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CHAPITRE LL

Hbes tumeurs hbénignes.

Le développement des éléments constituants des tumeurs composées devaisseaux sanguins, de tissu adipeux, osseux, cartilagineux, de pigment, etc., est identique avec celui de ces mêmes éléments dans les tissus normaux. Aussi n'avonsnous rien à ajouter à l'histoire générale de ces productions, si ce n’est sur deux points particuliers, à savoir les tumeurs pe et l'hypertrophie dela olande mammaire.

\ EL Des tumeurs fibreuses.

La connaissance que nous avons du mode de développement du tissu fibreux nous donne l'explication de la grande variété de formes observée parmi les tumeurs de cette espèce. En effet, nous savons que le tissu fibreux, se développant comme tous les tissus fibrillaires, doit son origine à la scission, successivement de plus en plus prononcée et répétée, d'une substance fondamentale, homogène, amorphe, dans laquelle se trouvent placés des corpuscules plus ou moins ovoides, qui subissent des métamorphoses ultérieures. Nous savons également que ces noyaux détachés, avec une portion de la substance fondamentale, adhérente, ont été pris par Schwann pour des cellules donnant naissance aux fibres, et que M. Lebert les a appelés globules fibro-plastiques.

Eh bien, ces divers éléments se retrouvent dans les tumeurs fibreuses à tous les degrés de développement ; mais ce qu’il y a de remarquable, c'est que le plus souvent, dans la même tumeur, les éléments se trouvent tous à un seulet même degré de développement. Chaque tumeur représente, par conséquent, pour ainsi dire, un degré de développement déterminé qu'elle ne dépasse pas. Il est bien entendu que je ne peux parler que de l'immense majorité des éléments, car on trouvera toujours quelques-uns, en très faible minorité, qui sont arrivés, par exemple, au dernier degré, à l’état de fibres, quoique la tumeur soit encort molle , et que la substance fondamentale n’ait pas encore subi la scission ; OU par contre on trouvera parfois quelques noyaux isolés avec un filament te minal, quoique presque toute la substance fondamentale déjà se soit fendillée. Cest donc uniquement par la connaissance des lois histogénésiques que lon peut comprendre la structure et coordonner les tumeurs fibreuses qui pré-

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sentent tant de différences, non-seulement eu égard à leur disposition histologique, mais encore en Ce Qui concerne leurs qualités physiques, et auxquelles,

de l’aveu des anatomo-pathologistes, il est difficile d’assigner des caractères

SÉDÉTAUX.

Les formes les plus caractéristiques et les plus faciles à examiner sont celles dans lesquelles le tissu fibrillaire est parvenu à son maximum de développement ; la tumeur se montre alors, au microscope, composée de fibres qu'on parvient aisément à isoler les unes des autres, et qui ressemblent à celles du tissu cellulaire ou à celles du tissu fibreux normal, des membranes fibreuses, des tendons, etc. D'autres fois la scission est moins avancée, les fibres forment encore des faisceaux, aussi larges que les fibres musculaires lisses ou plus volumineux encore. Toutes ces fibres, traitées par l'acide acétique, deviennent transparentes et laissent alors apercevoir distinctement les fibres de noyaux. On voit aussi les sroupes plus ou moins nombreux de noyaux ovales, parois terminés en pointe, et qui ressemblent tout à fait à ceux qu'on rencontre dans la formation des tissus fibrillaires. En raclant la surface de la tumeur ouverte avec un couteau, et en examinant au microscope la raclure étendue d'eau, on trouve ces apparences de cellules fusiformes, caudées et munies de noyaux que nous connaissons, et qui ne sont que des noyaux détachés violemment, par le couteau, avec des limbeaux de la substance fondamentale. On n'en rencontre presque pas, si l'on détache avec des ciseaux un petit fragment de la tumeur, et qu'on lexamine sous le microscope; on ne verra plus que des fibres plus ou moins parfaites, mais les noyaux ne s'isolent pas, ils sont solidement fixés dans la substance qui, presque entière ou entière, s est fendillée. Mais si l'on soumet cette même préparation à des tiraillements exercés avec des aiguilles, le nombre de noyaux détachés augmentera, et 1l sera encore de beaucoup plus considérable si l'on a raclé avec un couteau la surface de la tumeur coupée en deux.

Les anatomo-pathologistes désignent les variétés décrites jusqu'à présent sous le nom de tumeurs celluleuses, fibreuses proprement dites et musculeuses. « Mais cette dernière distinction est souvent impossible à établir, dit Vogel (p. 147), le tissu fibreux accidentel étant encore bien plus sujet que celui de l'état normal à présenter des intermédiaires entre ces diverses variétés, de manière que, même avec l'attention la plus scrupuleuse, on se trouve fréquemment hors d'état de déterminer si le tissu fibreux d’une tumeur avoisine le tissu cellulaire, le tissu fibreux ou le tissu musculaire simple (n° 471). » Nous avons l'explication de ces transitions, et nous comprenons qu'il est impossible d'établir entre ces variétés des lignes de démarcation. |

Dans d'autres tumeurs fibreuses, beaucoup plus molles, on trouve une sub- Stance fondamentale plus ou moins amorphe qui montre une tendance plus ou Moins marquée à se convertir en fibres. En examinant ces tumeurs au microscope, on trouve des fragments complétement amorphes parsemés de noyaux ; tout autour nagent des noyaux auxquels adhèrent des lambeaux terminés en filaments de cette substance fondamentale, c'est-à-dire ces éléments que lon \ appelés globules fibro-plastiques. Da nsces tumeurs, la mollesse de la substance

N 471. Vocez, Traité d'anatomie pathologique , trad. par Jourdan. Paris, J.-B. Baillière, 1847.

fondamentale est telle, que le moindre effort détache les noyaux, et que Je champ du microscope est couvert par ces corps fusiformes. On n’a besoin ni de racler la surface, ni de faire de grands efforts avec les aiguilles pour obtenir ét éléments. Depuis ces masses molles, qui constituent les tumeurs fibro-plastiques de M. Lebert, jusqu'aux tumeurs fibreuses complétement développées, on ren. contre toutes les transitions imaginables, la substance fondamentale amorphe allant toujours en diminuant à mesure que les fibres se dessinent.

Nous ne nous arrêterons pas à décrire les caractères physiques des tumeur correspondant aux divers degrés de développement des éléments : ce serait dépasser le cadre de ces recherches, Il nous suffit d'indiquer les rapports histo. génésiques qui existent entre toutes ces variétés. AJoutons que l’on peut con. sidérer les moins étendues comme des tumeurs fibreuses dont le développe. ment imparfait se serait peut-être complété avec le temps, ou qui, ayant perdu leur aptitude à se développer au moment où elles atteignaient tel ou tel degré, ne dépassent plus jamais ce terme. Du reste, quelquefois on y voit le tissu fibrillaire parfait alterner, dans certains endroits, avec les masses de substance fondamentale amorphe : c'est la combinaison de deux variétés, ayant chacune un degré déterminé de développement.

La plupart de ces tumeurs sont bénignes : cependant nous avons déjà vu quelques-unes des tumeurs dites fibro-plastiques appartenir aux cancers, Le microscope ne peut, jusqu'à présent, signaler les différences histologiques qui expliqueraient ces différences cliniques et pathologiques.

Vogel (l. c., p. 201) pense que des caillots de sang exsudé peuvent se transformer en tumeurs fibreuses. « Ce me semble être là le type que les tumeurs fibreuses suivent dans leur formation chez l'homme , notamment à l'estomac, au canal intestinal, et surtout à la matrice, où il y a tant de circonstances qui favorisent la production des caillots sanguins et d'exsudations fibrineuses. » Nous ne pourrions partager l'opinion de l’auteur cité. La fibrine , en subissant cette métamorphose que l’on appelle son organisation, dont nous nous sommes du reste déjà occupés précédemment, se partage, 1l est vrai, en fibres , mais reste toujours dépourvue de noyaux qui jouent un si grand rôle dans l'histologie des tissus fibrillaires. L'examen attentif histologique fera donc facilement distinguer une tumeur fibreuse d'un caillot fibrineux plus ou moins métamorphosé. Mais par là nous ne voulons pas dire qu’un caillot sanguin ne puisse pas donner naissance à une tumeur fibreuse, en provoquant l'exsudation d'un blastème qui subit les divers degrés de développement propres aux tissus fibrillaires. Mais c'est alors cette exsudation qui devient tumeur fibreuse, mais non le caillot.

En résumé donc, en ne considérant que les éléments histologiques sous Le point de vue de développement, que les tumeurs fibreuses soient bénignes 0° malignes, et quels que soient leur degré de consistance, leur couleur, etc., toutes les diverses variétés appartiennent à une et la même série, constituée par l'élément fibrillaire à ses divers degrés de développement.

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Ç IT. Des tumeurs dites hypertrophies de la glande mammaire.

Les tumeurs mammaires chroniques des auteurs anglais (4. Cooper) ont été appelées par M. Lebert hypertrophies de la glande mammaire. Ce nom ferait supposer que le tissu glandulaire lui-même serait hypertrophié : mais il n’en est rien. Bien plus, souvent arrive tout le contraire, c'est-à-dire le tissu glandulire s'atrophie et subit la dégénérescence graisseuse ou visqueuse.

En effet, en disséquant une de ces tumeurs mammaires chroniques, on la voit composée de lobules de la glande mammaire fortement entourés, et pour ainsi dire emprisonnés dans un tissu fibrillaire plus dense, plus abondant que celui qui enveloppe ces lobules à l'état normal. C'est donc une hypertrophie du tissu fibrillaire qui entoure les lobules, et non pas une hypertrophie des lobules, c'est-à-dire de la glande mammaire elle-même. Mais ces lobules, comprimés par le tissu fibrillaire, cessent bientôt de se nourrir suivant les lois normales, et se transforment en petits kystes remplis d'une matière visqueuse. Nous voyons de même, dans d’autres parties du corps, par l’oblitération de l'ouverture normale et l'hypertrophie du tissu fibrillaire ambiant, se former des kystes dans une glande sébacée ou dans un follicule pileux. | |

Le tissu fibrillaire hypertrophié des tumeurs en question montre souvent les divers degrés de développement précédemment décrits. |

En résumé donc, les tumeurs mammaires chroniques ne sont en réalité produites que par l'hypertrophie du tissu cellulaire d'un certain nombre de lobules. Or, si nous comparons ces tumeurs avec d'autres analogues, nous trouverons la similitude la plus parfaite avec la ctrrhose du foie. On sait actuellement, grâce aux recherches de Jallmann, Kiernan, Gubler (n°471), etc., que cette production pathologique est due à l'hypertrophie du tissu fibrillaire avec atrophie et dégénérescence graisseuse consécutives des lobules (acini) du foie, On a observé une altération analogue dans le poumon, que l'on a nommée cirrhose du poumon (Corrigan, Bricheteau), et qui n'est également que lhypertrophie du tissu cellulaire interlobulaire. |

Toutes ces altérations forment par conséquent un groupe à part, caractérisé par l'hypertrophie du tissu cellulaire interlobulaire, et pour lequel il faudrait créer un nom différent de cirrhose, qui se rapporte plus particulièrement à l'état jaune du foie. ÿ

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