SYSTÈME NERVEUX DE LA VIE ORGANIQUE
CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES
Aucun anatomiste n’a encore considéré le système nerveux des ganglions sous le point de vue sous lequel je vais le présenter (i). Ce point de vue consiste à envisager chaque ganglion comme un centre particulier , indépendant des autres par son action , fournissant ou recevant ses nerfs particuliers comme le cerveau fournit ou reçoit les siens, n’ayant rien de commun , que par les anastomoses, avec les autres organes analogues : en sorte qu’il y a cette remarquable différence entre le système nerveux de la vie animale et celui de la vie organique , que le premier est à centre unique , que c’est au cerveau qu’arrive toute espèce de sentiment, et que c’est de lui que part toute espèce de mouvement ; tandis que , dans le second , il y a autant de petits centres particuliers, et par conséquent de petits sys-
(i) Winslcrw , Johnstone, Lecat, Petit et plusieurs autres physiologistes ont partagé les idées de Bichat sur les ganglions sympathiques ; mais il est juste de dire que nul n’a attaché autant d’importance à cette opinion, et surtout ne l’a soutenue avec autant de bonheur et de talent, (F. Blandin.)
tèmes nerveux secondaires, qu’il y a de ganglions.
On sait quêtons les anatomistes, même ceux qui, sans attribuer à leur expression aucun sens rigoureux, ont appelé les ganglions de petits cerveaux , les ont pris pour des dépendances , pour des renflemens des nerfs dans le trajet desquels ils se trouvent; et comme la plupart occupent le grand sympathique, ils les ont présentés comme un caractère distinctif de ce nerf. Mais, d’après l’idée générale que je viens de donner des ganglions, il est évident que ce nerf n’existe réellement pas, et que le filet continu qu’on observe depuis le cou jusqu’au bassin n’est autre chose qu’une suite de communications nerveuses, une série de branches, que des ganglions placés les uns au-dessus des autres s’envoient réciproquement, et non un nerf partant du cerveau ou de l’épine.
Les premières considérations qui me firent penser que le grand sympathique n’est point un nerf comme les autres , mais une série d’anastomoses, furent les suivantes. i°. Souvent ces communications sont interrompues , sans aucun trouble dans les organes auxquels le grand sympathique va se rendre. Il est des sujets, par exemple, où l’on trouve un intervalle très-distinct entre les portions pectorale et lombaire de ce prétendu nerf , qui semble coupé en cet endroit , parce que le dernier ganglion pectoral et le premier lombaire ne s’envoient rien l’un à l’autre. J’ai vu aussi souvent le nerf sympathique cesser et renaître ensuite entre deux ganglions, et par la même cause , soit dans les lombes , soit dans la région sacrée, a0. Tout le monde sait que le
ganglion ophthalrnique, quele sphéno-palatin , etc., sont constamment isolés, et qu’ils ne communiquent par. leurs branches qu’avec les nerfs cérébraux (1). Il arrive constamment entre eux et ceux du grand sympathique ce que l’on observe parfois ih entre ceux-ci, c’est-à-dire, un défaut absolu de
• communication. 3°. Dans les oiseaux, comme l’a
(i) Des connaissances plus minutieuses sur la disposition des fdets qui émanent des ganglions oplitlialmique et sphéno-palatin “ permettent aujourd’hui de montrer la continuité de ces ganglions
• avec le reste du grand sympathique. En effet , d’une part , la . continuité du ganglion oculaire est établie par deux fdets qu’il j envoie en arrière, l’un vers le nerf nasal, l’autre vers le nerf
moteur oculaire commun , filets qui s’accolent bientôt au nerf de la sixième paire , et qui plus loin vont se jeter dans le plexus ' caverneux , pour se réunir avec des filets ascendans du ganglion cervical supérieur; d’autre part, le ganglion sphéno-palatin, à l’aide de son rameau vidien , communique doublement , par le
• filet inférieur, avec les filets carotidiens du ganglion cervical supérieur ; et par le filet supérieur avec le ganglion sous-maxillaire. Ce dernier rameau de communication parcourt un trajet très-compliqué : 1° il s’enfonce dans l’aqueduc de Fallope , par Y hiatus Fallopii ; 1° il s’accole au nerf facial , dans l’aqueduc de Fallope ; 3° il se détache de ce nerf pour se porter dans la caisse du tympan , sous le nom de corde du tympan ; 4° d sort de celte cavité par la fêlure de Glazer, pour aller s’accoler au nerf lingual de la cinquième paire ; 5° enfin il se sépare bientôt de ce dernier, près de la glande sous-maxillaire , pour se jeter dans le ganglion de ce nom , qu’il ramène dans la série des ganglions sympathiques. De plus à l’aide de son filet naso-paîatin , le ganglion spheno- palatin communique avec le ganglion palatin antérieur , découvert par M. Hippolyte Cloquet, ganglion qui, ainsi, n’est pas plus isolé du reste du grand sympathique que les précédons.
( F. Blandin. )
observé M. Cuvier , le ganglion cervical supérieur se trouve aussi constamment isolé; jamais il ne communique avec l’inférieur (i).'Le filet qui , dans les quadrupèdes, descend le long du cou, est de moins j chez, eux. Chez plusieurs autres animaux, on trouve « fréquemment des interruptions dans cette suite d’anastomoses des ganglions qui compose ce qu’on nomme le grand sympathique . 4°- Les communications des ganglions se font ordinairement par un seul rameau; mais quelquefois plusieurs passent i d’un de ces organes à l’autre , en sorte que , si le grand sympathique était un nerf comme les autres, il présenterait , sous ce rapport , une disposition toute différente de celle du système nerveux cérébral. 5°. D’où naîtrait le grand sympathique? De la sixième paire ? Mais tous les nerfs vont en diminuant du cerveau vers les organes : or , celui-ci présenterait alors une disposition tout opposée ; il grossirait en distribuant des branches. Naîtrait-il de la moelle épinière ? Mais alors les branches qu’il fournit dans une région viendraient donc des branches qu’il reçoit de la moelle dans cette région. Ainsi le grand et le petit splanchniques naîtraient de cer-
(i) Cette interruption du grand sympathique des oiseaux dans la région cervicale n’est qu’apparente ; on sait maintenant , en effet , et de la manière la plus positive , que l’erreur dans laquelle sont tombées plusieurs personnes à cet égard tient à ce que le nerf sympathique, à cette hauteur , est contenu chez ces animaux dans le canal vertébral : donc le filet qui, dans les mammifères, descend le long du col, n’est pas de moins chez les oiseaux, comme
Bichat l’avait cru d’après l’autorité do M. Cuvier. (F. JLandin.)
taines paires intercostales : or , ils sont manifestement bien plus gros, le premier surtout, que la somme des branches dont ils tireraient leur origine. Aussi, remarquez que les anatomistes ont été tous d’opinion différente sur l’origine du grand sympathique. Comment auraient-ils pu s’accorder sur une chose qui n’existe point?
Ces diverses considérations me rendirent trèsprobable l’opinion où j’étais depuis quelque temps, que le nerf grand sympathique n’existe point réellement, que le cordon qu’il offre n’est qu’une suite de communications entre de petits systèmes nerveux placés les uns au-dessus des autres , que ces communications ne sont qu’une chose accessoire qui pourrait peut-être ne pas exister , comme on le voit constamment entre le ganglion ophthalmique et le sphéno-palatin , entre celui-ci et le cervical supérieur, comme beaucoup d’animaux en fournissent aussi des exemples. Dès-lors je commençai à regarder chaque ganglion comme le centre particulier d’un petit système nerveux tout différent du cérébral , et distinct même des petits systèmes nerveux des autres ganglions. En considérant les fonctions des nerfs partant de ces centres, je me convainquis de plus en plus qu’ils n’appartenaient nullement au système cérébral. En effet, ces nerfs ont des propriétés toutes différentes des leurs , comme nous le verrons : ils ne servent point aux sensations; ils sont constamment étrangers à la locomotion volontaire; on n’en voit que sur les organes de la vie intérieure ; voilà pourquoi ils se trouvent concentrés dans le tronc , dans la poitrine et dans l’abdo- Aù'at. cén. r, 1. t g
men spécialement; pourquoi on n’en rencontre presque pas à la tête, où tous les organes appartiennent presque à la vie animale; pourquoi on n’en voit point dans les membres , qui dépendent exclusivement de cette vie.
Distribués presque partout aux organes de la vie intérieure, les ganglions et leurs nerfs doivent en prendre le caractère : c’est en effet ce que l’on observe. i°. Ils ne sont point symétriques: ainsi les nerfs de tous les plexus de l’abdomen, ceux des cardiaques, etc., présentent une irrégularité remarquable. 20. Il y a des variétés sans nombre dans la forme de ces plexus et dans celle des ganglions ; à peine deux sont-ils disposés de la même manière : c’est ainsi que, tantôt lenticulaire, tantôt triangulaire, tantôt divisé en plusieurs portions, celui qui est sous le diaphragme ne se présente jamais deux fois semblable. De là le vice de toute dénomination tirée delà figure; remarque généralement applicable aux organes de la vie intérieure. On pourrait plutôt emprunter les noms des formes , dans la vie animale , où ces formes sont plus invariables. D’un autre côté, l’existence de plusieurs ganglions varie ; tantôt il y en a trois au cou, tantôt deux. Jamais la disposition d’un côté n’entraîne une similitude du côté opposé. J’ai remarqué fréquemment que le nombre des filets naissant du ganglion cervical supérieur est différent de beaucoup de ceux qui tirent leur origine du côté opposé. Il y a bien deux organes analogues de chaque côté; mais une foule d’attributs de structure rompent ce caractère général de symétrie ; c’est comme aux poumons et aux
reins (i). On peut donc établir comme un caractère distinctif entre les deux systèmes nerveux , la symétrie de l’un et l’irrégularité de l’autre: or, ce caractère est un de ceux qui distinguent aussi les deux vies , comme je l’ai dit ailleurs.
D’après tout cela , il est manifeste qu’une ligne de démarcation tranchée sépare les nerfs des ganglions et ceux du cerveau , et que c’est une manière inexacte que celle qui consiste à les regarder comme formant un nerf unique émané de ce dernier par une origine quelconque (2). Leurs com-
(1) Ailleurs déjà, j’ai fait remarquer que le défaut de symé—
1 trie dans les organes de la vie organique est moins prononcé que 11e l’avait avancé nichât : cela est vrai , même pour les nerfs grands sympathiques. En effet, plus on les étudie minutieusement, et plus on trouve d’analogie entre eux : toutefois, je suis loin de préi tendre que leur similitude soit complète ; mais j’affirme qu’il y a entre eux moins de différence qu’on ne le croit généralement.
(F. Blandin.)
(£) Le grand sympathique a toujours été , pour les anatomistes, un sujet de discussions. Haller, Zinn, Scarpa, Legallois, ont soutenu qu’il dépendait du cerveau et de la moelle , ainsi que les autres nerfs ; et que, de même que ces derniers , il ne faisait que transmettre une influence qu’il recevait de ces parties. Beaucoup d’autres physiologistes pensent au contraire que ce nerf est isolé , par sa disposition comme par son action, du reste du système : nerveux. Âuthcnricth le fait bien sortir du système nerveux géné- ; ral; mais il suppose qu’à mesure que ses filets traversent les
I2.'ans;lions, ils sont de moins en moins soumis à l’action eéré— braie. Suivant Reil , le grand sympathique n’a que des filets de communication et point d’origine, mais il jouit d’une propriété demi- conductrice. Gall en a fait , comme Bichat , une multitude de systèmes isolés , ce qui tient à la manière dont il a consi-
munications ne prouvent pas plus ce nerf général , que les rameaux qui passent de chacune des paires cervicales , lombaires ou sacrées, aux deux paires
dérc en général le système nerveux. Enfin J. -F. Meclcel admet une sorte d’opinion mixte , suivant laquelle le grand sympathique , quoique isolé , dépendrait pourtant jusqu’à un certain point des organes centraux.
Il serait superflu de détailler ici les raisons alléguées pour ou contre toutes ces opinions ; nous nous contenterons d’indiquer les principales. Et d’abord rien n’empêche d’appeler points d’origine , dans le nerf grand sympathique , les points de communication de ce nerf avec la moelle et le cerveau , si l’on se souvient de ce que l’on doit entendre par origines dans le système nerveux : ce sont les extrémités centrales des nerfs , celles qui sont les plus voisines des centres nerveux. Tout ce qui a été dit plus haut pour prouver qu’ici les ganglions sont ces centres , montre seulement qu’il y a de grandes différences d’organisation entre le grand sympathique et les autres nerfs. 11 est également indif- 1 férent de considérer comme un seul nerf celte série de ganglions et de cordons intermédiaires, ou bien d’en faire autant de parties isolées et réunies par des anastomoses. Mais ce qui ne l’est pas , c’est de savoir si réellement ce système est indépendant du cérébral , ou si , comme le prétendait Legallois , c’est au contraire de ce dernier qu’il tire totrte son influence. On connaît les expériences de ce physiologiste sur des animaux auxquels il enlevait le cerveau et qu’il faisait vivre ensuite à l’aide d’une respiration artificielle. La destruction de la moelle épinière entraînait constamment la mort par la cessation subite des batte— mens du cœur. Quand la moelle n’était détruite qu’en partie, les battemens étaient seulement affaiblis , la section des membres ne donnait point de sang , mais la vie persistait encore. Legallois en conclut, i° que le cœur recevait le principe de son action de tous les points de la moelle par l’intermède du grand sympathique : 20 que l’intégrité de la moelle était indispensable aux fonctions de ce ^dernier. Mais on a yu des fœtus monstrueux
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qui lui sont supérieure ou inférieure. En effet, malgré ces communications, on considère chaque paire d’une manière séparée , on ne fait point un nerf de leur ensemble. De même chaque ganglion doit être envisagé à part, malgré les branches qu’il envoie aux autres.
La description du système des ganglions doit être analogue à celle des nerfs cérébraux. Par exemple, je décris d’abord le ganglion lenticulaire, comme on le fait pour le cerveau; puis j’examine ses branches, parmi lesquelles se trouve le grand splanchnique ;
K naître sans moelle , et pourtant ils avaient vécu dans le sein de à leur mère. M. Pli. EVilson, ayant répété les expériences que !» nous venons de citer , a trouvé que les battemens ne cessaient pas l aussitôt après que la moelle avait été détachée ; et qu’ils dispa» I raissaient plus vite quand on la déchirait violemment que lors- | qu’on l’enlevait avec précaution. Les animaux soumis à ces expériences résistent aussi en général d’autant plus qu’ils sont plus jeunes. Enfin , sur plusieurs poissons , sur des carpes en particulier, M. Clift a vu les battemens du coeur continuer malgré la lésion de la moelle. Il faut donc avoir égard, dans les conclusions que l’on peut tirer de ces sortes d’expériences, à l’âge et à l’espèce d’animal. On peut appliquer à la moelle , sous ce dernier rapport, ce qui a été dit précédemment du cerveau; savoir, que dans les animaux inférieurs les centres l sont beaucoup moins nécessaires à l’action du reste du système nerveux. Leur moindre importance chez ces animaux s’accorde : avec leur développement moindre. De même , chez l’homme et les animaux supérieurs , le grand sympathique dépend d’autant moins du cerveau et de la moelle , que ces parties sont elles— ! mêmes moins développées, qu’en un mot l’individu est plus jeune. C’est ainsi , et non d’une manière absolue , qu’on doit résoudre la question que nous nous sommes proposée. (Béclard.)
car c’est line expression très-impropre que celle qui désigne ce nerf comme donnant naissance au ganglion. De même dans le cou, à la tête, etc., chaque ganglion est d’abord décrit; puis je traite de ses branches , parmi lesquelles se trouvent celles de communication. Il y a donc presque autant de descriptions que de ganglions isolés. On ne doit point traiter, par exemple, de l’ophthalmique avec le nerf moteur commun ; pour s’en convaincre , il suffit de voir combien les nerfs ciliaires diffèrent des autres, qui , appartenant à la vie animale , sont aussi contenus dans l’orbite.
D’après tout ce que nous venons de dire , il est évident qu’il y a deux choses à examiner dans le système nerveux de la vie organique : ï° les ganglions ; 2° les nerfs qui en partent.
ARTICLE PREMIER