ARTICLE III
DES FORMES DU SYSTÈME CELLULAIRE, ET DES FLUIDES qu’il CONTIENT.
§ Ier. Des Cellules.
La conformation générale du tissu cellulaire n’est pas partout la même. Les intervalles ou cellules que laissent entre elles ses lames diverses sont plus ou moins larges : c’est surtout aux paupières et au scrotum que cette largeur est remarquable , de même en général que partout où la^’aisse est nulle ou peu abondante. Au reste, la capacité de ces cellules est extrêmement variable : comme elles sont susceptibles de se resserrer ou de s’étendre, on ne peut avoir sur ce point aucune donnée. Lorsque la graisse ou la sérosité les remplit, elles sont doubles, triples , quadruples même de ce quelles se trouvent
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être dans l’état de vacuité. Ce sont ces variations de capacité dans les cellules du système dont nous parlons qui déterminent toutes les différences du volume général du corps dans l’embonpoint ou la maigreur , double état dans lequel la grosseur de chaque fibre nerveuse, tendineuse, etc., reste toujours à peu près la même, et où ce système seul varie. Il nous présente dans la leucophlegmatie , comparée à l’état ordinaire du corps, la même variation.
La figure des cellules est aussi tellement variable qu’on ne peut la déterminer d’une manière générale. Les formes arrondies, quadrilatères, hexaèdres, ovalaires , s’y trouvent diversement mêlées. La meilleure manière de les reconnaître, c’est d’exposer à la congélation un membre infiltré : une foule de petits glaçons se forment alors , et indiquent par leur figure celle des cellules qu’ils remplissaient. L’emphysème artificiel est encore un moyen utile : souvent j’ai vérifié par lui, dans nos boucheries où l’on souffle les viandes , les formes cellulaires. L’injection de la gélatine fondue dans les cellules peut aussi être employée , mais les résultats sont moins assurés, parce qu’en passant d’une cellule à l’autre elle en rompt le tissu; et d’ailleurs, après qu’elle s’est coagulée, il est difficile d’isoler chaque portion contenue dans une cellule.
Toutes les cellules communiquent entre elles, en sorte que le tissu cellulaire est réellement perméable dans toute l’étendue du corps, depuis les pieds jusqu’à la tète. Une foule de preuves établissent cette perméabilité ; tels sont i° l’emphysèm?
spontanément produit; a0 celui qu’on détermine artificiellement dans un animal vivant, en soufflant de l’air sous une portion quelconque de l’organe cutané , opération qui n’altère nullement la vie , ni même la santé de l’animal, quoique souvent la totalité du corps se boursoufle. On sait que certains mendians ont employé ce moyen sans danger pour exciter la commisération. 3°. Si on fait une ou deux mouchetures à un membre infiltré, il se dégorge quelquefois entièrement par cette voie. 4°. Souvent il en arrive autant par quelques crevasses survenues spontanément à ces mêmes membres. 5°. La compression exercée sur eux fait remonter ou descendre ce fluide, suivant le sens dans lequel on l’exerce. 6°. Une crevasse de la vessie ou de l’urètre donne lieu à une infiltration urineuse qui s’étend quelquefois jusque sur les côtés de la poitrine, y0. L’injection d’un fluide quelconque dans le tissu cellu- Il laire d’un cadavre produit une leucophlegmatie artificielle.
On a exagéré la perméabilité du tissu cellulaire, ou plutôt on l’a présentée sous un point de vue tout différent de celui sous lequel la nature nous la montre. C’est ainsi que plusieurs médecins, jugeant qu’il pouvait être indifféremment parcouru par tous les fluides de l’économie animale, ont cru que ces fluides y formaient des courans en différentes directions plus ou moins irrégulières. Ainsi la sueur a-t-elle été regardée comme la transmission par la peau du fluide albumineux du tissu cellulaire, qui, suivant quelques modernes, est entraîné au-dehors . avec le calorique qui se dégage habituellement.
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. Ainsi a-t-on cm trouver dans la perméabilité de ce t tissu la voie du transport si rapide des boissons à e la vessie. Ainsi a-t-on encore expliqué par elle la j promptitude avec laquelle les sueurs sont déterminées par les boissons chaudes, etc.
,, Toutes ces théories, que l’inspection ne prouva !r jamais , répugnent aux lois connues de notre économie, lois qui nous montrent les fluides circulant e constamment dans des vaisseaux en vertu des forces t vitales, de la sensibilité organique et de la contractilité de ces memes vaisseaux, et non s’extravasant ainsi pour se mouvoir irrégulièrement dans le tissu e cellulaire. D’ailleurs, jamais je n’ai trouvé aucune
portion de boisson dans le tissu cellulaire des animaux très-immédiatement après leur en avoir fait I prendre. J’ai soumis plusieurs chiens à ces expériences , après les avoir privés pendant quelque temps de boisson, pour les forcer à boire beaucoup : le tissu cellulaire des environs de l’estomac et des intestins, celui surtout qui, placé derrière le mésentère, va communiquer avec le bassin, où se trouve la vessie, ayant été attentivement examiné, ne m’a paru renfermer aucun fluide ; il était exactement analogue à celui des autres parties du corps. D’ailleurs , comme on le verra par la suite , ces phénomènes peuvent s’expliquer d’une manière plus naturelle.
Le tissu cellulaire n’est donc perméable qu’à la graisse et à la lymphe : encore paraît-il que cette perméabilité ne s’exerce que très-peu dans l’état ordinaire pour ces deux fluides, qui demeurent dans leurs cellules jusqu’à ce que la résorption les y ait
repris. On ne les voit point passer des unes aux autres; ils y stagnent, pour ainsi dire. Ce n’est que dans les infiltrations séreuses, dans les fusées de pus, dans l’état pathologique, en un mot, que la perméabilité cellulaire devient apparente. On ne peut donc réellement considérer le tissu cellulaire que comme le réservoir où se forment la sérosité et la graisse. Après la mort, le tissu cellulaire se laisse partout pénétrer par les fluides , qui passent non-seulement à travers les ouvertures de communication de ses cellules, mais encore par les porosités dont il est percé, comme tous les solides : de là l’infiltration des tégumens du dos, dans les cadavres qui ont resté long-temps à la renverse ; le passage de la bile à travers le tissu qui sépare la vésicule du fiel du duodénum , pour aller colorer cet intestin, etc.; mais ces phénomènes n’ont rien de commun avec ceux qui se passent sur le vivant.
§ II. De la Sérosité cellulaire.
Le premier des deux fluides cellulaires paraît être le même que celui que fournissent ailleurs les exhalans, et que reprennent les absorbans. Les premiers le déposent dans les organes ; les seconds l’y reprennent. Aussi, lorsqu’on expose à l’air condensé par le froid une partie quelconque du tissu cellulaire d’un animal récemment tué et conservant encore sa chaleur, on voit s’en élever une vapeur qui résulte de la dissolution de la sérosité par cet air, vapeur parfaitement analogue au nuage que produisent en hiver la respiration et la transpiration ,
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J) ou même à celui qui s’élève d’un fluide aqueux 16 1 quelconque exposé chaud et dans une large surface le à l’action de l’air frais. Lorsque l’air atmosphérique la est chaud, la dissolution a lieu de la même manière; ie mais comme la vapeur ne se condense pas , il n’y a e point de nuage apparent.
et La sérosité cellulaire varie en quantité dans les se diverses régions. Dans celles où il n’y a point de it graisse , comme au scrotum , aux paupières , au
• prépuce , etc. , il paraît quelle est un peu plus )• abondanîp que dans les autres. On voit aussi que le ces parties sont beaucoup plus disposées aux di- !• verses infiltrations. Sous ce rapport , le scrotum le paraît tenir le premier rang; viennent ensuite les la paupières, puis le prépuce, etc. Remarquez, à ce if sujet, que le tissu cellulaire extérieur aux surfaces a muqueuses, aux artères, aux veines et aux excrét. teurs, tissu qui , par l’absence de la graisse , se rapproche de celui-ci , s’en éloigne sous celui de la sérosité, qui, comme je l’ai dit, ne s’y infiltre point.
J’observe qu’il ne faut point juger de la quantité e > de sérosité cellulaire par les observations faites sur
■ le cadavre, où la laxité des parties laisse transsuder,
• de tous les vaisseaux qui passent à travers le tissu v cellulaire, les fluides qui s’y trouvent, et qui pénèé trent alors les cellules. Pour bien apprécier l’humi-
■ dité cellulaire, je rends d’abord un animal emphy-
• sémateux au-dessous de la peau; je fais une large li incision à celle-ci : peu de sang s’échappe en général,
parce que le boursouflement écarte les vaisseaux du tranchant de l’instrument. Par ce moyen , le tissu cellulaire étant découvert , je me suis souvent con-
vaincu qu’il y a, en général, beaucoup moins de sérosité dans ce tissu qu’on ne le croit communément. Je n’ai pas vu que, pendant la digestion, à la suite du sommeil , pendant qu’il y a beaucoup de sueur exhalée par l’organe cutané , triple circonstance dans laquelle j’ai répété ces expériences, la sérosité cellulaire augmente ou diminue d’une manière sensible (i) : ce fait coïncide très-bien avec celui que j’ai indiqué dans mon Traité des Membranes , sur le fluide qui lubrifie les surfaces séreuses, et dont la proportion est toujours à peu prè^Égale (2).
On sait que, dans la leucophlegmatie , la quantité
(1) Lorsqu’il y a pléthore du système capillaire, la sérosité devient plus abondante dans le tissu cellulaire ; elle diminue lorsque l’on diminue la quantité du fluide circulatoire. M. Magendie a produit artificiellement ces divers phénomènes sur des animaux , en injectant alternativement de l’eau tiède dans leurs veines et pratiquant la phlébotomie. L’observation clinique avait déjà montré ces faits dans les hydropisi es actives etpassives; et mon ami, le docteur Bouillaud , en prouvant que les hydropisies locales dépendent presque toujours d’une gêne plus ou moins grande dans la circulation veineuse locale , gène de laquelle résulte un véritable état de pléthore pour la partie , a fourni de nouvelles preuves à l’appui de cette théorie. On sait enfin que la plupart des hydropisies générales dépendent d’affections des organes centraux de la circulation et de la respiration, circonstances qui produisent au plus haut degré la pléthore du système capillaire. (F. Blandin.)
(2) Bordeu a soutenu que la sérosité circule en quelque sorte
dans le tissu cellulaire , et que le diaphragme est son agent d’impulsion. Cette théorie peut paraître un instant ingénieuse, comme tout ce qui est sorti de la plume de ce savant distingué ; mais , il faut l’avouer, elle n’a pas même pour elle le mérite de la vraisemblance. (F. Blandin.)
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de sérosité cellulaire augmente beaucoup, qu’elle devient nulle dans l’inflammation , etc.
La nature de ce fluide paraît être essentiellement albumineuse. Les expériences faites sur celui des leucoplilegmatiques y prouvent évidemment l’albumine; mais la maladie n’a-t-elle point alors altéré sa nature ? Pour m’assurer de ce fait, j’ai rendu d’abord emphysémateux un animal mort, afin de distendre les cellules, et d’y faire plus facilement pénétrer l’alcool que j’y ai ensuite injecté avec une seringue : quelques momens après, la peau ayant été enlevée,
; le tissu subjacent a présenté çà et là divers flocons blanchâtres. En plongeant dans l’acide nitrique affaibli une portion celluleuse du scrotum d’un cae davre sain, ou, ce qui vaut encore mieux, une portion celluleuse prise à l’instant sur un animal vivant, on fait la même observation. Il parait donc que, i dans l’état de santé comme dans celui de maladie, it l’albumine est un des principes essentiels du fluide i du tissu cellulaire. J’ai extrait beaucoup de ce tissu 1 du scrotum de plusieurs cadavres , afin de l’avoir isolé de graisse, et je l’ai fait bouillir comparativement en même temps qu’une masse à peu près s égale de portions tendineuses : à l’instant de l’é- ■< bullition , beaucoup d’écume blanchâtre s’est élevée it à la surface de l’eau qui le contenait, très-peu a paru dans le vase qui renfermait les tendons bien 1 isolés.
La nature clu fluide cellulaire est-elle la même
ie I
j que celle de la lymphe qui circule dans les absorbans? On ne saurait douter d’abord que ce genre î.) de vaisseaux ne reprenne ce fluide dans les cellules ANAT. CBN. T, K 5
mais il est possible qu’il s’y mêle d’autres substances, celles surtout provenant de la nutrition, lesquelles peuvent en changer la nature. L’analyse chimique laisse un vide sur ce point.
§ III. De la Graisse cellulaire.
La graisse est le second des fluides auxquels le tissu cellulaire sert de réservoir (i).
a. Proportions naturelles de la Graisse.
Très-abondante sous la peau, autour des surfaces séreuses , des organes à grands mouvemens, etc., elle manque , comme nous l’avons dit, à la verge ,
(i) La graisse ne paraît pas simplement déposée dans les aréoles du tissu cellulaire : elle a un tissu qui lui est propre , et qui renferme le fluide lmileux dont elle est formée. Entrevue par Mal— pighi , positivement indiquée par A. de Bergen et par Morgagni , l’existence du tissu adipeux a été particulièrement démontrée par TV. Hunter. On l’a décrite tour à tour sous les noms de tissu celluleux , en appelant fdamenteux notre tissu cellulaire , de tissu ou pannicule graisseux , de membrane ou toile adipeuse } de tuniques ou vésicules adipeuses , etc.
La disposition générale du tissu adipeux offre déjà plusieurs particularités qui ne peuvent appartenir à la graisse. Ce fluide ne saurait avoir par lui-même de forme déterminée , et rien n’est plus varié que la conformation extérieure du tissu graisseux. Ici c’est une couche memhraniforme plus ou moins épaisse , analogue à celle qui existe sous la peau , où elle constitue le pannicule graisseux. Là ce sont des masses irrégulières , telles qu’on en trouve autour des reins , dans les orbites , dans l’épaisseur des
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au prépuce , au scrotum , etc., sous les surfaces muqueuses, autour des artères, des veines, etc. Considérée dans l’intérieur des systèmes organiques,
joues. Ailleurs , le tissu adipeux présente l’aspect de prolongemens pyriformes , pédicules , comme cela se voit dans les appendices épiploïques , autour des artères qui se portent au péritoine, dans les ouvertures de l’ombilic et des anneaux sus— pubiens, etc. . Dans l’épiploon , il forme des rubans aplatis ou des espèces de réseaux qui suivent le trajet des vaisseaux sanguins. Accumulé dans certaines parties , il se présente sous la forme de tumeUrs plus ou moins volumineuses et saillantes , comme on en trouve des exemples dans les éminences qui s’élèvent sur les fesses des , femmes liouzouânasses , dans celles qui surchargent le dos des dromadaires , des chameaux , des zébus , et la queue des moutons de Barbarie.
Considéré dans son organisation intérieure, le tissu adipeux n’est pas moins distinct de la graisse qu’il renferme. Quelles que soient ’ les formes diverses qu’il affecte, sa structure est partout la même. Il est divisé en pelotons arrondis , séparés les uns des autres par des sillons plus ou moins profonds , d’une forme irrégulièrement ’ ovoïde , d’un diamètre variable depuis une ligne environ jusqu à un demi-pouce. Leur volume diffère d’ailleurs suivant le degic de l’ embonpoint, et suivant la partie que l’on examine. Chacun d’eux se compose de particules plus petites , que l’on isole facilement par la dissection. Celles-ci sont sphéroïdales , miliaires , comprimées , semblables , pour la forme , à des grains de raisin , R ou bien encore aux granulations vésiculaires qui constituent la ic chair des oranges et des autres fruits de la famille des hespérist dées. On reconnaît, à l’aide du microscope , qu’elles sont elles i ci mêmes l’assemblage de vésicules agglomérées offrant absolument le même aspect , si ce n’est qu’elles sont beaucoup plus petites. Je puisque, suivant Monro, leur diamètre serait d’un huit-centième su ■ à un six-centième de pouce. D’après AV olff, ces vésicules auraient un volume différent dans les diverses espèces d’animaux. Elles ne
la graisse varie en quantité. Elle est nulle clans l’intervalle des tuniques artérielles et veineuses. Les glandes lymphatiques ne paraissent point en con-
paraissent pas communiquer entre elles. Leurs parois sont minces et transparentes, ce qui les a fait comparer à des amas de petites perles par Monro et Clopton-Havers , qui les ont observées dans la moelle des os. Elles contiennent le fluide graisseux , dont elles laissent apercevoir la couleur jaunâtre.
Le tissu adipeux est pourvu d’un appareil vasculaire , qui a été très— bien décrit et figuré par Mascagni. Des rameaux artériels et veineux sont logés dans les sillons qui séparent les pelotons graisseux ; leurs divisions représentent , par leurs anastomoses , des réseaux capillaires qui parcourent les intervalles des petites masses ou molécules dont ils se composent ; chacune de ces molécules reçoit une artériole et une veinule qui lui forment une sorte de pédicule vasculaire ; les vésicules microscopiques ellesmêmes sont pénétrées par les ramifications les plus ténues, qui suivent d’abord leurs intervalles, leur forment aussi une espèce de pédicule, et se terminent enfin dans leurs parois. Cet ensemble de vaisseaux et de grains agglomérés a quelque ressemblance avec une grappe de raisin suspendue à son pédoncule , et dans laquelle chacun des grains qui la composent a en outre son pédicelle propre. Cette disposition est facile à observer sur un morceau de graisse pris dans un cadavre injecté, ou mieux encore dans une partie naturellement infiltrée par le !*mg.
Un tissu cellulaire très— délié semble exister entre les vésicules et autour d’elles. Ce tissu devient plus apparent dans les 1 intervalles des molécules visibles à l’œil nu , qu’il réunit les unes aux autres : les pelotons qui en résultent sont rassemblés au j moyen d’un tissu plus dense , presque fibreux dans certaines régions, manifestement ligamenteux à’ia paume des mains, à la plante des pieds , etc.
Le tissu graisseux contient sans doute des vaisseaux absorjbans,
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tenir. Le cerveau et la moelle épinière en sont dépourvus. On en trouve toujours dans les intervalles des fibres nerveuses : le plus souvent elle n’y
mois on ignore leur disposition. Il en est de même desnerfs. Sa nature intime paraît se rapprocher beaucoup de celle du tissu cellulaire. En effet, c’est une substance molle , blanchâtre, extensible, revenant sur elle-même quand elle cesse d’être distendue, se présentant sous la forme de lames minces et demi-transparentes , ayant la plus grande analogie avec la fibre laminaire ou cellulaire. La graisse qu’il renferme vient-elle à disparaître accidentellement , les vésicules s’affaissent et se confondent avec le tissu cellulaire ambiant, sans laisser aucune trace de leur existence. Hunter assure néanmoins que, dans ce cas, le tissu cellulaire diffère par quelques-unes de ses propriétés de celui qui ne contient jamais de vésicules adipeuses; et il attribue ces différences à la présence des vésicules vides que doit renfermer le premier.
On aurait tort de conclure des traits de ressemblance que l’on trouve entre le tissu graisseux et le cellulaire que ces deux tissus sont absolument identiques. Il est facile d’établir les caractères qui les distinguent. — i°. Les vésicules adipeuses sont fermées de toutes parts , et leur substance n’est point perméable aux fluides qui tendent à la pénétrer, bien différente en cela de la substance aréolaire du tissu lamineux. C’est ce que prouve une foule de faits. Prenez un morceau de tissu adipeux , élevez graduellement sa température au moyen de l’eau chaude , jusqu’à ce qu’elle soit suffisante pour fondre la graisse sans altérer la structure des vésicules : la matière huileuse y restera contenue sans s’écouler au dehors. Exposez un peloton graisseux à une chaleur solaire qui fasse monter à -J- /jo0 le thermomètre centigrade , vous êtes bien sur qu à une telle température la graisse doit être parfaitement fluide ; cependant il ne s’en écoulera pas un atome : incisez quelques vésicules , le fluide huileux paraîtra aussitôt. On obtient encore le même résultat en comprimant entre les doigts une masse adipeuse : la graisse ne s’en échappe que quand les
est pas très-sensible; mais, en se desséchant, ces fibres laissent échapper un suintement huileux, qui est constant, et quelle fournit évidemment. Elle est, en général, en assez grande quantité dans les fibres musculaires, surtout dans celles des muscles de la vie animale , car on en voit très-peu dans
vésicules sont déchirées. Dans les emphysèmes les plus étendus, dans les infiltrations séreuses les plus considérables , jamais les fluides épanchés ne pénètrent les vésicules ; la graisse reste distincte et ne se mêle point à ces fluides. S’il en était autrement, ne verrait-on pas , pendant la vie , la graisse, fluide à la température ordinaire du corps , gagner constamment les endroits les plus déclives , comme il arrive à la sérosité des hydropiques, et céder aux pressions extérieures dans les parties qui, telles que les pieds , les fesses , y sont habituellement soumises, ainsi qu’on l’observe encore dans l’œdème? — 2°. Les vésicules adipeuses ne forment pas, comme le tissu cellulaire, un tout continu : elles sont simplement contiguës entre elles. Ceci se démontre aisément par l’inspection. On le voit également dans l’anasarque: le liquide qui s’infiltre dans le tissu cellulaire interposé entre les molécules adipeuses les écartant les unes des autres , elles restent disséminées dans la sérosité qui les entoure. — 3°. Autre caractère. Partout on trouve du tissu cellulaire ; il est des parties constamment dépourvues de tissu graisseux , même dans les sujets les plus gras. Ce fait ne semble— t — il pas déjà indiquer qu’il faut, dans le tissu cellulaire, une organisation particulière pour que la graisse s’y développe? — Enfin leurs usages sont bien différens : ceux du tissu adipeux ne sont relatifs qu’à la graisse sans cesse exhalée dans l’intérieur de ses vésicules, et reprise sans cesse par des vaisseaux absorbans ; le tissu cellulaire en a de bien plus importans, puisqu’il forme un lien commun qui réunit toutes les parties en même temps qu’il les isole les unes des autres, qu’il sert à faciliter leurs mouvemens et à entretenir l’harmonie de leurs fonctions. ('Béclaud ) .
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ceux de la vie organique. Dans les os , où elle est nulle, elle est remplacée par le suc médullaire. Les cartilages, les corps fibreux, les fibro-cartilages, en sont presque entièrement dépourvus. Le système glanduleux en contient quelquefois , comme on le voit dans les parotides, autour des bassinets des reins; d’autres fois, comme dans le foie, dans la prostate, etc., on n’y en trouve aucun vestige. Les systèmes séreux et cutané ne sont jamais graisseux, quoique beaucoup de graisse les entoure; il en est de même du muqueux. Ce fluide est constamment étranger à l’épiderme et aux poils.
D’après cet aperçu rapide, on voit que l’intérieur des systèmes organiques contient en général trèspeu de graisse. Les appareils eux-mêmes ne la présentent qu’en petite proportion entre leurs diverses parties. C’est ainsi qu’entre les tuniques de l’estomac, des intestins, de la vessie, etc., entre le périoste et l’os, entre celui-ci et le cartilage, entre le muscle et le tendon, etc., ce fluide est le plus souvent presque nul.
Il suit de là que c’est principalement dans les intervalles que les divers appareils laissent entre eux que la graisse s’accumule et trouve ses réservoirs cellulaires. Or , en l’examinant sous ce rapport dans les diverses régions, on voit : i° qu’à la tête le crâne et la face offrent une disposition inverse; que la graisse , très-abondante dans la seconde , manque dans le premier, surtout à l’intérieur; 20 que le cou en contient une proportion assez marquée; 3° que, dans la poitrine, il y en a très-peu autour des poumons, beaucoup aux environs du cœur;
qu’à l’extérieur de cette cavité, sa partie supérieure en présente autour des mamelles un amas considérable; 4° que , dans l’abdomen, elle abonde spécialement à sa partie postérieure , au voisinage du rein , dans le mésentère, dans l’épiploon; 5° qu’au bassin elle est en grande proportion près de la vessie, du rectum; 6° qu’aux membres, elle se trouve, comme le tissu cellulaire , d’autant plus abondante qu’on examine ceux-ci plus supérieurement, et au voisinage de leurs grandes articulations, etc.
On remarque que, chez l’enfant, la quantité de graisse est en proportion beaucoup plus considérable sous la peau que partout ailleurs, surtout que dans l’ abdomen, dont les viscères celluleux, l’épiploon en particulier, n’en contiennent pas à cet âge. J’ai vérifié ce fait sur un grand nombre de sujets : il n’y a jamais que quelques flocons de graisse autour du rein , encore souvent sont-ils à peine sensibles; tout le reste de la cavité abdominale en est dépourvu; la cavité pectorale n’en contient guère plus, et toujours beaucoup*moins à proportion que dans la suite. J’ai observé aussi que le tissu inter-musculaire en est presque partout privé. On dirait que tout ce fluide est alors concentré sous la peau , au moins tant que le fœtus est bien portant. Cette surabondance de la graisse sous-cutanée remplit-elle quelque usage important? a-t-elle quelque rapport avec le volume alors très-gros du foie? Je l’ignore. Elle est un phénomène digne de fixer l’attention des physiologistes, surtout si on la compare à l’absence de la graisse dans presque toutes les parties où elle doit paria suite s’accumuler.
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Vers l’âge adulte, la graisse Abdominale est à proportion beaucoup plus considérable que la souscutanée. La bouffissure extérieure est aussi rare vers la quarantième année, qu’elle est commune jusqu’à la quatrième ou cinquième , époque à laquelle , toutes les formes musculaires étant cachées par la surabondance graisseuse, le corps est sensiblement arrondi. Est-ce que*la proportion considérable de graisse abdominale vers l’âge adulte a quelque rapport avec la fréquence des maladies dont cette région est alors le siège?
Au reste, les proportions de graisse relatives aux âges ne sont point tellement générales que souvent on n’y trouve des exceptions.
Dans la vieillesse , toute la graisse se fond presque et disparaît; le corps se ride, se racornit, devient grêle, etc.
b. Proportions contre nature de la Graisse .
Souvent la graisse s’accumule en très -grande quantité dans le tissu cellulaire. Je ne citerai point d’exemples de ces énormes collections, dont divers auteurs rapportent un grand nombre de cas: ce serait des détails superflus. J’observerai seulement que cet état d’embonpoint extraordinaire , loin d’ètre un signe de santé , indique presque toujours l’affaiblissement des absorbans destinés à reprendre la graisse, et que, sous ce rapport, il a plus d’analogie avec les infiltrations séreuses qu’on ne le pense communément. Différons faits établissent cette assertion. i°. Toute espèce d’embonpoint extraordi-
naire est accompagnée d’un affaiblissement dans les forces musculaires , d’un état de langueur et d’inertie dans l’individu qui en est le siège. a°. Dans l’homme où la force et la vigueur prédominent, on ne voit point cette bouffissure graisseuse qui dérobe les saillies musculaires : celles-ci se prononcent avec force. Sous ce rapport , il faut soigneusement distinguer le volume du<torps qui est dû à la dilatation par la graisse cellulaire, de celui que produisent le développement et la nutrition bien prononcés des organes. 3°. Souvent les causes qui affaiblissent; évidemment les forces de la vie produisent un amas graisseux considérable : tels sont l’inertie, le repos, les grandes et longues hémorrhagies, la convalescence de certaines maladies aiguës, où les forces languissent encore, que déjà la graisse abonde. 4°- D’état graisseux des muscles est pour eux un état d’affaiblissement sensible. 5°. Je me suis quelquefois convaincu, en examinant certains membres atrophiés, que le peu de volume qu’ils conservent est dù en partie à la graisse qu’ils contiennent, et qui est en proportion presque égale à celle des membres restés sains, tandis que toutes les autres parties sont retirées et racornies sur elles-mêmes , les muscles en particulier. 6°. La castration , qui ôte aux forces vitales une partie de leur activité, à la nutrition une partie de son énergie, est très-fréquemment marquée par un excès d’embonpoint. 70. D’un autre côté, comme pour la génération il faut un certain degré de développement dans les forces vitales , les individus trop gras, auxquels ce degré manque , sont en général peu propres à cette
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]j fonction. Chez la femme ce fait est remarquable; il et ne l’est pas moins chez l’homme. -Dans les animaux, ls| on fait la même observation : à mesure qu’on engraisse les poules pour nos tables, elles deviennent J de plus en plus impropres à pondre; la plupart des J animaux domestiques sont soumis à la même loi. J On dirait qu’il y a un rapport constant et rigoureux |a entre la sécrétion de la semence et l’exhalation de ie la graisse , que ces deux fluides sont en raison inn verse l’un et l’autre.
jj Concluons de tous les faits exposés ci-dessus que J si l’exhalation modérée de la graisse indique la force, jt sa surabondance est presque toujours un signe de j. faiblesse; et qu’il y a, sous ce rapport, une espèce de connexion entre les infiltrations graisseuse et J séreuse, comme je l’ai annoncé plus haut. Cepenf dant remarquons que presque toujours les leuco- :• phlegmaties proviennent d’un vice organique dans j. un viscère quelconque, spécialement dans le cœur,
. le poumon, le foie, la matrice et la rate : d’où il résulte qu’elles ne se résolvent guère , et que la mort*, causée non par elles , mais par le vice orga- , nique lui-même, les termine presque toujours. Au contraire, il est rare ici qu’un vice semblable ac- ,, compagne l^urabondance graisseuse , laquelle peut , se concilier avec une longue vie. S’il y avait des leucophlegmaties sans autre altération que la faiblesse cellulaire , je suis persuadé qu’elles pourraient s’aci corder de même avec la régularité des fonctions.
Les collections graisseuses considérables sont souvent un effet presque subit de quelques circonstances, de l’influence atmosphérique, par exemple.
C’est ainsi que , en vingt-quatre heures, un brouillard engraisse les grives, les ortolans, les rougesgorges, etc., au point qu’à peine peuvent-ils se dérober au fusil du chasseur. Ce phénomène, qui est surtout fréquent dans l’automne, n’est aussi frappant chez l’homme en aucun cas.
La diminution delà graisse est aussi fréquente que son augmentation; et même on peut dire qu’il y a bien plus de maigreurs extrêmes que d’embonpoints extraordinaires. Les causes qui diminuent ce fluide sont celles-ci : i° une longue abstinénce , comme les jeunes forcés, et le sommeil des animaux dormeurs nous en offrent un exemple; en sorte que, sous ce rapport , la graisse est une nourriture de réserve que la nature s’est ménagée, lorsque celle qui est ordinaire vient à manquer; 20 toute affection organique un peu long-temps prolongée, comme les phthisies, les cancers au pylore, à la matrice, les maladies du foie, du cœur, etc. : aussi ceux qui ont l’habitude d’ouvrir les cadavres savent-ils, par l’aspect extérieur, et sans connaître la maladie antécédente, juger si l’organisation d’une partie essentielle est altérée. Èn général, dans les affections organiques, il y a non-seulement maigreur, mais encore altération de la nutrition des organes ; ils s^t plus grêles que de coutume. Au contraire, à la suite d’une fièvre aiguë qui n’a duré que peu de jours, la maigreur seule s’observe : la nutrition, fonction qui s’altère comme elle s’exerce, c’est-à-dire lentement, n’est presque point encore sensiblement troublée. Il y a, sous ce rapport, une grande différence entre deux cadavres également maigres : il suffit , dans presque
tous les cas , de
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disséquer un membre , sans
voir les viscères internes, pour savoir si la mort a été l’effet lent d’un vice organique, ou le prompt résultat d’une fièvre bilieuse, putride, etc. Aux causes déjà indiquées, il faut ajouter : 3° toutes les collections purulentes un peu considérables, surtout celles qui dépendent d’une affection chronique; 4° la leucophlegmatie, quoique cependant il ne faille pas croire que la graisse et la sérosité s’excluent mutuellement, puisqu’on remarque encore le plus souvent beaucoup de graisse sous-cutanée dans des sujets très-in filtrés; 5° toutes les affections tristes de l’âme , qui portent spécialement leur influence sur la vie intérieure, et qui en affectent les organes plus particulièrement que ceuxde la vie extérieure; 6° les contentions d’esprit longues et soutenues, où le cerveau est surtout tendu, où la première influence se porte par conséquent sur la vie animale , quoique cependant j’observe que la lésion des fonctions de cette vie influe moins sur l’embonpoint que celle des fonctions de l’autre; 70 toutes les évacuations augmentées contre nature, comme celles de labile, de l’urine, de la salive, etc., comme les émissions trop fréquemment répétées de l’humeur spermatique, etc. , les catarrhes , ceux surtout qui ont lieu sur de larges surfaces , comme les pulmonaires, ceux des intestins, etc.; 8° les chaleurs longues et prolongées de l’été, comparées aux froids de l’hiver, qui sont en général plus favorables à l’amas de la graisse; 90 les courses, les travaux pénibles, les fatigues de toute espèce; io° les longues maladies, celles surtout où la faim , spéciale-
ment altérée, ne permet que d’user de faibles alimens , ou même force à ne point en prendre de longtemps; ii° les veilles long-temps continuées, le sommeil trop prolongé produisant un effet tout contraire, celui de beaucoup engraisser; 120 l’usage immodéré des liqueurs spiritueuses ; i3° l’habitude de certains alimens âcres et épicés, de ceux qui ont des propriétés opposées à celles des farineux, etc.
Je ne cite pas un plus grand nombre de causes d’amaigrissement : d’après celles-ci , on concevra facilement celles que j’omets. Je remarque seulement que toutes se rapportent presque à deux chefs principaux , savoir : i° à un affaiblissement général des forces; affaiblissement qui porte sur le système cellulaire comme sur tous les autres, et y produit ce phénomène; 20 à un affaiblissement partiel de celui-ci; affaiblissement provenant de l’affection d’un organe quelconque, dont l’action semble s’accroître aux dépens de celle du tissu cellulaire.
c. États divers de la Graisse.
La graisse est presque toujours solide et figée dans 1 les cadavres, mais sur le vivant elle s’approche plus de l’élat liquide, au moins dans certaines parties, comme auxenvirons du cœur, des gros vaisseaux, etc. 1 Sous la peau, elle est constamment plus consistante. En général, dans beaucoup d’expériences où j’ai eu occasion d’ouvrir des animaux vivans à sang rouge et chaud, jamais je ne l’ai trouvée aussi exactement coulante que la fusion nous la présente, quoique plusieurs auteurs l’aient prétendu, fondés
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sur ce que la chaleur vitale doit la fondre. Il est hors de doute qu’un degré de calorique égal à celui de notre température, agissant sur la graisse extraite ,, du corps , la rendra bien plus fluide quelle ne l’est cf sur le vivant (i). D’ailleurs, on sait que la tempérais ture est à peu près uniforme , et que cependant les i degrés de consistance de la graisse varient singu- , lièrement : il y a une remarquable différence entre celle de l’épiploon, qui est une des plus fluides de l’économie, et celle des environs des reins, de la peau, qui est bien plus ferme. Beaucoup d’animaux à sang rouge et froid ont la graisse coulante.
En général, il paraît que la nature et l’état de ce fluide ne sont point les mêmes dans toutes les régions ; que les graisses abdominale', pectorale et cérébrale, diffèrent entre elles, quoiqu’on n’ait sur ces différences aucune donnée positive et exacte.
Dans les jeunes animaux, la graisse est blanchâtre et très-consistante après la mort. C’est cette consistance qui donne à l’enveloppe extérieure du fœtus humain une fermeté et une espèce de condensation remarquables; tandis que, chez l’adulte, la peau ; d’un cadavre, flasque et lâche, cède au moindre ; mouvement communiqué, à cause de l’état de la graisse sous -cutanée. Cette graisse est ramassée, chez le fœtus, en petits globules plus ou moins arrondis, ce qui donne à son ensemble un aspect gra-
(i) Cette différence n’est qu’apparente, et tient à ce que, sur le vivant , la graisse est retenue par le' tissu adipeux*
( Béclard ).
nulé. Souvent même il se fait des amas assez consi?
dérables : par exemple, il y a presque toujours à cette éqoque, entre le buccinateur, le masseter et les tégumens , une espèce de boule graisseuse qui fait un corps isolé de la graisse environnante, et qu’on extrait en totalité: elle contribue beaucoup à la saillie remarquable que les joues font à cette époque de la vie.
La graisse jaunit à mesure que l’on avance en âge; elle prend une odeur et une saveur particulières. En comparant, sur nos tables, celle du veau à celle du bœuf,- on saisit facilement la différence. Dans les amphithéâtres, celte différence n’est pas moins, marquée entre un sujet de dix ans et un de soixante.
Au lieu de graisse , on trouve souvent autour du cœur des hydropiques, des phthisiques, et de tous ceux qui ont péri d’une maladie où il y a eu affaiblissement constant et prolongé , une substance jaunâtre, transparente et fluide, ayant un aspect gélatineux, et qui cependant, par sa nature, se rapproche beaucoup du caractère albumineux. Cette substance occupe aussi , dans des cas semblables différentes autres régions; mais elle y est moins fréquente. Elle paraît être gélatineuse plutôt que huileuse.
d. Exhalation de la Graisse.
Différentes hypothèses ont été proposées sur la manière dont la graisse se sépare du sang. Malpighi admettait des glandes et des conduits excréteurs qu’aucun anatomiste n’a vus depuis lui, et auxquels
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on ne croit plus à présent. Haller supposait la graisse toute formée dans le système artériel , circulant avec le sang, et nageant à l’extérieur de la colonne sanguine à cause de sa légèreté spécifique. Cette graisse ainsi circulante s’échappe, selon lui , par les porosités artérielles, et suinte de toutes parts dans le tissu cellulaire voisin. Cette opinion suppose donc deux choses : i° l’existence de la graisse toute formée dans le sang artériel, existence qu’aucun fait positif ne prouve, dont je n’ai jamais pu me convaincre par l’inspection du sang rouge sorti de ses vaisseaux; et qui cependant, si elle avait lieu, ne manquerait pas de produire une foule de petites gouttelettes nageant à la surface du liquide à l’instant où on le tire. Dans mes expériences sur la coloration du sang, j’ai vérifié ce fait plusieurs fois; je l’ai remarqué aussi -sur le sang des maniaques auxquels on pratique, à l’Hôtel-Dieu, l’artériotomie. 2°. L’opinion de Haller roule sur une transsudation véritablement mécanique, transsudation que Ton détermine avec facilité dans les cadavres, mais qui n’a point lieu chez le vivant. En effet, si on met sur un animal une artère à découvert, qu’on l’isole exactement de tous cotes , et qu on examine cette artère pendant long-temps, on ne voit aucun suintement graisseux se faire à travers ses parois, quoique le sang y circule comme à l’ordinaire. Il est une infinité d’artères qui serpentent dans le tissu cellulaire, sans y jamais laisser transsuder la graisse, comme on le voit au scrotum , aux paupières , etc. : or, dans ces endroits, d’un côté les artères sont organisées comme ailleurs, d’un autre côté il doit Anat, gén. t. i. 6
y avoir également de la graisse toute formée dans le sang qu’elles charrient : donc, dans l’opinion de Haller, la graisse devrait venir aussi s'y déposer. D’ailleurs, nous verrons à l’article des Exhalations , que cette transsudation par les pores artériels, quel que soit le fluide qu’on suppose transsuder, répugne évidemment aux lois de l’économie animale. Je renvoie donc à cet article, pour établir le peu de fondement de l’opinion de Haller ; nous verrons aussi, à ce même article, que la graisse se sépare par une exhalation purement analogue à celle de tous les autres fluides exhalés, c’est-à-dire par des vaisseaux d’un ordre particulier, qui sont intermédiaires aux extrémités artérielles et au tissu cellulaire. Quelques auteurs ont cru voir des vaisseaux charriant la graisse, et ils les ont désignés sous le nom de vaisseaux adipeux ; mais il paraît que, comme tous les autres exhalans, ceux-ci se dérobent toujours à l’inspection, et ne peuvent être établis que par une suite de raisonnemens, qui du reste en démontrent rigoureusement l’existence. O11 pourra faire aux exhalans graisseu l’application de ce que nous dirons du système exhalant en général.
Je ne m’occuperai point de la nature chimique de la graisse, de l’acide quelle renferme, des altérations particulières qu’elle subit en diverses circonstances, de celle, par exemple, qu’elle éprouve lorsqu’on laisse long-temps macérer dans l’eau les substances animales qui en contiennent, comme la
peau, les muscles , etc. : cela m’entraînerait dans
des détails étrangers à cet ouvrage; d’ailleurs, je
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1 ne pourrais rien ajouter à tout ce qu’ont dit sur ce point les chimistes modernes (1).
Je terminerai cet article par une remarque es-
)[: ( i ) Les travaux récens de M. Chevreul sur les huiles fixes et sur
■ les diverses espèces de graisse ont donné des résultats trop satisfaisans pour qu’il n’en soit pas fait mention ici. Loin d’ètre un principe immédiat des animaux , comme on l’a cru pendant longtemps , la graisse est composée de deux principes particuliers , non acides , désignés , d’après leur consistance , sous les noms de stéarine et {Y ('laine. 1
La stéarine représente une masse solide , incolore , insipide , presque inodore , soluble dans l’alcool , conservant l’état solide jusqu’à la température de i58° thermomètre centigrade. L’élaïne , au contraire , est fluide à une température de 17 à 1 8° ; elle est incolore ou jaunâtre , plus légère que l’eau , beaucoup plus soluble dans l’alcool que ne l’est la stéarine. C’est en tirant parti de cette dernière propriété que l’on sépare ces deux principes. Pour cela , on traite une certaine quantité de graisse par l’alcool bouillant : à mesure que la liqueur se refroidit, la stéarine se précipite , entraînant avec elle un peu d’élaïne ; la majeure partie de l’élaïne reste en dissolution avec un peu de stéarine. L’action du froid sur la graisse , le contact prolongé de cette substance avec du papier non collé, peuvent encore servir à démontrer l’existence de ces matériaux immédiats. Dans le premier cas , la stéarine ne tarde pas à se solidifier , tandis que l’élaïne |U! conserve sa fluidité.; dans le second , l’élaïne est absorbée par le itô papier, la 'stéarine reste à la surface.
La proportion des principes de la graisse n’est pas la même dans tous les animaux ni dans toutes les parties du même animal : de là toutes les variétés de consistance que présente celle de l’homme. Néanmoins , puisque la stéarine , même pure , n’est plus solide à un degré de chaleur égal à la température du corps, la craisse doit être au moins demi-fluide dans l’état de vie , et
c’est en effet ce qu’on observe dans les opérations chirurgicales,
sentielle : c’est que, dans les parties que la nature a privées de graisse, l’existence de ce fluide n’aurait pu se prêter aux fonctions de ces parties. La verge, augmentée de volume par lui, n’aurait pluS été en rapport avec le vagin. Les paupières, graisseuses, n’auraient pu se relever que. difficilement. Accumulée dans le tissu sous-muqueux, la graisse eût rétréci la cavité des organes que tapissent les surfaces muqueuses. Répandue dans celui qui environne les artères, les veines et les excréteurs, elle eût également obstrué le calibre de ces vaisseaux ; et observez ici que son absence constante dans le tissu sous-artériel est une preuve de plus contre l’opinion de Haller sur sa transsudation. Accumulée dans la cavité cérébrale, elle eût comprimé le cerveau à cause de la résistance des parois osseuses du crâne, etc., qui ne cèdent point comme celles
pendant lesquelles il s’écoule souvent avec le sang quelques gouttes huileuses provenant des vésicules adipeuses entamées.
Outre l’acide particulier (acide sébacique) , qui se produit pendant la distillation de la graisse , il en est deux autres qu’on obtient en la traitant convenablement par un alcali ou un oxide métallique quelconque : l’un est l’acide margarique, ainsi nommé à cause de sa couleur nacrée , l’autre l’acide oléique. Les savons , qui résultent de l’action des alcalis sur les huiles , ne sont autre chose que des sels formés par ces deux acides et par la base employée. M. Chevreul pense qu’il se passe quelque chose d’analogue dans la décomposition spontanée de la chair musculaire , lorsqu’elle a lieu sans contact de l’air ; il regarde le gras des cadavres qui se produit dans cette circonstance comme une sorte de savon, qui serait le résultat de l’action de l’ammoniaque provenant de là décomposition sur la graisse contenue dans le muscle. (Béclaud. )
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de l’abdomen quand les viscères gastriques se remplissent de graissé. Dans la poitrine , le diaphragme peut s’abaisser , et d’ailleurs les poumons peuvent , sans danger pour eux, occuper moins de place quand beaucoup de graisse s’exhale dans le médiastin. Cette remarque , applicable aussi à la sérosité, explique un phénomène important dans les maladies, savoir, qu’une très -petite quantité de fluide épanchée dans l’arachnoïde suffit pour troubler les fonctions du cerveau, tandis qu’un grand épanchement est sans danger actuel dans l’abdomen ou dans la poitrine.