XVI. i
8l8 ANATOMIE PATHOLOGIQUE
conditions physiologiques ; pour les produire, il ne suffît plus d'un désordre local, il faut un état général capable de faire dévier les lois de la nutrition.
Dans le pseudo-cancer, la scène est toute locale; dans le cancer, elle est à la fois locale et générale; le pseudo-cancer est une tumeur, le cancer est une maladie ; différence immense dont voici le corollaire :
Lorsque l'opération est possible, lorsqu'elle est complète, le pseudo-cancer guérit, tandis que le cancer ne guérit pas. Le pseudo-cancer peut reparaître, mais seulement lorsqu'il n'a pas été enlevé en totalité; il ne se reproduit pas, il continue. Le cancer peut aussi continuer de la même manière; mais quelque complète que soit l'ablation, il peut toujours recommencer, et je crois même qu'il recommence toujours. Le pseudo-cancer ne peut récidiver que sur place, le cancer peut récidiver partout.
En second lieu les pseudo-cancers sont par eux-mêmes sans action nuisible sur l'économie; ils sont pour les tissus qui les environnent des voisins plus ou moins incommodes. Leur présence, comme tumeur, peul donner naissance à des accidents plus ou moins graves ; ils peuvent comprimer des organes importants, donner lieu à des ulcères, à d'interminables suppurations, à des hémorrhagies funestes; mais la mort survient alors comme à la suite des ulcères, des suppurations, des hémorrhagies ordinaires. — Le cancer partage avec le pseudocancer ces propriétés nuisibles, et les possède même au plus haut degré; mais de plus, mais surtout, il s'introduit dans le sang; c'est un ennemi perfide qui empoisonne l'économie; comme la rage, comme le charbon, dont il ne diffère que par une activité moins grande, il tue à sa manière en infectant les liquides.
Enfin, les pseudo-cancers ne s'accroissent qu'en refoulant les
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tissus, exception faite des cancroïdes qui se propagent réellement; mais tous restent limités à la région où ils ont pris naissance; ils n'envahissent que par continuité de tissu. Le hasard peut en produire plusieurs sur le même individu; mais tous alors sont indépendants les uns des autres, et par leurs causes qui sont locales, et par leurs accidents qui sont locaux.
Le cancer, au contraire, à la suite de l'infection qu'il détermine, amène la formation, dans une multitude d'organes, de tumeurs qui ont la même structure que lui.
Si, au lieu de rester dans les généralités, nous eussions pris l'un après l'autre chacun des pseudo-cancers, nous eussions trouvé pour chacun d'eux un certain nombre d'autres caractères distinctifs; mais cela nous eût entraîné dans des faits particuliers, dans des détails cliniques, que notre question ne comporte pas.