DÉVELOPPEMENT DU SYSTÈME NERVEUX DE LA VIE ANIMALE
§ Tr. État de ce Système chez le fœtus,
Le système nerveux de la vie animale est un de ceux dont le développement est le plus précoce. Si
le cœur est le premier en mouvement , le cerveau présente le premier un volume très-sensible. La disproportion de la tête avec les autres parties est remarquable dès les premiers temps de la conception; elle a un excès de grandeur qui estmonstrueux, quand on compare cette grandeur à celle des âges suivans. Or , il est évident que c’est le cerveau qui la détermine , que les os et les membranes qui l’entourent n’ont une étendue précoce qu’à cause de lui.
On dirait qu’en créant d’abord le cœur et le cerveau, et qu’en faisant que leur développement précède (i) de beaucoup celui des autres organes, la nature a voulu d’abord poser les fondemens de l’organisation des deux vies. Car , d’un côté , c’est le cerveau qui est le centre de l’animale ; c’est à lui que se rapportent les sensations ; c’est de lui que partent les mouvemens volontaires : d’un autre côté, en poussant le sang vers tous les organes, le cœur
(i) Le cerveau , loin de précéder dans le développement les autres parties du système nerveux de la vie animale , est , au contraire, le dernier sous ce rapport. De bonne heure, sans doute , le crâne offre un grand volume , mais sa cavité n’est encore distendue que par un liquide, au sein duquel doivent apparaître les premiers linéamens d’organisation de l’encéphale, mais dans lequel ou ne saurait dire qu’il existe déjà. Au reste , dans le même temps , de toutes parts , on trouve les nerfs parfaitement dessinés hors de la boîte encéphalo-rachidienne ; bien mieux encore, à une époque plus avancée , la moelle épinière et la protubérance annulaire existent , tandis que le cerveau est rudimentaire; il en est de même pour le cœur, comme il sera (lié plus tard. ( F. Blandin, )
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préside évidemment à la circulation , aux sécrétions , aux exhalations, à la nutrition, etc., qui composent par leur ensemble la vie organique. Une fois que ces deux bases essentielles existent, la nature commence à bâtir, ou plutôt à développer autour d’elles le double édifice organisé, qui doit d’une part faire communiquer l’animal avec les corps extérieurs , de l’autre le nourrir.
Malgré ces précoces développemens , le cerveau n’est point comme le cœur dans une activité permanente : ses deux grandes fonctions, relatives au sentiment et au mouvement , sont presque nulles. Par là même les fonctions intellectuelles ne sont que dans une action très-obscure , si réellement elles ont commencé. Le cerveau est donc , pour ainsi dire, dans l’attente de l’acte : il n’agit pas; il faut que les corps extérieurs viennent l’exciter. Je ne dis pas cependant que son inactivité soit nécessairement complète. Il peut percevoir sans doute certains mouvemens intérieurs qui se passent dans le corps , et surtout les douleurs qui s’y développent : car , si des Vices organiques se rencontrent dans le fœtus , s’il meurt souvent dans le sein de sa mère, pourquoi dans ses maladies ne souffrirait-il pas ? Peut-être le cerveau perçoit-il d’autant plus facilement la douleur, qu’il n’est point distrait par les sens extérieurs. En général , c’est une question qui mérite d’être soigneusement approfondie , que la différence des sensations extérieures et des intérieures. Nous avons vu que les premières sont constamment transmises par les nerfs , et que ce mode de transmission est incer-
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tain pour les secondes. D’un autre côté , les phénomènes, le sentiment, l’impression , etc., ne sont point les memes dans lès unes et dans les autres ; en sorte que l’examen de leurs rapports et de leurs différences est essentiel. Cet examen influera beaucoup sur la connaissance de l’espèce de vie animale dont peut jouir le fœtus. Quoiqu’il en soit, on ne saurait douter qu’elle ne soit infiniment plus rétrécie qu’après la naissance.
La mollesse du cerveau est extrême chez le fœtus; c’est véritablement une espèce de fluide mollasse que les artères, ou plutôt les exhalans qui en naissent, déposent dans leurs intervalles. Ces artères sont alors extrêmement nombreuses: aussi le cerveau a-t-il une teinte rougeâtre très-marquée. Lorsqu’on le coupe par tranches, une foule de stries de même couleur s’observent dans sa substance. Les deux portions, corticale et médullaire, de cette substance sont infiniment moins distinctes que par la suite, parce que la seconde est beaucoup moins blanche. L’alcali caustique les dissout à cette époque de la vie avec une extrême facilité. Son premier effet, avant la dissolution complète , est de changer la substance cérébrale en une matière gluante, visqueuse, transparente, un peu rougeâtre cependant, et filant presque comme du blanc cl’œuf. Ptien de semblable ne s’est remarqué dans mes expériences sur le cerveau de l’adulte , traité par l’alcali caustique. Les acides coagulent la substance cérébrale du fœtus, qui cependant ne parvient jamais par eux à un degré de dureté semblable à celui qu’ils produisent dans les âges suivans.
L’extrême mollesse du cerveau rend extrêmement difficile sa dissection chez le fœtus (i).
Les nerfs de.la vie animale ont un développement proportionnel à celui du cerveau. Tous sont très-gros relativement aux autres parties : aussi le fœtus et l’enfant peu avancé en âge sontils les plus propres à l’étude du système nerveux , que le moindre développement des autres systèmes rend plus apparent. Leur substance médullaire est, comme la cérébrale et celle de l’épine , extrêmement molle , diffluente même sous le doigt, ainsi qu’on peut le voir sur la partie antérieure de l’optique , où elle est très-manifeste quoique l'enfermée dans ses canaux névrilématiques; dans la partie postérieure de ce même nerf et dans l’olfactif, où elle existe isolément; dans l’auditif, où elle prédomine; et enfin à l’endroit de 1 origine de chaque paire , où sa proportion sur le névrilème est très-marquée.
Dans tous les autres nerfs il est beaucoup plus difficile de bien examiner cette substance médullaire , parce que le névrilème qui la contient est autant et même plus développé qu’elle à proportion de ce qu’il sera par la suite. "Voilà pourquoi les nerfs
(i) À l’aide de l’alcool concentré , on donne à l’encéphale mollasse ’du fœtus une consistance suffisante pour l’étudier d’une manière convenable. Il suffirait, pour le prouver , de citer à cet égard les belles recherches de MM. Tiedemann et Serres. Plus haut, j’ai dit en peu de mots, d’après ces anatomistes, comment procèdent dans leurs évolutions les centres du système nerveux de la vie animale. Voy. page i58. (F. Blandin.)
sont déjà très durs et très-résistans chez le fœtus , pourquoi ils peuvent soutenir des poids proportion- ; nellement très-considérables. La macération dans l’eau, à une température modérée, augmente cette résistance comme chez l’adulte ; elle rend le nerf plus dur , sans accroître son volume. On dirait que ce fluide agit d’abord sur le névrilème d’une manière opposée à l’action qu’il exerce sur les autres substances animales ; enfin il le ramollit aussi , et il difflue.
Les vaisseaux sont en proportion beaucoup plus considérables dans les nerfs du fœtus que dans ceux de l’adulte. Aussi ces derniers présentent-ils , dans j leur couleur blanchâtre , une teinte livide dépendant de l’espèce de sang qui les pénètre: c’est le même phénomène qu’au cerveau.
Le développement des nerfs cérébraux dans le premier âge présente un phénomène qui le distingue essentiellement du développement des artères. En effet, celles-ci suivent toujours l’accroissement des parties où elles vont se rendre. Ainsi, la face moins développée proportionnellement chez le fœtus , a de moins grosses artères. Il en est de même des viscères du. bassin , dont les artères , très-petites , reçoivent peu de sang, lequel ne les pénètre et ne les dilate que quand les ombilicales sont fermées. Au contraire, le volume des artères cérébrales, gastriques, etc., est très-considérable. Eh bien ! les nerfs sont absolument indépendans , dans leur accroissement, de celui des parties auxquelles ils se distribuent. L’olfactif, dont l’organe est si rétréci chez le fœtus, a les mêmes proportions que Top-
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tique et l’auditif, qui ont les leurs déjà si formés. Il en est de même de tous les nerfs des muscles volontaires : leur proportion de développement est uniforme , quoique les muscles varient dans leur volume , suivant les régions. Si , abstraction faite des régions, on examine d’une manière- générale et comparativement les systèmes nerveux cérébral et musculaire animal, on voit que le premier prédomine alors manifestement sur le second, tandis que dans l’homme adulte ce sont les muscles qui , proportionnellement à ce qu’ils étaient chez le fœtus, l’emportent sur les nerfs qui viennent s’y rendre. Le nerf vague , qui va se distribuer à des organes dont l’accroissement n’est point dans le même rapport , présente cependant la même proportion de volume que par la suite , dans ses diverses branches.
Cette double disposition opposée des deux systèmes artériel et nerveux cérébral prouve , d’une part, le rapport immédiat du premier avec l’accroissement et la nutrition; d’une autre part, le peu d’influence que le second exerce sur eux.
Les nerfs sont, comme le cerveau principalement, inactifs avant la naissance , quoiqu’ils offrent un grand développemeht. C’est à cela qu’il faut attribuer l’absence constante de leurs affections à cette époque.
Ils existent invariablement dans le fœtus , au lieu que le cerveau, et même la moelle de l’épine, manquent quelquefois; ce qui constitue les acéphales. Je dirai ailleurs comment le fœtus peut exister ainsi : je remarque seulement ici que le
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cœur, le foie et les autres viscères principaux de 1; vie organique, sont au contraire rarement de moint chez le fœtus (q). Pourquoi? parce que, pour croître végéter et se nourrir, tous les organes essentiels de cette vie sont nécessaires; et que ces phénomènes 1 peuvent très-bien s’opérer sans l’influence cérébrale, qui est principalement destinée à présider à la vie animale, laquelle ne doit spécialement em trer en exercice qu’à la naissance.
§ II. Etat du Système nerveux pendant V accrois ■> sement.
A la naissance, le système nerveux animal éprouve une révolution remarquable par le sang rouge qui le pénètre : jusque là le sang noir seul circulait dans ses vaisseaux. La différence subite qu’éprouve la cir* culation doit manifestement influer sur ses fonctions. En effet, la moindre substance étrangère, différente du sang rouge, que pendant la vie on pousse vers le cerveau par la carotide, suffit pour y produire un
(i) Ce n’est pas seulement dans ce point de scs ouvrages que Bichat émet cette idée sur la rareté de l’absence du cœur : par conséquent, c’est pour lui une croyance arrêtée, qu’il importe d’autant plus de relever qu’elle est entachée d’une inexactitude grave. On sait au contraire aujourd’hui, de la manière la plus positive, que le cœur manque fréquemment chez les fœtus acéphales ; cette absence du cœur constitue même un caractère tellement constant de Yacéplialie , qu’un anatomiste (Elben) a décrit les fœtus de cette classe sous le nom de monstres sans cœur , et que l’on cite à peine deux cas bien constatés de persistance du centre circulatoire cljez les acéphales. (F. Blandin.)
trouble remarquable , et souvent même la mort , comme je m’en suis tant de fois assuré. Pourquoi? parce que ce n’est pas seulement comme véhicule de ' la matière nutritive que le fluide poussé par les artères agit sur le cerveau, mais encore comme excitant, comme stimulant. Le changement d’excitation qu’éprouve subitement le cerveau à la naissance doit inévitablement augmenter son activité vitale, lui en donner une nouvelle, et le rendre propre à des fonctions qu’auparavant il ne remplissait pas , à celle de recevoir les sensations.
L’asphyxie est réelle toutes les fois que le poumon ne se développe pas après la naissance , qu’il ne reçoit pas l’air, et n’envoie pas par conséquent du sang rouge au cerveau. Quelques mouvemens des muscles peuvent sans doute se faire; mais jamais la vie animale ne commence dans toute sa plénitude que quand les organes qui l’exécutent commencent à être influencés par le sang rouge. Ce sang est une cause générale d’excitation intérieure. Cette excitation directe agit simultanément avec la sympathique que le cerveau éprouve de la part de la peau et des surfaces muqueuses que les agens extérieurs agacent tout à coup au sortir du foetus hors de la matrice. Le poumon et le cerveau s’influencent donc réciproquement à cette époque, le premier en envoyant du sang rouge au second, celui-ci en mettant en jeu le diaphragme et les intercostaux , qui font pénétrer dans celui-là l’air nécessaire à la production de ce sang rouge ; d’où l’on voit que les autres excitations agissent avant celle de ce sang, puisque, avant sa forma-
tion, le cerveau a déjà du être un principe de mou vement.
Au reste, le cerveau et tout le système nerveuf sont d’autant plus vivement excités par les princi pes nouveaux que le sang a empruntés de l’air, que i° leurs vaisseaux sont à proportion plus considé râbles et plus nombreux que par la suite; que 20 toutes les artères cérébrales abordent du côté d< la base du crâne, où d’un côté se trouve l’originè des nerfs, et qui d’un ai tre côté est, sans contredit la partie la plus sensible de tout l’organe.
Il y a certainement une très-grande différend! entre l’asphyxie qui survient à l’adulte, et l’état où se trouve le fœtus; puisque, dès que la première! est prolongée, la vie organique cesse, tandis qui cette vie est en pleine activité chez le fœtus. Auss le sang noir des artères des asphyxiés et celui de: artères du fœtus ne se ressemblent nullement pai leur composition. Cependant ces deux états pré sentent une espèce d’analogie surtout sous le rapport de la diminution remarquable, de l’absenci même de la vie animale, qui les caractérisent tous deux. Or, en asphyxiant un animal à volonté par un robinet adapté à sa trachée-artère, j’ai toujours vu cette vie s’anéantir à mesure que le sang noir pénètre le cerveau; et, lorsqu’elle est en partie suspendue, se réveiller tout à coup et reparaître, quand, en ouvrant le robinet, je faisais parvenir du sang rouge au cerveau , dans les nerfs et dans toutes les parties. Ces expériences peuvent donc, jusqu’à un certain point, nous donner une idée de la part que le sang rouge prend, à l’époque de la
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naissance , au développement de la vie animale ; je dis la part, car il s’en faut de beaucoup, comme nous le verrons , qu’il soit la seule cause qui la mette en jeu.
Long-temps après la naissance, et meme pendant presque tout l’accroissement, le système nerveux, et le cerveau, qui en est le centre, prédominent sur les autres systèmes par leur développement : cependant cette prédominance n’est pas uniforme à toutes les époques, elle va toujours en diminuant jusqu’à la puberté , où le système nerveux se met en équilibre avec les autres, et où ce sont les organes génitaux qui lui succèdent dans la supériorité qu’il présentait.
] Cette prédominance du système nerveux chez l’enfant influe d’une part sur ies sensations , de l’autre part sur les mouvemens volontaires.
La première influence est très-marquée : l’enfance est l’âge des sensations. Comme tout est nouveau pour l’enfant, tout fixe ses yeux, son oreille, son odorat, etc. Ce qui pour nous est un objet d’indifférence est pour lui une source de plaisirs : ainsi l’homme qui se trouve au milieu d’un spectacle qu’il 11e connaît pas, éprouve de vives jouissances, que l’habitude émousse bien to t s’il y revient souven t. Il était donc nécessaire que le système nerveux cérébral fut accommodé , par son développement précoce, à la grande activité d’action où il faut qu’il se trouve alors. E11 eflet , tous les organes qui reçoivent les impressions extérieures, les nerfs qui les transmettent, et le cerveau qui les perçoit, sont vraiment, pendant la veille, en excitation perma
Û'J'l SYSTÈME ïïERVEtJX
nente chez l’enfant, lequel, au milieu dés mêmes objets que l’adulte, fatigue deux et même trois fois plus ces organes que celui-ci, pour qui la plus grande partie des objets extérieurs sont indifférens, par là même qu’ils l’ont autrefois excité. Aussi, remarquez que les périodes d’activité de la vie animale sont bien plus courtes chez l’enfant, qui fatigue ses organes en peu d’heures , chez qui par conséquent le besoin de dormir revient plus souvent, et en’qui cet état d’intermittence de la vie animale est plus profond. Il est rare que les enfans, dans les premiers mois , puissent passer toute la journée éveillés, surtout si beaucoup d’objets les ont frappés. On prolongerait leur veille en les éloignant de la lumière , des sons, etc.
La multiplicité , la fréquence des sensations de l’enfant, l’entraînent nécessairement à une foule de mouvemens qui n’ont pas de force à cause de la faiblesse des muscles , mais qui sont , comme ses sensations , extrêmement nombreux. Comme la vue présente sans cesse des objets nouveaux à l’enfant, il veut sans cesse toucher; ses petites mains sont dans une agitation continuelle, tout son corps est aussi sans cesse en mouvement. Il fallait donc que les nerfs qui servent à en transmettre le principe fussent accommodés par leur développement, comme ceux des sensations, à l’action continuelle où ils se trouvent.
Ces deux choses, le grand développement du système nerveux et la fréquence de son action, chez l’enfant, font que ses maladies sont les prédominantes de cet âge. Telle est alors la susceptibilité
du cerveau pour répondre aux excitations sympathiques, que, pour peu que les douleurs soient vives dans une partie quelconque , elles déterminent tout de suite les convulsions, lesquelles sont au moins quatre fois plus fréquentes à cet âge que dans
Iles suivans. Je remarque , à ce sujet , que les différens systèmes sont plus ou moins disposés , dans
Iles différens âges , à répondre aux sympathies , suivant que leur prédominance dans l’économie est plus ou moins marquée. La même cause morbifique
[fixée dans un organe quelconque, et qui donne des convulsions à l’enfant en agissant sympathiquement sur le cerveau , pourrait donner à une jeune fille une suppression de menstrues, en influençant la b matrice, qui commence à prédominer; à un jeune homme fort et vigoureux une péripneumonie; à un adulte, chez lequel prédominent les viscères ; gastriques, une affection de ces viscères, etc. C’est ainsi que les mêmes passions qui donneraient à celui-ci une jaunisse, un engorgement au foie , etc. , produisent plus particulièrement chez l’enfant une épilepsie, qui attaque le cerveau.
Non-seulement les fonctions nerveuses sont fréquemment altérées par sympathie chez l’enfant, mais c’est spécialement à cet âge qu’on trouve le plus de maladies organiques dans le cerveau, la moelle épinière , les nerfs ou les organes qui en dépendent : les fongus cérébraux, l’hydrocéphale, le spina bifida , etc. , en sont la preuve manifeste. La grande quantité de sang qui arrive alors au système nerveux influe beaucoup sur ce phénomène: Aïut. qw, q n 18
or, cette quantité est elle-même appelée par la prédominance des forces vitales.
A mesure que l’enfant grandit, son système nerveux, et le cerveau, qui en est le centre, perdent peu à peu la prédominance qui les caractérisait; leurs maladies deviennent moins fréquentes ; ils se mettent enfin au niveau des autres systèmes.
§ III. État du Système nerveux après l'accroissement,.
A la puberté, l’empire du cerveau, qui s’est insensiblement effacé, fait place à celui des organes génitaux, qui prennent un accroissement subit. Les nerfs cérébraux me paraissent avoir peu d’influence sur leur développement, comme sur celui de la plupart des autres systèmes. Remarquez en effet que tous les phénomènes de la génération sont présidés par les forces organiques, lesquelles,, comme nous l’avons vu, sont absolument indépendantes des nerfs. Aussi l’excitation vive des organes génitaux, d’où résultent le satyriasis , la nymphomanie, etc., n’a aucune analogie avec les convulsions, dont le principe est dans le cerveau, comme l’abolition de l’appétit vénérien est absolument étrangère aux phénomènes des paralysies. Cela est si vrai que souvent, pendant celles qui affectent la moitié inférieure du corps par une chute sur le sacrum, ou par toute autre cause, la sécrétion de la semence et les désirs vénériens ont lieu comme à l’ordinaire.
Au-delà de la puberté et vers fâge adulte , où
l’équilibre général est à peu près établi entre les tlifférens systèmes , le nerveux n’éprouve plus d’autres changemens que ceux dont nous avons eu occasion de parler en traitant de ce système.
§ IV. État du Système nerveux chez le Vieillard.
A cet âge de la vie, le systèmemerveux cérébral | n’a que très-peu de fonctions à remplir. En effet, du côté du sentiment, l’habitude, qui a presque | tout émoussé , fait que tous les corps extérieurs ne font plus que très-peu d’impression sur les organes des sens : plusieurs de ceux-ci , surtout l’oeil I et l’oreille , se ferment souvent aux sensations avant j la mort générale. Les nerfs ont donc peu à trans- ! mettre , et le cerveau a peu à percevoir. Du côté du t mouvement, le vieillard en exerce peu, parce qu’il sent peu; car sentir et se mouvoir sont deux I choses qui suivent en général la même proportion, j Le cerveau et les nerfs sont donc encore presque i inactifs sous ce rapport. Le premier n’est pas mis | plus en action par les fonctions intellectuelles; i mémoire, imagination, jugement, attention , etc., tout s’est affaibli, tout ne s’exerce qu’avec obscurité.
Des changemens de structure coïncident con- ! stamment avec ces changemens de fonctions. Le fœtus avait le cerveau presque fluide; le vieillard ^ l’a extrêmement consistant (i) : cet organe a passé
(i) Il y a ici véritablement erreur: loin de prendre de la ï consistance chez le vieillard , les centres nerveux de la vieani-
par une foule de gradations entre les deux âges extrêmes. On sait que les anatomistes choisissent toujours le cerveau du vieillard pour étudier ce viscère, dont toutes les parties se rompent avec moins de facilité. J’observe, à cet égard, que ce qui est naturel à cet âge indique chez le jeune homme une altération morbifique. En général, on n’a point encore assez étudié l’anatomie comparée des systèmes suivant les différins âges, pour en faire des applications à l’ouverture des cadavres.
Les vaisseaux diminuent dans le cerveau à proportion que sa dureté augmente. Sous ce rapport il a encore une disposition inverse aux deux âges extrêmes de la vie. Sa couleur devient plus terne chez le vieillard. Il est rare qu’il s’ossifie : on en a quelques exemples cependant. Les phénomènes qu’il présente, par l’action des dilférens réactifs, sont infiniment plus tardifs à obtenir que chez l’adulte , et surtout chez l’enfant : la dissolution par les alcalis en est une preuve remarquable.
On ne peut douter que cet état organique du cerveau du vieillard n’influe beaucoup sur les phénomènes précédons : c’est encore à lui qu’il faut rapporter le peu de vivacité de la douleur à cet
male deviennent mous, et tendent en cela à revenir à l’état dans lequel ils étaient chez l’enfant. Du reste, ce n’est pas seulement sous le rapport anatomique que l’on observe ce rapprochement entre la manière d’ètre du système nerveux aux deux extrémités de la vie : tout le monde connaît la frappante analogie qui les rapproche encore ôous les points de vue physiologique et pathologique. (F. Blandin. )
DE LA ŸIE ANIMALE
âge. Une tumeur cancéreuse d’un vieillard , exactement analogue par sa position , sa forme , son volume et sa nature, à celle d’un adulte, lui cause de bien moindres souffrances : les cancers de matrice , d’estomac , du sein , etc. , en offrent des exemples. Toutes les causes locales de douleur présentent aussi cette différence. Dans les expériences nombreuses que j’ai faites sur les animaux vivans, j’ai constamment observé que les jeunes donnent, quand on coupe les parties sensibles , les marques de la plus vive douleur ; tandis que les vieux en présentent infiniment moins l’expression dans la même circonstance. Je ferai aussi une observation à cet égard : c’est que la race paraît jusqu’à un certain point influer, chez les chiens, sur la vivacité de leur sentiment. Toutes les grosses espèces crient et s’agitent très-peu sous le scalpel qui coupe leur peau, leurs nerfs, etc.; tandis que toutes les petites, quoique l’âge soit avancé, se débattent, s’agitent, et témoignent, pour la moindre cause, la plus vive sensibilité.
Quant à l’influence de l’âge sur la douleur, il n’est pas étonnant que la sensibilité animale , étant devenue très-obscure dans l’état naturel , conserve dans l’état morbifique le même caractère. Le vieillard souffre donc beaucoup moins que l’adulte, et surtout que l’enfant, sous l’influence des mêmes causes; c’est une compensation de la moindre vivacité de ses jouissances. L’enfant trouve dans tout ce qui le heurte une cause de plaisir ou de douleur ; aussi le rire et les pleurs se succèdent-ils cent fois par jour sur sa petite figure : le vieillard, au
contraire, reste toujours calme ; l’indifférence est son état naturel.
Les nerfs éprouvent les mêmes changemens que le cerveau; ils durcissent peu à peu avec l’âge. Cependant leur proportion de dureté, dans le premier et le dernier âges, est bien moins marquée que celle de cet organe ; ce qui dépend du névrilème , car ce rapport paraît être le même pour la substance médullaire. Cette substance médullaire m’a paru moins abondante dans le nerf optique du vieillard; ailleurs la quantité est difficile à déterminer. La couleur des nerfs devient terne domine celle du cerveau; ils reçoivent moins de vaisseaux : jamais ils ne s’ossifient (1).
O11 dit quelquefois que les extrémités des nerfs deviennent calleuses : expression vague à laquelle on n’a jamais pu attacher le moindre sens. Quand le langage médical ne sera-t-il plus l'indice du vide et de l’inexactitude des hypothèses qui composaient autrefois la médecine ? La plupart de ces hypothèses sont passées, et cependant les noms auxquels elles ont donné naissance sont presque tous restés.
Souvent le système nerveux et le cerveau per-
(1) L’encéphale et les nerfs diminuent réellement de volume chez le vieillard : Tenon et d’autres l’ont constaté pour le cerveau. Il se passe un phénomène opposé dans l’amaigrissement rapide et l’atrophie des organes , après les maladies aiguës : le système nerveux , conservant son volume , se trouve prédominant ; de là l’excès d’irritabilité qui se remarque chez ccs individus. (Béclaud.)
DE LA VIE ANIMALE. Q.'jC)
1 dent d’avance, chez le vieillard , une partie de leurs fonctions; de là les hémiplégies, presque aussi frée quentes à cet âge que les convulsions, qui leur
• sont opposées, le sont chez l’enfant, il faut bien r distinguer ces hémiplégies séniles de celles des ; adultes : elles sont de même nature que les cécités,
, les surdités séniles; la différence n’est que dans la
• lésion du sentiment ou du mouvement (i).
(l) ANATOMIE pathologique du système nerveux de LA VIE ANIMALE.
Le système nerveux de la vie animale offre fréquemment des imperfections, qui représentent assez bien quelques-uns des états par lesquels passe l’organisme dans son évolution , ce qui les a fait I considérer généralement comme des arrêts de développement.
Mais sous quelle influence ce trouble a-t-il été produit ? Voilà l une question encore agitée aujourd’hui , sur laquelle il règne beaucoup de dissidence, et que je n’entreprendrai pas de résoudre ici : il me suffira de dire qu’une foule de causes, soit extérieures ,
1 soit intérieures, peuvent gêner ou empêcher le développement , ou Lien encore détruire ce que la nature avait déjà commencé.
Les imperfections de développement du système nerveux de la vie animale présentent deux degrés principaux, suivant qu’il y a absence totale, ou seulement absence partielle. On rencontre peu d’exemples du premier degré : Clarke seul en a rapporté un très-remarquable, dans les Transactions philosophiques. Il est très-commun, au contraire, d’observer l’absence de quelques parties seulement du système nerveux. Dans ces circonstances, les centres sont les points sur lesquels portent spécialement l’imperfection , fait dont l’intelligence ressort naturellement de ce que nous avons dit (page 262) du développement tardif de ces : centres. On conçoit, en effet, qu’un trouble, survenant même assez tard dans le développement, peut très-bien empêcher
la formation des centres nerveux, sans avoir aucune influence sur les nerfs , qui déjà étaient formés. Tantôt , comme dans cer— | tains anencéphales , tout l’axe cérébro-spinal manque, les nerfs restant intacts; tantôt l’encéphale seul n’existe pas. Dans ce der- j nier cas , les nerfs crâniens peuvent manquer complètement avec j la tête , comme dans l’acéphalie ; ou bien , au contraire , ils existentbi en formés, comme chez un grand nombre d’anencéphales; enfin , dans d’autres circonstances , l’encéphale est seulement incomplet , on rencontre quelques-unes de ses parties , surtout j celles de la base.
Presque toujours , lorsque quelques parties des centres nerveux manquent , on trouve à leur place soit un liquide que 3VI. Geoffroy Saint— Hilaire considère comme les parties nerveuses rudimentaires, soit des brides cellulo-vasculaires que je crois être les méninges plus ou moins adhérentes entre elles et confondues.
L’absence des centres nerveux ne peut être considérée comme entraînant celle des nerfs qui leur correspondent. Les exemples d’absence de tout l’axe cérébro-spinal avec persistance de tous les nei'fs de la vie animale peuvent servir à établir cette opinion : la théorie contraire serait plus difficile à soutenir.
Telles sont les lésions générales de développement du système nerveux de la vie animale , les seules qui rentrent dans le cadre de l’anatomie générale.
Les diverses parties de ce système sont sujettes aux solutions de continuité comme les autres organes ; et ces lésions sont beaucoup plus graves , en raison de l’importance de ce système. Beau- } coup d’anatomistes, notamment Fontana„Monro. Michaëlis, Arnemann, Cruikshank, Haighton , Meyer, etc., se sont occupés de j ce sujet ; mais nul ne l’a fait avec autant de succès que Béclard : | voici le résultat de ses observations.
« i°. La division d’un nerf produite par une ligature est constamment suivie de la réunion exacte des deux bouts du nerf , et du prompt rétablissement de ses fonctions.
» 2°. La section incomplète ou la piqûre , que l’on a accusées de donner lieu , chez l’homme , à des accidens si graves , ne produisent pas ces accidens dans les animaux : la réunion du nerf et le rétablissement des fonctions ont lieu très-promptement.
de la vie Animale.
» 3o. La section complète d’un nerf dans une partie peu mobile, comme, par exemple , le long des deux os de l’avant-bras 1 du cbien , au cou du même animal , le long de l’un des os de l’avant-bras chez l’homme, etc., est ordinairement suivie assez ■ promptement d’une réunion exacte et du rétablissement complet des fonctions.
» 4°. Dans les parties très-mobiles, comme au voisinage d’une articulation , lorsqu’un nerf est divisé , il s’établit , outre l’écartement primitif, qui est constant , un écartement accidentel et variable suivant les mouvemens de la partie. Dans ce cas , la réunion se fait beaucoup attendre : elle est imparfaite , si même elle a lieu ; le rétablissement des fonctions est imparfait aussi, ou même tout— à-fait nul. C’est à cela qu’il faut rapporter les résultats de quelques-unes des expériences de Meyer , et la paralysie permanente que l’on dit résulter de la section du nerf radial à la partie inférieure du bras.
» 5°. Quand il y a déperdition considérable de substance d’un nerf, soit par une excision , soit dans une plaie contuse avec destruction , il reste un grand écartement entre les deux bouts du nerf, et jamais les fonctions ne se rétablissent , quel que soit le nerf affecté ; ce qui suffit pour prouver que, lorsque le rétablissement des fonctions a lieu, les anastomoses n’y sont pour rien.
» Lorsqu’un nerf a été divisé , ajoute encore Béclard, il s’établit dans les premiers jours , autour des bouts , à leur surface et dans leur intervalle , un suintement de matière organisable : le tissu cellulaire environnant est pénétré de la même matière et a perdu sa perméabilité. Dans cet état , les bouts du nerf sont simplement agglutinés entre eux et aux parties voisines ; les fonctions sont encore suspendues comme elles l’étaient immédia—
1 tement après la section ; les deux bouts du nerf qui sont gonflés, surtout le supérieur , le tissu cellulaire environnant et la matière organisable , prennent plus de consistance et deviennent trèsvasculaires. Dans cet état, qui dure quelque temps, les deux bouts du nerf sont réunis par une substance organisée vasculaire; mais il n’y a pas encore communication de l’action nerveuse entre les deux bouts. Avec le temps , le tissu cellulaire environnant cesse d’être compacte et vasculaire ; la subtance intermediaire , plus ou
moins longue suivant le genre de blessure et les circonstances concomitantes , diminue peu à peu de volume , de consistance et de rougeur, prend l’apparence et la texture du nerf (texture constatée par l’application que Meyer a faite de l’acide nitrique à la cicatrice nerveuse ), à partir des extrémités vers le milieu de leur intervalle , et finit par en remplir les fonctions , d’autant plus exactement et d’autant plus vite que l’écartement était nul entre les bouts, comme dans le cas de ligature, ou peu considérable, comme dans le cas de section simple ou d’une très-courte excision dans une partie peu mobile. Au contraire , quand l’écartement est considérable , la réunion est nulle , ou bien elle n’a lieu que par le tissu cellulaire, qui n’acquiert pas , à une certaine distance de l’extrémité , la structure et les propriétés nerveuses.
Le temps nécessaire pour le rétablissement complet de la structure ou des fonctions des nerfs n’est pas exactement connu. Il a été certainement exagéré par ceux qui ont avancé cpi’il devait être de plusieurs années : on peut le porter à six semaines ou deux mois environ. »
La section des nerfs pneumo - gastrique et trisplanclmique réunis , comme ils le sont dans le chien , produit constamment la mort quand elle est pratiquée des deux côtés à la fois. C’est sur ces nerfs que l’on peut surtout ctudier simultanément la réparation du tissu et le rétablissement des fonctions , comme l’ont prouvé les expériences de Cruikshank et de Haighton. Ces expériences , répétées par Béclard , ont en effet donné lieu aux observations suivantes :
« Les deux nerfs pneumo-gastriques ayant été coupés le même jour sur deux chiens , l’un est mort au hout de trente heures , l’autre plus de soixante-six heures après cette double section. Un autre animal, après un intervalle de neuf jours entre les deux sections, est mort dans la nuit du quatrième au cinquième jour. Chez un quatrième , la seconde section ayant été faite vingt-un jours après la première, la mort n’est survenue que le vingt-cinquième après cette seconde section. Enfin , sur un dernier animal , la seconde section n’a été pratiquée que trente-deux jours après la première , et l’animal a survécu un mois entier à cette époque , c’est-à-dire deux mois après la première section. Nous avons trouvé
o premier nerf divisé complètement réuni. Ce chien a succombé à un empyème qui s’est développé dans la cavité gauche de la poitrine. Enfin Haighton a coupé le second nerf pneumo-gastrique six semaines après le premier , et l’animal a survécu dix-neuf mois , après lequel temps il fut tué.
» On a prétendu que l’action nerveuse , de même que l’action galvanique , pouvait s’établir à travers une substance autre que le tissu nerveux , comme un liquide ou du tissu cellulaire liu— pnecté ; on a prétendu aussi que l’action nerveuse pouvait s’exercer à distance , et franchir l’intervalle qui existerait entre les bouts du nerf; on a prétendu enfin que le rétablissement des fonctions pouvait avoir lieu par des branches anastomotiques. Si c’était par l’une ou l’autre des deux premières causes que l’action nerveuse fut continuée, cette action ne devrait pas être un seul instant suspendue , et les animaux ne mourraient dans aucune des expériences citées ci-dessus. Quant au rétablissement des fonctions nerveuses au moyen des anastomose^-, il est contredit par un grand nombre de cas dans lesquels , les nerfs ayant été coupés sur certains sujets, et , sur d’autres, excisés ou détruits par la cautérisation , les fonctions se sont rétablies dans le premier cas , et .point dans le second. Le rétablissement par les anastomoses est surtout démenti par une expérience qui consiste à recouper le meme jour , dans l’endroit de la réunion , les nerfs pneumogastriques cicatrisés après la section pratiquée antérieurement sur ces deux nerfs , à un intervalle convenable. L’animal, qui avait survécu jusqu’à ce moment , meurt dans l’espace de deux jours.
» Ce n’est donc ni par l’interposition d’une substance simplement humide entre les deux bouts du nerf divisé , ni par l’action à distance du système nerveux , ni par les anastomoses , que s’opère le rétablissement des fonctions nerveuses , mais bien par une véritable cicatrice nerveuse. L’on voit en effet les fonctions , d’abord tout — à— fait détruites, se rétablir graduellement, et suivre , dans leur rétablissement, tous les progrès de la réunion organique. On ne peut nier cependant que l’action nerveuse ne se propage à un certain degré d’une partie à l’autre d’un nerf simplement divisé , ainsi que l’ont prouvé les expériences de M. Ph. Wilson répétées eu France par M. Yavasseur. »