‹ Anatomie pathologique de l'oeilChapitre 15 sur 35 · PL. XIII, FIG · texte numérisé non relu

PL. XIII, FIG

Observation XII. — Cnude (Alexis), trente-quatre ans, chaudronnier, entre pour la seconde fois, le 23 février 1876, salle Saint-Ferdinand bis, n° 10.

Cet homme a reçu dans l’œil gauche un éclat de fer, le 15 novembre 1875. Immédiatement, écoulement de sang abondant, rougeur de l’œil, douleur très-violente et perte de la vue. Le morceau de fer aurait été retiré un quart d’heure après l’accident. Lors de la première entrée dans nos salles, le 22 novembre 1875, le malade se plaignait beaucoup de douleurs péri-orbitaires. On constata une petite plaie linéaire de 4 millimètres siégeant dans le diamètre transversal de l’œil, vers le bord externe de la cornée, qui est intéressée dans l’étendue d’un millimètre environ. La ligne de la plaie est noirâtre; coloration qui est due à un enclavement de l’iris et peut-être de la choroïde. Il y avait une injection périkératique vive. La cornée et l’humeur aqueuse restaient transparentes; bord pupillaire attiré dans la plaie; pupille allongée, ovalaire dans le sens transversal ; champ de la pupille occupé du côté externe par une masse gris bleuâtre, située profondément derrière l’iris, et qui, à l’examen ophthalmoscopique, tranchait sur le fond rouge de l’œil. En regardant très-obli-

42 CONTRIBUTION A ï/ ANATOMIE PATHOLOGIQUE T)E l’(EIL.

quement, on voyait que cette production était indépendante du cristallin, et qu’elle devait être rattachée à la portion ciliaire de la choroïde. L’examen détaillé du fond de l’œil était impossible; l’acuité visuelle affaiblie : le malade distinguait à peine la flamme de la lampe. Les douleurs péri -orbitaires et l’injection périkéralique se continuant, on se décida le 26 novembre à pratiquer l’iridectomie, à l’endroit môme où existait l’enclavement irien. Cette opération fit cesser les douleurs et en partie l’injection périkératique.

Le 20 décembre, le malade, très-amélioré, quitte l’hôpital dans l’état suivant ; pupille oblongue transversalement, champ pupillaire transparent, persistance de la masse blanchâtre indiquée du côté temporal de l’œil. Impossibilité d’éclairer complètement le fond de l’œil, dont les détails échappent. Malgré cela, le malade peut distinguer de cet œil la tête d’une épingle et lire le n° 40 de l’échelle à un pied, L’œil n’est plus rouge, les douleurs ont complètement cessé ; toutefois cet œil paraît plus mou que l’autre, et cette diminution de la tension oculaire laisse des doutes sur le sort ultérieur de l’organe.

Effectivement, le 23 février 1876, le malade rentrait, après une période de calme parfait, avec des accidents nouveaux survenus brusquement dans la nuit du 18 février, vers trois heures du matin. Tout à coup il fut pris de douleurs violentes dans l’œil, qui devint rouge. Quelques heures plus lard, le 19 février ,’il vint consulter h l’hôpital, et l’on trouva la conjonctive très-injectée, du chémosis et un dépôt d’un blanc laiteux dans le champ pupillaire. Quatre jours plus tard, le malade fut admis dans la salle des yeux, et l’on trouva l’œil dans l’étal suivant :

Conjonctive très-rouge. Chémosis énorme dans toute la moitié inférieure de la conjonctive bulbaire; iris terne, décoloré ; dépôt blanc verdâtre, occupant tout le champ pupillaire; cornée opalescente dans l’étendue de 2 à 3 millimètres, du côté externe. Douleurs très- violentes à la région frontale,

JRIDO-CHOROÏDITE PURULENTE AVEC ÉCLAT, ETC, 43

insomnie. On pratique l’énucléation de cet œil le 24 février, Aucun accident consécutif; le malade sort guéri, ayant l’autre œil en parfait état.

Examen de l’œil après deux mois de macération dans la liqueur de Millier. L’œil diminué de volume, coupé par le milieu, se montre rempli d’une masse blanchâtre qui, évidemment, n’est, autre chose que du pus. Tout le corps vitré, tout, l’espace compris entre l’iris et la cristalloïde antérieure, ainsi que le champ pupillaire, en sont remplis. Seule la chambre antérieure conserve son état normal, si ce n’est que la face antérieure de l’iris en est tapissée par une couche très-mince que le microscope seul permet de découvrir. Au milieu de la masse purulente du vitreum, et près de la face postérieure de l’iris, on retrouve un éclat de métal, pointu, offrant 3 millimètres de longueur, sur 2 de largeur et 1 1/2 d’épaisseur.

Étude histologique. — Toute la masse blanchâtre dans laquelle s’est transformé le corps vitré se trouve essentiellement constituée par des globules purulents, arrondis et grenus. A peine si on trouve çà et là quelques fibrilles sous forme de réticulum extrêmement fin.

Le cristallin, déplacé, se trouve au centre de cette masse; il ne reste plus que des fragments difformes de la substance propre de celui-ci, et tout le reste de la loge cristallinienne se trouve envahi par des globules de pus. Seule, la cristalloïde (pl. XIII, fig. 1, a), demeure intacte, ainsi que l’épithélium de sa face interne, qui se présente sous la forme d’un liséré constitué par une simple rangée de collules. Au-devant de cette cristalloïde, entre celle-ci et la face postérieure de l’iris, on voit en b la masse blanchâtre qui obstruait la pupille. Cette masse est constituée par un réticulum très-accentué, à mailles suffisamment épaisses, et rempli des mêmes éléments purulents et embryoplastiques que le reste de l’œil.

L’iris c et la cornée d se montrent sains, ou à peu près. Los

44 CONTRIBUTION A if ANATOMIE PATHOLOGIQUE DE l’(EIL.

procès ciliaires et le muscle ciliaire, bien que conservés de forme, se trouvent infiltrés de cellules purulentes, mais les grosses altérations commencent seulement vers la partie postérieure de la région ciliaire, pour envahir de là toute la choroïde. Sur la fig, 1, en f, on voit la conjonctive soulevée, et l’épisclère infiltrée de foyers sanguins, parcourue par des vaisseaux.

La choroïde dans toute son épaisseur se trouve infiltrée de pus. L’infiltration en question siège principalement en g (fig. I et 2), qui est la région delà chorio-capillaire, tandis qu’elle va en diminuant à mesure qu’on avance vers la lamina fusca, dont les cellules pigmentaires anastomosées se trouvent parfaitement conservées. La lame élastique de la choroïde et le pigment épithélial se trouvent -très-bien conservés sur toutes les préparations, h (fig. J et 2). La rétine r (fig. 1) est au contraire altérée, infiltrée de pus, et l’on en distingue seulement des traces, grâce à la disposition fibrillaire régulière des anciennes fibres de Millier.

Une lésion remarquable existe en s (lig. 1 et 2). On y distingue une couche à part, qui touche à la face interne de la sclérotique, se prolonge en avant, dans la région du muscle ciliaire, et occupe les couches les plus externes de la lamina fusca. Des cellules pigmentaires étoilées, propres à cette membrane, en forment les limites 'externe et interne. Sous le microscope cette couche se distingue du reste de la choroïde par une coloration d’un rose lilas foncé. (Pour colorer les préparations, on s’était servi dans cecas d’une solution ammoniacale de carmin.) La texture de cette couche interstitielle se trouve représentée fig. 3, vue à un grossissement de 290 diamètres. Son tissu consiste essentiellement en un réseau de fibrilles ténues, transparentes età mailles très-fines. On ne saurait mieux comparer ce réseau qu’à un réticulum lymphoïde, entrelacé dans tous les sens et offrant, au point d’entre-croisement des fibrilles, des renflements, espèces de noyaux en miniature. Ce tissu lymphoïde sous-choroïdien a été déjà signalé par Bolling Pope, dans un cas dont il donne la description.

IlUDO-CllUltOlDlTE PURULENTE AVEC ECLAT, ETC.

Serait-ce par hasard là un véritable réticulum lymphoïde , développé sous l’influence de l’irritation dans l’espace supraehoroïdien de Schwalbe, considéré par cet auteur comme l’un des espaces lymphatiques de l’œil; ou bien s’agirait-il plutôt d’un simple réseau fibrineux ou de mucinel C’est ce que nous ne saurions affirmer avec certitude, bien que nous soyons enclins à adopter dé préférence cette dernière interprétation. Toujours est-il que ce réticulum méritait une mention spéciale. '

Page 1