I. — OU CHALAZION
(l*L. I, FIG. 1.)
Observation I,c. — X..., garde de Paris, trente ans, portait à la paupière supérieure un chalazion du volume d’un gros pois, de consistance solide, sans inflammation ni adhérence de la peau. Vu par derrière, on constatait une rougeur avec amincissement de la conjonctive tarsienne correspondante et un point blanc acuminé au centre. Tout autour, la conjonctive offrait un aspect légèrement velouté. La rangée des orifices des glandes meibomiennes était disposée comme à l’état normal.
Examen macroscopique. — La tumeur, qui avait été enlevée avec la portion de conjonctive qui lui adhérait, fut sectionnée en deux, et l’on a pu constater qu’elle se composait uniquement d’un tissu charnu demi-transparent, d’une consistance plus molle au centre qu’à la périphérie. En arrière, la masse était identifiée avec la conjonctive, à laquelle elle adhérait d’une façon intime. Partout ailleurs elle semblait recouverte d’une couche conjonctive mince, se continuant sans ligne de démarcation avec le tissu propre du tarse, au point qu’il était impossible d’en détacher la masse sans dissection ni excision.
PANAS.
Étude microscopique. — Ainsi qu’on le voit sur la figure 1 , pi. I, qui représente une coupe perpendiculaire intéressant à la fois la masse néoplasique, la portion attenante du tarse et la conjonctive voisine, la totalité du produit morbide se trouve constituée par des cellules rondes, granuleuses, se colorantpar le carmin. Celles-ci ont, en un mot, tous les caractères des cellules dites embryoplastiques telles qu’on les retrouve dans le tissu des bourgeons charnus. Nulle part nous n’avons pu distinguer dans l’épaisseur du tissu nouveau des éléments épithéliaux, pas plus que des éléments graisseux; les vaisseaux faisaient également défaut. En un point seulement (b) nous avons pu distinguer sur la coupe deuxespaces ronds rapprochés l’un de l’autre, dépourvus d’épithélium à leur face interne, et qui représentent très-probablement la coupe de deux canalicules glandulaires de second ordre, atrophiés et dépouillés de leur revêtement épithélial. Du côté de la conjonctive (aa) la tumeur ne se trouve pas nettement limitée comme du côté de la peau. On voit çà et là de petites masses granulomateuses en apparence indépendantes de la portion principale (cc) et qui s’avancent jusque dans l’intérieur du derme muqueux. On y voit aussi la coupe de deux conduits glandulaires représentés sur la figure par deux cercles granuleux ( dd ) avec un point clair au centre.
Une partie intéressante de la préparation est celle du tarse attenant à la tumeur, et qu’on voit à l’extrémité supérieure de la figure. On y distingue sur plusieurs points [b' b' U) de grands espaces vides à côté desquels il y en a d’autres plus petits, tous bordés par de l’épithélium et des globules graisseux jaunâtres. Nous pensons qu’il s’agit là de la coupe de glandes de Meibomius, dont les unes ont conservé leur volume normal tandis que les autres se trouvent élargies. Autour de ces groupes glandulaires on aperçoit nettement, sous forme de stries transversales, le tissu fibreux du tarse, qui se continue sans ligne de démarcation avec le stroma de la conjonctive. Au voisinage de la tumeur, le tissu conjonctif devient moins dis-
DU CHALAZION.
linct et perd son aspect régulièrement strié. Il est aisé de
constater sur la figure que la portion de conjonctive corres-
pondant à la tumeur se trouve distendue, amincie et dépourvue des saillies papillaires qu’on aperçoit très-nettement de a en b' sur la portion de conjonctive qui est en rapport avec la partie restée saine du tarse.
Remarques. — C’est à tort que les auteurs classiques avaient considéré le chalazion comme un kyste dont l’enveloppe serait constituée par les parois d’une glande de Meibomius, et le contenu parle produit de sécrétion de cette glande. Actuellement cette erreur tend à être abandonnée (voyez Sœmisch and Graefës Handbuch). Pour notre compte, il y a très-longtemps que nous nous sommes départi de cette manière de voir, en nous fondant sur ce fait que, lorsqu’on pratique l’ablation de la petite tumeur sur le vivant, jamais on ne trouve une paroi distincte du reste de la masse néoplasique et que le tissu de celle-ci est invariablement constitué, non par de l’épithélium'et des éléments graisseux, véritables produits de rétention de la glande, mais bien par du tissu sarcomateux. Quand le tissu sarcomateux ou embryonnaire en question est enlevé par le chirurgien, au milieu d’une de ces poussées inflammatoires à répétition dont les chalazions deviennent si souvent le siège, on trouve celui-ci ramolli au centre, parfois même transformé en pus ou en un liquide filant. Cette double métamorphose purulente et colloïde, jointe à la structure histologique du néoplasme qui, comme le démon ire la figure ci-dessus, est essentiellement composé de cellules embryoplastiques, prouve qu’il s’agit ici non d’un kyste, mais d’un sarcome inflammatoire, de ceux que Virchow désigne sous le nom de yranulomes, à cause de leur ressemblance histologique avec le tissu des bourgeons charnus et des fongosités des plaies.
La production dont il s’agit, loin de naître dans l’intérieur d’un conduit meibomien, l’englobe au contraire et le corn-
4 CONTRIBUTION A L’ANATOMIE PATHOLOGIQUE DE l’(E1L.
prime de toutes parts. Par suite de cette compression, celui-ci souffre dans sa nutrition au point de perdre sa structure épithéliale, en même temps qu’il cesse de livrer passage au liquide sécrété par la glande. Il n’est donc pas étonnant qu’on puisse le trouver vide, ainsi qu’on le voit sur la préparation (b b).
Les détails qui précèdent étant bien compris, on s’explique comment il se fait que les orifices des glandes deMeibomius ne se montrent presque jamais oblitérés, et que la masse puisse, en se développant librement dans le tissu propre du tarse, acquérir parfois un volume considérable (celui d’une noisette et même davantage).
On nous demandera sans doute quelle est la cause qui provoque ainsi, autour d’un ou de plusieurs des conduits de Meibomius, la production de ce tissu embryonnaire. Évidemment, ce ne peut être que l’inflammation des parois propres de ces conduits. Partie de là, l’inflammation gagne de proche en proche le tissu übro-conjonctif du tarse, la conjonctive en arrière, et le tissu lamineux, intermédiaire au muscle orbiculaire et au cartilage tarse, en avant. C’est sans doute l’extension parfois exagérée de l’élément morbide en question qui a pu faire croire à tort à Thomas, de Tours (1), que le chalazion provenait du tissu conjonctif sous-musculaire de la paupière, et non, comme cela avait été admis de tout temps, et comme cela nous parait mis hors de doute, du tissu propre du tarse.
Quant à la question de savoir quelle est la cause de l’inflammation des parois du conduit glandulaire, on peut supposer qu’elle est due soit à une altération physique (épaississement) ou chimique du produit de la sécrétion, soit à une inflammation propagée de l’extérieur (conjonctivite tarsienne) vers l’intérieur de ce conduit, et de là dans le tissu du tarse. Cela étant, on comprend sans peine que l’herpé-
( I) Thomas, de Tours, Thèse <le Ports.
DU CHALAZION.
Usine, le lymphatisme, les troubles de la menstruation et de la digestion puissent influer sur l’apparition du chalazion et sur le retour des poussées inflammatoires qui l’accompagnent,.
Une dernière remarque en faveur de la nature inflammatoire du produit morbide, c’est que la tumeur peut non-seulement suppurer, devenir colloïde, ou se terminer par induration, mais parfois se résoudre et disparaître soit spontanément, soit sous l’influence d’un traitement antiphlogistique et résolutif local (cataplasmes émollients, badigeonnages de teinture d’iode, etc.).
Pour notre compte, nous attachons une mince importance à la présence ou à l’absence des cellules dites géantes (Riesezellen) ou myéloplaxes, rencontrées par certains auteurs qui, à cause de cela, ont donné au chalazion la dénomination quelque peu pompeuse de sarcome giganto-cellulaire (1 et 2).
(1) Vicenciis, Naples, 1875.
(2) Fuchs, Archiv. fur ophthalm., année 1878, t. XXIV, p. 121 à 146.
MÉLANO-SARCOME DE LA CONJONCTIVE