‹ Anatomie microscopiqueChapitre 84 sur 144 · TOME ll · texte numérisé non relu

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sion d'examiner cinq tumeurs de cette espèce, qui me furent envoyées par

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MM. les docteurs Sichel et Bérard. Une seule fois j'ai cru reconnaitre de trois cellules analogues aux cellules cancéreuses : aussi ne tiendrai-je pas Compte de cette observation, d'autant plus que l'état des tissus voisins n'a pas été ex. miné. Mais, dans tous les autres cas, je puis affirmer que l'examen le plus attentis n'a pu me faire découvrir un élément quelconque ayant la moindre ressem. blance avec des cellules ou noyaux cancéreux. Ces observations, je les ai fait connaitre quelques années avant la publication de l'ouvrage de M. Lebert Sur le cancer; aussi cet auteur s'empresse-t-il { p. 844) de combattre mon Opinion en affirmant qu'il a pu toujours constater l'existence des cellules caractéristi. ques pour les tumeurs cancéreuses dans les cancers de la rétine. Mais ici, sans doute, le désir de soutenir sa théorie a tenu lieu à l’auteur de l'exactitude du fait.

Les observations des cliniciens, qui ont prouvé que des tumeurs appelée homœomorphes, telles queles fibro-plastiques et les épithéliales,qui par conséquent sont privées des éléments caractéristiques du cancer, peuvent amener tous les résultats de la diathèse cancéreuse , et ne sauraient, par conséquent, être distraites du cadre nosologique des tumeurs cancéreuses, ces observations, disons-nous, aussi bien que les nôtres sur les cancers de la rétine, permettent d'établir que la cellule cancéreuse peut manquer dans des tumeurs qui cependant sont cancéreuses. Rappelons encore ici les cancers du foie et du système osseux, dont il a été déjà parlé dans le paragraphe précédent. |

B. La cellule dite cancéreuse existe dans certaines tumeurs qu ne sont pas cancéreuses. À l'appui de cette proposition, M. Velpeau a fait connaitre deux ou trois diagnostics portés par lui, par M. Lebert ou par un de ses partisans. Des tumeurs furent déclarées cancéreuses, et cependant six ou huit ans se sont écoulés depuis leur ablation sans qu'il y ait eu rechute. Sans reproduire ici la discussion qui à été menée dans les journaux, nous dirons seulement que dans notre opinion ce fait peut facilement s'expliquer par la grande ressemblance qui peut exister entre les éléments des tumeurs malignes et les éléments des tumeurs de nature bénigne. Ainsi, nous reproduisons (pl. XL, fig. 11} la figure de cellules en tout semblables à celles que l'on dit cancéreuses, et qui cependant composaient un polype du larynx d'un enfant chez lequel l'autopsie n'a pu faire décour vrir nulle trace de cancer dans un organe quelconque.

C. Ainsi donc les cellules dites cancéreuses peuvent manquer dans des tumeurs cancéreuses pour les cliniciens, et des tumeurs de nature bénigne peuvent présenter des cellules identiques par leur forme aux cellules canctreuses. Accepter l'exactitude de cette proposition, et se dire cependant partisan de la spécificité des éléments cancéreux dans le sens de la théorie de M. Lebert, ceci nous paraît une contradiction flagrante qui ne peut se soutenir scientifiquement. M. Verneuil, par exemple, dit ( Gaz. hebdom., n° 64, 22 décembre 1854): « La constatation des éléments spécifiques indique-t-elle, jusqu à un tr tain point, la nature du mal, sa marche, son évolution et sa terminaison Pro bables, son pronostic en un mot? Nous répondons oui, dans la majorité des cas. Cette constatation implique-t-elle une malignité constante? Non. L'absence de ces éléments indique-t-elle toujours une bénignité absolue? Non. M. Ver-

c . , \ 5 : : : / { [a ueuil appelle ceci une légère concession; mais c’est renier complétemen

théorie et le principe vital, pour ainsi dire, des doctrines de M. Lebert. Si la constatation des éléments cancéreux n'implique pas une malignité constante, ep quoi seraient-1ls donc caractéristiques ? S'il n’est permis que dans la plupart des cas, mais pas toujours, d'établir le pronostic d'après ces éléments prétendus spécifiques, de quelle utilité leur constatation est-elle donc pour le praticien ? De quel droit peut-on alors donner un démenti au praticien qui prétend avoir guéri un Cancer sans avoir fait constater par l'examen microscopique la nature de la tumeur?

Que l’on cesse donc alors de proclamer la spécificité anatomique ou clinique de la cellule dite cancéreuse , que l'on cesse de dire que « savoir si ladite cellule caractérise le cancer, c'est poser une pierre angulaire. » (Gaz. hebdom., 24 novembre 1954, p. 1030.) Peut-on dire, avec M. Broca (Mon. des hôpitaux, 1854, p. 979), que « les tumeurs fibro-plastiques et surtout les tumeurs épithéliales, que le microscope a retirées de la classe des cancers, sont encore confondues par beaucoup de chirurgiens, et en particulier par M. Velpeau, avec les tumeurs réellement cancéreuses, » lorsque des observations nombreuses sont venues renverser la classification artificielle établie par M. Lebert ? Non, le cancer n'est pas une production accidentelle, caractérisée par la présence d'un élément anatomique spécial et hétéromorphe (#4., 4 novembre); car, comme le dit fort bien M. Broca (tb., p. 1044), «une définition doit être inexorable : un seul cas exceptionnel suffit pour la renverser de fond en comble.» Or,les cas exceptionnels sont nombreux, bien constatés par les micrographes de toutes les écoles : comment pourrait-on alors encore soutenir cette définition d'éléments spécifiques et caractéristiques ? | atlire

Il y à une raison particulière qui fait que M. Lebert et les partisans de sa théorie défendent avec tant d'obstination la spécificité de certains éléments : cest le principe attribué à Bichat, et suivant lequel l'identité des lésions inidiquerait l'identité de l'affection, la différence des lésions, la différence des symptômes. « Chaque fois que deux tumeurs ne se composent pas des mêmes éléments, s'écrie M. Broca (/. c., p. 1047 ), il faut admettre qu'elles ne sont pas de même nature. C'est là un point de départ acquis par l'expérience et démontré par le raisonnement. » Or, ce point de départ nous parait complétement erroné. Quelle que soit la valeur du principe de Bichat, que nous n'avons nulle intention de discuter ici, son application à l'histologie pathologique nous parait une grave erreur, comme le prouvent suffisamment les exemples cités précédemment.

\ IV. apport histogénétique du cancer et des tissus votsins.

Il nous parait prouvé, d’après ce qui a été dit précédemment, qu'il n’existe nul élément caractéristique , spécifique du cancer. Nous avons vu des tumeurs tomposées de fibres, d’autres de cellules épithéliales, présenter le mémeensemble de phénomènes pathologiques dans leur début, leur marche, leur reproduction locale ou lointaine, que les tumeurs composées uniquement de cellules dites ancéreuses. Nous retrouvons, par conséquent, dans les cancers les mêmes spèces d'éléments divers qui existent dans les tissus normaux, à savoir, les deux Series fondamentales : fibres et cellules, et parmi ces dernières, cellules cornées (lamelles épithéliales) et cellules molles. Établissons, par conséquent, pour le

moment, trois variétés de cancers : cancers à cellules, cancers à Jibres, Cancers à lamelles,répondant aux squirrhes et encéphaloïdes, aux tumeurs fibroques et aux cancroïdes.

Il se présente tout naturellement cette question : Existe-t-il un rapport quel. conque entre les éléments de la tumeur maligne et ceux des tissus VOISINS, au milieu desquels la tumeur a pris son développement? A cette question nous répondons sans hésitation par une affirmation, et nous formulons notre réponse dans les propositions suivantes :

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4 D à | [4 A De A. Les éléments des tumeurs malignes se développent de la même manière que ceux des tissus normaux.

B. Test certain que la diathèse cancéreuse frappe le blastème, et non p les cellules ou les fibres déjà formées.

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C. Les éléments des tumeurs malignes et ceux des tissus, qui servent de point de départ à ces tumeurs, appartiennent toujours, quant à leur forme, } une et toujours la même série histogénétique. |

D. La diathèse cancéreuse peut frapper des blastèmes de diverse nature, et les éléments que donne ce blastème pathologique ne peuvent pas toujours être distingués des éléments voisins.

A. Les éléments des tumeurs malignes se développent de la méme manière que ceux des tissus normaux. L'examen de diverses tumeurs ne laisse à ce sujet le moindre doute. En ce qui concerne les tumeurs à fibres, on y trouve fréquemment des expansions membraneuses pourvues de noyaux, et qui, par scission, sont divisées en fibres plus ou moins larges. On sait que, pour nous, c'est un tissu fibrillaire en voie de développement. S'il était nécessaire d'ajouter des preuves à celles qui ont été déjà données lorsque nous nous sommes occupt des tissus normaux, nous dirions que la scission de plus en plus prononcée produisant des fibres de plus en plus étroites, constatée sur d'autres portions de la même tumeur, ne peut laisser à ce sujet le moindre doute. On trouve, en outre, beaucoup de ces éléments que l’on a appelés globules fibro-plastiques, que nous avons déjà décrits et expliqués en parlant du développement du tissu cellulaire, et sur lesquels nous reviendrons encore en exposant le développe ment des tumeurs fibreuses. Enfin ces tumeurs peuvent persister, pendant tout le temps de leur existence, à un degré déterminé de développement, quelles ne dépassent jamais, pareilles aux tumeurs fibreuses. Ainsi, par exemple, on rencontre des tumeurs très molles qui se composent d'expansions membraneuses (renfermant des noyaux nombreux, et dont les fragments détachés ont été pris pour des cellules mères), et d'une foule de noyaux isolés, lisses ou entourés d'une faible parcelle de la substance fondamentale (pl. XXIX, fig. 19-21). Mais nulle part on ne trouve des fibres isolées: ce qui s'explique par cette circonstance que la substance fondamentale est molle, qu'elle ne s'est pas CO: solidée, et que, par conséquent, elle n’a pu se scindiller. Cette tumeur représente donc un des premiers degrés de développement des tissus fibrillaires.

Les lamelles qui composent les cancroïdes ou tumeurs épithéliales, et qui $ rencontrent le plus fréquemment aux lèvres et au scrotum, se développent comme celles de l'épithélium en pavé ;elles ne représentent rien de remarquable

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sous ce point de vue, sinon que la couche de jeunes cellules, le résea

RECHERCHES DE LAUTEUR. - HISTOGÉNÈSE PATHOLOGIQUE. 357

pighi, est extrémement mince, et que les lamelles atteignent promptement leur développemententier. Cependant lorsque l'infiltration épidermique envahit les tissus sous-jacents, et se propage aux muscles, aux os et aux olandes lymphatiques, on trouve des cellules à tous les degrés de développement, des noyaux, de jeunes cellules, d'autres plus grandes, etc.

Les cellules dites cancéreuses présentent les divers degrés de développement que l'étude des tissus normaux nous a fait connaitre dans les cellules. Le squirrhe renferme le plus souvent des cellules plus développées et plus parfaites que l'encéphaloïde, dans lequel on rencontre fréquemment des noyaux libres et des cellules imparfaites, dépourvues de membranes. C'est dans ces dernières tumeurs que l'on a souvent occasion de voir les premiers degrés de développement cellulaire, à savoir des noyaux lisses ou entourés d'une petite parcelle de substance fondamentale, et à côté de ceux-ci d’autres éléments dont la surface externe s'est consolidée en membrane, et qui représentent des cellules parfaites. Le développement des éléments du cancer à cellules est donc identique avec celui de toutes les cellules.

En résumant maintenant tout ce qui a été rapporté relativement au développement des éléments cancéreux, nous pouvons donc affirmer que ceux-ci se développent de la même manière que les éléments normaux.

B. Ilest certain que la diathèse cancéreuse frappe le blastème, et non pas les éléments ou fibres déjà développés. C'est une conséquence forcée de la proposition précédente. En effet, si la fibre se développe comme la fibre normale, 1l est impossible que, par exemple, une cellule parfaitement développée lui donne naissance. Si l'on observe, comme nous l'avons démontré, tous les degrés de développement de fibres dans les tumeurs dites fibro-plastiques, comment des fibres déjà complétement développées, préexistantes, d'un tissu fibrillaire quelconque, pourraient-elles devenir ces éléments moins développés ? Il n'est donc pas permis de dire que le tissu cellulaire ou le périoste, etc., se transforme en tumeur fibro-plastique, mais bien que cette tumeur se développe dans un blastème qui donne naissance à des fibres, c’est-à-dire, que la diathèse cancéreuse a frappé le blastème fibrillaire.

Lorsqu'on voit dans le cancer à cellules des éléments à tous les degrés de développement connus, on ne pourra non plus avancer que la cellule, par exemple, de la lande mammaire ou du foie s'est transformée en cellule cancéreuse. Une cellule parfaite ne peut jamais devenir noyau, et parcourir de nou- Veau tous les degrés de développement pour redevenir cellule. Du moins, nulle part dans l'organisme un fait analogue a jamais été constaté. Cest donc le blastème, destiné dans toute autre circonstance au développement des cellules normales, qui a été frappé par ladiathèse cancéreuse et qui produit maintenant, à la place des éléments normaux, les cellules anormales dites cancéreuses.

Lors de la discussion sur le cancer, à l'Académie demédecine de Paris (n° 470), en novembre 1854, j'adressai à ce corps savant une lettre qui renfermait un résumé très succinct des opinions qu'avec plus de détails nous avons exposés dans ce chapitre. M.le docteur J. Guérin, en discutant cette lettre avec beaucoup de bienveillance dans son journal (Gazette médicale, n° 47,25 novembre 1854),

N° {50. Bulletin de À Académie impériale de médecine, 1534, t. XX, p. 7 à 382.

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