DES GANGLIONS
§ Ier. Situation , Forme , Rapports , etc.
Les ganglions sont de petits corps rougeâtres ou grisâtres, situés en différentes' parties du corps , et formant comme autant de centres d’où partent une infinité de ramifications nerveuses. Leur position la plus générale est le long de la colonne vertébrale , où l’on voit successivement , les uns au-dessous des autres, les cervicaux supérieur et inférieur, les intercostaux, les lombaires et les sacrés. Ce sont ceuxlà dont les branches communiquantes forment spe-
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cialement le grand sympathique. Mais, outre ces ganglions placés, pour ainsi dire, à la file les uns des autres, on en trouve d’isolés (i) dans diverses parties, comme les ophthalmiques, les sphéno-palalins, les maxillaires, à la tête, comme encore les semi-lunaires au bas-ventre. A la poitrine, il n’y en a pas ainsi d’isolés ; quelquefois cependant on en voit un petit à la base du cœur.
Outre les ganglions constamment observés , il y en a souvent d’accidentels , pour ainsi dire : tels sont ceux qu’on trouve quelquefois dans le plexus hypogastrique, dans le solaire même, à quelque distance du semi-lunaire, dans la partie moyenne du cou, etc. D’un autre côté, souvent quelquesuns de ceux qu’on trouve ordinairement ne se rencontrent point , comme quelques lombaires , quelques sacrés, le maxillaire , etc. En sorte qu’il paraît qu’il y a vraiment une différence essentielle entre les ganglions , sous le rapport de l’existence. Le cervical supérieur, le semi-lunaire, l’ophthalmique , etc. , se trouvent toujours ; ils 'paraissent essentiellement nécessaires à l’action des organes auxquels ils fournissent des nerfs: la plupart des autres peuvent manquer , au contraire , et être suppléés par ceux des environs, ou par d’autres formés contre l’ordre anatomique ordinaire. <
(1) J’ai dit plus tant qu’il n’y a pas de ganglions isolés du reste du grand sympathique; tous ont entre eux des communications aujourd’hui bien connues. (F. Blandin.)
Tous les ganglions affectent , en général , une position profonde. Dépourvus d’une enveloppe osseuse analogue à celle du cerveau , ils ne sont pas moins efficacementprotégés contre l’action des corps extérieurs. C’est cette position profonde qui les dérobe presque tous à nos expériences , à celles au moins qui nécessiteraient que l’animal vécut un certain temps après quelles ont été faites: c’est ce qui perpétuera sans doute long-temps l’obscurité qui règne sur les fonctions de ces organes.
La forme des ganglions est extrêmement irrégulière. En général , ils affectent les formes arrondies ; mais tantôt ils s’allongent , comme le cervical supérieur; tantôt c’est une espèce de corps triangulaire à bords obtus et ronds , comme l’ophthalmique ; tantôt leur disposition est semi-lunaire , comme dans celui qui porte ce nom , etc. En général , toutes ces formes sont singulièrement variables, comme je l’ai dit; la plus constante est celle du cervical supérieur.
Plongés dans beaucoup de tissu cellulaire, tous les ganglions sont séparés par lui des organes voisins. Presque tous se trouvent tellement disposés , qu’ils éprouvent peu de mouvemens de la part de ces organes , et qu’ils ne peuvent en recevoir aucun des vaisseaux qui y abordent. Ceux situés le long de la colonne vertébrale offrent surtout ce phénomène, très-différent et de celui qui se passe au cerveau dont les fonctions sont liées essentiellement à l’agitation habituelle que lui imprime le sang qui y aborde , et de celui qu’on observe dans les plexus des nerfs venant de ces mêmes ganglions.
§ IL Organisation des Ganglions.
Les ganglions ont, en général , chez l’adulte une couleur rougeâtre très-différente de celle des nerfs; quelquefois ils sont grisâtres. En les ouvrant, ils offrent un tissu mou, spongieux , assez semblable, au premier coup-d’œil, à celui des prétendues glandes lymphatiques.
Ce tissu n’a rien de commun avec la substance cérébrale , ni avec celle qui occupe les canaux névrilématiques. Ces deux dernières devraient plutôt être rangées dans la classe des fluides , comme je l’ai dit; c’est une pulpe, une véritable bouillie: aussi n’ont-elles aucune des propriétés des solides. Elles ne se racornissent point; l’espèce d’endurcissement, résultat du contact de l’alcool , des acides, du calorique , est tout différent du racornissement: il est analogue à l’endurcissement du blanc d’œuf. Au contraire, le tissu des ganglions se racornit d’une manière très-manifeste, phénomène qui est caractéristique de tous les solides , excepté dans l’épiderme, les ongles et les poils, qui font une classe à part. Traités par les acides, les ganglions, après s’être crispés, racornis et endurcis, se ramollissent peu à peu et deviennent diffluens.
La coction produit un phénomène à peu près analogue : i° racornissement et endurcissement à l’instant où l’eau bout; 20 permanence de cet état pendant une demi-heure; 3” ramollissement graduellement amené : quand ce dernier est complet, la coction est unie. Dans cet état, les ganglions sont
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tout différens des nerfs soumis à la même expérience. J’ai remarqué aussi, sur le veau, qu’ils ont un goût très-distinct de celui des nerfs , mode de recherches qui n’est pointa négliger pour bien connaître la différence de nature des organes. En effet, comme nous ne savons pas encore la diversité des principes qui entrent dans la composition de chacun, il faut bien s’en tenir aux différences, des qualités.
Les alcalis agissent un peu sur les ganglions, qu’ils tendent à dissoudre, et qu’ils dissolvent en effet en partie , s’ils sont très-caustiques. Mais cette dissolution est infiniment moins prompte et moins facile que celle de la pulpe cérébrale par les mêmes réactifs. Les ganglions résistent autant et même plus que les nerfs à la putréfaction : c’est encore une différence bien remarquable entre eux et la substance cérébrale. En général , on peut établir qu’il n’y a aucune espèce d’analogie entre eux.
Le tissu des ganglions ne paraît aucunement fibreux; toute apparence linéaire , fdamenteuse, etc., y est absolument nulle à la simple inspection. Homogène pour ainsi dire dans sa nature, il présente partout un aspect uniforme quand on le coupe par tranches. Cependant le célèbre Scarpa a considéré les ganglions comme résultant d’une espèce ; d’épanouissement des nerfs en une infinité de filets extrêmement déliés , qui s’entrelacent les uns aux autres, et qui deviennent très-distincts par la macération. Je n’ai point répété toutes ses dissections, qui me paraissent d’une extrême difficulté : je renvoie donc à son ouvrage et aux planches qu’il y a
jointes. J’observe seulement qu’il y a certainement autre chose dans les ganglions qu’une simple résolution du nerf en filets extrêmement ténus. En ef- ' fet, le simple coup d’œil suffit pour établir entre ■ eux la plus grande différence. Certainement il y a ! une démarcation aussi tranchée entre les ganglions ' et leurs nerfs qu’entre ceux du cerveau et lui.
; i°. Différences de couleur, teinte rougeâtre ou grisâtre dans les uns, blancheur dans les autres; i° différences de consistance, de qualités extérieures , etc.; 3° différences de propriétés. Si les nerfs venant de la moelle ne faisaient que s’épanouir, à leur pasi sage par les ganglions, en filets ténus, ce ne serait qu’une différence de forme et non de nature : les propriétés devraient être les mêmes. Pourquoi donc sont-elles si différentes , comme je le prouverai plus bas ? Pourquoi , par là même qu’il sort d’un ganglion, un nerf ne communique-t-il plus de mouvemens volontaires? l\ . Pourquoi la nature n’a-t-elle pas placé des ganglions dans les nerfs des membres comme dans ceux des autres parties? 5°. S’il n’y a que résolution du nerf en filets plus petits dans le ganglion , pourquoi n’y a-t-il jamais de proportion entre les filets qui entrent d’un côté et ceux iqui sortent du côté oppos*é? En effet, ceux qui pénètrent en haut dans le cervical supérieur ne i faisant qu’épanouir leurs filets dans ce ganglion , et les réunir ensuite pour former ceux qui partent d’en bas , il devrait y avoir égalité entre les uns et les autres sous le rapport du volume; tous les ganglions devraient présenter ce rapport constant entre les nerfs d’un côté et ceux du côté opposé : or ,
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il suffit de les examiner pour voir que dans presque tous une disposition inverse s’observe. 6°. Les ganglions devraient être toujours proportionnés au volume des nerfs qui les forment en y épanouissant leurs fibres. Pourquoi donc les ganglions intercostaux sont-ils si petits, et les troncs qui les unissent > ou plutôt qui leur donnent naissance et qui en partent ensuite, suivant la manière de voir ordinaire , sont-ils si gros? Pourquoi, au contraire, le ganglion cervical supérieur est-il si gros, et ses branches sont-elles si minces? 70. Gomment expliquer les fréquentes interruptions entre les ganglions de l’homme, celles qui sont constantes dans une foule d’animaux , s’il y a continuité entre les filets nerveux qui entrent en haut dans les ganglions et ceux qui en sortent en bas ? 8°. Comment se fait-il que les ganglions et leurs nerfs ne suivent pas une exacte proportion de développement avec les nerfs cérébraux, si ceux-ci leur donnent naissance en s’y épanouissant? 90. Pourquoi la douleur ne porte-t-elle pas le même caractère dans l’une et l’autre espèce de nerfs?
Je n’ai aucune opinion sur la nature ni sur les fonctions des ganglions, parce que je n’ai aucun fait pour m’appuyer ;* mais certainement il y a quelque chose de plus dans leur tissu que l’épanouissement des filets nerveux. Scarpa admet une matière particulière qui sépare ces filets; mais cette substance devrait prédominer considérablement, puisque le ganglion surpasse de beaucoup le volume des nerfs qui sont censés lui donner origine. Or, je n’ai jamais vu cette substance; je ne sais
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ce quelle est : tout est solide quand on coupe un ganglion. Je crois donc, qu’en admettant, jusqu’à un certain point, la disposition intérieure que cet auteur a observée dans les ganglions , on peut ne point envisager ces organes sous le point de vue sous lequel il les a présentés (i).
On connaît très-peu les altérations que les ma-
(i) On a répété de nos jours les observations faites par Scarpa. Les ganglions se composent , comme eet anatomiste l’avait démontré, de deux substances très-différentes , déjà indiquées par Winslow.
io. Il est presque toujours facile de suivre dans les ganglions les filets nerveux qui en émanent ; ces filets y conservent leur forme cylindrique , leur couleur blanchâtre , et se distinguent aisément de la substance non médullaire dans laquelle ils sont pour ainsi dire , plongés. Il suffit souvent , suivant la remarque de Haase , de couper un ganglion pour apercevoir une foule de petits points blancs , qui ne sont autre chose que les extrémités des filets nerveux divisés. Ces filets s’anastomosent fréquemment entre eux. Dans les ganglions placés sur le trajet d’un seul nerf, leur direction est parallèle à celle du nerf lui-même : lorsqu’au contraire plusieurs nerfs se réunissent pour former un ganglion , elle n’a plus rien de constant ; on voit les filets médullaires s’entrelacer dans tous les sens, et établir de cette manière des communications nombreuses entre ces nerfs. De là vient que les ganglions de la première espèce sont allongés et ordinairement ovoïdes , tandis que ceux de la seconde ont une forme bien plus irrégulière.
2°. La substance particulière des ganglions est molle , pulpeuse, comme albumineuse ou gélatineuse , d’un gr is rougeâtre , quelquefois jaunâtre , logée dans les aréoles d’un tissu cellulaire trèsdélié. On l’isole avec plus ou moins de facilité des filets nerveux qu’elle entoure. Cette séparation ne se fait qu’avec difficulté dans les ganglioDS du grand sympathique ; les filets médullaires y sont
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ladies font éprouver au tissu des ganglions. J'ai examiné déjà plusieurs fois, dans les maladies du cœur, du foie, de l’estomac, des intestins, les
très— mous et comme diffluens à leur circonférence , de sorte que leurs couches extérieures se confondent avec la matière grise pulpeuse dont il s’agit. Les plexus n’offrent rien de semblable à cette substance : c’est ce qui les distingue essentiellement des ganglions.
On a pensé que la substance grise des ganglions était identique avec celle du cerveau, que l’une et l’autre avaient pour usage de renforcer la substance blanche des fibres nerveuses. Si l’on examine comparativement un ganglion dépouillé de tissu cellulaire et une portion de cerveau dans laquelle la substance grise prédomine, on verra que rien n’autorise ce rapprochement. Sans pafler de leur aspect si dissemblable , des caractères physiques qui les dis— tinguent , la manière dont ils se comportent avec les divers réactifs établit des différences bien tranchées entre ccs deux tissus. C’est un fait déjà reconnu par Bicliat. Les expériences de Wutzer ne laissent rien à désirer à ce sujet: voici un extrait du tableau comparatif qu’il a donné des propriétés chimiques de ces deux substances, dans son Traité de Gangliorum U su et Fabricâ.
! L’une, fournie pav les ganglions cervicauxon semilunaires , pris chez l’adulte, dépouillés de leur tissu cellulaire et lavés à l’eau distillée, éprouve les phénomènes suivans : i° elle se racornit ; 2° au bout de huit jours, le racornissement persiste, la matière noircit , et donne , si on l’agite et qu’on la laisse ensuite déposer, un précipité Iriable, dans lequel on démêle encore çà et là une apparence de structure; 3o au bout d’un temps plus long , la putréfaction la rend difîlucnte, mais sans exhaler d’odeur autre rrue celle de l’acide.
L’autre , prise dans des pallies du cerveau ou du cervelet formées aux trois quarts ou à peu près de substance grise, i» s’endurcit sans se racornir; 20 diminue un peu, et prend la consistance du caséum ; donne , après avoir été mêlée à la liqueur par l’agitation , des flocons albumineux jaunâtres qui surnagent ; 3° l’odeur de sa dissolution a quelque chose de semblable à celle de l’huile rance.
DE LA VIE ORGANIQUE. 3o3
ganglions qui envoient des nerfs à ces viscères : ils ne m'ont paru avoir subi aucun changement. Dans les cancers d’estomac portés au dernier degré , où
Par ce même acide bouillant
Le ganglion se dissout : seulement la liqueur est un , peu trouble ; par le refroidissement il se forme un Uéggr précipite ; une petite quantité de la matière J vient à la surface.
La substance cérébrale ne se dissout qu’en partie ; une certaine quantité surnage la liqueur; la dissolution conserve sa transparence après le refroidissement, quoiqu’on y distingue une infinité de particules médullaires en suspension.
Par une dis— ( Le premier se ramollit un peu; ses filamens solution de do- 9 blancs disparaissent; sa dissolution est lente et .1 , / imparfaite,
tasse caustique a j
froid ,
Lasecondese dissout plus aisément ; -A clc la manière surnage le liquide, et ne se mêle point avec lui.
Pour l’un , quelques filamens restent insolubles ; Par une dis— Sic .refroidissement est suivi d’un dépôt formé par
solution de potasse caustique bouillante ,
Par l’alcool ! bouillant,
j des globules d’un rouge foncé ;
Pour l’autre, la dissolution est presque complète; par le refroidissement , la surface du liquide se recouvre de flocons d’un blanc jaunâtre.
La substance du ganglion se resserre, puis se dissout aux deux tiers; la liqueur est trouble.
La matière cérébrale s’endurcit et éprouve cn- | suite divers cliangemens observés par M. Vauqucin : on en retire de l’albumine.'
Enfin , différais réactifs qui n’ont point d’action isolément sur la dissolution acide de ces substances, donnent des précipités quand on les emploie réunis : la dissolution alcaline offre le même phénomène quand on la traite par l’acide muriatique , puis par la noix de galle. Ces précipités fournissent de nouveaux caractères parles différences qu’ils présentent clans leurs propriétés , suivant qu’ils appartiennent à la substance du ganglion ou à la cérébrale.
Sans doute il resterait à faire une benne analyse des ganglions pour connaître au juste la différence qui existe entre leur sub-
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tout le tissu cellulaire voisin est engorgé, et où les glandes lymphatiques sont considérablement tuméfiées, j’ai trouvé toujours le ganglion semi-lunaire intact ; excepté cependant dans un cas où son volume était accru* et où sa densité était un peu augmentée .Une autre fois, j’ai trouvé ce même ganglion du volume d’une petite noix , avec un léger noyau cartilagineux dans son centre, sur le cadavre d’un homme amené à l’Hôtel-Dieu pour une manie périodique. Quelques médecins ont cru , et je le soupçonne aussi , que les accès hystériques, qui commencent par un resserrement à l’épigastre, dans lesquels la malade sent remonter ensuite une houle jusqu’au gosier , peuvent tenir à quelques lésions des ganglions semi-lunaires, du plexus solaire, et des communications qui, de ganglion en ganglion , vont jusqu’au cou. Cependant , deux cadavres que j’ai ouverts dernièrement ne m’ont offert aucune altération, quoique pendant la vie les sujets eussent été fréquemment attaqués de ces accès; mais ils peuvent évidemment partir des
stance et celle du cerveau ; mais ces données suffisent pour prouver que cette différence est réelle.
Suivant Scarpa , la substance propre des ganglions serait remplacée par de la graisse chez les sujets très-gras : il paraît que cela n’est pas constant. Lorsque l’embonpoint était le plus considérable , on a seulement trouvé quelques vésicules adipeuses sous la membrane propre des ganglions ( Wutzer). On conçoit que si la graisse venait à s’y accumuler, elle comprimerait la matière grise , et pourrait la faire disparaître en tout ou en partie.
(Bèclard.)
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ganglions et des plexus épigastriques, sans que ceux-ci soient affectés dans leur structure; de même qu’une foule d’affections cérébrales ne laissent après elles aucune trace dans le cerveau. Ce point mérite un examen particulier. 1
Il ne paraît pas que le tissu des ganglions soit environné d’une membrane propre. Le tissu cellulaire se condense seulement à leurs environs, puis il devient très-consistant et très-serré autour d’eux. Il y prend la nature des tissus sous-muqueux , sous-artériel, etc. : jamais il ne contient dégraissé.
! 11 y a donc vraiment autour des ganglions , comme autour des artères , sous les surfaces muqueuses , etc., les deux espèces de tissu cellulaire dont nous avons parlé en traitant de l’organisation de ce tissu, et qui diffèrent si essentiellement l’une de l’autre par leur nature et même par leurs propriétés. C’est la seconde espèce, celle analogue au tissu sous-artériel, etc., qui forme la membrane propre admise par quelques auteurs.
En examinant profondément l’intérieur des ganglions , on voit aussi que très-peu de tissu cellulaire s’y rencontre. J’ai trouvé ce tissu constamment privé de graisse : aussi les alcalis ne forment-ils point un enduit savonneux autour d’eux, comme autour des nerfs cérébraux qu’on plonge dans leur dissolution. J’ai examiné de cette manière plusieurs ganglions, à cause de l’opinion de Scarpa , qui croit ces organes pénétrés de ce fluide, au moins chez les personnes grasses.
Les ganglions reçoivent beaucoup de vaisseaux sanguins. Ceux-ci les pénètrent de tous côtés-, ser-
Axat cfn. t. i.'
pentent d’abord dans l’espèce d’enveloppe celluleuse qui les entoure, puis pénètrent dans leur tissu , s’y ramifient et s’y perdent par des anastomoses multipliées, et en se continuant avec les exhalans cpii y apportent la manière nutritive. Les injections ■fin es montrent une très-grande cpiantité de vais*, seaux dans ces petits organes : la nutrition y suppose les exhalans et les absorbans.
§ III. Propriétés^
Il est difficile d’analyser les propriétés de tissu dans les ganglions. Quant aux propriétés vitales, ils ne peuvent croître , vivre et se nourrir, sans sensibilité organique et sans contractilité insensible de même espèce. La contractilité animale et l’organique sensible n’y existent pas évidemment. Quant à la sensibilité animale, voici ce que j’ai observé sur ce point. Comme en ouvrant l’abdomen d’un animal, d’un chien, par exemple, il vit très-bien pendant un certain temps, et reste même calme après les premiers instans de souffrance, j’ai attendu ce calme qui succède à l’agitation de l’incision des parois abdominales, puis j’ai mis le ganglion semi-lunaire à découvert , et je l’ai irrité fortement; l’animal ne s’est point agité : tandis que dès que j’agaçais un nerf cérébral lombaire, pour comparaison, il criait, se soulevait et se débattait. En générai, il paraît que la sensibilité des ganglions est infiniment moins marquée que celle cle beaucoup d’autres organes. Certainement la peau, le système muqueux, le médullaire, le nerveux
DE LA VIE ORGANIQUE. 3oy
de la vie animale, etc., passent avant eux sous ce rapport.
L’ignorance où nous sommes sur les maladies qui ont leur siège clans les ganglions, l’éloignement de . ces organes des excitations extérieures, font que nous ne pouvons avoir aucune donnée sur leurs sympathies. Je crois très-probable cependant que
Ices sympathies jouent un rôle réel dans les hystéries, dans certaines espèces d’épilepsies dont les accès commencent, comme ceux de l’hystérie , par . une sensation pénible à l’épigastre; dans cette foule d’affections nommées nerveuses , et que le vulgaire confond sous lé nom de vapeurs. Un des objets les plus importansde recherches, dans les névroses, c’est de déterminer celles qui ont leur siège spé- ; cial dans le système nerveux cérébral , et celles ' qui affectent plus particulièrement le système des | ganglions. Placez d’un côté la paralysie , l’hémiplégie, les convulsions des enfans, le tétanos, la catalepsie, l’apoplexie, la plupart des épilepsies, tous les accidens nombreux qui résultent des épanchemens, des compressions sur le cerveau lors des plaies de tête, des névroses de la vue, de l’ouïe , du goût, de l’odorat, etc., et toutes les affections dont la source est évidemment dans la tête ; de l’autre côté mettez l'hystérie, l’hypocondrie, la mélancolie, et toute cette classe nombreuse d’affections où le ventre et la poitrine, mais le premier surtout , semblent être le foyer où siège tout le mal : vous verrez qu’il y a une différence essentielle, et que les symptômes portent un caractère tout différent. Je ne dis pas que le dernier genre
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de névroses affecte exclusivement les ganglions ; car trop d’obscurité règne sur ces affections pour prononcer rien d’affirmatif ni sur léur siège , ni sur leur nature; sans doute même que les organes sécrétoires, circulatoires, pulmonaires, etc., peuvent être alors spécialement affectés dans leur tissu propre, et indépendamment des nerfs qu’ils reçoivent : mais certainement c’est un objet intéressant de recherches , et il y a trop de différence entre les phénomènes de l’un et l’autre ordres d’affections, pour que leur siège primitif ne présente pas des différences. Il est difficile de croire que le système des ganglions n’ait pas beaucoup de* part au dernier.
Ce qui m’engage à penser que la différence des phénomènes que nous présente l’ordre général des névroses tient spécialement à la différence des nerfs cérébraux et de ceux des ganglions, c’est que leurs phénomènes dans l’état de santé sont très-différens. M. Hallé a très-bien observé que les douleurs qu’on éprouve dans les parties où se distribuent les nerfs venant des ganglions ont un caractère particulier , qu’elles ne ressemblent point à celles qu’on éprouve dans les parties où se distribuent des nerfs cérébraux. Ainsi le sentiment pénible qu’on éprouve aux lombes dans les affections de matrice, par l’injection vineuse faite dans la tunique vaginale, etc. , sentiment qui me paraît tenir à l’influence sympathique exercée sur les ganglions lombaires par l’organe affecté, les douleurs des intestins, les ardeurs de l’épigastre, etc., etc., ne ressemblent point aux douleurs des parties externes : elles sont profondes, portent au coeur, comme on le dit. On
sait qu’il y a des coliques essentiellement nerveuses, qui sont certainement indépendantes de toute affection locale des systèmes séreux, muqueux, et musculaire des intestins. Ces coliques siègent manifestement dans les nerfs des ganglions semilunaires , qui se répandent dans tout le trajet des artères abdominales. Elles sont de véritables névralgies du système nerveux de la vie organique : or, ces névralgies n’ont absolument rien de commun avec le tic douloureux , la sciatique , et les autres névralgies du système nerveux de la vie animale. Les symptômes, la marche, la durée, etc. , tout est différent dans l’une et l’autre espèces d’affections (i).
Ce que je viens de dire sur les lésions du sentiment s’applique aussi à celles du mouvement. Il .n’y a aucune espèce de comparaison à faire entre les convulsions des muscles qui reçoivent des nerfs de la vie animale, et les mouvemens spasmodiques et irréguliers qui naissent dans tous les muscles qui reçoivent des nerfs des ganglions. Rien ne ressemble au tétanos, dans le cœur, les intestins , la vessie , etc.
(1) Les ganglions ont été récemment étudiés par plusieurs médecins, sous lerapport morbide : Lobstein a observé, en particulier, l’inflammation des ganglions semi-lunaires dans des cas de dou-
leurs névralgiques abdominales , de tétanos et de coqueluche ; Autbenrietb , aussi dans la coqueluche, a noté l’inflammation des nerfs vagues, sympathiques et cardiaques ;Duncan, enfin, arencontré une hypertrophie remarquable de la portion abdominale du nerf sympathique chez un homme affecté de diabète^. (F. Blasdjn.)
3lO SYSTÈME NERVEUX
Toutes ces considérations établissent des différences tranchantes entre les nerfs cérébraux et ceux des ganglions ; différences sur lesquelles je ne puis présenterque des approximations, puisque nous n’avons aucune donnée sur les fonctions des derniers,
§ IV. Développement.
Les ganglions diffèrent essentiellement du cerveau, dans les premiers temps, par leur développement , qui est proportionnellement bien moins avancé que le sien. Ils ne sont qu’au niveau de tous les autres organes, tandis que lui leur est infiniment supérieur sous ce rapport, ainsi que nous l’avons vu. En comparant les ganglions cervical supérieur, semi-lunaire, etc., dans le fœtus et dans l’adulte , il est facile de faire cette remarque. Les ganglions reçoivent aussi dans le fœtus moins de vaisseaux proportionnellement au cerveau. Us ne suivent point la proportion d’accroissement des organes auxquels ils envoient des nerfs. Ainsi , ceux qui fournissent aux organes génitaux, qui sont presque oubliés pendant les premières années de la nutrition générale, sont aussi volumineux proportionnellement que ceux qui donnent au foie , à l’estomac , aux intestins , que leur accroissement précoce caractérise. Ces nerfs suivent, sous ce rapport, la même loi que les ganglions, quoique la plupart se trouvent sur des artères, lesquelles sont plus ou moins développées, suivant les organes qu elles pénètrent.
Le système nerveux de la vie organique , étant
moins précoce dans son développement que celui de la vie animale , doit être sujet chez l’enfant à moins d’affections : c’est en effet ce qu’on observe. Les convulsions et la plupart des névroses du second sont , comme nous l’avons vu , l’apanage spécial de l’enfance. Au contraire, l’ordre particulier des affections nerveuses dont nous avons parlé , et où il paraît que le premier joue un rôle principal , est en général peu fréquent à cette époque. Toutes les maladies nerveuses dont le foyer spécial semble être à l'épigastre, où il y a une si grande abondance de nerfs venant des ganglions, semblent être étrangères au premier âge.
Autre différence qui distingue les ganglions du cerveau sous le rapport du développement , c’est que , chez le fœtus , ils ne sont point , comme lui, d’une extrême mollesse. Leur dureté ne le cède même presque pas à celle qu’ils offriront par la suite , dans l’âge adulte.
A mesure que nous nous éloignons de l’enfance, le système nerveux organique commence à devenir prédominant. C’est vers la trentième ou quarantième année qu’il paraît être dans son maximum d’action : il va en diminuant à mesure qu’on s’avance vers la vieillesse; il se flétrit en partie à cette époque. Les nerfs deviennent grisâtres ; les ganglions sont durs, résistans et plus petits. Les névroses qui paraissent leur appartenir sont infiniment plus rares. Au reste, l’obscurité répandue sur les fonctions de ce système ne me permet que d’indiquer vaguement les altérations quelles éprouvent dans les divers âges.
SYSTÈME HERVEUX
3iè
§ Y. Remarques sur les Ganglions vertébraux ,
Dans tout ce que j’ai dit jusqu’ici sur les ganglions, j’ai fait abstraction de ceux qui répondent aux trous de conjugaison , et que quelques-uns appellent ganglions simples. On sait qu’à l’instant où chaque nerf sort de chacun de ces trous , il présente un renflement marqué, rougeâtre, pulpeux, analogue par son apparence à la plupart des ganglions. Je ne sais trop , je l’avoue , comment classer ces organes. On ne peut se dissimuler qu’ils n’aient la plus grande analogie de structure avec lés autres. Un autre rapport les en rapproche même ; c’est que les nerfs , en sortant de leur tissu , forment presque tout de suite des plexus que nous avons désignés sous les noms de cervical, brachial, lombaire et sacré, de même que les plexus solaire, cardiaque , mésentérique , etc., sont formés par les nerfs de la vie organique, à l’instant où ils sortent de leurs ganglions respectifs. Cependant ces derniers nerfs sont les conducteurs de propriétés toutes différentes : irritez sur un animal vivant le ganglion cervical supérieur, l’inférieur même, ce qui est plus difficile, quoiqu’on puisse y parvenir; les muscles auxquels ils envoient des nerfs resteront intacts : même phénomène en excitant ces nerfs eux-mêmes. Au contraire, toute irritation d’un filet venant des ganglions vertébraux produit tout de suite desconvulsions dans les muscles correspondais. La sensibilité est aussi toute différente dans l’une et l’autre espèces de nerfs. D’ail
DE LA VIE ORGANIQUE. 3l3
leurs , il n’y a aucune analogie entre la manière dont les nerfs partent en tout sens des ganglions vertébraux, et celle dont les autres ganglions fournissent les leurs. En attendant que des expériences ultérieures nous éclairent , contentons-nous d’indiquer ce qui est de rigoureuse observation (r).