PROPRIÉTÉS £)U SYSTÈME NERVEUX DE LA VIE ANIMALE
§ Ier. Propriétés de tissu.
Peu de systèmes présentent ces propriétés à un degré plus obscur que celui-ci. Si on tiraille un nerf en sens opposé, sur un animal vivant, il s’étend très-difficilement, résiste beaucoup, et ne prend qu’un excès de longueur très-peu supérieur à celui qui lui est naturel : ce qui paraît dépendre spécialement du névrilème. La substance médullaire céderait beaucoup plus : on sait combien celle du cerveau s’étend dans l’hydropisie des ventricules. Si un gros tronc est distendu par une tumeur
DE LA VIE ANIMALE. ai5
subjacente, comme par l’anévrysme poplité, par un gonflement à l’aisselle, etc., il s’aplatit en matière de ruban; ses filets s’écartent et se placent les uns à côté des autres; il s’élargit beaucoup par conséquent. Ainsi distendus, ces filets peuvent encore quelquefois transmettre le sentiment et le mouvement, d’autres fois ces deux fonctions y sont anéanties.
En général, une distension subite les interrompt bien plus efficacement que celle qui est amenée lentement. Voilà pourquoi la tête de l’humérus cause souvent dans les luxations du bras, des paralysies, tandis que dans les tumeurs chroniques très-vomineuses de l’aisselle cela arrive très-rarement. Les luxations spontanées des vertèbres, qui suivent toujours une marche chronique, sont rarement accompagnées de paralysie, accident qui est toujours le résultat de celles qui surviennent par une violence extérieure. C’est ainsi qu’au cerveau, des tumeurs osseuses , des fongus volumineux qui croissent lentement, troublent peu ses fonctions, que la moindre dépression des os du crâne bouleverse, lorsqu’elle succède à une fracture. Voilà encore comment, dans l’hydrocéphale, une grande collection de sérosité n’altère souvent que très -peu le sentiment, qui est presque anéanti lorsqu’un peu plus de ce fluide qu’à l’ordinaire est tout à coup exhalé dans les ventricules , comme il arrive dans certaines apoplexies.
Quand une région considérable est dist end comme l’abdomen, les nerfs qui s’y trouvent cèdent en partie parce que leurs flexuosités disparaissent,
en partie parce qu’ils sont réellement allongés; de
plus , il reste davantage d’écartement entre eux.
La contractilité de tissu est encore moins marquée que l’extensibilité. Coupé transversalement , un nerf ne se rétracte presque pas par ses deux bouts, lesquels restent affrontés comme ceux d’un tendon. Dans une amputation, le bout du nerf demeure plus long que ceux des muscles, de la peau, etc. : c’est même quelquefois une cause de pression doitloureuse de la part des pièces d’appareil (i).
§ II. Propriétés vitales.
Elles sont moins marquées dans les nerfs qu’il ne le semblerait d’abord, d’après l’opinion d’une foule de médecins qui font jouer à ces organes un rôle presque général dans les maladies.
a. Propriétés de la Vie animale.
Il faut considérer les nerfs, par rapport à la sensibilité, sous deux points de vue. i°. On doit examiner celle qui leur est inhérente. 20. Il est nécessaire de considérer le rôle qu’ils jouent dans celle de tous les autres organes.
(1) Les nerfs jouissent d’une force de résistance considérable qu’ilsdoiventexclusivementàleur névrilème. Lorsque, dans une opération, un d’entre eux a été serré avec un vaisseau dans l’anse d’une ligature , il résiste beaucoup à la section , et le fil demeure long-temps dans la plaie : cette circonstance est la cause la plus commune du retard dans la chute des fils à ligature, après les opérations chirurgicales. (F. Blandin. )
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i°. Sensibilité animale inhérente aux nerfs.
Cette propriété est, de toutes, celle qui est la plus caractérisée dans les nerfs. Mis à découvert et irrités, ils causent de vives douleurs. En liant un fdet nerveux, en le piquant, en le cautérisant, en l’excitant d’une manière quelconque , on obtient constamment ce résultat si connu dans la pratique chirurgicale et par ceux qui font des expériences sur les animaux vivans.
Cette propriété semblerait d’abord établir une très-grande différence entre la substance médullaire des nerfs et celle du cerveau, surtout vers la convexité de cet organe : car on peut presque impunément irriter celle-ci après avoir enlevé la substance corticale. Ce n’est que profondément que la sensibilité animale devient très-caractérisée : encore elle ne l’est jamais autant que dans les nerfs. Cependant
[observez que , dans les expériences sur la pulpe cérébrale, vous détruisez l’organe même qui perçoit, celui sans lequel il ne peut y avoir de sensibilité animale, celui par conséquent dont le trouble doit inévitablement influer sur cette propriété; au lieu que le siège de la perception étant intact quand on irrite le nerf, la douleur peut être très-vivement ressentie. C’est en effet principalement dans la substance médullaire de chaque filet nerveux qu’existe la sensibilité animale. Le névrilème en jouit à un degré beaucoup moins marqué. Voilà pourquoi le simple contact, lorsqu’on ne comprime point, est très-peu douloureux; pourquoi un nerf peut presque impunément baigner dans un fluide purulent,
ichoreux , clans la sanie même du cancer; pourquoi le contact de l’air n’est que peu sensible lorsqu’on met les nerfs simplement à découvert, comme j’ai eu occasion de m’en assurer fréquemment sur des animaux ; pourquoi dans une foule de cas, diverses tumeurs, dans l’atmosphère desquelles les nerfs sont situés , n’exercent sur eux aucune influence. La membrane de chaque fdet est véritablement dans tous ces cas une espèce d’abri qui protège sa substance médullaire, clans laquelle siège éminemment la sensibilité. Quant au tissu cellulaire qui entre dans la composition des nerfs , il est , comme partout ailleurs, étranger à cette propriété. Voilà pourquoi on peut, comme je l’ai fait souvent sur un animal vivant, isoler les uns des autres, avec la pointe d’un scalpel très-fin, les différens filets d’un nerf un peu gros, du sciatique par exemple, lorsqu’ils ont été mis préliminairement à découvert, sans que l’animal s’en ressente beaucoup. Dans ces expériences, il est facile de s’assurer de l’espèce d’insensibilité de l’enveloppe de chaque filet nerveux : il faut la traverser, et arriver à la substance médullaire, pour produire de la douleur.
Dans les expériences, la sensibilité animale du nerf semble s’épuiser peu à peu, et cesser enfin. Je m’en suis assuré sur la huitième paire, en faisant mes essais sur les injections du sang noir au cerveau. A l’instant où l’on soulève et où l’on tiraille le nerf pour dégager la carotide à laquelle il est collé, l’animal crie et s’agite beaucoup; mais après qu’on a répété deux ou trois fois la même chose, il finit par ne plus donner de marques d’une sensa-
tion pénible. Si on cesse d’exciter le nerf pendant une heure ou deux, la sensibilité se renouvelle avec beaucoup d’énergie, lorsqu’on vient à le tirailler de nouveau. Ces expériences sont un résultat très-analogue à celui des expériences relatives à la contractilité animale des muscles, expériences connues de tous les physiologistes.
La sensibilité animale des nerfs a un caractère particulier qui la distingue de celle de tous les autres systèmes. C’est ce caractère qui en imprime un distinctif à la douleur née dans ces organes, laquelle ne ressemble nullement à celle qui a son siège dans la peau, dans les surfaces muqueuses, etc. Ce qui a surtout fixé mon attention sur la diversité de la douleur dont chaque système est le siège, c’est la question d’un homme de beaucoup d’esprit et de sang-froid, à qui Desault avait amputé la cuisse , et qui me demanda pourquoi la douleur qu’il éprouvait à l’instant où l’on coupait la peau était toute différente du sentiment pénible qu’il ressentit lorsqu’on fit la section des chairs, où les nerfs parsemés cà et là étaient intéressés par l'instrument, et pourquoi ce dernier sentiment différoit encore de celui qui eut lieu lorsqu’on fit la section de la moelle. Cela m’embarrassa beaucoup alors , où, tout occupé de chirurgie, j’avais encore peu étudié la physiologie; mais j’ai vu depuis que cela tient à ce principe général dont j’ai déjà parlé, et qui fait que, de même que chaque système a son mode de sensibilité animale propre dans l’état naturel, il l’a aussi dans l’état morbifique, c’est-à-dire dans la douleur.
Une preuve bien manifeste de cette assertion pour les nerfs de la vie animale, c’est le mode particulier de douleur qu’on éprouve dans le tic douloureux, mode qui ne ressemble à celui d’aucun autre système. On a confondu souvent la douleur sciatique, qui siège dans le nerf du même nom, avec le rhumatisme, qui affecte les muscles ou les parties tendineuses; mais la diversité de la douleur sqffirait seule pour les faire distinguer. M. Chaussier a très - judicieusement pris pour premier caractère de la névralgie, la nature même de la douleur. Tout le monde connaît le sentiment particulier d’engourdissement, et ensuite de picotement, qu’on éprouve lorsqu’un nerf superficiel, comme le cubi- 1 tal , le péronier, etc., est comprimé : aucun autre organe, dans l’économie, ne donne la même sensation sous l’influence de la même cause.
La sensibilité animale des nerfs a un autre caractère particulier , qui consiste en ce qu’une irritation locale d’un tronc fait souvent souffrir dans toutes les branches. i°. On sait que, lorsque le cubital est comprimé au coude, la douleur se distribue ! dans tout son trajet ; qu’elle se répand sur toute 1 la partie externe de la jambe , lorsque c’est le péronier qui souffre. 2°. Dans le tic douloureux de la face, dans la douleur sciatique, et en général dans toute cette classe d’affections dont M. Chaussier a
présenté le tableau sous le nom de névralgies , on fait une observation analogue. 3°. Lorsqu’on intéresse, sans la couper , une des branches des saphènes, du cutané interne, ou du musculo-cutané, dansl’opération de la saignée, souvent toute la partie subjacente
s’engourdit, devient douloureuse et tuméfiée; le point irrité est un centre d’où partent, pour, tout le trajet du nerf, des irradiations funestes, et dont on ne peut même prévenir souvent les suites qu’en coupant en totalité le tronc irrité. Ainsi, dans le tic douloureux, la section du nerf a-t-elle fait cesser souvent les accidens ; quoiqu’on réussisse moins alors par ce moyen que dans le cas précédent où il y a affection locale, tandis qu’ici la maladie est souvent dans tout le trajet du nerf. 4°- J’ai irrité sur un chien, avec l’acide nitrique, le nerf sciatique : tout le membre était gonflé et douloureux le lendemain. Dans ce moment, j’en ai un autre dont tout le membrç antérieur est tuméfié, parce que j’ai traversé, il y a deux jours, avec une épingle, un de ses nerfs antérieurs, avec la précaution d’intéresser les filets médullaires. Cette précaution est essentielle; car ayant ainsi fixé une épingle à travers le tissu cellulaire qui sépare les filets du sciatique, je n’ai obtenu aucun résultat. Je dois dire, cependant, que ces diverses expériences ne réussissent pas toujours; et qu’en irritant un nerf dans un point quelconque, je n’ai quelquefois déterminé aucun accident apparent. 5°. La ligature des nerfs est rarement suivie de ces accidens ; parce qu’on interrompt la communication avec le cerveau, par le moyen même qui irrite , que d’ailleurs on affaisse la substance médullaire dont on détruit la sensibilité. Cependant il est arrivé souvent des accidens en liant le nerf dans l’opération de l’anévrysme ; et quoiqu’il n’y ait pas de danger réel à pratiquer
cette ligature, cependant tous les bons praticien: recommandent de l’éviter.
Ces diverses considérations établissent, d’une ma nière positive , l’influence qu’exerce une portioi d’un nerf irrité sur la sensibilité animale de toute: les ramifications subjacentes. Les médecins ne fon pas assez d’attention à cette cause des douleurs qu se développent dans une étendue souvent considé rable, sans aucune lésion apparente. Un nerf ir rité, dans une fracture de côtes, dans celle d’ui membre, dans une plaie, dans une tumeur, etc. peut produire au loin une foule de phénomène: dont la cause nous échappe souvent, et que nou:[ trouverions bientôt si nous réfléchissions à la dis tribution des branches provenant; du tronc qui i\ pu être intéressé.
Pourquoi, dans ces phénomènes, la sensibilité animale du nerf s’exalte t-elle toujours au-dessous de la partie affectée? Pourquoi ce phénomène n’at-il jamais lieu du côté du cerveau, quoique cependant ce soit dans ce dernier sens que le sentiment se porte dans l’état naturel ? Je l’ignore. |
Aucun autre système, parmi ceux dont toutes les, parties se tiennent comme celles du système nerveux, ne présente le même phénomène. Jamais far tériel, le veineux, l’absorbant ne ressentent ainsi., dans leurs ramifications diverses , les affections d’une partie quelconque de leur tronc. Le cellulaire ne s’affecte point au loin dans les maladies d’une de ses parties. Dans le muqueux, qui est continu, une partie étant irritée , souvent d’autres s’affectent bien aussi, comme quand une pierre de la vessie
ait souffrir au bout du gland; mais il y a toujours ilors une portion intermédiaire, plus ou moins :onsidérable , qui reste sans être douloureuse : c’est ine véritable sympathie; au lieu qu’ici, depuis ’endroit affecté jusqu’aux extrémités nerveuses , ont souffre dans le tronc nerveux.
2°. Influence des Nerfs sur la Sensibilité animale de tous les organes .
Après avoir considéré la sensibilité animale dans e système nerveux lui-même, il faut examiner le ;ôle que joue ce système dans cette propriété envisagée relativement à tous les autres organes, où il îst souvent le moyen de transmission entre l’organe jui reçoit l’impression de la sensation et le cerceau qui perçoit cette impression. Lors même qu’un point quelconque du système nerveux souffre, comme dans les cas précédens, la portion du nerf qui est intermédiaire à ce point et au cerveau sert de conducteur à l’impression. Ainsi, dans la contractilité animale, les nerfs sont-ils toujours intermédiaires au cerveau, qui est le principe du mouvement, et au muscle qui exécute ce mouvement. Il y a cependant plus de difficulté pour le premier mode de transmission que pour celui-ci, qui, pour être exposé avec précision, exige qu’on distingue deux espèces de sensations perçues par le principe sensitif intérieur : i° les externes, 2° les internes.
Les sensations externes sont de deux ordres: i° les générales, 2° les particulières. — i °. Les sen-
sations générales dérivent du tact, comme nous 1 verrons; elles indiquent la présence des corps qu sont en contact avec les organes externes; elles don nent les impressions générales de chaud et de froic| d’humide et de sec, de mou et de dur, etc.; elle produisent un sentiment douloureux lorsque le organes extérieurs sont déchirés , piqués, agacé par un agent chimique, etc. Ces sensations peuven naître sur la peau, l’œil, l’oreille, la bouche, le
narines, sur le, commencement de toutes les sur
faces muqueuses, etc.; tous les corps de la naturi sont susceptibles de les produire, comme tous le organes extérieurs peuvent les percevoir. — a0. Le sensations particulières sont relatives à certain corps extérieurs déterminés, ou à des émanation
spéciales des corps environnans : ainsi l’œil perçoi1
exclusivement la lumière, le nez les odeurs, l’o reille les sons, la langue les saveurs, etc. Ces sensa
lions particulières sont jusqu’à un certain poin
indépendantes des générales : ainsi l’œil peut ces ser de voir, le nez de sentir, l’oreille d’entendre la langue de goûter, et cependant ces différens or ganes peuvent conserver la faculté de percevoir le: attributs généraux de chaud et de froid, d’humidi et de sec, être le siège d’une douleur réelle, etc Tous les jours nous voyons les malades affec tés de goutte sereine souffrir de l’œil , ceux affecté; de surdité avoir des maux d’oreille. J’ai vu ur homme privé de l’odorat, à la suite de l’usage di mercure, et chez qui l’irritation de la pituitain était très- pénible. Il faut donc bien distinguer dans les organes des sens , ce qui appartient ai
DE LA Vie animale.
tact général, d’avec ce qui est dépendant du mode particulier de sensibilité que chacun a en partage.
Si maintenant nous examinons le rôle des nerfs cérébraux dans ces deux espèces de sensibilité animale, il paraît qu’ils sont également essentiels à l’une et à l’autre (i). i°. Cela est hors de doute pour
([) Beaucoup de vaguje règne encore à cet égard dans la science ; en effet , d’une part , il n’est pas possible de déterminer exactement jusqu’à quel point le nerf optique est, ou non , étranger à la sensibilité générale de l’œil , l’olfactif à celle de la pituitaire , etc. ; et de l’autre les expériences de M,. Magendie ont prouvé l’influence remarquable bu nerf de la cinquième paire sur la sensibilité particidière de l’œil et de la pituitaire, influence qu’indiquait déjà pour l’œil cette observation faite depuis long— temps en chirurgie , que la section du nerf sus— orbitaire a quelquefois déterminé l’amaurose. Peut-être même, suivant M. Magendie, le nerf de la cinquième paire est-il essentiellement nécessaire à la sensibilité spéciale de ces appareils. Toutefois , pour décider cette dernière question , je pense qu’il faut attendre encore de nouveaux faits , recueillir de nouvelles observations.
1 Chez certains animaux comme la taupe, chez lesquels le globe de r œil est peu développé , l’influence du nerf trifacial sur les fonctions de l’œil ne peut être révoquée en doute ; caria nature paraît ne pas avoir voulu envoyer à cet organe deux nerfs distincts, comme la chose a lieu ordinairement ; la seule branche oph thaï— inique de Willis y remplit alors à la fois ses fonctions accoutumées et celles qui appartiennent au nerf optique , qu’elle produit. Telle est du moins, sous ce rapport, l’opinion gcnéi'alement idmise , opinion cependant combattue récemment par M. Geof— froy-Saint-Hîlaire, qui soutient que, chez la taupe, le nerf optique s’accole dans le crâne au nerf de la cinquième paire , et qu’alors il v a seulement séparation de ces deux eordous à l’endroit Anat. gén. t. i, i5
a ah
les organes des sens : jamais la vue, l’ouïe, l’odorat ni le goût , n’ont subsisté après une lésion un peu grave des nerfs optiques, auditifs, olfactifs, etc. Je ne parle pas du toucher, qui n’a pas besoin, comme les autres sens, d’une modification particulière de sensibilité animale, et qui n’exige que le tact général, plus 'une forme particulière dans les organes qui en sont pourvus, pour pouvoir se mouler à la conformation des corps extérieurs. a0. Quant aux sensations générales , toutes les fois que les nerfs cutanés cessent d’être totalement en action dans une partie quelconque de la peau, elle devient aussi absolument insensible : on peut la pincer, l’irriter, la brûler, etc.; elle ne ressent rien. Les paralysies complètes du sentiment présentent ce phénomène , qu’on peut les produire à volonté chez les animaux en coupant ou en liant tous les nerfs qui vont se rendre à un membre. Quand le tact, général reste à la pituitaire après la perte de l’odorat, le nerf olfactif a été seul paralysé; si les nerfs entrant par le trou sphéno-palatin , par les ouvertures antérieures et postérieures des. narines , cessaient d’être aussi en action, le tact général se perdrait également. 11 en est de même pour les antres organes sensitifs.
où l’on a cru à la production du nerf optique par la cinquième paire, à peu près comme on voit le filet supérieur du nerf vidicn s’accoler d’abord au neif facial, puis s’en séparer plus tard pour pénétrer dans la caisse du tympan. (F. Blandin.)
DK LA. VIE A N! Ma CK. 0.2.']
Je crois donc que les nerfs sont actuellement nécessaires aujc sensations extérieures, quelle que soit leur nature. Aussi remarquez que tous les organes avec lesquels les corps extérieurs peuvent être en contact, comme le système dermoïde, tou tes les origines tlu muqueux et les organes des sens, sont pourvus plus ou moins abondamment de nerfs cérébraux : aucun ne reçoit de nerfs des ganglions. Cette portion extérieure du système nerveux de la vie animale est très-considérable : réunie à la portion qui se rend dans les muscles volontaires, elle forme la presque totalité de ce système, qui n’a que de très-petites appendices dans les organes de la vie intérieure.
f Quant aux sensations extérieures, elles présentent des phénomènes beaucoup plus obscurs que les précédens. Il est hors de doute que le cerveau est le centre de ces sensations, comme de celles qui ont lieu au dehors : en effet, si l’on suspend Faction de cet organe par le vin , par l’opium, ou par tout autre moyen, de vives douleurs ont beau affecter les organes intérieurs, ces douleurs ne sont point ressenties. Ainsi, quand le cerveau est frappé de commotion, quoique l’impression des sons, de la lumière, des odeurs, se fasse comme à l’ordiïiairé sur l’oreille, l’œil et les narines restés intacts, cependant on n’entend, on ne voit, on ne sent point. Mais comment les impressions faites sur les organes intérieurs arrivent-elles au cerveau? Voici différens phénomènes qu’il est impossible de bien concevoir, en supposant que les nerfs. sont chargés de transmettre ces impressions exactement
comme celles qui sont éprouvées par les organes extérieurs (i).
i°. II y a des organes jouissant de la plus vive sensibilité sous le moindre contact, et qui cependant reçoivent des nerfs très-peu apparens : telle est la membrane médullaire des os longs. 20. Certains organes où les nerfs cérébraux pénètrent manifestement, comme le foie, le poumon, peuvent être impunément irrités, sur les animaux, sans que ceux-ci paraissent souffrir. 5°. Les muscles de la vie animale, dans la structure desquels entrent tant de nerfs, où les rameaux de ceuxrci jouent un si grand rôle sous le rapport de la contractilité animale, ne font presque pas éprouver de douleur (2) lorsqu’on coupe leur tissu sans intéresser les filets
(1) La difficulté élevée ici par Bieliat devait lui paraître grande , d’après ses idées sur la séparation absolue des systèmes nerveux organique et cérébro-spinal ; mais aujourd’hui que l’on s’accorde généralement à considérer le système nerveux comme unique, aujourd’hui que les différentes branches par lesquelles les nerfs rachidiens s’anastomosent avec le grand sympathique , sont considérées comme les origines nombreuses de ce dernier; on conçoit parfaitement comment des organes dépourvus de nerfs de la vie animale transmettent des impressions pénibles au cerveau, sous l’influence du moindre contact. ( F. Blandin. )
(2) On sait parfaitement aujourd’hui pourquoi les muscles, si avantageusement partagés sous le rapport du nombre et du volume des nerfs , ne sont que peu sensibles aux impressions douloureuses : c’est parce qu’ils reçoivent des nerfs qui naissent presque exclusivement de la colonne antérieure de la moelle épinière, et dans lesquels, par conséquent, les filets sensitifs l’emportent de beaucoup sur les filets moteurs.
Au reste , cette distinction des nerfs, en nerfs sensitifs et mo-
nerveux qui les pénètrent. 4°- Les ligamens, qu’aucun nerf ne pénètre , font ressentir de vives douleurs lorsqu’on les distend, comme mes expériences l’ont prouvé : il en est de même des tendons, des aponévroses , etc. 5°. Tous les organes à la structure desquels le système nerveux est manifestement
plus douloureuses impressions, lorsqu’ils sont enflammés , etc. , etc.
Je pourrais accumuler une foule d’autres faits, que les antagonistes de Haller ont recueillis avec soin; mais ceux-là sont cl’une évidence telle, qu’on ne peut se refuser de convenir que l’opinion de ce célèbre physiologiste ne saurait être entièrement admise.
Tout ce que nous savons sur les sensations intérieures , c’est que : i° il y a un organe où siège la cause du sentiment, 20 cet organe transmet au cerveau les modifications particulières qu’il éprouve dans ses forces vitales. Mais nous ignorons complètement le moyen de communication de l’un avec Vautre (1). Voilà pourquoi, dans ma division des forces vitales , j’ai évité toute base systématique. La
leurs, distinction ignorée de Bichat, et reconnue aujourd’hui depuis les travaux de MM. Magendie, Ch. Bell, Shaw , etc. , avait été dès long-temps entrevue par Hérophile , professeur d’anatomie dans la célèbre école d’Alexandrie , Iiérophile aux leçons duquel les rois de l’Egypte ne dédaignaient pas d’assister.
( F. Blandin. )
(1) Ce qui a jeté de l’obscurité sur les moyens de communication entre le cerveau et les organes intérieurs , sous le rapport
a3o SYSTÈME NERVEUX
distinction des deux espèces de sensibilité, des trois espèces de contractilité , repose uniquement sur l’observation des faits. Telle est l’obscurité des phénomènes de la vie, que je doute que nous puissions jamais établir des divisions d’après la connaissance de la nature, de l’essence des forces vitales.
Je remarque qu’il y a cette grande différence entre la sensibilité et la contractilité animales , que , dans la première, les nerfs sont en certains cas les agens évidens de communication des organes qui reçoivent l’impression avec le cerveau qui la perçoit; mais que, dans d’autres cas, nous ignorons le mode de ce rapport : tandis que toujours , dans la seconde, c’est manifestement par les nerfs que le cerveau communique avec les muscles, et que jamais les organes ne peuvent exécuter un mouvement volontaire sans l’influence des nerfs cérébraux. •
Bornons-nous à* cet aperçu général, qui est de
des sensations internes , c’est la nature même et le mode d’action des nerfs appelés sympathiques. On verra plus tard (juc ces cordons, différens des nerfs cérébro-spinaux, sous le /appert statique en diffèrent bien plus encore sous les rapports fonctionnels. Dans l’état ordinaire , ils ne paraissent que peu propres à transmettre les impressions au cerveau , ou à communiquer aux' organes les voûtions de ce centre nerveux ; mais une irritation anormale ou pathologique vient-elle à les atteindre , alors la scène change complètement : ils deviennent des conducteurs parfaits. On dirait que leurs fonctions doivent seulement commencer lorsqu’une cause de destruction agit sur l’organisme ; et qu’alors seulement, ils préviennent le cerveau de la manière d’être des j parties auxquelles ils appartiennent. (F. Blandin.)
DE LA. VIE ANIMALE. a3ï
stricte observation; abandonnons le raisonnement là où les expériences propres à lui servir de base nous manquent. Quelques auteurs modernes ont été moins sages : ils ont admis une atmosphère nerveuse se propageant plus ou moins loin, et agissant à une distance déterminée; de manière que, quoiqu’un organe ne reçoive point de nerf, il suffit qu’il soit dans l’atmosphère d’un cordon nerveux pour être le siège des sensations. Cette idée ingénieuse de Reil (1) est à placer à coté du grand nombre de celles dont Bordeu a semé ses ouvrages, et qui prouvent plus le génie de l’auteur que son esprit exact, judicieux et ennemi de toute opinion à
I laquelle la rigoureuse expérience ne sert pas de base. En effet, qu’est -ce que c’est que cette atmosphère? Est-ce une émanation qui se fait continuellement à l’extérieur des nerfs? Est-ce un fluide qui en est indépendant, et que la nature a placé au- ' tour de chaque cordon nerveux , comme elle a placé l’air autour de la terre ? Est-ce une puissance qui a été donnée aux nerfs d’agir au loin sans
(i) L’hypothèse de l’almosphère nerveuse doit d’autant moins être rejetée sans examen , que l’on est loin , ce me semble, d’avoir complètement démontré la différence des fluides électrique et nerveux; et, s’il était vrai, comme beaucoup de personnes sont encore tentées de le croire aujourd’hui , que l’électricité jouât un grand rôle dans les fonctions nerveuses , il est évident qu’aux extrémités des nerfs ce fluide pourrait d’autant mieux agir à distance , que ce mode de propagation estune des conditions générales de son existence, et que les nerfs, ses conducteurs, se dépouillent de leur névrilème, véritable corps protecteur et isolant. (F; Blandin.)
il 32 SYSTÈME NERVEUX
corps intermédiaire? Certaines expériences galvaniques ont bien paru prouver quelque chose de semblable dans les nerfs; mais ces expériences n’ont aucun rapport avec la transmission de là sensibilité animale. D’ailleurs, quand une douleur se développe au milieu d’un tendon très-épais, dans le centre d’une articulation très-large, de celle du genou, par exemple, etc., il faudrait donc que l’atmosphère d’activité nerveuse s’étendit quelquefois jusqu'à un pouce. Pourquoi ne souffre-t-on pas en irritant une partie insensible qui est à côté d’un nerf, ou même collée à lui, tandis que la douleur est très-vive dans une partie enflammée, quoiqu’elle soit très-loin de tout cordon nerveux? Les nerfs auraient donc aussi Une sphère d’activité pour le mouvement? Mais pourquoi la contiguïté du nerf ne suffit-elle jamais pour le produire dans les muscles? Pourquoi en est-il de même du sentiment?
Contractilité [ animale . Influence des Nerfs sur celle des autres parties.
Le tissu des nerfs est absolument dépourvu de cette contractilité. Aucune espèce de mouvement sensible n’y est jamais observé : cependant ils jouent un rôle important dans cette propriété , considérée relativement aux muscles de la vie animale. Nous verrons qu’ils sont les agens essentiels qui leur transmettent le principe du mouvement ; en sorte que la contractilité animale suppose toujours trois actions successivement exercées, savoir, celles du cerveau , des nerfs et des muscles.
DE LA. VIE ANIMALE. a 33
Ici l’opinion des physiologistes a été singulièrement partagée sur la manière dont l’influence nerveuse se propage. Les uns ont admis une espèce de vibration , les autres un fluide parcourant les canaux insensibles de ces organes (i). Cette dernière hypo-
(1) Depuis Bichat , de nouvelles expériences ont été faites dans le but de déterminer l’existence d’un canal central dans les nerfs. On savait déjà que les nerfs sont susceptibles d’être distendus par le mercure ; plusieurs anatomistes s’étaient même servi de ce procédé pour conserver des nerfs desséchés. En i8i5, Bogros, prosecteur de la Faculté de Médecine de Paris , anatomiste habile et très— versé dans l’art des préparations , crut pouvoir conclure des recherches auxquelles il §’élait livré « que chacun des filets qui composent un cordon nerveux , soit que ce cordon appartienne à la vie de relation , ou qu’il dépende du grand sympathique , est creusé à son centre d’un canal perméable à l’injection ; que les ganglions nerveux participent à la structure
canaliculée... ; que les canaux nerveux sont dtstinés à la circulation d’un fluide particulier , principe du sentiment et du mouvement , fluide dont la jiature nous serait encore inconnue , et dont il nous serait seulement donné de connaître les voies. » A l’appui de l’opinion de Bogros , on peut alléguer la marche rapide du mercure dans quelques cas , marche telle qu’il paraît difficile de supposer que ce métal ne s’ouvre un passage qu’en déchirant et déplaçant la substance nerveuse. Contre cette doctrine , au contraire, on peut invoquer, d’une autre part , l’opinion de M. Blainville , qui pense que , dans ces injections , il y a simple déplacement de la pulpe nerveuse ; ainsi que les travaux de MM. Brcs— chet et Raspail , travaux desquels ces anatomistes infèrent que le mercure file le plus ordinairement dans le tissu cellulaire sous-névrilématique , qu’il peut aussi déplacer la substance nerveuse, ou s’insinuer dans quelques-uns des vaisseaux sanguins ou lymphatiques qui suivent les trajets des nerfs. Enfin nous devons dire que les nombreuses expériences répétées par Bogros en présence de M. Blainville , l’un des commissaires
thèse est encore fort accréditée. Que n’a-t-on pas dit sur la nature albumineuse, électrique, magnétique, etc., de ce fluide? L’article des nerfs , dans la plupart des traités de physiologie, est presque uniquement consacré à l’examen de cette question, dont je ne m’occuperai point ici, parce que nous n’avons sur elle aucune donnée fondée sur l’expérience. D’ailleurs, ne pouvons-nous pas, sans connaître le mode d’action nerveuse, étudier et ana-: lyser les phénomènes des nerfs? C’est le défaut de tous les physiologistes anciens, d’avoir voulu commencer par où il faudra un jour finir. La science était encore au berceau que toutes les questions dont on s’occupait roulaient sur les causes premières dès phénomènes vitaux. Qu’en est-il résulté ? d’énormes fatras de raisonnemens , et la nécessité d’en venir enfin à l’étude rigoureuse de ces phénomènes, en abandonnant celle de leurs causes , jusqu’à ce que nous ayons assez observé pour établir des théories. Ainsi a-t-on disputé, pendant des siècles, sur la nature du feu , de la lumière , du chaud , du froid, etc., jusqu’à ce qu’enfin les physiciens, s’étant aperçus qu’avant de raisonner il fallait avoir des bases pour le raisonnement, se sont mis à rechercher ces bases , et ont créé la physique expérimentale. Ainsi d’interminables disputes ont-elles agité les écoles sur la nature de l’âme, du juge-
nommés par l’Académie des Sciences pour vérifier les faits avancés dans le Mémoire de ce jeune anatomiste , n’ont point confirmé les conclusions qu’il avait cru pouvoir déduire de ses précédentes recherches. (F. Blandin.)
ment, etc. , jusqu’à' ce que les métaphysiciens aient vu qu’au lieu de vouloir connaître l’essence de no ; facultés intellectuelles , il fallait en analyser les opérations. Chacune des sciences naturelles a presque eu deux époques; i° celle des derniers siècles, où les causes premières étaient l’ unique objet des discussions , époque vide pour les sciences; a0 celle où elles ont commencé à se composer de l’étude des seuls phénomènes que l’expérience et l’observation démontrent. Eh bien ! la physiologie a encore un pied dans la première époque, tandis que déjà elle en a placé un dans la seconde: c’est aux physiologistes actuels à lui faire faire le pas tout entier.
I^priétés de la Vie organique considérées dans les Nerfs.
Elles sont en général très-peu marquées dans ces organes. Ils manquent de contractilité organique sensible : l’insensible et la sensibilité organique n’y sont qu’’au degré nécessaire à la nutrition; car ces propriétés n’ont point d’autres fonctions à y entretenir.' Aussi remarquez que toutes les maladies du système nerveux sont presque des lésions de la sensibilité animale , et que très-peu supposent un trouble dans l’organique. Presque jamais d’altération dans le tissu nerveux; point de tumeurs , de fongus, d’ulcérations, etc. (i), comme dans les sys-
(i) Si les nerfs sont moins fréquemment que les autres organes le siège de tumeurs, de fongus, d’ulcérations, toujours est-il constant aujourd’hui qu’ils présentent quelquefois ces états morbides. Voy.: à la fin de ce Système, une noie deBéclard,
tèmes où les propriétés organiques sont prédomi riantes. Aussi l’anatomie pathologique trouve-t-ellt très-peu de quoi s’exercer dans les nerfs.
Le mouvement habituel d’une partie augmentt quelquefois un peu la sensibilité organique des nerf; qui s’y trouvent, y rend leur nutrition plus active, et leur volume plus apparent ; mais , en général . ce phénomène y est infiniment moins sensible que dans les muscles. D’un autre côté , quoique les nerfs aient perdu la faculté de transmettre le sentiment et le mouvement, ce dernier surtout, ils conservent encore long-temps le même degré de sensibilité organique , et leur nutrition a lieu comme à l’ordinaire. J’ai examiné plusieurs fois comparativement les nerfs du côté sain et ceux du côt^de l’hémiplégie: je n’y ai trouvé aucune différence. Ce n’est que quand le membre finit par s’atrophier, ce qui n’arrive souvent qu’au bout d’un temps trèslong , ce n’est , dis-je , qu’alors que le nerf diminue de volume.
J’ai recherché aussi souvent si , lorsqu’une partie où il y a des nerfs a long-temps été le siège de sensations douloureuses non interrompues , la nutrition de ceux-ci est altérée, et par conséquent si leur sensibilité organique est troublée. J'ai disséqué les cordons stomachiques dans les cancers au pylore, les nerfs utérins dans ceux de la matrice : je n’ai point trouvé de différence très-sensible , excepté sur deux sujets, où ils étaient un peu augmentés. Desault a trouvé aussi , sur un cadavre affecté de carcinome aux doigts , le nerf médian très-volumineux ; mais ce phénomène n’est certainement
soint général , comme l’est, par exemple, dans ces sortes de tumeurs , la dilatation des artères. Quant mx douleurs aiguës, comme celles du rhumatisme, :les diverses inflammations , etc., quelque vives quelles soient, elles n’influent jamais sur la nu- :rition des nerfs qui peuvent servir à les transmettre. Lors même que la douleur siège dans le tissu nerveux lui-même , comme dans le tic douloureux, souvent il n’y a pas lésion organique. Au moins Desault a eu occasion d’ouvrir deux malades ayant eu ce mal, et chez qui les nerfs étaient comme ceuxdu coté opposé. Ceci mérite cependant des recherches nouvelles, et il se pourrait très-bien que , dans plusieurs cas , la substance intérieure des cordons nerveux fut un peu altérée; car je conserve le nerf sciatique d’un sujet qui éprouvait une douleur très-vive dans tout son trajet , et qui présente, à la partie supérieure, une foule de petites dilatations variqueuses des veines qui le pénètrent.
Influence des Nerfs cérébraux sur les propriétés organiques des autres parties.
Les nerfs cérébraux influent-ils sur la sensibilité organique des autres parties ? Je crois que non , et c’est là la différence essentielle qui la distingue de la sensibilité animale, que l’on ne conçoit que difficilement , surtout dans son état naturel et dans les sensations extérieures , sans l’influence nerveuse intermédiaire au cerveau et à la partie qui reçoit l’impression. Pour prouver cette assertion , exa-
minons les fonctions qui dépendent de la sensibi lité organique. Ce sont: i°la circulation capillaire1 2° la sécrétion , 3° l’exhalation , 4° l’absorption 5° la nutrition. Dans tous les phénomènes de ce; fonctions, les fluides font sur les solides une im pression dont nous n’avons point la conscience , e en vertu de laquelle ces solides réagissent. C’es par la sensibilité organique que le solide reçoit l’impression, c’est par la contractilité insensible qu’i réagit : or, dans aucun de ces cas, les nerfs ne paraissent jouer un rôle essentiel.
i°, La circulation capillaire se fait dans les cartilages, les tendons, les ligarfiens, etc., où les1 nerfs de la vie animale ne pénètrent point. L’inflammation , qui n’est qu’un vice , une exaltation1 de cette circulation capillaire, survient dans ces organes comme dans ceux qui sont le plus éminemment nerveux. Que dis-je? là où il y a le plus de nerfs , ce n’est pas là où cette affection est plus fréquente : les muscles en sont un exemple. La langue , dont la surface reçoit à elle seule plus de nerfs que des portions quadruples, quintuples même de la surface muqueuse, la langue ne s’enflamme pas si souvent que le reste de ce système. La rétine, qui est toute nerveuse , est très-rarement enflammée. Rien de plus rare, comme je l’ai dit, que l’inflammation des nerfs eux-mêmes ; presque jamais la substance intérieure du cerveau ne s’enflamme. D’un autre côté, examinez les surfaces séreuses, le tissu cellulaire, où infiniment peu de nerfs se trouvent : à tout instant la circulation capillaire y est activée, et l’inflamjnation survient.
DE LA VIE ANIMALE. s3()
ms les membres des paralytiques , dans les ani- : aux dont vous coupez un nerf pour rendre une irtie insensible, la circulation capillaire ne connue-t-elle pas comme à l’ordinaire là où l’action îrveuse a cessé ? Est-ce que jamais vous avez ac- :léré cette circulation dans un membre , est-ce que ms y avez fait naître une inflammation, en augmen-* int convulsivement , par irritation , l’action des erfs de ce membre? Les phénomènes convulsifs ; ceux des paralysies sont totalement distincts , ont aucune analogie avec ceux des inflammations;
3 qui devrait exister cependant si les nerfs céréraux influaient sur ceux-ci. Dans les premiers phéomènes , c’est la sensibilité animale qui est altérée; ans les seconds, c’est l’organique : celle-ci est donc îdépendante des nerfs cérébraux (i).
(i) Bichat va trop loin en affirmant que la circulation capil— (ire est tout— à-fait en dehors de l’influence des nerfs de la vie nimale. En effet, liez ou coupez un nerf, vous produirez un efroidissement considérable de la partie dans laquelle il se rend , t, par conséquent , vous modifierez le système capillaire et les hénomènes nutritifs qui s’y passent , vous rallentirez la circula* on. On sait que le meilleur moyen de faciliter le rétablissement e la circulation au-dessous de la ligature, après l’opération de anévrysme, c’est de lier l’artère immédiatement, sans com- 'rendre dans l’anse du fil les nerfs qui l’accompagnent. On sait [ue des conditions inverses ont souvent produit la gangrène du nembré, sans doute en raison de l’atonie dans laquelle se trouve été le système capillaire correspondant. Au reste , la plupart les raisons qu’ allègue Bichat , pour établir une doctrine contraire, sont plus spécieuses que solides : la circulation , comme il e dit , a lieu dans les cartilages , dans les os , là où ne pénètrent
^4o SYSTÈME nèrveüx
a0. L’exhalatiofi est la seconde fonction à laque! cette dernière propriété préside. Je renvoie au sys tème dermoïde , pour prouver que la sueur est ir dépendante des nerfs. J’observe seulement ici que dans la synoviale , où il se fait une exhalation ma nifeste, il n’y a presque pas de nerfs ; que les sur faces séreuses et le tissu cellulaire, si remarquable par cette fonction , en sont presque privés , comm je l’ai dit ; que toutes les fois qu’il se fait des exha lations accidentelles, comme dans les kystes, dan les hydatides, etc., les nerfs sont évidemment san nulle influence , puisque la tumeur en est constamment dépourvue ; qu’en agissant d’une ma
point les nerfs de la vie animale ; mais n’est-il pas probable qui c’est ce défaut d’influence des nerfs de la vie animale sur la eirlation capillaire des os et des cartilages qui imprime à celle-c cette lenteur connue de tout le monde, lenteur qui , elle-même, est la* raison du peu de vitalité de ces organes? Au reste, en soutenant que la circulation capillaire est soumise à l’influence nerveuse, j’entends dire seulement que les nerfs lui impriment quelques modifications , sans pour cela la déterminer essentiellement. Il est clair enfin que la circulation peut être conçue, et que , par le fait, elle a lieu dans quelques points sans son intervention. De ce que l’inflammation peut survenir partout, et de ce (jue là où il y a le plus de nerfs , ce n'est pas là où l’inflammation est plus commune , comme dans les muscles, il n’en faut pas conclure que les nerfs sont étrangers à la circulation capillaire : car les causes de la pblegmasie agissent sur les vaisseaux et non sur les nerfs; et si la circulation capillaire normale peut être eonçue sans l’influence nerveuse, la circulation capillaire anormale qui caractérise l’état inflammatoire peut l’être également : seulement , dans ce cas , elle revêt des caractères particuliers. ( F. Blandin. )
DE LA. VIE ANIMALE. Q.tyX.
nière quelconque sur le système nerveux , qu’en irritant les nerfs , le cerveau ou la moelle épinière, pour exciter ce système, qu’en liant ou en coupant les premiers, et en comprimant les seconds, pour anéantir ou affaiblir son action , jamais on ne trouble en aucune manière les exhalations cellulaires , séreuses, synoviales ou cutanées; enfin, que les maladies du système nerveux n’ont jamais sur cette fonction aucune autre influence que celle qui dérive des sympathies générales (i).
3°. J’en dirai autant de l’absorption. C’est pen-
Idant le sommeil que la peau absorbe souvent le plus facilement : or Je système nerveux est alors, I comme le cerveau, en intermittence d’action. Cette
I , ( i) S’il a cto établi dans la note précédente, contradictoirement à la doctrine de Bichat , que les nerfs de la vie animale, dans les I lieux où ils se rencontrent, exercent une véritable influence sur le système- capillaire , il faut bien admettre aussi qu’ils ont une action semblable sur les phénomènes qui s’y passent , l’exhalation, l’absorption et la nutrition. Pour ce qui regarde Il l’influence nerveuse sur cette dernière, les preuves abondent: l’histoire de la plupart des atrophies des organes en fait foi. D’autre part, l’influence des nerfs sur les phénomènes d’exhalation et d’absorption me parait ressortir de ce fait , que l’exhalation et l’absorption de la peau sont activées par l’état de (sommeil. En effet, alors le système nerveux seul a cessé son action , et ces phénomènes ont été modifiés : ne parait-il pas probable, par conséquent, que ce système nerveux maintient ces fonctions dans leur état normal, peut-être en tenant pressées plus fortement les unes contre les autres les diverses parties élémentaires de la membrane tégumentaire , de manière à empêcher les fluides de marcher avec autant de facilité dans ses interstices? ( F. Bla:;d:n. )
AnàT, G£ïf. T. I.
ÎO
intermittence, à laquelle il est périodiquement soumis, devrait en déterminer une dans toutes les absorptions séreuse, synoviale, médullaire, etc.: cependant, elles ont beu continuellement. Il en est de même de toutes les fonctions auxquelles préside la sensibilité organique : elles sont essentiellement continues, quoique les actions nerveuse et cérébrale soient essentiellement intermittentes.
4°. Même observation pour les sécrétions, quoi qu’en ait dit Bordeu. Je renvoie, du reste, sur ce point au Système glanduleux.
5°. La nutrition a lieu dans des parties qui ne reçoivent manifestement aucun nerf, dans les cartilages, les tendons, etc.; elle se fait dans les membres paralysés; ses altérations sont toujours actuellement indépendantes de celles du système nerveux. Les personnes où ce système est le plus exalté, qui sont les plus sensibles, 11e sont pas celles où la nutrition est le plus active. Dans aucune expérience on n’a, je crois, jamais pu influencer la nutrition en agissant sur le cerveau, sur les nerfs ou sur la moelle épinière. Sans doute le marasme succède à il toutes les maladies nerveuses prolongées; mais c’est j un phénomène commun à une foule de maladies. Dans les paralysies, le long repos, autant que le défaut d’action des nerfs, influe sur l’atrophie; car celle-ci reste très-long-temps sans se manifester. Qui ne sait que souvent au bout de deux, trois, quatre ans même, le membre malade est exactement égal à celui qui est sain ? D’ailleurs , la nutrition naturelle obéit aux mêmes lois que les nutritions accidentelles, comme celles qui arrivent dans
ÜE LA. VIE ANIMALE. 2^3
la formation des tumeurs fougueuses, sarcomateuses, dans les bourgeons charnus, -etc. Or, les nerfs cérébraux sont bien manifestement étangers à toutes ces productions; jamais elles n’en renferment: phénomène bien différent de celui que nous offre le système artériel, lequel se développe presque toujours d’une manière remarquable dans ces tumeurs. Enfin, nous verrons plus bas que les nerfs ne sont jamais en proportion d’accroissement avec les parties auxquelles ils se distribuent.
D’après tout ce que nous venons de dire, il est évident que tous les phénomènes auxquels préside ce qu’on nomme communément les forces toniques, savoir, la sensibilité organique et la contractilité insensible, sont actuellement indépendans de l’action nerveuse ; que ces propriétés ne sauraient, par conséquent, comme celles de ki vie animale, nécessiter cette action. Chaque espèce de sensibilité a ses phénomènes maladifs auxquels elle préside. Les inflammations , toutes les suppurations , la formation des tumeurs, les hydropisies, les sueurs, les hémorrhagies, les vices de sécrétions, etc., etc., tiennent à des altérations de la sensibilité organique; tandis que tout ce qui est spasmes, convulsion , paralysie, somnolence, torpeur, lésion des fonctions intellectuelles, etc., etc., tout ce qui, en un mot, tend dans les maladies à rompre nos rapports avec les corps environnans, appartient à des altérations de sensibilité ou de contractilité animale, et suppose un trouble plus ou moins marqué dans le système nerveux.
En général, les maladies qui troublent les fonc-
a44 système nerveux
lions de la vie animale sont d’une nature toute différente de celles cjui rompent l’harmonie de la vie organique: ce ne sont plus le même caractère, la même marche, les mêmes phénomènes. Mettez d’un coté les lésions des sens extérieurs, la cécité, la surdité, la perte du goût, etc.; celles des sens internes, la manie, l’épilepsie, l’apoplexie , la catalepsie, etc. ; celles des mouvemens volontaires , etc.: de l’autre coté, placez les fièvres, les hémorrhagies, les catarrhes, etc., et toutes les maladies qui troublent la digestion, la circulation, la respiration, la sécrétion , l’exhalation, l’absorption, la nutrition , etc.; vous verrez quelle immense différence les sépare.
Les médecins emploient trop vaguement le mot influence nerveuse . Si, en médecine comme en physiologie, on s’habituait à ne se servir que d’expressions auxquelles un sens précis et rigoureux fût attaché, celle-ci serait infiniment moins employée.
Il paraît que les nerfs ont quelque influence encore peu connue sur la production de la chaleur animale. Voici différens faits qui se rapportent à cette influence, i". Dans l’anévrysme, la ligature du nerf est souvent suivie d’un sentiment de torpeur et de froid général dans le membre. •x>. Quelquefois, dans les hémiplégies, la partie affectée est inférieure en température à celle qui est saine, quoique cependant le pouls soit aussi fort d’un côté que de l’autre. 3°. Un des caractères des fièvres ataxiques, dont le siège spécial est dans le cerveau, c’est souvent une irrégularité remarquable dans la
température des différentes parties du corps. 4°* Les animaux à système nerveux très-caractérisé, comme les quadrupèdes et les oiseaux , sont, de tous , ceux où le degré de chaleur naturelle est le plus marqué. 5°. Je connais une personne qui a eu le nerf cubital coupé par un morceau de verre au-dessus du pisiforme, et dont le petit doigt et l’annulaire sont constamment restés plus froids. 6°. Souvent, dans les luxations, la compression des nerfs par les têtes osseuses produit un effet analogue, etc.
Cependant il s’en faut de beaucoup que la chaleur augmente toutes les fois que le système nerveux accroît son action , ou qu’elle diminue lorsque cette action devient moindre. Il y a même autant de cas où la chaleur paraît indépendante du système nerveux , qu’il y en a où elie lui semble liée; en sorte que nous sommes bornés encore ici à recueillir les faits sans en tirer des conséquences générales.
Sympathies.
Je divisç ce que j'ai à dire sur les sympathies des nerfs comme ce que j'ai dit sur leurs forces vitales; c’est-à-dire que je vais examiner d’abord les rapports que chaque nerf entretient avec les autres parties, qu’ensuite je parlerai de l’influence générale que le système nerveux exerce sur les sympathies, et du rôle qu’il y remplit.
Sympathies propres aux nerfs.
11 n’est pas question dans les rapports du système nerveux avec les autres systèmes de ceux qu’il
ll\& SYSTÈME NERVEUX
entretient avec les muscles et avec le cerveau. En effet, ces rapports sont naturels; car les uns ne peuvent être affectés sans que les autres ne s’en ressentent. Ces trois organes n’en font, pour ainsi dire, qu’un sous ce point de vue : ainsi le battement des artères est-il toujours enchaîné à l’action du cœur, etc. Toute idée de sympathie exclut celle d’un enchaînement naturel de fonctions. Barthez s’est trompé sur ce point. Je parle uniquement des rapports contre nature, des phénomènes qui surviennent entre un organe et une portion du système nerveux qui n’est point liée avec lui par l’ordre naturel de la vie : or, considérées ainsi , les sympathies nerveuses sont très-nombreuses.
i°. Deux nerfs d’une même paire sympathisent souvent entre eux. On connaît en médecine les rapports qu’il y a entre les deux optiques : l’un étant troublé dans ses fonctions, souvent l’autre le devient aussi. Cela arrive plus rarement dans les oreilles, dans les narines, etc,; mais cela y a cependant lieu. Souvent, dans la névralgie , mot que j’adopte bien volontiers , et qui manquait dans la science, pour exprimer une classe de maladies dont chaque genre porte presque un nom isolé; souvent, dis-je, dans la névralgie, un nerf souffrant, le correspondant devient douloureqx sym palhiquement. J’en ai un exemple dans ce moment-ci : c’est une femme qui depuis deux mois est attaquée d’une sciatique au membre gauche. Dans les changemens de temps une douleur exactement semblable se répand sur le trajet du nerf du côté opposé. Je lui ai fait appliquer deux vésicatoires
1)E Ï.A VIE ANIMALE
sur la cuisse primitivement malade : la douleur a disparu en même temps des deux cotés au bout de douze heures. Ainsi, pour guérir des douleurs fixées dans les deux yeux, suffit-il souvent d’agir sur un seul , etc.
20. Quelquefois deux nerfs du même côté sympathisent sans appartenir au même tronc. Ainsi, une lésion du frontal a été plusieurs fois suivie d’une cécité subite par l’affection du nerf optique, etc. (1).
3°. Dans d’autres cas, ce sont les branches d’un tronc commun qui s’influencent réciproquement ,
(1) Qu’on ne s’y trompe pas; ici, comme partout ailleurs, le mot sympathie est d’un vague désespérant ; il exprime seulement l’état peu avancé de nos explications physiolo— gico-pathologiques : c’est une inconnue enfin qu’il faut accepter comme telle, sous peine d’erreur , et dont par là on doit prendre rengagement de rechercher la valeur cachée. A mesure que la science marche , on voit successivement des explications naturelles et claires remplacer celles qui d’abord avaient eu pour base la complaisante sympathie. Ainsi, du temps de Bichat , il était tout simple de considérer comme une affaire de sympathie la lésion des fonctions oculaires , après les blessures du nerf frontal- mais aujourd’hui il en est tout autrement: les expériences de M. Magendie nous ont appris, en effet, que le nerf de la cinquième paire prend une part trcs-grande dans la sensibilité de la face et des organes des sens ; rien déplus simple et de plus facile à concevoir par conséquent que la lésion de la vision dans le cas supposé , puisque l’une des branches du nerl de la cinquième paire a été atteinte , et que l’altération de celle-ci a pu être ressentie par le tronc qui lui donne naissance. Ce n’est plus enfin un phénomène sympathique , puisque l’on voit une liaison nerveuse directe entre la partie d’où dérive la cause et celle où l’effet est produit. (F. Blandin. )
comme quand, un rameau des temporaux superficiels étant intéressé dans l’opération de l’artériotomie, toute la face, qui reçoit aussi ses nerfs de la cinquième paire, devient douloureuse, etc.
4°. D’autres fois, ce n’est point entre eux que les nerfs sympathisent, mais bien avec d’autres organes; et alors, tantôt ils influencent , tantôt ils sont influencés.
Je dis d’abord qu’ils influencent : ainsi , un nerf étant irrité d’une manière quelconque , une foule de phénomènes sympathiques naissent dans l’économie. Les maladies présentent fréquemment ces faits; c’est ainsi que, dans le tic douloureux et dans les maladies analogues , où le système nerveux est spécialement affecté, tantôt la sensibilité animale est exaltée dans diverses parties éloignées; et de là les douleurs qu’on éprouve souvent à la tète ou dans les viscères intérieurs, douleurs qui cessent quand la cause qui les entretenait a disparu : tantôt c’est la contractilité animale, et de là les convuslions qui surviennent quelquefois dans des muscles différens de ceux qui reçoivent des branches du nerf affecté. Dans certains cas, c’est la contractilité organique sensible qui est excitée sympathiquement par les affections nerveuses: ainsi , dans les accès des douleurs névralgiques, souvent il y a des vomissemens spasmodiques, le coeur précipite son action, etc. On peut , dans les expériences , déterminer les mêmes phénomènes: ainsi, en agissant sur les nerfs des membres inférieurs ou supérieurs , en les irritant d’une manière quelconque , après qu’ils ont été mis à nu, j’ai fréquemment occasioné des vo-
missemens ou des convulsions dans des muscles absolument étrangers aux nerfs que j’irritais.
En second lieu , les nerfs peuvent être influencés par les organes malades : c’est ainsi que , dans une foule d’affections aiguës et chroniques, des douleurs sympathiques se répandent sur le trajet de différens nerfs, aux membres surtout. Comme la sensibilité animale est la propriété dominante des nerfs , c’est presque toujours elle qui y est mise sympathique- I ment en jeu. Les médecins n’ont point distingué avec assez de précision ce qui , dans les douleurs i des membres, appartient aux nerfs , d’avec ce qui a | son siège dans les muscles , les aponévroses , les tendons , etc,
| Influence des Nerfs sur les Sympathies des autres
organes.
Les auteurs ont été extrêmement divisés sur la : cause qui entretient les sympathies. Comment un organe qui n’a aucun rapport avec un autre qui est souvent très-éloigné , peut-il l’influencer au point d’y produire des désordres très-graves, par la seule raison qu’il est affecté ? Ce phénomène singulier se présente souvent dans l’état de santé: mais il est si prodigieusement multiplié dans les maladies , que, si on ôtait de chacune les symptômes qui ne sont pas exclusivement dépendons du trouble de la fonction qui est spécialement altérée, elles offriraient un état de simplicité aussi facile pour leur étude que peu embarrassant pourl eur traitement. Mais à peine un organe est-il affecté, que tous semblent ressentir simultanément le mai qu’il éprouve,
üSo SYSTÈME NERVEUX
et que clîacun paraît s’agiter à sa manière pour chasser la cause morbifique fixée sur l’un d’eux.
La plupart des auteurs ont cru que les nerfs étaient le moyen général de communication qui lie les organes les uns aux autres , et qui enchaîne ainsi leurs dérangemens. Les anastomoses ne leur ont paru destinées qu’a cet usage : et , dans cette opinion , les uns ont pensé que le cerveau est toujours immédiatement affecté ; les autres ont rejeté cet intermédiaire. La communication des parties par le moyen des vaisseaux sanguins a paru aussi une cause de sympathies. D’autres ont admis la continuité du tissu cellulaire ; quelques-uns celle des membranes muqueuses. Je ne m’attacherai point à réfuter en détail ces différentes hypothèses : j’observerai seulement que, si aucune n’est applicable à tous les cas de sympathies , c’est qu’on a envisagé d’une manière trop générale ces aberrations des forces vitales. On a cru qu’un principe unique leur présidait, et on a recherché ce principe. Mais il faut nécessairement, pour décider la cause qui entretient les sympathies, les diviser, comme je l’ai fait pour les propriétés vitales : car , de même que chacune de ces propriétés suppose des phénomènes différens , de même les sympathies qui les mettent en jeu diffèrent aussi. Pour bien faire saisir cette distinction des sympathies , supposons un organe malade , l’estomac , par exemple: il devient alors un foyer d’où partent une foule d’irradiations sympathiques, quimettent en jeu, dans d’autres parties, tantôt la sensibilité animale , comme quand des douleurs de tête se manifestent alors; tantôt la con-
2Ôl
tractilité de même espèce, ce qui a lieu lorsque les vers de l’estomac donnent des convulsions aux enfans; tantôt la contractilité organique sensible , qui,
> exaltée dansr le cœur par certaines coliques stomai cales, occasione la fièvre; souvent la contractilité ; organique insensible et la sensibilité organique, comme quand les affections gastriques augmentent sympathiquement les sécrétions qui se font sur la langue, et y produisent un enduit muqueux. Il y a donc des sympathies de sensibilité et de contractilité animales, de sensibilité et de contractilité organiques. Cela posé , examinons la cause de chacune.
i°. Quand la sensibilité animale s’exalte sympathiquement dans une partie , cela ne dépend pas toujours des communications nerveuses ; car souvent l’organe où est la cause matérielle de la douleur ne reçoit point de nerfs, comme les tendons , i les cartilages , etc. : donc il ne peut communiquer par eux avec celui où l’on rapporte cette douleur.
! D’un autre côté, nous avons vu plus haut qu’il est encore très-incertain que les nerfs soient les agens uniques qui portent au cerveau les sensations intérieures : donc on ne peut pas dire que l’organe affecté agit d’abord sur lui par leur moyen, et qu’il réagit ensuite sur la partie où l’on rapporte la douleur , par ceux qui s’y rendent. Peut-on concevoir que le tissu cellulaire soit un agent de communication de la douleur, lui qui est insensible? D’ailleurs , remarquez que les parties les plus abondamment pourvues de ce tissu , comme le scrotum , le médiastin , etc., ne sont pas celles qui sympathisent
le pins. J’en dirai autant des vaisseaux sanguins , qui, par leur nature, ne sont nullement propres à transmettre la sensibilité animale, et qui d’ailleurs n’existent pas dans tous les organes.
Il paraît que toutes les douleurs sympathiques ne sont autre chose qu’une aberration du principe sensitif interne, lequel rapporte à une partie une sensation dont la cause existe dans une autre. Ainsi, quand l’extrémité du moignon fait souffrir le malade qui vient d’éprouver une amputation , le principe qui sent en lui éprouve bien la sensation , mais il se trompe sur l’endroit d’où elle part : il la rapporte au pied qui n’existe plus. Il en est de même quand , une pierre irritant la vessie , c’est l’extrémité du gland qui souffre. Aussi, toute sympathie de sensibilité animale est caractérisée par l’intégrité de la partie*où nous rapportons la douleur , et par la cessation de cette douleur sympathique dès que la cause qui agit ailleurs a cessé. Il est donc probable , quand une partie souffre sympathiquement, que celle qui est le siège de la cause matérielle de la douleur agit d’abord sur le cerveau, soit par les nerfs, soit par un moyen que nous ignorons; et que , quand celui-ci perçoit la sensation qui lui arrive , il se méprend sur cette sensation, et la rapporte à une partie d’où elle ne naît point, ou bien il la rapporte en même temps et à l’endroit d’où elle naît , et à un autre où elle n’existe point , car cela arrive assez communément : la pierre, par exemple, fait en même temps souffrir et à la vessie et au bout du gland.
Ces aberrations de sensibilité animale existent
donc entièrement dans le cerveau ; c’est une irrégularité , un trouble dans la perception. Cette irrégularité présente des phénomènes très-analogues à ceux-ci: on rapporte souvent à la peau un sentiment de chaleur comme nous le verrons, quoique le calorique ne s’y dégage pas en plus grande quantité ; on sait que souvent la sensation de la faim et celle de la soif sont purement sympathiques , et que la cause qui les produit dans l’ordre naturel n’existe point alors dans l’estomac ni dans les intestins ; on connaît les illusions de la vision , de l’ouïe , de l’odorat même , etc. En général , on n’a pas assez étudié les irrégularités de la perception : on a analysé celles de la mémoire, de l’imagination , du jugement, etc.; celles-ci ont été*presque oubliées. Elles jouent le plus grand rôle dans le,s sympathies de sensibilité animale.
2°. La contractilité animale suppose constamment Faction nerveuse , lorsqu’elle est mise en jeu sympathiquement. En effet, nous verrons que cette propriété ne peut s’exercer sans la triple action du cerveau, des nerfs qui vont aux muscles qui se meuvent, et des muscles eux-mêmes. Donc, quand un muscle de la vie animale entre en action par l’irritation d’un organe éloigné quelconque , par la distension des ligamens du pied, par exemple, cet organe agit d’abtord sur le cerveau, qui réagit ensuite au moyen des nerfs sur les muscles volontaires , qui entrent en convulsion. Voici d’ailleurs une expérience par laquelle je me suis assuré de la nécessité de l’influen ce cérébrale et nerveuse dans les sympathies qui nous occupent. J’ai coupé tous les nerfs du membre in-
férieur d’un côté, sur différens animaux, et j’ai ensuite irrité de mille manières différentes des par-n lies très-sensibles, comme la rétine, la pituitaire J la moelle des os , etc. J’occasionais de cette manière une foule de phénomènes sympathiques , tantôt de contractilité organique , comme des vomissemens , des évacuations involontaires d’urine , de matières fécales, etc. ; tantôt de contractilité animale, dans les muscles dont les nerfs étaient restés intacts : or , jamais les muscles dont les nerfs avaient; été coupés ne sont entrés en action. J’ai répété très-fréquemment ces expériences , qui auraient certainement produit des résultats , si les communications nerveuses pouvaient, sans l’intermède du cerveau, faire contracter les muscles de la vie ani- i male. J’observe, à ce sujet , qu’on n’a point eu assez égard , dans les expériences sur la sensibilité , aux phénomènes sympathiques. Je ne sache pas 1 même que ces phénomènes aient été l’objet d’aucun essai sur les animaux , avant ceux dont je donne ici les premiers résultats , et que je me propose de multiplier encore sous d’autres points de vue. Il y a donc deux choses dans toute sympathie de contractilité animale , savoir : i° action de l’organe qui souffre sur le cerveau , par des moyens que nous connaissons encore très-peu; 20 réaction du cerveau sur les muscles volontaires. Dans cette dernière période de la sympathie , les nerfs de la vie animale sont des agens constamment nécessaires.
3°. Les nerfs cérébraux , ainsi que le cerveau , sont bien évidemment étrangers aux sympathies qui mettent en jeu la contractilité organique sen-
;ible, ou l’irritabilité. En effet , si cela avait lieu; il audrait que l’organe affecté agît d’abord sur le cerceau, et que celui-ci réagît sur le muscle involon- :aire : ainsi , quand le chatouillement fait vomir , l devrait y avoir double action de la peau sur le cerveau, et du cerveau sur l’estomac. Or, jamais e cerveau n’exerce aucune influence sur les muscles involontaires: quelle que soit l’irritation qu’on iasse éprouver aux nerfs qui s’y rendent, ils restent ntacts. Donc, quand même le cerveau serait sympathiquement affecté, il ne réagirait point sur les aauscles involontaires; donc les nerfs cérébraux ne >ont pour rien dans les sympathies de contractilité arganique sensible. La continuité des membranes a’est pas une cause plus réelle: en voici la preuve. 3n sait qu’en irritant la luette on fait soulever :’estomac : or , comme la surface muqueuse est la même pour l’une et pour l’autre, on pourrait attribuer à cette circonstance ce phénomène sympathique. J’ai donc fait une plaie à la partie latérale iu cou d’un chien; j’ai saisi l’oesophage et je l’ai coupé transversalement; la luette a été ensuite irritée : eh bien ! le chien , malgré l’interruption de continuité, a fait, comme auparavant, des efforts pour vomir. Avouons donc que nous ne connaissons point la cause des sympathies de contractilité organique sensible (i).
(i) Bichat, qui considère le vomissement comme le simple produit de la contractilité organique sensible de l’estomac, et qui à priori a établi que les muscles involontaires ne sont point sous la dépendance , du système nerveux de la yie animale , ne
a5G SYSTÈME NERVEUX
4°. J’en dirai autant des sympathies de sensibilité organique et de contractilité insensible. Nous avons prouvé que les nerfs n’ont aucune influence sur ces deux propriétés; qu’en agissant sur eux, on ne les augmente ni on ne les diminue en aucune manière, que jamais leurs maladies ne troublent les fonctions auxquelles ces propriétés président : donc, quand elles sont sympathiquement altérées, les nerfs paroissent étrangers à ces phénomènes. Ainsi, i° toute exhalation sympathique , comme les sueurs des phthisiques, certaines infiltrations séreuses qui; arrivent presque tout-à-coup, etc., toute sécrétion de même nature , comme celles qui arrivent dans une foule de maladies nous en offrent des exemples, etc., 3° toute absorption analogue, triple fonction présidée par les propriétés précédentes „ sont évidemment étrangères à l’influence nerveuse de la vie animale. J’en dirai autant des influences cellulaire, vasculaire, etc. Certainement on ne peut se fonder sur aucune donnée positive pour expli-
peut concevoir le vomissement dans les cas d’irritation de îi» luette : mais aujourd’hui que nous savons la part très— grandfc qu’ont , dans l’acle du vomissement , les muscles des parois abdominales supérieure et antérieure , le vomissement , dans les cas cités, nous paraît tout aussi facile à concevoir que la toux lorsque des mucosités irritent le larynx. Dans l’une et dans l’autre circonstances , la partie stimulée transmet au cerveau, ài l’aide de ses nerfs, l’impression qu’elle a reçue; et non-seufe’— ment celui-ci agit sur les muscles abdominaux ou thoraciques avec une énergie qui toujours est en rapport avec la force de l’int* pression qu’il a reçue, mais encore souvent il ne peut empêcher, si ce n’est momentanément, cette réaction. ( F. Blandin.)
quer comment ces moyens de communication font suer quand le poumon est affecté, font verser la salive dans la bouche quand, la membrane palatine est irritée, etc.
De tout ce qui a été dit jusqu’ici, il résulte : i° que les sympathies de sensibilité animale paraissent être, dans le plus grand nombre des cas, une aberration du principe qui perçoit en nous , et qui se trompe alors sur le lieu où agissent les causes des sensa- ; tions; que les sympathies de contractilité animale ; exigent inévitablement l’intermède du cerveau, mais que nous ignorons comment la partie affectée agit sur ce viscère , quoique nous sachions très-bien comment ce viscère , sympathiquement excité , réagit sur les muscles pour les faire contracter; 3° que les causes des deux genres de sympathies organiques sont absolument inconnues, et qu’un voile épais couvre les agens de communication qui lient, dans ce cas, l’organe d’où part l’influence sympathique à celui qui la reçoit.
C’est cette obscurité des causes sympathiques qui a fait que j’ai entièrement négligé toute espèce d’opinion hypothétique pour classer les sympathies. Dans cet ouvrage , où je les examine dans chaque système d’organes, je n’ai eu égard qu’à la division naturelle, à celle qu’indiquent les forces vitales, dont les sympathies ne sont qu’un exercice irrégulier. Or, en s’en tenant à la plus rigoureuse observation, il est évident que cette division est la seule qui soit susceptible d’être admise; et je crois qu’il n’y en a pas d’autre à employer , avant que nos connaissances soient assez étendues pour nous engager à les classer Ahal ckh. t. n
d’après les causes qui les déterminent, et non d’après les résultats quelles nous offrent.
Au reste , je ne saurais trop recommander de bien distinguer ce qui leur appartient, d’avec ce qui tient à l’enchaînement naturel des fonctions. Voyez ce qui arrive dans la syncope, dans l’apoplexie et dans l’asphyxie : un organe est malade ; tous les autres cessent aussitôt d’agir. Eh bien, les sympathies ne sont pour rien dans ces phénomènes. Les médecins ont été très-embarrassés de classer ces affections qu’ils ont rapportées, tantôt aux nerfs, tantôt aux systèmes sanguins, etc. : voici ce qui arrive dans chacune.
i°. Le cœur cesse le premier d’agir dans toute, syncope, soit qu’elle soit due à une passion, à une odeur pénible, etc. La circulation étant arrêtée, le cerveau n’est plus excité par le sang; il cesse son action, et toute la vie animale s’interrompt. La vie organique, que le sang entretient, est aussi subitement anéantie, a0. L’asphyxie commence par le poumon : la respiration se trouble; elle envoie au cerveau un sang qiyi ne peut l’exciter; celui-ci cesse de correspondre avec les sens, de déterminer les mouvemens involontaires, etc. , etc. 3°. C’est au cerveau que l’apoplexie a son premier siège ; aussi interrompt-elle tout de suite la vie animale; puis, quand elle est très-forte, le cerveau ne pouvant plus entretenir les mouvemens des muscles intercostaux , ces mouvemens s’arrêtent ; l’action mécanique, puis la chimique du poumon cessent; la circulation ne peut se faire, et la vie organique s’interrompt. On voit donc que, dans tous les phéno-
DE LA VIE ANIMALE. • a5q
mènes de ces affections , la lésion d’un organe entraîne, par une conséquence naturelle, la suspension d’action des autres.
Cela est tout différent dans les sympathies. Ainsi les fonctions de la peau étant suspendues , ce sont tantôt les poumons, tantôt l’estomac, tantôt les intestins, qui s’en ressentent et qui s’affectent. Ces phénomènes sympathiques peuvent se manifester , comme ne point se développer; au contraire, quelle que soit celle des actions cérébrale , pulmonaire ou cardiaque , qui soit troublée , il est impossible que les deux autres ne s’altèrent pas consécutivement.
§ III. Propriétés de reproduction.
Les nerfs se reproduisent-ils quand ils ont été coupés (i)?Les expériences de plusieurs anatomistes distingués le prouvent évidemment. Quel est le mode de cette reproduction? Pour peu qu’on examine le résultat de ces expériences , il est facile de voir qu’il n’a rien de particulier pour le système nerveux, que c’est une simple cicatrisation analogue au cal des os , à la cicatrice de la peau , etc. Quand un nerf a été coupé, ses deux bouts s’enflamment, le tissu cellulaire qu’il contient pousse des végétations , par la propriété de reproduction que nous lui avons reconnue. Ces végétations venant à se rencontrer , contractent ensemble des adhérences qui réunissent les deux bouts divisés du
(i) Foy.h. la fin de ce Système la noie d’anatomie patholo-* gicjue.
a6û • SYSTÈME NERVEUX
nerf. Comme le tissu cellulaire , moyen d’union J naît de l’extrémité coupée du névrilème, ainsi que de celui qui est intermédiaire aux cordons , il participe à la nature névrilématique , et devient un parenchyme de nutrition dont le mode de sensibilité organique est analogue à celui des nerfs , et dont les vaisseaux viennent, pour cela, y déposer la substance médullaire , laquelle donne une apparence nouvelle à la cicatrice nerveuse , et la fait ressembler assez bien à la texture des nerfs eux-mêmes. Cependant comme les végétations nées des bouts divisés ne se font point d’une manière régulière , jamais dans l’endroit de la réunion il n’y a une disposition filiforme comme dans le nerf lui-même : ainsi le cal d’un os long, quoique analogue à cet os, n’est-il jamais régulièrement disposé comme lui en fibres longitudinales; ainsi une cicatrice cutanée a-t-elle toujours une irrégularité d’organisation qui tient au mode irrégulier que le parenchyme de cicatrisation a suivi dans son développement.
La cicatrice des nerfs est donc analogue à celle des os. Dans le premier temps , inflammation ; dans le second , végétation du tissu cellulaire qui doit servir de parenchyme nutritif; dans le troisième, adhérence de ces végétations ; dans le quatrième , exhalation de la substance médullaire dans le parenchyme. C’est cette substance médullaire qui fait différer cette cicatrice de l’osseuse, où le phosphate calcaire et la gélatine se déposent, de la musculaire, que la fibrine pénètre , etc. Quelquefois il y a un renflement en forme de ganglion à l’endroit de la réunion des nerfs: cela dépend de la végétation plus
considérable du tissu cellulaire; ainsi le cal est-il quelquefois renflé. D’autres fois, si le contact a été exact, on n’aperçoit qu’une légère différence. Ce sont là des variétés qui ne changent rien à la nature de la cicatrisation.
Il résulte de tout cela que la régénération des nerfs , qui a été dans ces derniers temps l’objet de beaucoup de recherches , et que Cruikshank , Monro , etc. , ont surtout démontrée , n’offre , comme je l’ai dit , rien de particulier pour le sys- I tème nerveux; quelle n’est qu’une conséquence des lois générales de la cicatrisation , et une preuve de l’uniformité constante des opérations delà nature, quoique ces opérations présentent au premier coup d’œil des résultats différens. Jamais un nerf coupé dans tout son trajet ne se reproduit comme l’ongle ouïe cheveu, qui prennent une longueur, une forme , une apparence exactement égales à celles qu’avait la partie coupée, etc. C’est sous le point de vue sous lequel nous les avons présentées , et non sous ce dernier, qu’il faut envisager les reproductions nerveuses.
ARTICLE ÎY.