CHAPITRE TROISIÈME
HISTOGÉNÉSE GÉNÈRALE.
A l'époque où nous avons laissé les recherches d’histogénèse animale, les idées les plus obscures continuaient de régner, dans les traités de physiologie, sur la nutrition des organes et sur les forces par lesquelles sont accomplis l'accroissement, [a sécrétion, la régénération. On se figurait ces opérations sous la dépendance, tantôt du système nerveux, tantôt des vaisseaux sanguins, quoique depuis longtemps on eüt dü être conduit à d'autres pensées, en voyant le genre produire, avec une substance homogène, non seulement les organes, mais encore leurs nerfs et leurs vaisseaux sanguins. C'est un des principaux mérites de Schwann, d'avoir donné les éléments d'une théorie de l’organisation, de son développement, de son accroissement, de sa régénération , en démontrant, par l'étude histogénésique des éléments, que la présence des vaisseaux n'établit pas une différence essentielle dans l'accroissement, qu'elle détermine
seulement quelques modifications qu'on explique par la répartition des liqui- des nourriciers et la facilité plus ou moins grande acquise ainsi au renouvellement des matériaux. On comprend facilement l'espèce d'enthousiasme qui accueillit le travail de Schwann, la direction toute nouvelle imprimée aux recherches micrographiques et le nombre considérable de travaux dont furent suivies ces premières recherches.
Nous allons, dans ce chapitre, exposer les théories générales du développement des tissus, en nous réservant pour le chapitre suivant l'énumération des
observations isolées relauves au développement de quelques tissus étudiés spécialement par les auteurs.
Ô 1. Schwann (PI. III, IV).
Schwann (n. 65.) regarde la marche indiquée par Schleyden (Voy. chap. IT),
pour le développement des cellules végétales, identique avec celle que suivent ordinairement les cellules animales. Il se forme, d’après cet auteur, dans une substance homogène, sans structure, le cytoblastème, d’abord un nucléole, autour duquel se dépose une couche de substance finement granulée, mais qui n'est pas encore bien limitée à l'extérieur (n. 65, b, p. 229). Comme il s’accumule toujours de nouvelles molécules entre les molécules déjà existantes de cette couche, et cela seulement à une distance déterminée du nucléole, la couche se limite en dehors, et il se produit un noyau terminé par des surfaces plus ou moins nettes. Si le dépôt est plus considérable à la partie extérieure de la couche, le noyau devient creux, sa surface se condense davantage, et elle peut s’en-
N° 65. Scnwanx. a. Notices de Froriep. 1838. n° 91, 103, 116. b. Mikroskopische Untersuchungen ueber die Uibereinstimmung in der Structur und dem Wachsthum der Thiereund Pflanzen. Berlin.1838-9. C. Arch. de Müller, 1839, p. CLXXXIX, trad. dans les Ann. des sciences natur. 1842.
Tome XVII. Zoologie. d. Physiologie de Wacwer. Leipzig. 1839. p. 130. TOME 11.
durcir en une membrane. Quant à la formation des noyaux qui ont plus d’un nucléole, elle dépend, suivant Schwann, de ce que les couches qui se produisent autour de deux nucléoles voisins se confondent ensemble avant d'être arrivés à acquérir extérieurement des limites bien tranchées. La même opération se répète dans la formation de la cellule autour du noyau. Sur la surface extérieure de celui-ci se dépose une couche de substance qui est différente du cytoblastème enveloppant, n'offre point encore d'abord des limites bien tranchées, mais en acquiert peu à peu à l'extérieur par les progrès continuels du dépôt. Ici également, il peut arriver que deux noyaux soient enveloppés à la fois par la substance qui se transforme en cellule, et qu'ainsi il se forme des cellules contenant plus d'un noyau. Quand la couche est épaisse, sa portion extérieure se consolide peu à peu en »#7embrane, ou du moins devient plus compacte que sa portion intérieure. La membrane celluleuse, devenue solide, se distend peu à peu, elle s'éloigne du noyau, et l’espace compris entre elle et celui-ci s'emplit de liquide. Le noyau reste donc fixé sur une partie de la surface interne des parois de la cellule. La formation de la cellule n’est donc qu une répétition du mode de formation du noyau au moyen duquel celui-ci s'est développé autour de son corpuscule ; seulement l’activité formatrice est plus grande dans le développement de la cellule que dans celle du noyau.
La membrane de la cellule est chimiquement différente dans les différentes espèces de cellules; et, dans les cellules de même nature, la composition chimique varie avec l'âge.
Le contenu des cellules varie encore davantage. Dans l'intérieur de la cellule, qui est d'abord transparente comme de l’eau, il peu se faire peu à peu un précipité grenu qui commence autour du noyau; d'un autre côté, le contenu granuleux d'une cellule peut se dissoudre insensiblement.
Il résulte de là, que les cellules sont des petits organes dans lesquels résident les forces qui président à la résorption et à la sécrétion. Cette action chimique qui s'opère sur le cytoblastème à l'intérieur de la cellule y est appelée par Schwann la force métabolique de la cellule.
Les parties élémentaires les plus différentes des animaux ont un mode commun de développement, leur origine est toujours une cellule. Dans chaque tissu il ne se forme des nouvelles cellules que dans les points où pénètrent les liquides nutritifs nouveaux; d'où la différence entre les tissus qui contiennent des vaisseaux et ceux qui en sont privés. Dans les premiers, le fluide nourricier se répand dans tous les sens : les nouvelles cellules apparaissent dans toute l'épaisseur du tissu. Dans les derniers, le fluide nourricier n est amené que par la face inférieure, interne ou adhérente, comme cela a lieu pour l’'épiderme. L'expression : accroissement par juxta-position, est bonne quand on s'en sert pour exprimer la production de nouvelles cellules et non l'accroissement de celles qui existent. Les nouvelles cellules de l'épiderme n'apparaissent que sous les précédentes. Dans les deux cas les cellules croissent par intussusception.
M. Schwann partage en cinq classes les tissus de l'organisme animal, sous le rapport de leur composition originelle et cellulaire ; ce sont : 1° des cellules indépendantes et isolées, nageant dans des liquides, ou situées simplement les
HISTOGEÉNESE GÉNERALE. 35 unes prés des autres et mobiles: 2° des cellules A (selbsistœændig ), tenant fortement les unes aux autres, de manière à constituer un tissu ; 3° des tissus dans lesquels les parois, mais non les cavités des cellules, sont fondues les unes dans les autres; 4° des cellules fibreuses, celles qui sallongent suivant un ou plusieurs sens, pour former des faisceaux de fibres; 5° des cellules dans lesquelles les parois et les cavités se sont fondues les unes dans les autres.
À LA PREMIÈRE CLASSE appartiennent les corpuscules sanguins dont Schultz a démontré la nature vésiculeuse, dont le noyau reste appliqué contre les parois, quand ils sont distendus par l'eau, ainsi que le remarque Schwann, et dont le contenu est la matière colorante rouge. Les corpuscules lymphatiques, muqueux et purulents appartiennent encore à cette classe : tous sont des cellules avec noyau.
La DEUXIÈME cLaAssE renferme le tissu corné, le pigment et le tissu du cristallin. Les cellules sont indépendantes, quoique leurs parois disparaissent quelquefois. |
1. Epithelium. 11 se compose, le plus souvent, des cellules rondes avec un noyau situé à leur surface interne et avec un ou deux nucléolules. Par leur réunion, elles prennent la forme polyédrique. Dans la peau extérieure du tétard de la Grenouille, Schwann a vu aussi deux noyaux dans la cellule, et une cellule d’épithélium, avec un noyau dans une grande cellule, ce qui n’a pas lieu dans les mammifères, d'après Henle. Les cellules d'épithélium sont susceptibles de prendre deux autres formes qui dérivent de la forme globuleuse primitive; ou bien elles s aplatissent, le noyau reste au milieu de l’une des surfaces, ou bien ces cellules aplaties se tirent en longueur, comme Henle l’a vu pour l’épithélium des vaisseaux ; les jeunes cellules naissent au-dessous des anciennes , et diminuent en hauteur à mesure qu'elles approchent de la surface (Henle) où les cellules s'allongent en cylindre; on l'a observé dans la muqueuse intestinale.
2. Cellules du pigment. Elles ont sur leur paroi un noyau celluleux qui détermine cette tache blanche qu'on voit dans leur milieu. Le noyau est ordinairement pourvu d'un ou de deux noyaux plus petits (nucléolules). Quelques cellules du pigment s'allongent en divers sens, en fibres creuses, et composent des cellules stelliformes.
3. Ongles. L'ongle d'un fœtus mâle à terme, se compose de couches superposées, d'autant moins apparentes à la face inférieure de l’ongle, qu’on s approche davantage de sa racine ; la moitié supérieure de cette portion ne montre aucune couche, mais consiste en cellules polyédriques, ayant des noyaux distincts. Les lamelles de l'ongle, traitées par l'acide acétique, se divisent en plaques, dans lesquelles on distingue rarement un noyau. Les cellules polyédriques de la racine se changent en s'aplatissant, en petites plaques. Cet aplatissement devrait rendre l’ongle plus mince en avant; mais il est probable qu'il se forme en dessous une couche d’épithélium, qui en égalise l'épaisseur. Le tissu corné des grifles se compose aussi, chez le fœtus, de cellules analogues à celles des plantes.
4. Plumes. La substance médullaire des plumes se compose de cellules polyédriques, munies d'un noyau dans la jeune plume. On voit d'abord une masse
finement granuleuse dans laquelle se trouvent de nombreux petits noyaux, dont quelques uns possèdent un nucléolule; c'est autour de ces noyaux que se forment les cellules. Celles-ci ne se développent pas dans des cellules mères, mais dans le voisinage de la matière organisée de la plume qui fournit le cytoblastème. Les fibres de l'écorce de la tige naissent des cellules d'éphitélium, grosses et plates, ayant un noyau et des nucléolules. Ce sont des stries longues et aplaties; de chaque cellule naissent plusieurs fibres, puis toute trace de cellule disparait. Les barbes sont des plumes en miniature, la tige secondaire à la structure de la tige principale, les barbules se composent aussi de cellules d'épithélium juxta-posées, et possèdent un noyau.
5. Cristallin. Les fibres du cristallin proviennent de cellules découvertes par Werneck (n° 66). Dans le cristallin du poulet, après huit jours d'incubation, on ne trouve pas encore de fibres, mais seulement des cellules rondes, pales, dont quelques-unes renferment un noyau. À une époque plus avancée, quelques cellules plus grandes en renferment une ou deux plus petites. Dans les embryons du porc de 3 172” de longueur, la plupart des fibres du cristallin sont déjà formées ; une partie est encore inachevée, et il existe en outre un grand nombre de cellules rondes qui attendent leur changement. Les fibres terminées forment une boule au centre de la lentilie. Les fibres les plus rapprochées sont des prolongements creux de globules. Plus tard ces fibres se garnissent de bords dentelés comme cela se voit dans les cellules dentelées des plantes.
TROSÈME CLASSE. — 1. Cartillages. 2. Dents.
1. Tissu CARTILAGINEUX. Parmi tous les tissus du corps humain, les cartilages se distinguent par la quantité a plus forte de cytoblastème qu'on rencontre en eux et par la grande consistance de ce dernier. La quantité de cytoblastème est très différente dans les différents cartilages. Elle est peu considérable dans le cartilage branchial des tétards de grenouilles. Les cellules s’aplatissent déjà ici l’une contre l’autre, en se touchant. La première formation et l'accroissement du cartilage a lieu de la manière suivante : il se forme d'abord du cytoblastéme dans lequel ensuite des cellules se produisent, en même temps un nouveau cytoblastéme apparait et donne naissance à de nouvelles cellules et ainsi de suite. Comme le cartilage est dans l’origine dépourvu de vaisseaux, la formation des cellules n’a lieu qu’à sa surface ou au moins dans le voisinage de celle-ci et par conséquent là où le cartilage est en contact avec la substance organisée. Dans le cytoblastème à la surface du cartilage, ou entre les cellules les dernières formées, on voit apparaitre d'abord les noyaux cellulaires; autour de ceux-ci se forment les cellules, qui enveloppent les noyaux de très près et possèdent des parois très minces. Ces cellules s étendent par accroissement, en même temps que leurs parois deviennent plus épaisses. Le noyau cellulaire croît aussi un peu. Les cellules contiennent tantôt un liquide clair, tantôt un précipité granulé , qui, en général, se forme autour du noyau cellulaire. Dans les anciennes cellules, il se forme parfois de jeunes cellules (cellules graisseuses ?). Plus tard des cavités ou des canaux (canaux des os), se forment dans le cartilage,
N° 66. Wernek. Journal de 1838. p. 259-414.
HISTOGÉNÈSE GÉNÉRALE. 37 d'une manière qui n'a pas été examinée exactement; des vaisseaux les parcourent. Lorsqu après ce temps la formation de nouvelles cellules a encore lieu, on doit présumer qu'elle s'effectue non-seulement à la surface du cartilage, mais aussi autour de ces cavités et canaux ; peut-être encore est-ce là la cause qui fait qu'après l'ossification on trouve les cellules arrangées en couches, en partie concentriques autour des cavités des canaux des os, en partie parallèles à la surface du cartilage. Lors de l'ossification, la terre calcaire est déposée en premier lieu dans le cytoblastéme du cartilage. En même temps les cellules cartilagineuses éprouvent un changement remarquable qui semble consister en ce que différents points de ces organes s'étendent en prolongements creux ou canaux, ce qui leur donne l’apparence étoilée fcellules étorlées). Dans cette opération les noyaux cellulaires sont absorbés. En dernier lieu, les cellules et les canaux qui en partent semblent être remplis par de la terre calcaire.
2. Dents. L'émail d'une dent qui n'est pas encore développée, traité par un acide étendu, conserve la même structure. La surface interne de la membrane émaillante qui entoure la couronne de la dent, est formée de fibres courtes, à six pans, situées verticalement, de sorte que chaque fibre de la membrane émaillante répond à une fibre d'émail: elles paraissent être des cellules allongées, À l’état frais elles contiennent un noyau avec nucléolule ; au-dessus d’elles sont situées des cellules rondes, adhérentes à la membrane émaillante, sans doute l'état jeune de celles-là. Les fibres émaillantes, proprement dites, sont probablement séparées de la membrane émaillante, pour se souder à l'émail dejà formé, et sossifier avec lui.
La substance propre des dents naït de fibres entre lesquelles se trouvent les canaux dentaires. La pulpe de la dent se compose à sa surface de cellules cylindriques avec nucléus et nucléolules, et à l'intérieur de cellules rondes. Schwann présume que les fibres superficielles se changent en la substance de la dent.
QUATRIÈME CLASSE. — 1. /ssu cellulaire. L'origine du tissu cellulaire est le cytoblastème sans structure; 1l se produit dans son intérieur des cellules rondes avec noyau, qui se changent en cellules fibreuses, fusiformes, renfermant un corpuscule rond ou ovale (noyau), dans lequel on distingue encore un ou deux points foncés. Le noyau est appliqué contre la paroi de la cellule. Ces cellules, en s'amincissant à leurs extrémités, se changent en fibres. Les pointes de ces cellules fusiformes donnent des fibres qui, quelquefois, produisent des branches, et finissent par se transformer en un faisceau de fibres excessivement déliées. Le développement se fait de la manière suivante : la division des deux fibres principales, qui partent du corps de la cellule, en un faisceau de fibres plus petites, se rapproche de plus en plus de ce corps; de sorte que, plus tard, celui-ci est le point de départ du tissu fibreux; plus tard encore, le faisceau fibreux nait immédiatement du noyau; enfin le corps cellulaire se divise entiérement en fibres, et le noyau repose à nu sur un faisceau de ces fibres. Celles-ci sont probablement creuses.
Les cellules graisseuses du tissu cellulaire du fœtus, ont aussi, dans le principe, un noyau cellulaire très-distinct. Si la membrane de la cellule est mince,
le noyau la soulève au-dessus de la goutte de graisse que renferme cette mem- TOME 11. 10
brane, circonstance qui n’a pas lieu quand elle est épaisse. Le noyau contient un ou deux nucléolules. Les cellules graisseuses du cràne des Jeunes rougeuils (Cyprinus erythrophtalmus L.) ont quelquefois deux noyaux disposés de la même manière, relativement à la membrane de la cellule. Il existe encore dans le tissu cellulaire du fœtus une troisième espèce de cellules : elles sont rondes et pales, contiennent un noyau à leur paroi, avec un ou deux nucléolules, ne s’allongent pas en fibres, ne renferment point de graisse, mais se remplissent de petits grains; ce précipité granuleux se montre d'abord dans le voisinage du noyau. Le tissu cellulaire du fœtus ne donne aucune gélatine à la cuisson; la décoction renferme une substance semblable à la pyine, avec cette différence que le précipité trouble, déterminé par l'acide hydrochlorique, disparait par un excès de cet acide.
2. Tissu des tendons. Les fibres tendineuses dérivent de cellules de la même manière que les fibres du tissu cellulaire.
3. Tissu élastique. La tunique moyenne des artères des embryons de porcs, longs de 6”, renferme beaucoup de cellules isolées, les unes rondes, les autres allongées, d'autres terminées par deux ou trois prolongements qui se divisent de nouveau. On voit à l'intérieur le noyau ordinaire de la cellule avec un ou deux noyaux plus petits: on trouve en outre du tissu élastique déjà formé. Les fibres ramifiées du tissu élastique, qui sont creuses, d’après Purkinje, paraissent dériver de ces cellules.
CINQUIÈME cLasse. — Voici quel est le type de formation de cette classe: il existe d'abord des cellules rondes ou cylindriques; ou bien stelliformes. Dans le premier cas, les cellules primitives se placent les unes à la suite des autres, et se soudent les unes aux autres, par leur point de contact. Puis les cloisons sont résorbées, de sorte que Les cellules primitives se changent en cellules secondaires. Celles-ci croissent comme les cellules simples. Tel parait être le mode de formation des muscles et des nerfs.
Dans le second cas, les cellules stelliformes se rencontrent par leurs prolongements, se soudent; les parois sont résorbées, d'où résulte un réseau de canaux.
1. Muscles. D'après les observations de Valentin, les faisceaux musculaires primitifs se forment par de petits grains qui se placent les uns à la suite des autres et se soudent entre eux, les fibres primitives ne proviennent que de la division en fibres plus petites. Schwann a observé, dans les cylindres des faisceaux primitifs d'un fœtus de porc long de 3 172, un bord plus foncé et une partie interne, sans doute la cavité. Dans la partie la plus claire, on pouvait distineuer, outre quelques petits granules, des corpuscules plus gros, ovales et aplatis; ces noyaux renferment souvent un ou deux noyaux plus petits. Ils sont placés à plus ou moins de distance régulière les uns des autres, dans l'épaisseur du cylindre et contre sa paroi. Dans les muscles plus âgés on ne voit plus de trace de cavité, mais les noyaux restent encore longtemps visibles, et sont situés dans l'épaisseur de la fibre, quoiqu'ils fassent souvent saillie au dehors, sous la forme de petites éminences. La substance musculaire, proprement dite, du cylindre naît par un dépôt secondaire dans l'intérieur du canal.
HISTOGÉNÈESE GÉNÉRALE. 39
Schwann, qui n’a pas observé les premières phases du développement, sup-
pose qu elles s'opèrent de la manière suivante : les globules (creux) ou les cellules primaires se sont placées à la suite les unes des autres par rangées, et se se sont confondues en un cylindre; et alors les cloisons, qui devaient partager ce cylindre, ont été absorbées. Les noyaux sont plats; ils sont placés sur la paroi du cylindre et non dans son axe. Ce cylindre arrondi et fermé à son extrémité (cellule musculaire secondaire), s'accroit comme une cellule simple ; bien que cela n'ait lieu qu’en longueur, et qu'en largeur elle ne croisse pas du tout ou même devienne plus étroite. [accroissement en longueur n'a pas lieu aux extrémités seulement, mais dans toute l'étendue du cylindre, comme on peut le reconnaitre aux noyaux cellulaires qui, au commencement, sont placés les uns près des autres et qui plus tard sont à une distance plus grande et s’'allongent souvent même fortement. Ensuite il se fait une déposition d'une autre substance sur la surface interne de la paroi du cylindre ou de la membrane de la cellule musculaire secondaire, qui épaissit cette paroi et diminue la cavité du cylindre. L'épaississement de la paroi ne dépend pas, comme dans les cartilages, de celui de la membrane cellulaire; car les noyaux cellulaires ne sont pas poussés suivant la cavité du cylindre, mais restent en dehors en avant du produit secondaire déposé. Cette déposition secondaire continue jusqu'à ce que le cylindre soit complètement rempli. La substance déposée se transforme en fibres très-fines, qui s'étendent suivant la longueur du cylindre; ce sont les fibres musculaires primitives. Elles forment donc, réunies, un faisceau, le faisceau musculaire primitif, qui est entouré à l'extérieur par une paroi particulière, sans structure, la membrane de la cellule musculaire secondaire.
2. ÎNerfs. Les nerfs semblent se former de la même manière que les muscles, à savoir par la fusion des cellules primaires, placés à la suite les unes des autres, en une cellule secondaire. Mais on n'a pas encore pu observer avec certitude les cellules nerveuses primaires, parce qu'aussi longtemps qu'elles sont encore à cet état on ne peut les distinguer des cellules indifférentes, dont tout l'organe se forme. Lorsqu'un nerf est reconnaissable, il forme un cordon pale, à fibres allongées, grossières et renfermant une quantité de noyaux cellulaires évidents. On peut séparer quelques fibres d'un tel cordon; elles renferment des noyaux cellulaires dans leur intérieur, analogues à ceux que l'on rencontre dans le faisceau musculaire primitif, mais placés à une plus grande distance les uns des autres. Ces fibres sont päles, granulées et (comme cela devient plus vraisemblable dans un développement plus avancé)creuses. Ensuite de même quedansles muscles,ilse faitune déposition secondaire sur la surface interne de la fibre, ou sur la surface interne de la membrane de la cellule nerveuse secondaire. Ce dépôt secondaire est formé d'une substance blanche, graisseuse, qui donne au nerf ses contours obscurs. Par suite des progrès de la déposition secondaire, cette fibre devient si épaisse, que l’on distingue ses doubles contours et que le nerf prend l’apparence d'un tube. En même temps que ce dépôtsecondaire s opère, les noyaux cellulaires sont en général absorbés ; cependant quelquesuns persistent encore plus longtemps et sont placés alors en dehors entre la
substance blanche et la membrane cellulaire, comme dans les muscles. Le reste de la cavité de la cellule nerveuse secondaire semble être rempli d'une substance assez solide, le cordon découvert par Remax. Un nerf, à l'état de formation complète, consiste : 1° en une membrane cellulaire externe, pale et mince, que l'on voit lorsqu'on détruitla substance blanche par places; en une substance blanche, graisseuse, qui est déposée à la surface interne de la membrane cellulaire et dont l'épaisseur est plus ou moins grande; 3° et en une bande découverte par Remak, contenu cellulaire souvent solide.
5. Sur les parois des vaisseaux capillaires des larves de grenouilles on voit, de distance en distance, des noyaux de cellules. Ils sont situés dans l'épaisseur de la paroi ou à la face interne des vaisseaux capillaires, sur lesquels ils forment souvent une saillie. D'après Schwann, les vaisseaux capillaires de l'embryon se forment probablement de la manière suivante: quelques-unes des cellules de la membrane germinative se changent en cellules stelliformes par les prolongements de leurs parties. Ces prolongements s'appliquent les uns contre les autres, se soudent, les parois sont résorbées et il se forme un réseau de canaux d'une épaisseur très-inégale. Le contenu des cellules primaires, secondaires ou composées est le liquide sanguin.
Les observations de Schwann sur l’ovule considéré comme cellule, ont donné les résultats suivants:
L'ovule, contenu dans le follicule de Graaf, est enchâssé dans une couche de sranules qui sont des cellules ayant un noyau sur leur face interne, avec un ou deux nucléolules (corpuscules du noyau). Les cellules naissent dans le liquide du follicule de Graaf, comme dans une matière germinatrice. Il est facile de comprendre comment ces cellules, douées d’une vie indépendante, peuvent se développer, quand elles arrivent avec l’ovule dans l'utérus, pour former d’autres tissus, le chorion, par exemple.
Partout l’ovule possède une membrane externe, sans structure, que ce soit le chorion ou la membrane vitelline; l'ovule est donc toujours une cellule. La cellule vitelline renferme le vitellus, et à sa surface interne la vésicule germinatrice, avec la tache germinatrice. Si la vésicule germinatrice est une Jeune cellule développée dans l'intérieur de la cellule vitelline, elle est probablement l'élément le plus essentiel de l'embryon; mais si cette vésicule est le noyau de la cellule vitelline, elle perd sa signification; et, par analogie avec la plupart des noyaux cellulaires, elle doit être plus tard résorbée en totalité, ou bien exister encore quelque temps à l'état rudimentaire, sans rien constituer d'essentiel. La solution de cette question n'est pas encore possible.
Les globules vitellins de l'œuf des oiseaux sont des cellules de deux sortes : les globules vitellins de la cavité vitelline, du canal vitellin et du noyau, de la cicatricule (Hahnentritt), renferment un globule plus petit. Les autres cellules sont plus grosses et renferment une matière granuleuse; l'eau les fait éclater, leur contenu se répand alors au dehors. Dans le principe, le jeune vitellus ne renferme que la cavité vitelline avec ses cellules : la véritable substance vitelline n'existe pas encore.
Dans les ovules un peu plus gros de l'ovaire, 1l existe autour des cellules,
HISTOGÉNESE GÉNÉRALE. A1 une couche de substance jaune, entourée elle-même d'une couche celluleuse. La matière jaune du vitellus s’est donc formée entre une couche membraneuse externe de cellules, et les cellules internes. Le germe lenticulare se compose de globules d'inégale grosseur, ayant un contenu sranuleux. Le germe d'un œuf couvé pendant quatre heures contient encore de ces globules. Au bout de huit heures la couche externe est déjà formée de cellules très pàles, dépourvues de noyaux, parmi lesquelles se trouvent les globules de la membrane germinative.
Dans un œuf de 16 heures, le feuillet séreux est formé de cellules dont quelques-unes renferment un noyau et un ou deux nucléolules. Elles contiennent, de plus, un liquide et de petits grains doués d'un mouvement moléculaire. Ces cellules dont Valentin a connu le noyau, prennent bientôt la forme polyédrique. Le feuillet muqueux se compose de cellules, avec un liquide transparent et des grains. Ces cellules, dont les contours sont ordinairement foncés comme ceux des cellules de la cavité vitelline, gisent d'une manière lâche au milieu d'une substance intercellulaire, qui constitue leur cytoblastème. Les premiers rudiments de l'embryon se composent en partie de petites cellules sans noyaux, en partie de noyaux celluleux pales, renfermant des nucléolules.
Tels sont les principaux résultats du travail de Schwann (n° 65, 4. ). Nous avons reproduit sur les pl. LIT et IV, toutes les figures qui accompagnent ce mémoire, en ajoutant la traduction de l'explication donnée par l'auteur.