B. ONGLES
a. De l'accroissement et de la régénération des ongles.
Les observations histologiques modernes n'ont ajouté que peu de détails à ce que nous avons dit dès 1840 à ce sujet. En effet, dans le mémoire sur les appendices tésumentaires, publié dans le premier volume de cet ouvrage et dans notre Anatomie générale (p. 321 et suiv., nous avons démontré que les ongles se composent de lamelles épithéliales, dont le développement est tout à
N° 138, LANGER. Bericht der Wiener dcademie. 1849.
fait analogue à celui de la peau. Cependant Donders et Moleschott (n° 130) ont
trouvé depuis, que la soude et la potasse caustique isolent très bien les lamelles
épithéliales et celles des ongles, et permettent de reconnaitre partout l'existence
du noyau plus ou moins atrophié. Aussi Reichert (n° 140, p. 25) a-t-il abandonné
sa première opinion, suivant laquelle les traces de noyaux dans les anciennes
lamelles seraient des fentes. À l’aide des mêmes réactifs, Koelliker (n° 116, p. 79) est parvenu à reconnaitre les cellules qui composent le réseau de Malpighi (la matrice ) de l'ongle. Il affirme que les plus profondes sont placées verticalement, et que les supérieures sont horizontales et allongées, tandis que Aeichert, (n° 141) les croyait toutes verticales. L'opinion de la plupart des auteurs, et particulièrement celle de Koelliker sur l'accroissement des ongles, est entièrement conforme à celle que nous avons exposée (n° 100, p. 323), à savoir, que toute la surface du réseau de Malpighi est la matrice sur laquelle se développent des cellules d’une manière analogue à ce que nous voyons dans l'épiderme. La production de nouvelles cellules, à la surface inférieure de l'ongle, explique son accroissement en épaisseur; celle analogue à la racine explique l'accroissement en longueur. Cette opinion, qui est d'accord avec celle de Lauth et Gurtt, et notamment avec celle de Schwann (n° 65; notre mémoire du premier volume était terminé avant la publication de l'ouvrage de Schwann), justifie et explique, par l'histogénèse, l'opinion analogue émise par Leeuwenhoek et Malpighi, concernant le double accroissement des ongles, et admise depuis par presque tous les anatomistes. Aetchert avait cru, comme nous l’avons déjà dit, que toutes les cellules du réseau de Malpighi de l'ongle étaient placées verticalement, et il ne pouvait s'expliquer ni admettre leur transformation en lamelles horizontales de l’ongle. Mais Koelliker prouve que les profondes seulement sont verticales, et qu'elles deviennent horizontales au fur et à mesure qu'elles sapprochent de l’'ongle pour se confondre avec lui.
La régénération des ongles se fait d'une manière analogue. Lorsqu un ongle est arraché, toute la matrice se recouvre de lamelles épithéliales qui, molles d'abord, se durcissent ensuite et subissent les transformations décrites, en s'allongeant et en s'aplatissant.
b. Du développement des ongles.
Les premières traces de l’ongle apparaissent au troisième mois; la matrice est alors couverte des mêmes cellules qui constituent l'épiderme, seulement les cellules du réseau de Malpighi se distinguent par leur forme allongée et polysonale. Le développement ultérieur s'opère de la manière suivante, d'après les observations de Schwann (n° 65) et de Koelliker (n° 116, p. 94).
Au quatrième mois, l'ongle est encore couvert par l'épiderme, qui se compose de cellules polygonales à noyaux distincts. Entre le réseau de Malpighi et l'épiderme apparait une couche simple de cellules pâles, aplaties, polygonales,
N° 139. DonpERs et MOLESCHOTT. Hollaendische Beytraege. Cah. I, IL. 1846-7. — Traduction allem. de la Chimie physiologique de Mulder. Heidelberg, 1846, cah. 6, 7.
N° 140. REICHERT. Archives de Müller. 1847. (Compte rendu annuel.)
N° 141. REICHERT. Archives de Müller. 1841, p. CGLXXV.
HISTOGÉNÈESE SPÉCIALE. 10)
pourvues de noyaux et longues de 0,02 mm., qui sont très cohérentes et constituent la première trace de la véritable substance de l'ongle. En même temps, le réseau de Malpighi s'épaissit et se compose d'au moins deux couches. Au cinquième mois, la couche épidermique existe encore, et l’ongle est formé par une couche encore simple de lamelles à noyaux distincts et longues de 0,025 à 0,04 mm. Les cellules du réseau de Malpighi qui touchent à longle sont plus srandes qu'au quatrième mois ; les profondes, allongées et RÉPHGARÉE, Vers la mn du cinquième mois, l'épiderme disparait à la surface de l'ongle ; celui-ci s'épaissit, se compose de plusieurs couches de lamelles polygonales, + peu allonsées, cohérentes, longues de 0,04 à 0,06 mm., et dont le HOÿa est à peine visible sans l'action des réactifs indiqués. Le réseau de Malpighi s'est également épaissi ; les cellules inférieures ont 0,008, les supérieures jusqu'à art ee et sont penta- ou hexagonales. L'accroissement se fait donc par l'apposition de nouvelles cellules et par l'agrandissement des anciennes.
Chez les nouveaux-nés, les éléments de l'ongle sont semblables à ceux de l'embryon au sixième mois; 1ls sont distinets, même sans l'application des réactifs et forment des lamelles à noyaux, polygonales, allongées et longues de 0,04 à 0,06 mm. Chez les enfants de deux ou trois ans, l’ongle ne diffère en rien, dans sa structure, de celui des adultes.