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VI. De la contraction des fibres nerveuses

PI XXXI et XXXIL.

Le phénomène des mouvements, observé par nous pour la prémière fois dans les filets nerveux de la sangsue, mérite de fixer notre attention, parce qu'il

« prouve que des fibres qui jouissent de la contractilité ne sont pas toutes néces-

säirement formées d'après le type des fibres musculaires. Sous le point de vue histogénésique aussi, ces recherches ne sont pas complétement dépourvues d'intérêt.

Lorsqu'on étend une sangsue sur le dos, dans toute sa longueur, sur un

“morceau de liége, que l'on fixe à l'aide d'épingles la téte et la queue, que l'on

ouvre la paroi abdominale avec précaution, qu'on la replie ensuite et qu'on la fixe sur les côtés, alors on apercevra la chaîne ganglionnaire qui constitue le système nerveux (pl. XXXII, fig. 1, a). Cette chaine (fig. 2) se compose de sanglions réunis par des cordons nerveux ; de chaque côté du ganglion partent des filets nerveux. Les ganglions et les cordons nerveux sont situés dans une enveloppe noirâtre (fig. 3), qui se compose de tissu cellulaire et de pigment

(fig. 5). Après avoir retiré cette enveloppe à l’aide d'épingles (fig. 4), on aperçoit distinctement, dans les cordons nerveux qui réunissent les ganglions, une

gaine

…iransparente (fig. 7, a), deux faisceaux de fibres nerveuses (b), entre lesquels

une fibre isolée (c) communique parfois avec l’un ou l’autre faisceau. Dans les

filets nerveux existe la même structure, à la différence près que les fibres nerveuses ne forment qu'un seul faisceau (fig. 6).

La gaîne est parfaitement transparente, homogène, sans structure, et pourvue seulement de corpuscules allongés, que l'on apercoit distinctement après l’action de l'acide acétique (fig. 8, a ; 9, a ; 10, a). Dans le filet nerveux frais, il est très difficile de distinguer les fibres isolées (fig. 6) ; mais, après l’action de l'acide acétique , elles deviennent très apparentes, en totalité (fig. 8, 9) ou en partie (g. 10). On peut alors retirer la gaine et examiner les fibres isolément (fig. 1r); elles sont fines, à simples contours, dans lesquelles il est impossible de distinbuer une substance médullaire, c'est-à-dire elles présentent une structure ana-

-logue à celle des fibres fines des animaux supérieurs. Leur diamètre varie

depuis 6"",001 jusqu'à 0"",004 ou 0°”,005.

Lorsque se contractent les filets nerveux de la sangsue , 11 se forme à leur surface, dans la gaine (névrilemme), des plis transversaux (pl. XXXT, fig. 4 à 7) qui présentent l'aspect de fibres dirigées dans le même sens. Mais on verra disparaître cette apparence fibreuse lorsqu'on examine ces nerfs à l’état de relàchement ou après les avoir lésèrement comprimés. C'est donc à tort que Æanover (n° 450) suppose l'existence d'une gaine fibreuse et de fibres qui l'entoureraient en spirale. Du reste, Hannover ajoute lui-méme que ces prétendues fibres élastiques « sont moins visibles si l'on tend fortement la branche ner- Yeuse. » C'est le contraire de ce qui arriverait si des fibres élastiques existaient dans la gaine.

? , é , , \ L'examen détaillé des filets nerveux de la sangsue ne révèle doncnull e part

N° 450. Hannover , Recherches sur le système nerveux, 18/44.

la présence de fibres élastiques ou de fibres analogues à celles des muscles inv. lontaires. La gaine ne peut laisser à ce sujet le moindre doute, et, quant à Ja supposition que des fibres contractiles se trouveraient mélées, au milieu qu faisceau, aux fibres nerveuses, elle est inadmissible en théorie, et rien, dans l'observation, ne vient à son appui.

Cependant, lorsqu'on a coupé un morceau de la chaine ganglionnaire, com. prenant deux ou trois ganglions avec les filaments latéraux qui en partent, e qu'on l’examine sous le microscope après avoir retiré l'enveloppe noirâtre, on VErTa, dans la plupart des cas, des contractions manifestes, soit dans le cordon qui réunit les ganglions, soit dans les filets latéraux. Je ne pourrais mieux Carac. tériser ces contractions qu'en les comparant aux mouvements vermiculaires des intestins. Il est nécessaire d’examiner le morceau de la chaine ganolionnaire immédiatement après l'avoir détaché sur la sangsue vivante, et de n’employer que de faibles grossissements (cinquante à soixante fois), pour trouver facilement celles des fibres qui se contractent. Dés que l'on a reconnu les filets en mouvement, on peut augmenter les le phénomène dans tous ses détails.

grossissements à volonté, pour étudier

Le cordon de connexion ne se contracte pas s'il est fixé des deux côtés aux sanglions; mais le bout libre du morceau coupé, là où le ganglion a été détaché, présente le phénomène en question souvent d'une manière fort évidente, Ainsi, tantôt on voit le bout du cordon de connexion se recourber peu à peu (voy. pl. XXXI, fig. 1-8, D), s'enrouler, pour ainsi dire, pour redevenir droit, et répéter ces mouvements pendant plusieurs minutes, un quart d'heure, une demi-heure. Tantôt il exécute des mouvements de pendule ou analogues à ceux du serpent (fig. 5-8, a). D'autres fois, un des faisceaux latéraux du cordon de connexion seul est détaché, tandis que l'autre se trouve encore fixé aux deux ganglions, et alors on voit ce tronçon du cordon se courber et se recourber (fig. 1-4, a).

Les mouvements sont bien plus marqués et plus vifs dans les filets latéraux. Ces filets se divisent et fournissent des ramifications nombreuses, le supérieur, bientôt après sa sortie du ganglion central (fig. 1, c); l’autre, l'inférieur, à une distance plus éloignée (fig. 1, d). Ce dernier est pourvu de quelques corpuscules ganglionnaires à l'endroit où il se bifurque (fig. 1, x). C'est cette branche seule qui m'a toujours présenté des contractions très vives (voy. 1-8, d), qui paraissent donc se trouver en rapport direct avec les corpuscules ganglionnaires.

Ce nest pas ici le lieu pour exposer les circonstances diverses qui favorisent ou empéchent la manifestation de ces mouvements. Ces études, ainsi que celles qui sont relatives à l'occurrence de ce phénomène dans d’autres animaux, seront publiées dès que nous aurons pu les compléter.

M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, après avoir communiqué à l’Académie des sciences /séance du 5 octobre :846) le résultat de nos premieres observations ajoute qu'il s'est empressé de constater par lui-même un fait qui lui parait devoir être le point de départ d’une importante série de recherches. Le mou vement signalé n’est pas un des phénomènes douteux sur lesquels on peut $€ faire illusion. Dans ce cas en particulier, M. Geoffroy Saint-Hilaire à VU la

RECHERCHES DE LAUTEUR. — HISTOCÉNÈSE NORMALE. 30)

portion libre du nerf (du cordon de communication), placée sous le microscope, se contracter en une spirale dont, à un certain moment, deux tours se touchaient, puis redevenir rectiligne, puis s'enrouler de nouveau, et ainsi de suite, à plusieurs reprises. Ce mouvement était si marqué qu'on l’apercevait assez facilement à l’œil nu.

Indépendamment du mouvement en forme d'arc dont vient de parler M. Geoffroy Saint-Hilaire, M. Serres en a remarqué un autre dans les filets latéraux des ganglions. Ce second mouvement est vermiculaire, moins sensible que le premier. M. Serres croit qu'il a son siége dans les filaments élémentaires dont se compose le nerf soumis à l'expérimentation. Afin que l'on puisse mieux apprécier ce quil y a de particulier dans le résultat de nos observations, M. Serres rappelle le passage suivant de son ouvrage (n° 45r):

« L'iris se meut chez tous les animaux vertébrés, excepté chez certains poissons et quelques reptiles, où il est fixe. Comment se meut-il? Cette question, tant débattue pour et contre les opinions de Haller, est loin d'offrir encore une solution satisfaisante. Ce grand physiologiste ayant attribué exclusivement lirritabilité aux muscles, et tout mouvement devant être produit par eux, on lui opposa cette membrane, qui était, selon Whytt, mobile et sensible en même temps. Haller nia quelle füt musculeuse. Il aurait pu conclure de ses travaux et surtout de ceux de Zinn, qu'elle était nerveuse; mais il se füt mis en contradiction avec lui-même, car une membrane nerveuse eût été sensible et £rritable, ce qui répugnait autant à sa doctrine que d’admettre qu'une partie érritable était sensible. Les physiologistes modernes, adoptant les vues de ce grand homme sur l'irritabilité, s'obstinèrent à y trouver des muscles, que cela s'accordât ou non avec ses vues sur la sensibilité. Monro en trouva deux, l’un circulatre, l’autre à fibres longitudinales ; M. Maunoir les retrouva; MM. Home et Bauer y ont ajouté le muscle circulaire de la membrane hyaloïde. Les fibres de l'iris existent circulaires et longitudinales, comme l'ont dit les deux premiers anatomistes, quoiqu' ils diffèrent sur la position des premières. Tous les anatomistes les ont vues ou peuvent les voir. Mais, ces fibres, sont-elles musculeuses ? Leur continuité immédiate avec les nerfs ciliaires détruit cette supposition. La raison sur laquelle on se fonde, c'est qu'elles sont contractiles; or, il répugne à nos doctrines actuelles sur le système nerveux d'admettre la contractilité au nombre des propriétés physiques des nerfs. Mais, si cette propriété existe réellement dans les nerfs ciliaires, la question des mouvements de l'iris me parait résolue, et résolue sans des suppositions que repoussent son organisation et sa texture. »

«Ce phénomène de la contractilité des nerfs est des plus intéressants. Si, après avoir ouvert l'œil sur un animal, on enlève avec soin un nerf ciliaire , aussitôt qu'on le saisit avec des pinces par l'une de ses extrémités, l’autre s'en rapproche, en formant des spirales si rapprochées et si rapides, que, dans moins de deux secondes, le nerf est réduit au vingtième de sa longueur ; il se roule sur lui-même, se pelotonne. Si, dans cetétat, on le plonge dans l’eau, il reprend

N° 451. SERRES , Anatomie comparée du cerveau, dans les quatre classes des animaux vertébres, appliquée à la physiologie et à la pathologie du système nerveux, p.650, 651, 652 et 653, t. IL, Paris, 18 j |

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