COLORATION DES TISSUS
toxyline 6, alun 6, sulfate de cuhTe 4, eau distillée 400), jusqu'à coloration intense ; elles sont lavées à Teau et mises dans la solution suivante : acide acétique 1, eau distillée 40, glycérine 40. On les retire de cette solution quand la coloration est devenue rouge-rose ; on les lave de nouveau à Teau distillée et on les soumet à l'action du picro-carmin en suivant la méthode que nous avons décrite plus haut. Ce procédé, qui colore très nettement et très distinctement les noyaux, mérite cependant le reproche de rendre trop transparentes les fibres élastiques et celles du tissu conjonctif . J'ai eu l'honneur de présenter les dessins de coupes ainsi traitées à M. Liebreich, qui a été surpris de ce que certaines parties des préparations, telles que les cloisons de la lame criblée de la sclérotique, se présentaient avec moins de netteté que dans les coupes obtenues par cet auteur, quand il s'occupait d'ophthalmologie.
Pour la coloration des tissus nerveux, on se sert de l'acide osmique en solution dans l'eau à 4 p. 400 ; par cette méthode, la gaine de myéline est très nettement colorée, et l'examen histologiquo du nerf optique, de la rétine, ainsi que l'élude de la dégénérescence graisseuse des tissus nerveux sont rendus relativement faciles. Parmi les couleurs d'aniline qui servent à l'étude micrographique de l'œil, je mentionnerai le violet de méthyle, le violet de gentiane, le bleu de méthyle, le brun de Bismarck, l'éosine, etc.
La coloration d'après la méthode de Weigert donne d'excellents résultats, surtout pour l'examen de la rétine. Les coupes préparées à la celloïdine sont placées pendant 24 heures dans une solution d'acide chromique à 4/2 ou 4 p. 400; puis lavées à l'eau distillée, et mises dans une solution d'hematoxyline préparée d'après Weigert (hématoxyline cristallisée 1 , alcool 40, eau 90) ; à froid, la coloration ne se produit qu'au bout d'un certain temps, mais dans une étuve à 40 degrés, elle , est complète au bout de deux heures. Les coupes sont alors* ^hmgées dans une solution de cyanure double de potas-
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sium et de fer (cyanure de potassium et de fer 2, borate de soude 2, eau 100), où elles deviennent jaunâtres; lavées ensuite à l'eau, placées dans Talcool, Tliuile de bergamotte, et enfin dans le baume de Canada .
Le chlorure d'or et le nitrate d'argent n'agissent que sur les tissus qui n'ont pas été durcis.
Pour examiner les nerfs d'une partie de l'œil, on plonge la coupe pendant 24 heures à l'obscurité dans une solution de chlorure d'or de 0,5; lorsque l'on a obtenu une coloration jaunâtre, on la place dans l'eau distillée, additionnée d'une petite quantité d'acide acétique, et on l'expose à la lumière intense jusqu'à l'apparition de la teinte violette. En hiver, il est préférable, comme moyen réducteur, de remplacer la lumière solaire par l'alcool amylique; on en verse quelques gouttes dans l'eau et on y plonge l'objet qui vient de subir Taction du chlorure d'or. Outre les nerfs, le chlorure d'or colore les cellules fixes de la cornée, et aussi, bien que légèrement, la membrane de Descemet; je me suis servi de ce procédé de coloration dans mes recherches personnelles sur la composition lamellaire de cette membrane.
Par le nitrate d'argent, les cellules fixes de la cornée ne sont pas colorées, tandis que le tissu intercellulaire (stroma), constitué par les fibres formant une trame réticulée^ se colore très nettement. La cornée fraîche est placée dans la solution de nitrate d'argent de 1/2 à 1/8 p. 100^ puis exposée à l'action de la lumière solaire intense.
On peut enfin combiner la coloration au chlorure d'or avec celle au nitrate d'argent.
Nous devons àPaiESTLEY Smith ^ une méthode très utile pour la conservation des préparations anatomo-pathologiques. L'œil qui a subi l'action du liquide de MOller est entouré d'une couche de gutta-percha et placé dans un vase contenant un mélange de glace et de sel marin, ou soumis à l'action
' p. Smith, OphUialmic Review, 1883, mars.
EMBRYOGÉNIE DE L'OËlL 97
d'un spray à Téthor. L'œil ainsi solidifié est divisé en deux parties; la moitié que l'on destine à l'examen microscopique est introduite dans une solution d'hydrate de chloral à 5 p. 100, pour absorber le liquide de Muller imprégnant la pièce ; puis successivement pendant 24 heures dans des mélanges contenant 10, 25 et enfin 50 parties de glycérine pour 100 parties d'eau.
Dans un vase cylindrique en verre à bords très surbaissés, on place la moitié de Tœil, reposant sur le fonds par la surface plane de section. Ce vase a été rempli à moitié de gélatine très claire, composée de : colle forte française 1, glycérine 6, eau 6, acide phénique ou sublimé quelques gouttes (Gayet). On a bien soin de ne pas emprisonner de bulles d*air entre la préparation et le fonds du vase, on achève de remplir avec la gélatine, et l'on ferme au moyen d'une rondelle de caoutchouc.
Au laboratoire du professeur Gayet*, les pièces dont on a donné la description, qui présententla coupe transversale d'un œil, sont classées dans des placards, sur des rayons qui peuvent s'enlever, et être portés sur une table pour les études d'ensemble. Ces placards s'ouvrent facilement et on peut prendre une pièce à la main pour l'examiner à la loupe, ou même la dessiner à la lumière, en la plaçant au foyer d'une lentille convexe. La préparation est examinée à l'aide d'un microscope sans réflecteur. Au-dessus de l'oculaire, on dispose un petit miroir percé d'un trou à son centre; il est destiné à projeter l'image sur une tablette sur laquelle est fixé le papier à dessiner; les préparations peuvent également être reproduites à l'aide de la photographie.
EMBRYOGÉNIE DR l'oEIL
Les diverses parties de l'œil proviennent en partie de Tcctoderme (nerf optique, rétine et cristallin), en partie du mésoderme.
* Voir Mgurbr, Bull, de la Soc. franc, d'oplilhalm., 1891, p. 323.
Comme on le sait, chez l'embryon humain, le nerf optique et la rétine naissent d'un bourgeon qui apparaît sur la partie inféro-externe de la première cellule cérébrale. Au point de vue morphologique, le nerf optique n'est pas comparable aux nerfs périphériques; il correspond aux fibres commissurales du cerveau, tandis que la réfine est homologue à une partie corticale des hémisphères (Meynert). C'est cette partie corticale que ScHWALBE propose de nommer « ophlhalmoencephalon ». Il me semble d'un haut intérêt sqientifique, que chez certains insectes (abeille), d'après mes recherches personnelles*, la rétine conserve chez les animaux à l'état adulte cette continuité avec la couche ganglionnaire corticale du cerveau (ganglion œsophagien supérieur).
Ce bourgeon s accroît jusqu'à l'ectoderme, dans lequel en face de lui secreuseen même temps une petite fossette. Autour de cette fossette l'ectoderme s'accroît de manière à former une petite masse de cellules semi-circulaire, qui finit par arriver au contact du bourgeon. Celui-ci se gonfle dans sa partie périphérique ets'excave au centre, formant ainsi la vésicule oculaire primitive. La partie épaissie de l'ectoderme continuant à s'accroître refoule la partie périphérique du bourgeon dont le centre se creuse de plus en plus ; on pourrait comparer le phénomène à ce qui se produit quand on presse fortement avec la main sur une grosse balle de caoutchouc : il se forme un godet au point où s'exercerait la pression, Le godet du bourgeon cérébral devient la rétine qui se trouve formée par les deux couches de ce bourgeon.
La rétine est donc composée de deux couches, séparées par une fente très mince, qui finit par disparaître. La couche interne plus épaisse va constituer la rétine proprement dite pendant que la couche externe conserve son caractère de membrane épithéliale et devient l'épithélium pigmentaire de la rétine.
* Berger, UiUersuchungeii liber den Bau des Gehirns und der Relina der Arlhropodeo. Vienne, 1878.