‹ Anatomie pathologique de l'oeilChapitre 18 sur 35 · PL. XV · texte numérisé non relu

PL. XV

MÊLANO-SAllCOME DE LA CHOROÏDE.

rouge, gros, et les paupières œdématiées le recouvrirent complètement. — Prescription : Pommade belladonée, 7 sangsues, vésicatoires, le tout sans succès. De ce moment date la perte de l’œil.

État actuel. — Cet œil est plus petit ; la cornée reste transparente, mais elle est plus bombée et plus petite. Derrière apparaît l’iris avec une couleur rouillée différente de celle de l’autre œil. Tout vestige de pupille a disparu et à sa place on voit une espèce de fausse membrane grisâtre. La consistance de cet œil est augmentée, toute perception lumineuse a disparu. L’œil continue à être toujours le siège de petites douleurs continues et d’attaques névralgiques qui se répercutent sur l’œil gauche. '

Œil gauche. — Commencement de caiaracte centrale peu saturée, formée de trois rayons, dont le début remonterait à 1874, par conséquent au même moment que l’autre. Toutes les parties visibles de cet œil sont saines, l’examen ophthalmoscopique ne fait découvrir aucune lésion ; malgré cela, la malade y éprouve de temps en temps des attaques névralgiques qui semblent avoir un siège péri-orbitaire et se rattacher aux névralgies faciales, auxquelles la malade était sujette auparavant.

Enucléation de Y œil droit le 7 décembre 1875. L’œil extrait est très-dur, comme un corps entièrement solide. Du coté externe, on aperçoit une bosselure d’un bleu noirâtre, la sclérotique est très-amincie en cet endroit et sur le point de se perforer. Il s’agit évidemment là d’une production sarcomateuse prête à passer de l’œil dans le tissu orbitaire.

Macération dans le liquide de Muller pendant six semaines.

La figure!, pi. XV, présente l’hémisphère supérieur de Y œil droit <pii a été divisé par une coupe horizontale passant par le milieu de la cornée et du nerf optique.

A. Côté interne de l’œil. La sclérotique y est amincie et

PANAS. 4

adhère intimement h la tumeur. C’est de la partie correspondante de la choroïde que celle-ci semble avoir pris naissance.

B. Côté externe de l’œil. La sclérotique conserve son épaisseur et offre deux légères bosselures : une antérieure B, dansla concavité de laquelle se trouve logé le cristallin luxé; l’autre postérieure C, qui était remplie par la masse sarcomateuse, non adhérente à la choroïde en ce point. Aux deux extrémités du diamètre antéro-postérieur, aussi bien du côté de la face postérieure de l’iris qu’au uiveau de la papille du nerf optique la masse mélanique se trouve adhérer fortement. De la rétine il ne reste aucune trace appréciable.

Examen histologique. — La figure 2 montre une coupe passant par la partie périphérique de la chambre antérieure, à la jonction de la cornée avec la sclérotique. On y voit: en C, la sclérotique qui est saine ; en D, la cornée plissée, avec son épithélium normal et la membrane] [de Bowman saine. La. membrane de Descemet également intacte, bien que fortement plissée.

Dans les couches antérieures de la cornée on voit les corpuscules propres étagés comme à l’état normal, tandis que dans les couches profondes, à cause du fort contournement, ces corpuscules se trouvent confondus dans les plis du tissu.

E, choroïde; E’, corps ciliaire infiltrédenombreuxglobules sanguins, rouges, ratatinés par le liquide de Millier.

En A et en B, on voit des fragments de la masse mélanique intra-oculaire se continuant sans ligne de démarcation avec l’iris, et les procès ciliaires qui forment un magma dans lequel on ne peut plus distinguer la disposition normale des parties.

La figure 3 présente une coupefpassant par la sclérotique, la choroïde, la tumeur mélanique et l’extrémité cornéale de la préparation A.

Cette coupe a été faite dans la partie A de la figure 1 .

Elle montre en A la choroïde qui a conservé son épais-

MÉLANO-SARCOME 1JE LA CHOROÏDE.

seur normale, mais qui est très-infiltrée de pigment. Si on regarde la figure plus vers la droite, on voit la choroïde diminuer d’épaisseur et changer d’aspect. Elle émet des prolongements sarcomateux ( aaa ). A ce niveau, la sclérotique perd son aspect fibrillaire régulier, ses fibres sont plus contournées et déjà infiltrées de pigment.

La malade fut revue un au après, et il n’y avait eu aucune récidive.

Remarques. — Les deux observations de mélano-sarcome de l’œil, qui précèdent, confirment plusieurs points acquis dans la science au sujet de cette redoutable affection. O11 sait que le sarcome de l’œil s’observe chez les individus adultes, tandis que le gliome de la rétine est l’apanage de l’enfance. Méchelin

était âgé de quarante ans, et Mme Roche en avait quarante-

huit.

La marche du sarcome est également plus lente que celle du gliome : en effet, les premiers symptômes ressentis par Méchelin remontaient à près de deux ans, et ceux accusés par Mme Roche, en y comprenant la cataracte et l’obscurcissement progressif de la vue, à deux ans aussi.

Au point de vue des symptômes, on peut dire, en se fondant sur la presque généralité des cas connus, et ils sont nombreux, que les douleurs ciliaires violentes à forme névralgique et le glaucome sont le cortège habituel du sarcome choroïdien arrivé à sa période de croissance, alors que la masse néoplasique reste encore enfermée dans la coque oculaire. Chez nos deux malades, ce symptôme n’a point fait défaut. Pour ce qui est du glaucome en particulier, nous pensons, d’accord en cela avec Graefe, Arlt, et la plupart des ophthalmologistes de nos jours, que celui-ci devra être considéré non comme cause, mais comme effet d’un sarcome préexistant et qui, dans sa première période, peut passer inaperçu. Cette même erreur d’interprétation a été commise à l’égard de l’iridectomie curative dans le glaucome aigu, que l’on a accusée

à tort de provoquer parfois le développement d’un sarcome consécutif. Évidemment on avait affaire en pareil cas à des glaucomes secondaires dépendant d’un sarcome resté jusque-là ignoré.

Au point de vue de l’efficacité de l’iridectomie dans le traitement du sarcome, nous n’oserions pas affirmer que chez le malade de la première observation (Méchelin) la double

iridectomie pratiquée par M. Galezowski et par nous ait eu

réellement pour effet d’amender les douleurs et les autres accidents glaucomateux. On sait, en effet, que lorsque le sarcome parvient à la période d’envahissement à l’extérieur de l’œil, ces symptômes s’apaisent d’eux-mêmes.

L’anatomie pathologique du mélano-sarcome de l’œil offre des particularités importantes et qui n’ont pas manqué dans nos deux observations.

On sait que la sclérotique résiste beaucoup et longtemps à l’envahissement du néoplasme. Assez souvent même, lorsque des masses' mélaniques se montrent à l’extérieur delà coque oculaire, l’examen le plus attentif ne démontre aucune solution de continuité de la sclérotique. C’est ce qui se voit parfaitement sur la coupe de l’œil de Méchelin (pl. XIV, fig. 1, A).

Très-probablement les cellules du sarcome ont du envahir ici l’épisclère en suivant les canaux qui livrent passage aux veines vortieinées. Il ne faudrait pourtant pas croire que le tissu propre de la sclérotique ne finisse pas par s’infiltrer de granulations pigmentaires, et c’est ce qui existait sur des coupes de l’œil de Mme Roche (pl. XV, fig. 3).

La cornée , grâce à sa résistance et aussi à son siège plus éloigné, ne se trouve envahie que rarement par le mélanome. Une étude attentive de l’œil de Méchelin nous a dévoilé, d’une façon trcs-nette, le mode d’envahissement du tissu de cette membrane (fig. 2 et 3, pl. XIV). La membrane de Descemet, attirée et plissée, puis brisée par le néoplasme qui lui adhère,

. infiltre ensuite les couches profondes de la cornée dont le tissu résiste encore longtemps, sauf qu’il se vascularisé par places.

MÉLANO-SARCOME DE LA CHOROÏDE.

Le nerf optique est une des parties les plus fréquemment envahies parle sarcome. — Sur la figure 4 (pl. XIY), on suit parfaitement le mode de cette propagation dans le tissu propre du nerf, à travers la lame criblée.

11 est connu que le cristallin s’opacifie souvent; mais ce qui n’est pas mentionné, c’est qu’il puisse dans certains cas se luxer sur le côté, comme on peut s’en assurer en examinant la figure 1, B, pl. XY. On conçoit que si, dans un pareil cas, lacoupe de l’œil avait été faite dans un méridien perpendiculaire à celui . qui correspond au cristallin luxé, on eût pu croire à la disparition de la lentille détruite par le sarcome. Nous sommes dès lors à nous demander si dans les cas, très-rares d’ailleurs, de prétendue disparition du cristallin on ne s’est pas laissé tromper de la sorte.

Nous ne parlerons point de la rétine, qui est toujours soulevée et décollée. On n’en trouvait plus trace sur les préparations qui ont servi à la reproduction de nos figures.

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