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tableau des propriétés vitales , ses observations sur le mode progressif de la mort naturelle. Mais , il faut en convenir, entraîné par une imagination vive et ardente , il oublia quelquefois d’apporter dans le sujet essentiel qu’il traitait l’exactitude nécessaire. Quelques idées fausses, ou plutôt incomplètes et mal définies , sur l’influence des passions , sur celle de l’habitude , sur l’état du fœtus avant la naissance, etc. , offrent de temps en temps au lecteur attentif de légers nuages qu’il eut été facile de dissiper. Bichat l’avouait lui-même, et se proposait , dans une seconde édition , de mettre dans ces divers articles plus de précision et de soin.
Il n’en est pas de même des Recherches sur la mort. Ici Bichat était continuellement armé du flambeau de l’expérience. Eh ! qui sut jamais mieux que lui le faire briller dans tout son éclat ? Aussi , celte seconde partie , ou plutôt ce second ouvrage , est au dessus de toute critique , et suffirait seul pour immortaliser son auteur. Plus heureux que Goodwyn, il découvrit et démontra le mode réel de connexion entre la respiration et la vie. Il prouva par les faits les plus multipliés et les plus positifs , que le sang noir pouvait aussi bien que le sang rouge , en abordant dans les cavités gauches du cœur, en exciter les contractions ; qu’au contraire le sang rouge pouvait seul porter dans le tissu des organes l’excitation nécessaire pour y entretenir la vie; qu’en conséquence , si le défaut de respiration causait la mort, c’était , non point parce que le cœur cessait d’agir sur le sang , mais parce que le sang , toujours poussé avec la même force par le cœur, ne pouvait plus , vu son défaut de coloration , exciter les organes où il arrivait. On peut voi r dans l’ouvrage les preuves invincibles sur lesquelles cette vérité physiologique est fondée.
On s’étonnera peut-être que Bichat n’ait pas profité de ce moment où il était au plus haut point de sa gloire en
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physiologie, pour publier sur cetle science un traité élémentaire qu’on lui demandait de tous côtés , et qui eût été accueilli avec l’empressement le plus unanime; mais ce serait mal connaître l’esprit qui le dirigeait dans ses travaux. Il savait que l’honneur de faire un livre classique appartient rarement à la jeunesse; qu’un ouvrage annoncé comme tel décide ordinairement pour toujours , en bien ou en mal , de la réputation de son auteur , et qu’on ne doit jamais se presser de l’entreprendre, si l’on ne veut avoir un jour h se reprocher de l’avoir entrepris trop tôt. Sans doute avec un bon esprit et une instruction suffisante , on peut à tout âge réunir sous un même coup d’œil les connaissances acquises dans le temps où l’on vit, les présenter avec clarté et méthode , et devenir utile de cette manière à ses contemporains. Mais ce n’est point par ce travail facile qu’on mérite de suivre le grand Haller dans la route de l’immortalité ; il faut de plus avoir enrichi comme lui la science d’une foule immense de faits nouveaux, prouvés par une expérience longue et suivie , ou du moins avoir présenté sur elle ces vues grandes et solides que le génio seul découvre , et que le raisonnement vient démontrer. Bichat possédait déjà en partie ces avantages; il avait renouvelé la physiologie jusque dans ses fondemens par sa division des fonctions, et l’avait enrichie des importantes découvertes dont j’ai parlé. Mais cette division n’avait pas encore toute l’exactitude qu’on pouvait désirer; ces découvertes étaient encore en petit nombre : Bichat le sentit , et songea plutôt à préparer de nouveaux matériaux qu’à employer précipitamment ceux qu’il avait entre les mains. Ces matériaux , il les chercha dans l’anatomie , source féconde pour celui qui sait y puiser, et qui ne se contente pas de promener ses regards sur la superficie des objets qu’elle présente.
On peut le dire , il n’appartenait qu’à l’auteur du
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Traite des Membranes (le s’ouvrir dans cette science une route encore ignorée ou h peine entrevue de loin par d’autres savans. L’idée de rapprocher les uns des autres , par des caractères communs , les tissus jnembraneux qui servent h former divers organes, devait naturellement se gé. néraliser et s’appliquer aux autres tissus primitifs qui partout dans l’économie, servent d’élémens h l’organisation. C’est effectivement là en un mot tout le plan 'de Y Anatomie générale, travail immense que Bichat entreprit et exécuta avec son succès ordinaire , développant d’abord dans un cours ses premières idées , et les présentant ensuite avec plus d’étendue dans un ouvrage aussi nouveau par son sujet que précieux par ses détails (i). Après y avoir établi comme principe fondamental la différence souvent remarquée entre les corps vivons et les corps inertes , par conséquent entre les sciences physiologiqueset physiques , Bichatentre dans de longs détails sur les propriétés vitales , dont il examine les caractères , le siège , l’influence sur les phénomènes physiologiques. Il les distingue d’un autre ordre de propriétés indépendantes de la vie , quoique appartenant
(i) Bichat refondit entièrement le Traite des Membranes dans l'anatomie generale : on l’y trouve dans les articles consacrés aux Systèmes cellulaire, muqueux, séreux, fibreux, synovial, etc. C’est là seulement qu’il voulait qu’on le recherchât désormais, reconnaissant que le premier ouvrage contenait, dans plusieurs endroits, des idées inexactes qu’il s’était empressé de réformer. D’ailleurs , les augmentations considérables qu’il a faites aux articles des Membranes dans ÜAnatomic générale, les expériences nombreuses dont il a enrichi II science sur ces organes, les vues médicales sblides qu’il développe d’après ces expériences, tout cela , dis-je, ne se trouve point dans le traité isolé qui avait paru , et qui ne doit plus être considéré aujourd’hui , d’après le témoignage de Bichat lui-même , que connue un premier aperçu dont Y.'natomic générale contient seule le déve* loppement.
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exclusivement aux tissus qui ont joui de la vie pendant quelque temps. Ceci le mène à observer dans les tissus dont il s’agit des différences essentielles de forme , d’organisation , de propriétés. Il remarque que ces tissus , jouissant chacun d’une vie particulière , indépendante , se réunissent pour constituer les organes , véritables assemblages d’élémens divers. De là il conclut la nécessité de considérer isolément et abstractivement ces tissus ou syslèmes organiques élémentaires , pour se former des idées justes soit en physiologie , soit en médecine; et il prouve les avantages de l’étude qu’il va entreprendre , d’un côté par des faits positifs tirés de l’observation pathologique, de l’autre par l’incertitude et le tâtonnement qui caractérisent la plupart des théories physiologiques et médicales dépourvues de ces fondemens solides.
N’essayons pas ici de le suivre dans l’examen de chaque système en particulier; nous sortirions des bornes d’un simple aperçu , et il nous serait impossible de présenter sous une forme suffisamment analytique un ouvrage également remarquable, et par la richesse des détails, et par la précision du style.
L’étude des tissus généraux qui entrent dans la composition de tous les organes entraînait celle des tissus qui constituent tel ou tel organe en particulier. Bichat les examina dans Y Anatomie descriptive , ouvrage qui faisait suite au précédent : il publia lui-même les deux premiers volumes , et laissa le troisième presque fini.
La même idée qui avait dirigé Bichat dans Y Anatomie générale le guida dans ses recherches sur l’anatomie pathologique. Il avait examiné les tissus organiques dans l’état sain ; il entreprit de les observer dans l’état de maladie. Ce nouveau travail était bien plus étendu que le premier, vu la multitude d’affections diverses qu’un même tissu peut présenter. Il fallait multiplier les ouvertures cadavériques ,
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il fallait même avoir suivi les maladies pour pouvoir tirer de l’inspection anatomique tout le parti convenable; Bichat remplit l’une et l’autre condition avec cette activité extraordinaire qu’il portait partout. En quelques mois , il ouvrit plus de six cents cadavres , soit h l’Hôtel-Dieu, soit ailleurs , et suivit en même temps toutes les maladies remarquables que l’Iiôtel-Dieu renfermait. Bientôt il exposa dans un cours les connaissances nouvelles qu’il avait acquises ; et si on l’avait admiré marchant sur les traces de Haller, on fut étonné de le voir suivre avec un égal succès celles de Morgagni. C’est à lui qu’on dut des notions exactes sur les affections du péritoine, afFections que l’on confondait ordinairement avec celles des organes recouverts par cette membrane. Il prouva quechaque tissu avait un mode particulier de maladies , comme un caractère propre de vitalité, et que même aux intestins, l’état maladif d’une membrane pouvait s’allier avec l’état sain des membranes voisines. Quelques auteurs avaient entrevu cette vérité ; Walter avait même indiqué exactement la nature de la péritonite ; mais tous avaient observé des faits particuliers ; aucun n’avait rattaché ces idées à un point de vue général. D’ailleurs on avait oublié leurs découvertes; Bichat, plus accoutumé à observer qu’à lire, les ignorait absolument , et dans cette occasion , comme dans plusieurs autres , il eut tout l’honneur de l’invention, quoique avant lui les vérités qu’il annonçait n’eussent pas été absolument inconnues.
Enfin la matière médicale occupa la dernière période, et on peut dire, les derniers momens de la vie de Bichat. Frappé depuis long-temps de l’incertitude qui régnait dans cette science, il jugeait que, cultivée avec méthode et d’après des principes fixes , elle pouvait être perfectionnée comme les autres branches de l’art de guérir. Dans YAnatomie générale, il avait déjà exposé à ce sujet ses pre-
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