TOME
termine son analyse par cette phrase : « Pourquoi , en effet, attribuersans autre motif à la diathèse cancéreuse la faculté de produire la cellule cancéreuse alors € que l’on reconnait en même temps que cette cellule résulte du caractère phy siologique du tissu où elle siège, qu'elle n’est qu'un produit de la force SCnératrice normale de ce tissu. La logique et le bon sens ne s'accordaientls
pas, au contraire, pour faire conclure que la cellule dite cancéreuse, puisqu'ell
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s'observe que dans les tissus à cellules, à l'exclusion des tissus qui n’ont 2 cette faculté génératrice, n'est et ne peut être que la cellule physiologique plus
ou moins impressionnée, modifiée, altérée par le vice cancéreux. C'est cette
doctrine, sisimple et si naturelle, qu'est venu développer M. Delafond, etc.,
Les lecteurs connaissent les raisons qui nous ont empêché de développer cette doctrine, et qui nous empêchent également d'adopter les vues énoncées par M. Delafond. La logique et le bon sens nous paraissent, au contraire, exiger de ne pas voir dans l'élément pathologique un élément normal « impressionné, modifié, altéré. » Il sera pour toujours impossible à tout observateur de démon: trer que la fibre parfaite devienne « globule fibro-plastique, » c’est-à-dire un de ces éléments de tissu fibrilleux incomplétement développé qui constituent le cancer à fibres. Pour les cellules, nous avons déjà démontré que la cellule parfaite ne peut pas redevenir noyau.
Nous avions pensé un instant pouvoir faire concorder notre opinion avec celle défendue par MM. Guérin et Delafond, en disant que la diathèse frappe, non pas le blastème, mais bien les noyaux déjà formés. Pour nous, ce serait assurément indifférent d'adopter cette modification, car le caractère de nos recherches et de nos propositions ne sy trouve nullement intéressé : ce que nous voulons, c'est de prouver que les éléments cancéreux ne sont pas hétéromorphes, mais liés intimement à la force génératrice du tissu, peu importe que cette force ait déjà produit des noyaux ou qu’elle soit encore latente dans le blastème. Mais MM. Delafond et Guérin ne pourraient guère accepter cette modification de leur opinion, car la cellule cancéreuse n’est plus alors une cellule normale « impressionnée, modifiée, altérée, » par les « différentes conditions de milieu, de pression, de juxtaposition et des rapports, » mais bien un noyau qui prendrait un développement tout particulier.
Du reste, nous ne voyons aucun avantage dans cette modification proposte, et aucun fait ne nous paraît venir à l'appui de cette opinion.
C. Les éléments des tumeurs malignes, et ceux des tissus qui servent de porn de départ à ces lumeurs, appartiennent toujours , quant à leur forme, à une € méme série histogénétique. Ainsi, les tumeurs qui se développent sur les levres et sur le scrotum, en un mot dans l'épiderme, se composent de lamelles analoœues aux cellules épithéliales aplaties; le cancer de la olande mammaire, du foie, des reins, etc., en un mot des glandes, est constitué par des cellules; Les tumeurs fibro-plastiques se développent dans le tissu cellulaire sous-cutané, sur le périoste, sur la dure-mère, etc. Il est bien important, pour se convaincre de l'exactitude de notre proposition, d'examiner dans la tumeur enlevée son point d'insertion, pour ainsi dire son point de départ. Nous savons bien que, dans un grand nombre de cas, cela devient tout à fait impossible, parce que la tumeur très développée a envahi tous les tissus voisins qui, en partie, Pét
RECHERCHES DE L'AUTEUR. — HISTOGÉNESE PATHOLOGIQUE. 359 vent même être détruits. Mais, dans un certain nombre des cas, l’examen indiqué sera possible et convaincra l'observateur de l'exactitude de notre opinion.
Dans les tumeurs épithéliales, on voit quelquefois les glandes lymphatiques voisines également remplies de cellules épithéliales. Cette production peut s expliquer, soit par le transport direct de noyaux et de cellules qui composent la tumeur et qui pénètrent dans les vaisseaux Iyÿmphatiques érodés, soit par l'absorption du blastème frappé par la diathèse cancéreuse, et qui, pris par les vaisseaux lymphatiques de la peau , va se développer au loin dans une glande lymphatique.
D. La diathèse cancéreuse peut frapper des blastèmes de diverse nature , et les éléments que donne ce blastème pathologique ne peuvent pas loujours être distingués des éléments voisins. Nous avons vu que le blastème, frappé par la diathèse cancéreuse, donne naissance à des éléments analogues à ceux qui se seraient produits dans ce même blastème s'il n'avait pas été attemt. Nous savons que le blastème à cellules produit le cancer à cellules, celui à lamelles le cancer à lamelles, celui à fibres le cancer à fibres. Dans la plupart des cas de la première variété, les éléments pathologiques peuvent étre distingués des éléments voisins. Ainsi, par exemple, dans la glande mammaire, le cancer qui s'y développe présente presque constamment des éléments qui, par leurs dimensions, leur aspect, etc., diffèrent essentiellement des cellules et des noyaux de Îa olande. Il n’en est plus ainsi dans d’autres glandes, par exemple dans le foie, où fréquemment les cellules cancéreuses présentent les mêmes caractères que celles normales du foie. Cette identité des éléments cancéreux avec les normaux est aussi frappante, et encore plus fréquente dans les autres variétés du cancer. Ainsi les lamelles des tumeurs épithéliales (cancroïdes) sont, de l'avis de tous les observateurs, entièrement pareilles à celles de Pépiderme voisin. Les noyaux et les fibres ( globules fibro-plastiques) des tumeurs dites cancéreuses, qu'elles soient de nature bénigne ou cancéreuse, offriront sous le microscope le même aspect que les éléments analogues que l'on rencontre dans du tissu cellulaire jeune en voie de développement. On le voit done, dans bon nombre des cas les caractères anatomiques dévoilés par le microscope sont insuffisants pour faire distinguer les éléments cancéreux d'avec les éléments normaux. Cette insuffisance s'étend aux variétés cancéreuses à lamelles et à fibres, et à certains cas, indiqués précédemment, du cancer à cellules. Aussi M. Lebert et ses partisans ont-ils fait tous les efforts possibles pour rayer du cadre des tumeurs cancéreuses les variétés à lamelles et à fibres en les appelant tumeurs cancroïdes et fibro-plastiques ; mais l'expérience a démontré l'inexactitude de cette opinion, ainsi que nous l'avons déjà vu précédemment.
E. En résumé, nous voyons que la composition élémentaire des tumeurs Cancéreuses est expliquée et déterminée par celle du tissu dans lequel il prend son développement, que dans les variétés à lamelles et à fibres les éléments sont homæomorphes, de même que dans certains cas des cancers à cellules, et qu'ils Sont seulement hétéromorphes dans d’autres cas du cancer à cellules. Il est donc impossible d'établir lhétéromorphisme comme base de classification des tumeurs, dont les éléments appartiennent toujours à la série histogénésique du tissu dans lequel s’est développée primitivement cette tumeur.
Nous verrons tout à l'heure que cette mème loi existe pour les tumeurs bénignes : la différence entre celles-ci et les tumeurs malignes consiste de dans la diathèse cancéreuse qui frappe le blastème, comme l'hypertrophie frappe le biastème ésalement dans la production des tumeurs bénignes. Le produit diffère dans certains cas; dans d'autres, au contraire, nous avons yy
que le microscope ne saurait révéler aucun signe caractéristique et différente]
Ç V. Aesultats pratiques.
L'application du microscope à la médecine pratique peut être considérée sous divers points de vue. Le premier qui se présente à l'esprit est naturellement celui du diagnostic, qui principalement a été en discussion Jusqu'à présent parmi les savants et les praticiens. Nous avons vu que l'importance exagérée attribuée par M. Lebert à quelques éléments a été repoussée par les faits, tant cliniques qu'anatomiques. On ne compte guère plus actuellement des partisans de cette théorie que parmi quelques élèves de cet observateur, et encore faut.il tenir compte des modifications profondes qu'a subies leur théorie, par suite de la discussion qui a eu lieu à l'Académie de médecine en 1854, et dont nous avons cité précédemment (p. 354) les aveux manifestes. = Faut-il cependant, d’une manière absolue, repousser l'application du micros. cope à l'étude du diagnostic des tumeurs? Nous ne le croyons pas. Si Les résultats fournis jusqu'à présent ne sont pas absolus, l'avenir est toujours réservé; puisil est bien possible que même les résultats incomplets obtenus Jusqu'à présent ont déja rendu les praticiens un peu plus circonspects dans l'énoncé du diagnostic, et ont peut-être un peu contribué à faire examiner, avec plus de soin et d'attention, les caractères visibles à l'œil nu dans leur corrélation avec les caractères révélés par le microscope. L'étude d'un caractère en plus, serait-1l même incertain , contribuera toujours à mieux fixer les idées et l'attention.
Mais si, sous le point de vue du diagnostic des tumeurs, toute réserve est commandée dans l'application du microscope, il n’en est plus ainsi sous un autre point de vue: je veux parler de la fréquence et de la gravité des récrdives. Ce sera précisément un service rendu par le microscope à la pathologie que de démontrer la cause des différences qu'il peut y avoir.
En effet, tous les histologistes savent que nul élément ne se produit, ne se développe, ne se multiplie, ne se régénère avec plus de facilité, plus de r'apidité, que la cellule. La fibre est beaucoup plus lente à parcourir les divers degrés de son développement. Quelle espèce de cancer aura donc les récidives les plus faciles, les plus graves; quelle espèce s'étendra avec plus de véhémence, enva: hira plus promptement les organes voisins, compromettra plus facilement l’économie tout entière, si ce n’est le cancer à cellules? Les conditions sont complétement changées, lorsque la diathèse cancéreuse frappe le blastème q" doit produire des fibres, et que nous voyons s'y former cette fibre incomplétement développée, que l'on a appelée élément fibro-plastique. La fibre se développe, en général, très lentement. J'ai vu un tendon régénéré, au bout de sept ans, présenter encore des fibres incomplètes.
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Le microscope enseignera donc au praticien la gravité de l'affection, 1
RECHERCHES DE LAUTEUR. — HISTOGÉNÈSE PATHOLOGIQUE. 361
oœuidera dans son pronostic sur la marche et les récidives plus ou moins pro-
chaines de la maladie, en fui faisant connaître exactement les éléments constituants de la tumeur.
Sr VI Résumé.
L'examen des diverses questions traitées dans ce Mémoire nous autorise à poser les conclusions suivantes : | |
1. Les cellules dites cancéreuses ne conservent pas toujours et partout Îles caractères que les auteurs leur ont attribués. Des cancers du foie, du système osseux, de la rétine, sont souvent composés d'éléments qui diffèrent essentiellement du type prétendu caractéristique des cellules cancéreuses.
2. Il existe des éléments normaux qui présentent des caractères analogues à ceux des cellules dites cancéreuses : tels sont, par exemple, l’épithélium de la vessie, du bassinet, des bronches (surtout dans la bronchite des enfants). On peut constater cette analogie en examinant les éléments, soit isolés, soit dans leur ensemble par groupes. En effet, ni la dimension et le volume relatif du noyau, n1 la grandeur des nucléoles, ni la présence des éléments dits cellules mères, ni la quantité des noyaux libres, ni la multiplicité de la forme et du degré de développement de la cellule, ne sont des caractères constants, fixes, ou, dans tous les cas, suffisamment différentiels, pour ne pas pouvoir les signaler aussi quelquefois parmi les éléments normaux de l'organisme.
3. On peut affirmer, avec M. Velpeau, que la cellule dite cancéreuse manque dans certaines tumeurs qui sont pourtant cancéreuses, comme , par exemple dans bon nombre de tumeurs considérées comme fibro-plastiques ou épithéliales, auxquelles je joindrai les cancers de la rétine.
4. D'autre part, on peut également affirmer, avec M. Velpeau, que la cellule dite cancéreuse existe dans certaines tumeurs qui ne sont pas cancéreuses , ainsi que l'a prouvé l'observation clinique et l'examen rapporté d'un polype du larynx chez un enfant. |
5. On peut établir trois espèces de cancers : cancers à cellules, cancers à fibres, cancers à lamelles, auxquelles il faudrait peut-être joindre une quatrième, celle de la rétine. |
6. Les éléments des tumeurs malignes se développent de la même manière que ceux des tissus normaux.
7. Îl est certain que la diathèse cancéreuse frappe le blastème, et non pas les cellules ou les fibres déjà formées. En effet, les cancers à fibres, par exemple, rangés parmi les tumeurs fibro-plastiques , se composent de fibres incomplétement développées , et ne sauraient, par conséquent, être une modification de fibres déjà complétement développées. Il en est de même pour les cellules du Squirrhe et de l'encéphaloide.
8. Les éléments des tumeurs malignes et ceux des tissus, qui servent de point de départ à ces tumeurs, appartiennent toujours, quant à leur forme, à une et La méme série histogénétique. Ainsi le cancer à fibres ne se développe que dans “ Ussu fibreux, celui à cellules dans un tissu à cellules, etc.
9. La diathèse cancéreuse peut frapper des blastèmes de diverses natures, et