ARTICLE II
§ 1er. Origine .
Chaque ganglion est, comme nous l’avons vu, un centre d’où partent, en différens sens, diverses branches dont l’ensemble forme une espèce de petit système nerveux isolé. Le mode d’origine de ces branches a très-peu de rapport avec celui des branches du cerveau et de la moelle épinière: voici quelles sont les différences qui le distinguent :
x'°. L’adhérence est beaucoup plus forte, le nerf
(i) La plupart des anatomistes admettent avec Scarpa des ganglions simples (ce sont les vertébraux), et des ganglions composes. Wutzer divise les ganglions en trois espèces , suivant qu’ils appartiennent aux nerfs cérébraux , aux nerfs spinaux, aux nerfs de la vie organique. Weber, auteur d’une trèsbonne dissertation sur le nerf grand sympathique , distingue des ganglions d’origine et des ganglions d’accroissement, d’après les usages différèns qu’il leur attribue. M. Ribes établit i° des ganglions spinaux, 2° des ganglions latéraux, 3° des ganglions médians. ( Béclard. )
se rompt même plutôt ailleurs qu’à cette origine ; ce qui est le contraire dans le système précédent, u°. Il ne paraît pas que la substance du ganglion se continue dans le nerf pour en former la substance médullaire , puisque l’organisation de l’un et de l’autre est toute différente. Quelquefois cependant le ganglion se prolonge pendant un court trajet sous forme de cordon ; cela arrive surtout au cervical supérieur , aux lombaires , au semi-lunaire , etc. Alors la forme seule est différente; mais au moindre coup d’œil, il est facile de distinguer là où le ganglion finit et là où le nerf commence. 3°. Ce commencement se fait d’une manière subite ; c’est comme un muscle qui s’implante dans un tendon. La meilleure manière de bien voir cette disposition est de fendre longitudinalement le ganglion cervical supérieur et le cordon qu’il envoie à l’inférieur: le changement de nature de l’un et l’autre paraît trèsbien alors; ou bien, s’il faut concevoir le ganglion comme la résolution en filets multipliés des cordons nerveux, on distingue très-bien le changement subit que ces filets éprouvent en passant du cordon au nerf. 4°. L’enveloppe cellulaire dense qui entoure le ganglion se prolonge sur l’origine nerveuse, et lui donne un accroissement de consistance en cet endroit. Il faut l’enlever avec précaution avant de parvenir au nerf. On voit alors chaque filet distinct naître du ganglion. Après qu’il en est sorti, tantôt il reste isolé, ce qui arrive au semi-lunaire, aux lombaires, à l’ophthalmique , dont les prolongemens sont d’une extrême ténuité ; tantôt plusieurs de ses filets se réunissent et forment un cordon,
DE LA VIE ORGANIQUE. 3l5
comme entre les deux cervicaux , comme aux nerfs splanchniques grand et petit , etc.
i- Je n’ai pu parvenir, par la macération , l’ébulli-
• tion ou l’action des acides , à détruire l’adhérence e du nerf avec le ganglion, comme on détruit celle
• du muscle avec le tendon , de celui-ci avec l’os , etc. e
§ II. Trajet , Terminaison , Plexus .
) Sortis des ganglions, les nerfs se comportent de plusieurs manières différentes , que nous allons examiner.
i p. Il y en a toujours qui vont tout de suite communiquer avec le système de la vie animale : le ganglion ophthaîmique envoie des rameaux au moteur commun et au nerf nasal ; le sphéno-palatin fournit des communications au nerf maxillaire supérieur ; le cervical supérieur à tous les nerfs qui l’entourent, savoir, en haut , au moteur externe; en dedans , au grand hypoglosse , au nerf vague , au glosso-pharyngien , au spinal , etc. ; en arrière, aux premières paires cervicales. Tous les ganglions situés les uns au-dessus des autres le long de la colonne vertébrale jettent des communications dans chaque paire des trous de conjugaison qui leur correspondent; le nerf vague communique avec le semi-lunaire, etc. Il n’est donc aucun ganglion isolé des nerfs de la vie animale : de là même l’expression habituelle qui indique chaque ganglion comme naissant de telle ou telle paire , ou se trouvant dans son trajet , expression très-inexacte. Ainsi ! l’opl^thalmique n’est nullement dans le trajet du nerf
moteur commun : l’un et l’autre s’envoient chacun un rameau qui se confondent, ou plutôt il y a une branche de communication entre le ganglion et le nerf cérébral. En général, toutes ces branches de communication avec le système de la vie animale sont courtes, blanchâtres, et de même nature ou au moins de même apparence que les nerfs de ce dernier. Elles ne forment aucun plexus dans leur trajet, fournissent rarement des branches, et paraissent étrangères à tout autre usage qu’à celui d’établir des anastomoses entre les deux systèmes.
2°. Chaque ganglion envoie en haut et en bas des branches aux deux ganglions qui lui sont contigus. Nous avons vu l’ophthalmique et le sphéno-palatin exceptés de cette règle. Quelquefois aussi , comme je l’ai dit, il y a des interruptions dans d’autres régions. Quoi qu’il en soit, ces communications générales peuvent faire regarder lès ganglions comme se tenant partout, et pouvant recevoir les uns des autres les diverses affections dont ils peuvent être primitivement le siège isolé. Ces branches de communication sont droites comme les précédentes ; quelquefois très-minces , comme entre les ganglions lombaires et sacrés; d’autres fois plus volumineuses, comme celle qui est intermédiaire aux deux cervicaux , supérieur et inférieur; en certains cas très-grosses , comme le grand splanchnique , qui est le véritable tronc de communication entre les intercostaux et le semi-lunaire. Ees nerfç qui nous occupent , le dernier surtout, ont, comme les précédens , une disposition exactement analogue aux nerfs cérébraux; ils sont formés de cor-
dons blanchâtres , qui eux-mêmes résultent de filets: l’oeil ne découvre entre eux aucune différence.
3°. Plusieurs filets venant des ganglions se jettent dans certains muscles cérébraux , comme dans le diaphragme , clans quelques-uns de ceux du cou, etc.; d’autres vont gagner isolément les organes voisins.
4°. Le plus grand nombre, sortant des ganglions par filets isolés, s’entrelacent en manière de plexus avec ceux des ganglions contigus , au voisinage i ou sur les gros vaisseaux. Le plus remarquable de ces plexus est le solaire, que composent les innombrables branches venant des semi-lunaires ; puis , 011 voit l’hypogastrique, le cardiaque, etc. Presque tous ces plexus ne sont point exclusivement formés par les nerfs de la vie organique; ceux de ■ l’animale leur en donnent aussi, comme le nerf vague en fournit un exemple pour le solaire et le cardiaque, comme les nerfs sacrés en offrent un autre pour l'hypogastrique, etc. Cependant ce sont toujours les nerfs de la vie organique qui prédominent dans ces plexus : il n’y a que le pulmonaire , où la paire vague domine spécialement, tandis (pie les nerfs venant du °an°lion cervical inférieur ne
sont, pour ainsi dire, qu’accessoires.
Les plexus primitifs résultant de l’entrelacement des nerfs organiques à leur sortie des ganglions forment un amas de nerfs irréguliers, plongés dans le tissu cellulaire , accommodés à la forme des organes voisins, et tout différens de ceux de la vie animale, comme du brachial, du lombaire, etc.
En effet, à tout instant, non-seulement les filets se placent, comme dans ceux-ci, les Uns à côté des autres en changeant de rapports, mais encore leurs extrémités se continuent, ils s’entrelacent les uns dans les autres, changent à chaque point de direction, forment des anses , des réseaux, et se mêlent tellement, qu’il n’est pas possible de rien distinguer , qu’un millier de nerfs , qu’on dirait naître sous le linge qui essuie l’endroit où se trouve le plexus.
Ces organes sont remarquables par leur couleur rougeâtre ou grisâtre, par leur mollesse, par leur peu d’apparence , etc. ; souvent il est très-difficile de les distinguer du tissu cellulaire. La meilleure manière de les rendre sensibles est de laisser macérer dans l’eau, pendant un jour ou deux, le sujet ouvert : ils blanchissent alors sensiblement , ne se ramollissent point, et paraissent même augmenter un peu de consistance , comme les cérébraux ën pareil cas. Du reste, leur ténuité est telle, qu’il est impossible de les soumettre à aucune espèce de réactifs : seulement, j’ai observé qu’ils possèdent éminemment la faculté de se racornir, et qu’ils ne le cèdent point aux cérébraux sous ce rapport. Cette ténuité dépend de ce que tous les filets. sont isolés les uns des autres, au lieu d’être, comme dans les précédens, rassemblés en cordons; c’est ce qui fait aussi que ces nerfs sont si nombreux. Si tous les filets du plexus brachial étaient séparés comme le sont ceux du solaire, ils présenteraient le même aspect et le même nombre dans leur entrelacement.
Les plexus primitifs formés par les ganglions
jouent-ils un rôle dans les fonctions nerveuses ? sont-ils des centres auxquels se rapportent des phénomènes importans? Que n’a*t-on pas dit sur le plexus solaire, à ce sujet! Mais rien, je crois, de tout ce qui a été avancé sur ce point n’est fondé sur la stricte observation.
Les plexus de la vie organique se partagent bientôt en différentes divisions, qui se portent aux différentes parties, à celles surtout de cette vie. Ces divisions résultent d’une infinité de petits filets , qui marchent constamment isolés, quoique placés près les uns des autres , et qui ne se réunissent jamais en cordons comme dans les précédens. Elles accompagnent presque toutes les artères : ainsi, la rénale, l’hépatique, la splénique, la coronairestomachique, les mésentériques , l’hypogastrique , la carotide et ses distributions, etc. , sont-elles entourées de filets venant des ganglions. Ces filets se comportent de deux manières. i°. Les uns accompagnent l’artère sans lui être collés ; beaucoup de tissu cellulaire les en sépare; ils marchent dans son trajet sans s’entrelacer très-sensiblement entre eux. a0. Les autres lui forment pour ainsi dire une tunique nouvelle, extérieure aux autres, lui adhèrent intimement, et s'entrelacent tellement entre eux qu'on les prendrait pour un véritable réseau entourant l’artère.
Quand l’artère ne parcourt que peu de trajet , ces deux ordres de branches restent distincts l’un de l’autre jusqu’à l’organe, comme on le voit autour delà splénique, de l’hépatique, de la rénale, etc.; mais, si ce trajet est^plus long, les branches ex té-
SYSTEME NEItVEÜX
3ao
rieures se jettent peu à peu dans le plexus artériel , et s’y perdent entièrement. Ce plexus peut être suivi sur les gros troncs ; il se partage à chaque branche, et on peut l’y voir encore; mais telle est sa ténuité sur les rameaux, qu’il y disparaît entièrement : la spermatique est une des artères où on le distingue le plus long-temps. Les artères des membres paraissent en être dépourvues. En général, c’est sur celles qui vont aux organes centraux de la vie intérieure , que ce réseau est le plus sensible. Lorsqu’on déduit , de la somme des filets venant des ganglions , ceux par lesquels ils communiquent d’une part entre eux, de l’autre part avec les nerfs de iavie animale, on voit que tout le reste est presque destiné, en dernier résultat , à accompagner ainsi les artères. Cette disposition est toute différente de celle des nerfs cérébraux, dont les filets sont seulement juxtaposés à ces vaisseaux. Ceux-ci en font presque partie ' intégrante , tant l’adhésion est intime; ce qui suppose certainement un usage que nous ignorons, relativement à la circulation ou aux autres fonctions organiques. Comme ces vaisseaux distribuent partout les matériaux de ces fonctions, des sécrétions , des exhalations, de la nutrition, etc., sans doute que les nerfs organiques ont quelque influence sur elles : l’expérience ni l’observation n’ont rien appris encore sur ce point.
Les veines n’ont point autour d’elles d’aussi nombreux accompagnemens des nerfs organiques (i). Il
(i) Il faut excepter Je cette règle 1* veine porte , qui est recou-
en est de même des troncs absorbans, qui marchent presque partout isolés de ce système.
La constante union des artères avec les plexus organiques , union qui offre une disposition toute différente de celle des ganglions , influe sans doute
Isur l’action de ces plexus , ou plutôt des'nerfs qui en partent, par le mouvement que leur communique le sang. Il est à remarquer à ce sujet que, de même que la nature a entassé une foule d’artères à la base du cerveau pour l’agiter d’un mouvement
I alternatif, elle a de même placé le plexus le plus considérable de tout le système organique sur un des endroits auxquels le sang rouge communique
Iune plus forte impulsion , savoir sur le tronc cœliaque.
§ III. Structure , propriétés , etc.
D’après ce que nous avons dit plus haut , il est évident] que les nerfs partant des ganglions sont de deux sortes sous le rapport de l’organisation : i° ceux qui sont identiques au système cérébral , par leur couleur blanche, par la possibilité de diviser leurs troncs en cordons distincts, et ceux-ci en filets, lesquels paraissent névrilématiques et médullaires comme les précédens; 20 ceux qui n’af- 1 frent que de petits filets isolés , grisâtres ou rou-
verte de nombreux filets du plexus hépatique : cette disposition est-elle en rapport avec la disposition intérieure de ces vaisseaux dans le foie? La chose me parait probable. (F. Blandin.) AnAT. GÉN. T. I.
geâtres , mollasses, et qui se voient surtout en nombre prodigieux dans les plexus. Ceux-ci ont-ils un névrilème, une substance médullaire? Il est impossible de le déterminer (i).
Les propriétés de tissu sont difficiles à saisir dans les nerfs organiques. Quant aux propriétés vitales, il est hors de doute que la sensibilité animale n’est point aussi exaltée dans ces nerfs que dans ceux de la vie animale : j’ai mis souvent à découvert les plexus du bas-ventre; puis , en laissant reposer un instant l’animal , et en les irritant comparativement avec les nerfs lombaires , j’ai constamment fait cette remarque. On sait que très-souvent la ligature immédiate de l’artère spermatique n’est presque point douloureuse dans le sarcocèle, . quoique des branches venant des ganglions lui forment un plexus en forme de réseau qu’on ne peut nullement en séparer. Si l’on extrait une anse d’intestin par une petite plaie à l’abdomen , l’irritation de la couche sous-muqueuse , du côté des vaisseaux , n’est; presque pas ressentie , quoique beaucoupde nerfs des ganglions se trouvent en cet endroit. J’ai
(1) Tous les nerfs tle la vie organique me paraissent avoir la même structure intérieure quelques-uns seulement , comme le grand splanchnique ont un névrilème très-épais , qui leur communique sa couleur blanche ; tandis que les autres , à peine enveloppés d’une membrane très-fine , offrent eu dehors une teinte grise très-apparente. Tous ces nerfs enfin ont en petit la texture de leurs ganglions : ce sont des amas de filets blancs très-ténus , et recouverts d’une écorce grise constituée par du tissu cellulaire. (F. Blandin.)
DE LA VIE ORGANIQUE. 3ü3
eu une infinité d’occasions d’agir de différentes manières sur la carotide, à laquelle le ganglion cervical supérieur fournit en haut des branches : or, tant que je ne touchais pas le nerf vague, l’animal restait calme. Je suis loin de croire cependant à l’insensibilité absolue des nerfs des ganglions; mais certainement, dans les mêmes circonstances que je viens de rapporter , les nerfs cérébraux auraient causé beaucoup plus de douleur à l’animal.
Je pense que , dans l’état maladif, cette sensibilité est susceptible de s’exalter beaucoup. On ne peut nier certainement que le plexus solaire ne joue un grand rôle dans les diverses sensations que nous éprouvons à l’épigastre : les douleurs très-vives qui accompagnent souvent la formation des anévrysmes sont probablement dues en partie à la distension des filets nerveux qui entourent l’artère. J’ai déjà dit qu’il est très-probable que les nerfs organiques sont pour beaucoup dans les sensations diverses que nous font éprouver certaines névroses particulières.
Ces nerfs donnent lieu à des sympathies manifestes en certains cas: c’est à cela qu’il faut rapporter les lésions diverses que Petit de Namur a déterminées dans l’organe de !a vue , en irritant leurs branches accessibles aux expériences. Le développement des nerfs des ganglions suit à peu près les memes lois que celui de ces organes dont ils émanent.
Remarquons, en finissant ce système, qu’il n’en est point: qui mérite de fixer davantage l’attention des physiologistes, Tous les autres offrent une série
de phénomènes déjà très-connus : dans celui-ci , à peine avons-nous quelques aperçus. Il ne nous offre pour ainsi dire encore que des attributs négatifs de ceux du système nerveux de la vie animale. Ainsi est-il hors de doute que les nerfs organiques 11e jouent point le même rôle que les précédens dans la sensibilité animale ; qu’ils sont toujours étrangers à la contractilité de même espèce ; qu’ils n’influent point directement sur l’organique sensible, puisque , comme nous le verrons , on peut les couper ou les irriter sans anéantir ou sans précipiter le mouvement des muscles auxquels ils vont se rendre. Mais, en connaissant les usages qu’ils ne remplissent pas , nous ignorons ceux auxquels ils sont réellement destinés. Je l’ai déjà observé , la difficulté de faire des expériences sur les ganglions et les plexus retardera de beaucoup les progrès de la science : à peine avons-nous quelques branches à l’extérieur sur lesquelles nous puissions agir. .
Scarpa a rassemblé les opinions de tous ceux qui l’ont précédé, avec la sienne propre, sur les usages des ganglions. Je renvoie à ce qu’il a dit sur ce sujet (1). Comme le point de vue général sous lequel
(1) On peut ranger en deux classes les opinions des physiologistes sur les usages des ganglions.
Les uns leur en attribuent de purement mécaniques , comme de faciliter la distribution des nerfs , d’opérer le mélange intime des filets nerveux, de favoriser leur réunion , leur séparation, etc. Meckel l’Ancien , Zinn , Scarpa sont de ce nombre.
Les autres leur accor dent des fonctions d’un ordre plus relevé , essentiellement vitales , et pensent qu’ils sont destinés à modérer^
il a présenté ces organes , et celui sous lequel je les offre ici , diffèrent essentiellement, l’exposé que je viens de faire des nerfs de la vie organique porte
à détruire même l’influence réciproque du cerveau et des nerfs. Ils expliquent par là comment les organes de la vie intérieure sont jusqu’à un certain point indépendans de l’action cérébrale , comment le cerveau à son tour perçoit à peine les impressions portées sur ces organes ou sur leurs nerfs. En un mot , les deux vies ne différeraient plus que par la différence de leurs systèmes nerveux.
Cette idée , obscurément énoncée dans les écrits de Willis ,
(de F. Petit , de Biancbi , appartient véritablement à Jobnstone;
la plupart des physiologistes modernes l’ont adoptée. Il faut > convenir qu’elle s’accorde assez bien avec ce que nous savons de
!la structure des ganglions , et que rien ne semble plus capable de briser la force nerveuse que ces entrelacemens médullaires entourés d’une substance tout-à-fait différente de celle des nerfs. On se demande néanmoins pourquoi certaines impressions sont transmises malgré l’obstacle que leur opposent les ganglions; pourquoi les ganglions vertébraux ne remplissent point , à l’égard des parties qui en reçoivent leurs nerfs , les mêmes usages que les ganglions de la vie organique. On a répondu à la première objection en disant que les ganglions sont des conducteurs j imparfaits , qu’ils isolent assez pour arrêter la transmission des impressions ordinaires , mais qu’ils sont traversés par des impressions trop vives. Wutzer a vu l’action de la pile sur les ganglions lombaires causer des douleurs vives , accompagnées de mouvemens convulsifs , tandis qu’une irritation moindre ne produisait rien de semblable. Quant à la seconde objection , on ne peut guère la combattre qu’en invoquant les différences de structure qu’offrent les ganglions des nerfs spinaux comparés à ceux du grand sympathique , différences qui en doivent amener d’autres dans les fonctions.
.Concentrer la force nerveuse , la renfoncer , la répartir uni-
dafi
nécessairement une empreinte générale toute différente de celle de son ouvrage, l’un de ceux au reste qui , comme tout ce que cet auteur a publié , honore le plus l’époque anatomique où nous nous trouvons.
Je terminerai cet article par une réflexion importante. Si les nerfs ne faisaient que se diviser dans les ganglions, si ceux-ci n’offraient dans leur intérieur que'des différences de formes, qu’une division extrêmement multipliée de leurs filets , pourquoi seraient-ils si constans dans les animaux? Une foule d’organes manquent, varient, se présentent sous mille formes différentes dans leurs diverses classes ; au contraire , les ganglions sont constans. Dans les espèces même où le système cérébral est imparfait , celui des ganglions est dans toute la plénitude de son organisation. La vie animale diminue et se rétrécit d’une manière sensible dans la plupart des insectes ,'dans les vers , etc., et en général dans les animaux sans vertèbres : eh bien ! le cerveau et ses nerfs deviennent moins bien prononcés à mesure que cette vie est moins parfaite. La i vie organique est, au contraire, presque dans toute sa plénitude chez ces animaux : eh bien ! les gan- { glions et leurs nerfs restent aussi très-prononcés. Cette remarque m’a frappé en lisant les recherches
forraément sur tous les appareils de la vie organique et concourir ainsi à la régularité de leur action , tels sont encore les usages communément attribués au système qui nous occupe. Il est difficile d’assigner ceux des ganglions que présentent les branches postérieures des nerfs de la moelle. ( Béclard. )
de divers auteurs sur l’anatomie des dernières classes d’animaux: or, si les ganglions n’étaient pas les centres de certaines fonctions importantes que nous ignorons , seraient-ils si invariables dans l’organisation animale? (1)
(1) Il est assez difficile de déterminer à quelle partie du système nerveux appartiennent les organes de ce genre que l’on rencontre dans les dernières classes d’animaux. Les vers , les in—
I sectes , ont des renflemens isolés , réunis par des cordons nerveux qui s’en séparent sous la forme de rayons. Dans les mollusques, tout le système consiste en de gros nerfs contournés autour de ! l’oesophage et en un renflement annulaire qui embrasse ce conduit. Blumenbach , M. Cuvier, M. Gall, J. -F. Meckel ad— [ mettent que ces parties répondent à la moelle épinière des animaux vertébrés. Si l’on en croit au contraire Reil et plusieurs autres, c’est le. grand sympathique qu’elles représentent. Walter, de Landshut , assimile aux nerfs de la huitième paire les cordons ner- | veux des mollusques, en comparant à la moelle ceux des insectes et des vers. Weber prend les ganglions des nerfs vertébraux pour terme de comparaison. Mais aucune ne saurait être exacte; il y a trop de différence de structure , de distribution , de fonctions , entre les systèmes nerveux imparfaits et ceux des animaux i supérieurs. Celle qui semble le plus approcher de la vérité est | celle de Walter pour les nerfs des molusques , qui en effet res-
I semblent beaucoup aux nerfs de la huitième paire.
Par la même raison , on ne peut guère donner le nom de ganglions à ces renflemens , ou plutôt à ces amas irréguliers , encore peu connus par leur nature, qui paraissent remplacer dans les animaux inférieurs les organes centraux dont sont dé— pourvus ces derniers. C’est pourtant sur ce rapprochement qu’est i fondée en grande partie l’opinion de ceux qui prétendent que le cerveau et la moelle sont des assemblages de ganglions : la preuve k en est , disent-ils , que ces ganglions sont isolés dans les animaux inférieurs. Nous ne reviendrons pas sur cette opinion, que con-
328 SYSTÈME NERVEUX DB LA VIE ORGANIQUE, tredisent des faits déjà exposés dans l’organisation , le développement, etc. , du système nerveux. M. Serres pense , comme Weber , que les ganglions isolés des animaux inférieurs répondent aux ganglions vertébraux.
Dans les animaux qui , tels qu,e l’homme, ont une moelle renfermée dans un canal osseux , le système des ganglions n’est pas à beaucoup près développé au meme degré. i°. Eu égard à la grandeur totale du corps, ce système a d’autant plus d’étendue que l’animal est plus élevé dans l’échelle des êtres , par conséquent que son organisation est-plus parfaite. La huitième paire diminue, au contraire , dans la même proportion. 2°. Son développement est toujours proportionné à celui de la moelle , si on compare l’un et l’autre, sous ce rapport, à tout le corps en général et non au cerveau seulement. 3». Le grand sympathique suit encore le canal alimentaire dans son développement. 4°- Enfin il est également lié sous ce rapport au système vasculaire. (Béclard. )