‹ Anatomie pathologique du cancer [electronic resource]Chapitre 1 sur 37 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Il ne saurait y avoir d'étude positive en médecine, sans le secours de l'anatomie pathologique. C'est à cette branche de la science médicale que sont dus la plupart des progrès des deux derniers siècles. Quelques maladies, sans doute, ont paru jusqu'ici braver les recherches les mieux dirigées, mais le nombre en décroît sans cesse, et qui sait si, dans l'avenir, il ne disparaîtra pas complètement? Déjà un grand nombre d'altérations du sang ont présenté des caractères distinctifs à l'analyse chimique, et tout présage dans cette voie des résultats plus beaux encore.

,w A part donc quelques cas exceptionnels, l'immense majorité des maladies est caractérisée par une lésion propre à chacune

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d'elles. Les maladies analogues présentent des altérations analogues; les maladies dissemblables s'accompagnent d'altérations dissemblables, et, lorsque sur deux cadavres inconnus on trouve des lésions différentes, on en conclut avec raison que la mort a été produite par deux affections distinctes. Les symptômes désormais n'occupent que le second rang dans la formation des cadres nosologiques ; ils n'ont conservé, sous ce point de vue, leur importance première, que pour la classe toujours décroissante des maladies sine materiâ.

Que de confusions, que d'erreurs se sont introduites et perpétuées dans la science, parce qu'on n'a pas toujours ainsi procédé ! Toutes les fois que deux maladies donnent lieu à des symptômes analogues, on peut être certain qu'elles ont commencé par être confondues ensemble. Tel fut longtemps le sort delà carie et de la nécrose, de la névralgie et de la névrite; beaucoup de fractures rapprochées des articulations furent prises pour des luxations ou des entorses ; un grand nombre de maladies des yeux, la plupart des affections du cœur, etc., etc., furent aussi confondues. Mais peu à peu, à mesure que l'analomie pathologique vint établir des distinctions entre elles, les médecins, désormais avertis, parvinrent sur le vivant à saisir des caractères distinclifs jusqu'alors inaperçus.

Qu'on nous permette d'invoquer un exemple récent. Toutes les affections vertébrales suivies d'abcès par congestion, ont été décrites comme une seule et même maladie jusqu'aux travaux de M. Nichet et surtout de M. Nélaton. Depuis que ce dernier chirurgien a démontré que, dans le mal de Pott, il y a tantôt ostéite pure et simple, et tantôt production de tubercules, tout le monde s'est incliné devant ce fait anatomique, et, malgré l'apparente identité de leur marche et de leurs symptômes, la carie, les tubercules delà colonne vertébrale, ont été considérés comme des maladies distinctes. Dès lors une observation assi-

' DU c.^NCEP. '465 due, éveillée par le besoin d'établir le diagnostic, a permis de saisir quelques signes différentiels trop subtils pour être découverts primitivement; on a pu quelquefois diagnostiquer pendant la vie ces deux affections voisines ; mais personne n'avait attendu ce résultat clinique pour les considérer comme différentes l'une de l'autre.

Il est clair, en un mot, que ce qui caractérise une maladie, ce n'est pas la symptomatologie, c'est la lésion cadavérique.

Pour le dire dès maintenant, voici quel est le but de cette apparente digression : dans la catégorie des tumeurs qui ont été désignées sous le nom de cancéreuses, on a compris, par une erreur inévitable dans l'origine, des tumeurs qui ne présentent aucun des caractères anatomiques du cancer. Ce fait, avancé maintenant sans preuves, sera démontré plus loin. Si nous sommes heureux dans cette démonstration, il sera bien établi que ces dernières tumeurs doivent désormais recevoir des noms nouveaux et être décrites isolément, en dehors des affections véritablement cancéreuses, quelles que puissent être d'ailleurs les ressemblancessymptomatologiques.Hàtons-nousdedire, dureste^ que malgré le peu d'ancienneté des recherches histologiques, l'observation clinique a déjà légitimé la plupart des distinctions que nous allons établir.

Mais j'ai parlé de recherches histologiques, je n'ignore pasque ce genre d'étude n'est pas également accepté par tout le monde. Je crois donc devoir donner à cet égard quelques explications.

L'anatomie pathologique étudie les parties malades et lesproduits morbides, comme l'anatomie normale, sa sœur aînée, étudie les éléments du corps à l'état physiologique. Trop longtemps isolées l'une de l'autre, ces deux sciences, qui se fécondent mutuellement, doivent désormais progresser ensemble. Pour étudier la première, il est indispensable de connaître à fond la seconde, et réciproquement beaucoup de points relatifs à la

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structure normale des organes ont été découverts sur des pièces pathologiques qui les mettaient en évidence.

Ou, pour mieux dire, ces deux sciences n'en font qu'une ; elles exigent les mêmes recherches ; elles sont régies par des lois identiques ou analogues, et il est nécessaire que , par une fusion heureuse, on sache à l'avenir les faire marcher de front.

Pour arriver à connaître la structure des tissus sains et celle des parties malades, l'anatomiste doit recourir aux mêmes moyens d'investigation ; et cependant, jusqu'à ces dernières années, les anatomo-pathologistes n'ont appliqué à l'étude des tissus altérés que la dissection et l'examen à l'œil nu. Les injections, à cause des difficultés qu'elles présentent, n'ont été employées que par un petit nombre d'investigateurs; les analyses chimiques n'ont été appliquées qu'à l'examen de certains liquides, et les beaux résultats qu'elles ont fournis n'ont pu les étendre encore à l'étude des solides altérés; le microscope enfin, que les anatomistes acceptent généralement aujourd'hui, n'a été admis qu'avec défiance parles anatomo-pathologistes.

Les raisons de cette défiance sont faciles à donner. En premier lieu, les résultats de l'examen microscopique des produits morbides ne se sont pas toujours trouvés d'accord avec les idées générales, et c'est un devoir pour les hommes sérieux de n'accepter les innovations qu'avec la plus grande réserve. Cette prudence salutaire est l'unique sauvegarde de la science; c'est la seule barrière qu'on puisse opposer aux invasions magnétiques, hydropathiques, homœopathiques, dont notre époque foisonne.

En second lieu, les faits du monde microscopique sont au nombre de ceux qu'il est le plus difficile de vérifier. On ne peut se contenter de les aborder d'une manière superficielle, car les causes d'erreur abondent pour ceux qui débutent. Il faut beaucoup de temps et de persévérance opiniâtre, pour arriver à être par soi-même un appréciateur compétent. Avant d'entreprendre

l'étude des produits morbides, il est rigoureusement indispensable de consacrer de longues veilles à l'examen des tissus normaux. Ce travail d'écolier ne convient pas à tout le monde : voilà pourquoi les études d'histologie pathologique n'ont pu être acceptées avec toutes leurs conséquences, que par un petit nombre de ces hommes haut placés dans la science, qui exercent sur les idées de notre époque une influence si légitime.

Cependant la vérité triomphe tôt au tard. Aujourd'hui les doctrines qui découlent d'une étude complète des tissus malades ont acquis dans l'opinion publique une importance qui les rend dignes d'un examen sérieux et définitif.

En mettant au concours la question du cancer, la plus brûlante de toutes, l'Académie a voulu faciliter la manifestation des idées nouvelles: elle les jugera avec impartialité; elle leur aura ouvert l'avenir.

Lorsqu'il s'est mis sur les rangs dans cette honorable lutte, l'auteur de ce mémoire a cru remplir un devoir. Profondément convaincu de l'importance des études microscopiques en anatomie pathologique , il a voulu soumettre au jury les résultats des recherches les plus récentes, recherches auxquelles il a pris une part aussi active que ses facultés le lui ont permis.

Nous avons eu recours, dans nos études sur l'anatomie pathologique du cancer, à tous les procédés qu'emploie l'anatomie normale. Aussiennemi de l'emploi exclusif du microscope, qu'opposé à une aveugle proscription de ce précieux instrument, nous avons successivement mis en usage l'observation simple, la dissection, les injections pénétrantes, les analyses chimiques et les verres grossissant. Mais ce n'est point tout. L'anatomie pathologique n'est réellement utile que par ses applications cliniques; d'un autre côté, son étude ne devient sérieuse et positive que lorsqu'on connaît l'histoire de chacun des malades dont on examine les lésions. Certes, personne n'a déployé plus de constance

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