ; de là une exhalation pulmonaire plus marquée, des sécrétions internes plus abondantes, une digestion plus active, plus prompte à s’opérer, et par conséquent l’appétit plus facile à être excité. 5°. Lorsqu’au contraire la chaleur du climat et de la saison vient à relâcher et à épanouir la surface cutanée, on dirait que la surface muqueuse se resserre en proportion; en été, dans le midi, etc., il y a diminution des sécrétions, de celle de l’urine surtout, lenteur des phénomènes digestifs par le défaut d’action de l’estomac et des intestins, appétit tardif à revenir, etc. 6°. Dans diverses affections générales de la peau , certaines portions des membranes muqueuses sont presque toujours affectées; dans la fièvre rouge, la gorge souffre presque toujours sympathiquement; ce phénomène est très - commun dans la variole. 7°. Dans les dernières périodes des lésions organiques des viscères, comme dans les phthisies, les maladies du cœur, les engorgemens du foie, les cancers de matrice, etc. , les membranes muqueuses s’affectent comme les surfaces séreuses. L’espèce d’atonie où elles tombent y détermine un flux plus abondant de sucs muqueux, qui s’altèrent alors,
deviennent plus fluides, etc.; de là les diarrhées qu’on nomme colliquatives , diarrhées qui sont alors aux surfaces muqueuses ce que les hydropisies sont aux surfaces séreuses. 8°. C’est encore à cette atonie qu’il faut attribuer les hémorrhagies pectorales qui arrivent si fréquemment dans les derniers temps des maladies organiques, dans celles du coeur spécialement. Depuis le peu de temps que je suis à l’Hôtel- Dieu , j’y ai déjà vu mourir et j’ai ouvert plus de vingt malades de ces affections presque oubliées de tous les praticiens, avant M. Corvisart : or, je n’ai observé que quatre exemples où des hémorrhagies passives du poumon n’aient pas été l’avantcoureur de la mort.
Caractère des Propriétés vitales ,
D’après ce que nous avons dit jusqu’ici, il est évident que le système muqueux est , de toute l’économie, un de ceux où la vie est le plus active. Sans cesse en contact avec des substances qui l’agacent et l’irritent, il est, pour ainsi dire , comme la peau, en permanence d’action. Cependant la vie n’est pas la même dans toutes ses parties; elle subit dans I chacune de remarquables modifications, lesquelles dépendent sans doute de celles que nous avons indiquées dans l’organisation de ce système, dans la nature de son chorion , dans la disposition de ses papilles , dans la distribution de ses vaisseaux et de ses nerfs, dans celle de ses glandes, etc.; cary comme nous l’avons vu, aucune de ces bases essen-
gO SYSTÈME
tielles du système muqueux n’est disposée partout de la même manière. Il y a une organisation générale au système, et une organisation propre à chacune de ses divisions. Il en est de même de la vie : il y a une vie générale au système, e.t autant de vies propres qu’il y a de parties où il se prolonge. On sait combien la sensibilité animale de la pituitaire diffère de celle de la palatine, combien la membrane du gland et de l’urètre est vivement stimulée par le passage de la semence, qui ne ferait aucune impression sur toute autre surface muqueuse. Il en est de même de la sensibilité organique et de la contractilité de même espèce. Chaque surface muqueuse, en rapport avec le fluide qui lui est habituel, ne supporterait les autres qu’avec peine . l’urine serait un excitant pour l’estomac , et le suc gastrique pour la vessie; la bile, qui séjourne dans la vésicule, occasionerait un catarrhe sur la membrane du nez , dans les vésicules séminales , etc.
D’après ces variétés dans les forces vitales de chaque division du système muqueux, il n’est pas étonnant que les maladies de ce système soient aussi très-variables. Chacune porte bien un caractère général, mais ce caractère se modifie suivant chaque surface muqueuse. Il y a un ordre de symptômes communs à tous les catarrhes; mais chacun a ses signes particuliers, chacun a ses produits différens : l’humeur rendue dans le catarrhe pulmonaire ne ressemble point à celle du nasal ; celle provenant du catarrhe urétral, vésical, etc., est toute différente de celle du catarrhe intestinal, etc. Ces fluides présentent dans leurs changemens mor-
MUQUEUX. gi
bifiques les mêmes différences que nous avons indiquées dans leur composition naturelle, différences qui dérivent, comme celles-ci, de la vitalité différente de chaque portion du système muqueux.
C’est à ces variétés de vie et de forces vitales qu’il faut rapporter aussi celles des sympathies. Chaque portion de ce système a une action sympathique particulière sur les autres organes : la pituitaire seule, étant irritée, fait éternuer; vous auriez beau exciter l’extrémité du gland, du rectum, etc., jamais vous ne feriez vomir comme en agaçant la luette , etc.
C’est ici le cas de faire une remarque importante par rapport à l’estomac. On sait qu’il n’est aucun organe qui joue un rôle plus marqué dans les sympathies que celui-ci : la moindre affection de ce viscère important, le moindre embarras gastrique, répandent dans toute l’économie animale une influence pénible ; toutes les autres parties s’en ressentent. Je ne crois pas même qu’il y ait un malaise plus fatigant et plus général que celui cpi’on éprouve alors dans certains cas. L’affaiblissement général qui, dans la faim, se manifeste presque tout à coup est sympathique; l’altération de la nutrition n’a pas eu le temps de le produire. Il en est de même du surcroît subit de forces qui résulte du contact des alimens sur la surface muqueuse de ce viscère ; surcroît qu’on ne peut attribuer au passage du chyle dans le sang, qui n’a pas eu encore le temps de se faire.
Je crois que l’estomac doit principalement à sa surface muqueuse ce rôle important dans les sym-
f)2 SYSTÈME
pathies. En effet, i° sa surface séreuse y est étrangère , puisqu’elle est là de la même nature que dans tout le reste du péritoine; que d’ailleurs, dans ce qu’on appelle inflammation du bas-ventre, où cette surface séreuse est spécialement affectée, on ne remarque point des rapports sympathiques aussi nombreux. 2". La tunique charnue paraît être la même que celle de tout le tube intestinal: pourquoi aurait-elle donc des influences différentes ? 3°. Du côté des vaisseaux sanguins et des nerfs des ganglions, l’estomac est à peu près organisé comme le reste des voies alimentaires. 4°- H a de plus le nerf vague; mais ce nerf seul est-il capable de produire de si nombreux phénomènes ? Il peut y contribuer ; mais certainement les modifications particulières qu’il éprouve dans la surface muqueuse, la nature spéciale de cette membrane y concourent pour beaucoup : aucune membrane n’est organisée comme celle de l’estomac ; quoique nous ne saisissions pas bien au premier coup d’oeil ces différences organiques, une réflexion suffit pour nous en convaincre : c’est que, d’une part, aucune ne sépare une quantité aussi grande de fluide, et que, d’une autre part, aucune n’en fournit un d’une nature analogue à celle du suc gastrique.
MUQUEUX. gi
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