‹ Anatomie normale et pathologique de l'œilChapitre 154 sur 166 · OPHTHALMIE SYMPATHIQUE · texte numérisé non relu

OPHTHALMIE SYMPATHIQUE

tre rirido-cyclite et des altéralions du système nerveux central.

En comprimant une hémisphère cérébrale, Adamkiewicz, a constaté, dans l'œil du côté opposé^ une diminution de la tension intra-oculaire, l'hypérémie de la conjonctive et du tractus uvéal et dans une période ultérieure, des exsudations plastiques dans cette dernière partie.

Malgré les travaux remarquables de Deutschmann sur l'oph- Ihalmie sympathique, il y a eacore quelques adhérents à la théorie des nerfs ciliaires. Mentionnons seulement qu'au dernier congrès de Heidelberg (1891), Schmidt-Rimpler a soutenu de nouveau cette théorie. 11 cita un cas où, malgré la résection du nerf optique, une véritable ophlhalmie sympathique se produisit dans l'autre œil, ophthalmie qui ne guérit qu'après l'énucléalion de l'œil sympathisant. L'œil énucléé a été examiné très sérieusement, et on n'y a constaté aucune trace de microbes. La lésion la plus importante consistait dans l'infiltration inflammatoire des nerfs ciliaires.

Comment expliquer alors l'inflammation dans le nerf optique et dans les nerfs ciliaires des yeux sympathisants?

Les altérations inflammatoires qui se produisent dans le nerf optique ainsi que dans les nerfs ciliaires ne sont que des phénomènes partiels de l' inflammation, qui ne se termine jamais dans l'œil atrophié, anciennement atteint d'irido-cydite. Nous avons constaté la présence des foyers inflammatoires dans diverses parties des yeux atrophiés.

Pour expliquer ce fait, on a admis que le corps ciliaire était irrité par la rétraction cicatricielle des couennes cyclitiques. Cette opinion est réfutée par le fait qu'on petit observer de nouveaux foyers inflammatoires avant que les couennes ne se ratatinent et qu'en outre le corps ciliaire môme peut être intact dans Tophlbalmie sympathique (voir p. 394). On a essayé d'expliquer la présence de l'inflammation par l'enclavement des parties du tractus uvéal dans une plaie.

* Adamkiewicz, Wiener Sitzungsberichte, 1884, fasc. III, p. 231.

Sur les yeuxque j'ai examinés, trente avaient été énucléés pour cause d'ophthalmie sympathique; l'enclavement de l'iris dans une cicatrice de la cornée ou des synéchies antérieures n'avaient lieu que dans douze cas ; le corps ciliaire dans deux cas, la rétine, dans un cas, et enfin le corps vitré dans deux cas étaient incarcérés dans une plaie.

On a admis également que les calcifications ou les ossifications peuvent produire mécaniquement de l'irritation. Mais ceci n'est pas suffisant pour expliquer pourquoi l'inflammation dont les yeux atrophiés sont atteints ne se résout jamais. D'ailleurs, les parties infiltrées par des cellules de pus se trouvent quelquefois à une certaine distance des ossifications ou des calcifications, alors que les tissus voisins de ces dernières peuvent être exempts de symptômes inflammatoires.

Il est vraisemblable que cette inflammation chronique a pour cause la pénétration de germes septiques dans l'œil blessé; l'inflammation, se manifestant sous forme de foyers ou de tubercules (voir p. 292), confirme cette manière de voir. Elle est encore appuyée par les expériences de Deutschmann, qui a provoqué l'ophthalmie sympathique en injectant des cultures pures d'aspergillus dans l'espace intervaginal du nerf optique et par Alt ^ qui faisait les mêmes injections avec une infusion de jequerity. On peut expliquer de la même façon l'ophthalmie sympathique d'origine syphilitique, tuberculeuse (Brehmer *), ou lépreuse (Damsch 3).

Cependant, dans ces derniers cas, rien ne prouve que l'ophthalmie sympathique soit réellement produite par les microbes de la syphilis, de la tuberculose ou de la lèpre. Il nous semble qu'il s'agit là plutôt d'une infection mixte où des staphylocoques ont pénétré dans un œil, l'ont détruit et ont

1 Alt, American Journal of Ophthalmologie, t. I, 4, p. 97, 1884.

* Brkhmer, Ein Fall von sympathischer Entzûndung nach difiEuser tuberculœser Entzûndung des gesamroten Uveltractus im ersten Auge. Kœnigsberg, 1883.

» Damsch, Virchow's Archiv, t. XCII.

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émigré ensuite dans Taulrc œil par Tinlermédiaire du chiasma.

Actuellement, il est impossible d'affirmer que Vophihalmie sympathique puisse se développer sans aucune hifiuence microbienne.

En revanche, vu les cas d'oplithalmiesympatliiqueprovoqués par un sarcome du tractus uvéal * et l'atrophie oculaire consécutive, sans que ce sarcome ait produit une perforation du globe oculaire, il est également impossible d'invoquer l'influence microbienne dans tous les cas.

Je n^ai pas observé moi-même de ces cas, mais j'ai eu l'occasion d'en lire des descriptions dans des analyses bibliographiques ; dans deux cas observés par lui, Milles a remarqué que lorsque un sarcome se formait sans perforation de la cornée l'ophthalmie sympathique était moins accusée. Il serait intéressant de savoir si l'ophthalmie sympathique produite dans le cas que nous venons de signaler n'est simplement qu'une névrose sympathique. Si l'ophthalmie ne se produit qu'à la faveur d'une perforation du globe oculaire, il est logique d'admettre que des staphylocoques ont pu émigrer à l'aide du chiasma de l'œil malade dans l'œil sain. 11 faut ajouter qu'il n'est pas nécessaire du tout qu'une perforation du globe oculaire ait lieu, pour que les microbes puissent passer dans l'autre œil. L'on sait^ depuis les recherches de VERNEUiLet Clado, queles micro-organismes peu vent immigrer dans des tumeurs dont le revêtement épithélial est soumis à une desquamation incessante, revêtement qui perd ainsi son rôle protecteur : on peut supposer que ce même phénomène se produit dans les tumeurs intra-oculaires.

Au point de vue pratique, il est donc utile de s'efforcer de débarrasser l'organisme des foyers microbiens que l'œil sympathisant peut renfermer.

* Paoenstecheh, Wûrzburg. Med. Zeitschr., t. 111, p. 407, 1882; — Braileï, Opthalm. Hosp. Rep., 188t>, Jan. — Milles, ibidem-, — hinscuoERO, Griefos Archiv, t. XXll, 4, p. 145.

Nous savons en effet qu'il est de toute nécessité d'énucléer l'œil sympathisant afin d'empêcher le développement de Tophthalmie sympathique dans Tœil sain ou même, s'il est déjà atteint, d'en favoriser ainsi la guérison. Ni la névrotomie optico-ciliaire ni la résection du nerf optique ne sont suffisantes pour éviter la propagation de Tophthalmie sympathique d'un œil à l'autre (Trousseau) : seule, l'énucléation totale peut empêcher cette propagation.

Ainsi un de nos confrères. M. le D*" Krones, a pratiqué une résection du nerf optique chez un jeune iromme de 17 ans atteint d'ophthalmie sympathique dans un œil. Cette opération n'empêcha pas la maladie de se propager à l'œil sain.

Dans l'examen micrographique fait au collège de France dans le laboratoire de M. le P"" Ranvier, nous]avons pu constater que, dans ce dernier cas d'ophthalmie sympathique, l'espace intervaginal du norf optique, malgré la résection du dernier nerf, était conservé. La partie sectionnée était trop petite pour empêcher la réunion des deux extrémités de cet espace. Il est plus que probable qu'après une large résection les deux extrémités du nerf ainsi réséqué et l'espace intcr-vaginal doivent se cicatriser et finalement s'oblitérer; mars il est certain que pendant ce processus d'oblitération de l'espace intervaginal du nerf optique, les microbes ont suffisamment le temps de pulluler, d'infecter, par propagation à travers des espaces lymphatiques béants, le bout central du nerf optique et de pénétrer ainsi l'œil de l'autre côté. L'éviscération de l'œil, opération qui permet la formation d'un moignon apte à la prothèse d'un œil artificiel, peut également amener le développement de l'ophthalmie sympathique.

Mentionnons les deux cas de P. Cross*, dans lesquels l'ophthalmie isympathique s'était développée après l'éviscération de l'œil.

L'ophthalmie sympathique développée ne guérit que par

» Cross, F. Trans. of the Ophthalmic Society, 1887, t. VU, p. 149.

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