PLANCHE IV, XXXV° LIVRAISON
La figure 1 représente le corps thyroïde CT, vu par devant. A droite, il est longé par la veine jugulaire interne, dont la cavité est remplie de pus. Aux limites supérieure et AMRHBUE se voit un caillot conoïde, qui a complètement isolé du reste de la circulation la portion de veine remplie de pus.
La figure 1 représente la trachée ouverte par sa partie postérieure. On voit que le corps thyroïde formait autour de la trachée les deux tiers d’un cylindre , et mue la partie membraneuse de cette trachée était seule exempte de compression. La trachée-artère et même la surface interne du larynx présentent des plaques psen0o membraneuses , qui attestent une inflammation récente.
La figure 1” représente une coupe du corps thyroïde. Cette coupe offre une des innombrables variétés de structure que présente ce corps dans la maladie connue sous le nom de goître.
La figure 2 représente une laryngo-trachéite pseudo-membraneuse consécutive à une phthisie tuber- * P
culeuse, La trachée et le lärynx sont tapissés par uné fausse membrane granuleuse, qui s’enlève par petits fragmens, et non point à la manière d’un tube, comme dans le croup. On retrouve encore quelques portions de pseudo-membrane dans la bronche gauche et ses divisions. La base du cartilage aryténoïde droit est
mise à nu. Üne large perte de substance, suite probable de l'ouverture d’un abcès, conduisan autour de la /
base de ce cartilage.
fiéflexions. Jai fait représenter le corps thyroïde, moins à raison de la lésion du corps thyroïde en elle-même, qu'à cause de l'inflammation de la veine jugulaire qui l'accompagne. On ne saurait méconnaitre un lien étroit entre cette inflammation de la veine et la lésion du corps thyroïde. Quel est ce lien? Je l'ignore. Il n’est pas probable que la phlébite de la veine jugulaire ait exercé quelque influence sur la mort; car le pus, en partie concret, en partie liquide, était parfaitement circonscrit par des caillots sanguins.
La pression exercée par le corps thyroïde sur la trachée peut donner lieu à des accidens de suffocation de plusieurs manières: 1° lorsque le corps thyroïde, se prolongean tderrière le sternum , pénètre dans l'évasement supérieur du médiastin ; 2° lorsque le corps thyroïde qui er général forme un canal qui se moule sur la trachée, exerce une certaine compression sur cette trachée, la déprime et l'affaisse de telle manière que les cerceaux aplatis forment une sorte d'étranglement, soit dans le sens transversal, soit dans le sens antéro-postérieur.
Quant aux lésions connues sous le nom de goitres, elles comprennent toute une anatomie pathologique depuis la simple hypertrophie jusqu'au cancer.
Voici quelques exemples qui pourront servir à jeter quelque jour sur cepoint important :
Goître latéral énorme, formé aux dépens de la moitié gauche du corps thyroïde.— Sur une femme âgée de la Salpétrière , la tumeur avait le volume de la tête d’un enfant: elle ne s’enfonçait pas ou n'envoyait pas de prolongemens derrière le sternum. Derrière elle, était l'artere carotide ; la trachée était aplatie d'un côté à l’autre. La tumeur était constituée par un kyste contenant une matière boueuse, pultacée, couleur chocolat, mêlée d'une matière blanchâtre. Cette tumeur existait depuis un temps indéterminé.
Gottre latéral osseux et celluleux.—Sur une femme âgée, morte d’uneattaque d’apoplexieet qui m avait offert un exemple de kyste pileux de l'ovaire, une ossification ou pétrification de tout le système artériel, J'ai trouvé la moitié gauche du corps thyroïde d’une consistance osseuse, La section de cette masse a montré qu'elle était constituée par des cellules à parois osseuses et cartilagineuses , contenant une matière gélatiniforme. La couche fibreuse qui constituait l'écorce de la tumeur était extrêmement épaisse et formée de lamelles superposées.
Le goître latéral est souvent constitué par un kyste développé dans l'épaisseur et aux dépens du corps thyroïde. Ce kyste peut être séreux, hydatique, et alors il n’est pas impossible de XXXV® LIVRAISON. I
o MALADIES DU LARYNX.
de le diagnostiquer et de le guérir par incision: d'autres fois, le kyste est rempli par une matière boueuse gélatiniforme, qui ne permet pas d’y reconnaître la moindre fluctuation. Ce kyste se confond alors avec les transformations et développemens plus ou moins consistans du corps thyroïde. Dans certains cas, la difficulté du diagnostic d’un kyste du corps thyroïde vient non-seulement de la qualité du liquide, mais encore de l'épaisseur et de la densité des parois de ce kyste.
Chez une vieille femme, qui portait un goitre latéral droit très considérable, j'ai trouvé que la tumeur était formée par un kyste à parois fibreuses, parsemées de plaques crétacées. Dans ce kyste se voyait une matière demi transparente, gélatiniforme , cohérente, adhérente aux parois du kyste, et au milieu de laquelle était une matière boueuse. On conçoit que rien n'annonçait pendant la vie la présence d'un kyste dans ce goitre.
Une question, qui se présente souvent à résoudre à l'occasion des kystes séreux du corps thyroïde est celle-ci: ces kystes séreux sont-ils formés aux dépens du tissu cellulaire ambiant, de telle sorte que la glande thyroïde comprimée s'aplatisse etse moule sur le kyste, ou bien ces kystes sont-ils formés aux dépens et dans l'épaisseur du corps thyroïde, de telle facon que la portion du corps thyroïde non transformée s'applique contre les parois de ce kyste? Les deux choses sont possibles: je n'ai rencontré que la dernière forme d'hydrocèle cervicale. Rien d’ailleurs ne serait plus facile à distinguer l’une de l'autre que ces deux espèces de kyste, l'une se développant sous la capsule propre du corps thyroïde, l’autre se développant en dehors de cette capsule.
Le goître latéral peut quelquefois donner lieu à des erreurs remarquables de diagnostic. On sait combien souvent un goitre latéral, que soulevait l'artère carotide primitive , a été pris pour un anévrisme de cette artère. Dans le cas suivant, je crus non à un goître latéral, mais à une de ces tumeurs adipeuses et fibreuses, si fréquentes à la partie latérale du col. Il est vrai que le goitre occupait le prolongement que le corps thyroïde envoie supérieurement chez quelques sujets juqu'au niveau de l'os hyoïde. Voici Le fait.
Une femme, âgée de 82 ans, entra à linfirmerie de la Salpétrière, le 5 mai 1835, pour une pneumonie œdémateuse , à laquelle elle succomba, le 17 mai. Cette femme portait à la partie latérale droite du col une tumeur étendue depuis l'extrémité inférieure de la glande parotide jusqu’au niveau du bord supérieur du cartilage cricoïide. Cette tumeur était ovoide, du volume d’un œuf de poule, dont la petite extrémité aurait regardé en bas: elle était dense;de la consistance d’une tumeur adipeuse, sans fluctuation . sans bosselures, peu mobile sous la peau, et paraissait indépendante du corps thyroïde. Je crus à une tumeur adipeuse ou fibreuse.
La malade ayant succombé, la dissection de la tumeur nous montra , 1° que la tumeur était recouverte par la peau, par le bord antérieur du muscle sterno-cléido-mastoidien , par les aponévroses cervicales, qui le bridaient fortement ; 2° que cette tumeur se continuait par un pédicule avec le corps thyroïde, qui avait subi lui-même une transformation de tissu fort remarquable ; 3° que cette tumeur était constituée par un kyste à parois épaisses et fibreuses, remplie par un liquide lie-de-vin, tapissée par une couche pseudomembraneuse, épaisse, maculée de sang, organisée dans ses couches les plus extérieures, présentant diverses colorations, parmi lesquelles dominaient la nuance jaunûtre.
Le corps thyroïde était peu volumineux , mais tres dur, présentant une coque pétrifiée, de l’intérieur de laquelle partaient des lames osseuses, qui divisaient ce corps en un nombre assez considérable de cellules. Dans l'intérieur de ces cellules se voyait un tissu qui offrait quelque analogie avec le tissu du corps thyroïde. Bien que ce corps n'ait subi qu'une très légère augmentation de volume, cependant la trachée-artère comprimée offrait un aplatissement très prononcé.
Le goitre, dans son principe, n'est le plus ordinairement qu'une hypertrophie; mais lorsque le goitre existe depuis longues années, lorsque les individus qui en sont affectés sont restés soumis à l'influence sans cesse agissante des causes productrices de cette maladie, et n'ont été soumis à aucun traitement, alors à l'hypertrophie succèdent diverses altérations, parmi lesquelles la production des kystes, les transformations fibreuse, cartilagineuse et osseuse, tiennent le premier rang.
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La dégénération cancéreuse du goitre est uue chose assez rare. En voici un exemple dans lequel on trouvera en même temps une laryngite sous-muqueuse et une perforation par usure de la paroi postérieure du pharynx. Je n'ai sur ce fait aucun renselonement clinique.
Le goître était borné au lobe gauche’; le lobe droit et le lobe moyen étaient atrophiés. Toute la surface de la tumeur était parcourue par de petits vaisseaux veineux. Le nerf pneumo-vastrique gauche était accollé à son côté externe ; l’artère carotide primitive répondait en arrière et en dedans. L’incision verticale de la tumeur à montré qu'elle était constituée en grande PAIE par une bouillie de sang, de pus et de matière encéphaloïde. Il était évident que nous avions affaire à une dégénération encéphaloide, passée à l'état de désorganisation.
La partie superficielle de la tumeur, qui présentait cà et là quelques lobules distincts, conservait seule les caractères de dégénération encéphaloide pure. Dans d’autres points, c'étaient du pus infiltré à demi concret et des milliers de petits vaisseaux sanguins , mêlés à la matière encéphaloide. La quantité de suc cancéreux était très considérable, et la moindre pression le faisait suinter, sous la forme d’une bouillie rosée. Au milieu de ce tissu se voyait un kyste cartilagineux , contenant une matière concrète demi transparente, tres dense, comme cornée , que la suppuration avait en partie détachée du kyste.
Au centre de la tumeur, j'ai pu suivre un gros vaisseau de trois pouces de long, qui était brusquement interrompu au milieu de la bouillie. Ce vaisseau contenait du pus ou plutôt de la matière encéphaloide. Il m'a été impossible de déterminer si c'était une artère ou une veine; mais mes observations établissent assez que ce ne peut être qu'une veine. On sait aussi que, d’après ma manière de voir, c’est dans les vaisseaux qu'est le siège primitif de la sécrétion du suc encéphaloïde.
La trachée était très dilatée au dessous de la tumeur, rétrécie au niveau de la tumeur. Une petite eschare blanche avec ramollissement indiquait qu'un travail d'élimination s’organisait dans ce point, et que la tumeur n'aurait pas tardé à s'ouvrir dans la trachée.
La tumeur ayant été détachée avec le pharynx, l’œsophage et le larynx, la paroï postérieure du pharynx incisée, nous avons vu sur la face postérieure du cartilage thyroïde une perte de substance circulaire de trois lignes de diamètre. Cette ouverture conduisait dans une poche purulente, au fond de laquelle on sentait les cartilages dénudés. En effet , la partie supérieure du cartilage cricoïde était ossifiée et cariée. Les articulations crico-aryténoidiennes s'ouvraient dans le foyer, et la base des cartilages aryténoides était érodée.
En détachant le pharynx de la colonne vertébrale, nous avions été arrêtés par une adhérence intime, si bien que la séparation avait entraîné une perte de substance de la part du pharynx; en effet, la paroi postérieure du pharynx présentait une perte de substance circulaires et cette perte de substance était le résultat de la pression exercée par le bord postérieur du cartilage thyroïde, poussé en arrière par la tumeur, et appuyant fortement contre cette paroi postérieure,
Réflexions. L'observation précédente, indépendamment du cancer de la glande thyroïde, présente un exemple, 1° de laryngite sous- muqueuse °° d'altération par pression de la paroi postérieure du pharynx. Je dirai d'abord, relativement à cette dernière circonstance, que jai déjà eu occasion de rencontrer plusieurs fois cette ulcération par pression de la paroi postérieure du pharynx, par un goitre volumineux; que cette perte de substance par pression serait bien plus fréquente, si le goitre occupait purement et simplement la région antérieure du larynx, et sil ne se prolongeait pas de chaque côté, de manière à déborder en arrière le cartilage thyroïde, et par conséquent à prévenir toute pression de la partdu bord postérieur de ce cartilage. Dans le cas qui précède, la perte de substance occupait toute l'épaisseur du pharynx, et des adhérences avaient seules prévenu l'épanchement ou infiltration des alimens et des boissons dans le tissu cellulaire extérieur au pharynx.
Dans les trois ou quatre autres cas que j'ai observés, la perte de substance n'avait pas envahi toute l'épaisseur des parois.
La laryngite sous-muqueuse complique bien rarement le goitre. Je dois même dire qu'il y à peu, infiniment peu de solidarité entre les maladies de la glande thyroïde et celles du larynx, si bien que l'on rencontre tous les jours des lésions organiques très avancées du larynx, sans que le corps thyroïde présente la moindre altération correspondante. Lorsque des indurations, des abcès se forment autour du larynx, on peut établir que le corps thyroïde y est complètement étranger, lors même que ces indurations et abcès occupent la région
4 MALADIES DÜ LARYNX.
de ce corps. Ce fait bien positif ne me parait pas sans importance et sous le rapport physiologique et sous le rapport pathologique.
La laryngite sous-muqueuse (dont la laryngite œdémateuse n'est qu'une variété }) est une lésion bien fréquente et bien grave. J'ai eu occasion d'en observer un grand nombre d'exemples depuis la descripuon détaillée que j'en ai donnée ailleurs (1). On conçoit que les symptômes par lesquels elle se manifeste doivent être tout-à-fait différens, suivant qu'elle occupe la surface externe ou la surface interne du larynx, que la laryngite sousmuqueuse , limitée à la face postérieure du cartilage cricoïde et même à la face postérieure du cartilage aryténoïde, n'exercera aucune influence fàcheuse sur la respiration, puisqu'elle ne génera en aucune facon le passage de l'air; que la moindre laryngite sousmuqueuse de l'intérieur du larynx entraînera, au contraire, une suffocation imminente. Il est même des laryngites sous-muqueuses externes qui passent inapercues, parce qu'elles ne sont annoncées par aucun symptôme. Cest ainsi que M. Landouzy à présenté à la Société anatomique le larynx d'une femme qui avait succombé à une métro-péritonite, sans avoir présenté aucun symptôme du côté de l'organe de la voix. Il existait un foyer purulent autour de la base du cartilage aryténoïde. Ce foyer s'ouvrait, d'une part, dans l'articulation aryténocricoïdienne, et, d'une autre part, dans le pharynx. J'ai vu, dans un grand nombre de cas, la suppuration limitée autour et aux dépens de l'articulation aryténo-cricoïdienne , et il est probable que, dans ce cas, il y a eu maladie de l'articulation.
Les figures 1 et 2 établissent l'existence d'une trachéite pseudo-membraneuse aphtheuse, bien distincte de la trachéite pseudo-membraneuse tubuleuse. Toutes les membranes muqueuses sont sujettes à ce double mode d'inflammation pseudo-membraneuse, qui doit
certainement se traduire au lit du malade par des symptômes propres à les faire distinguer l'un de l’autre.
(1) Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques, arucle Larvweire, Paris, 1834, 1. xt, p. 20 et suiv. — Voyez aussi Traité
pratique de la phthisie laryngee , de la laryngite chronique et des maladies de la voix , par À. Trousseau et H. Bezuoc, Paris, 1837, in-8, fig.
MÉLANOSE OÙ OEDÈME NOIR. — KYSTE ACÉPHALOCYSTE.
(XXXVI” LIVRAISON , PLANCHE Il. )
L'altération représentée figure 1 appartenait à une femme de la Maternité, morte en 1831, pendant l'épidémie du typhus puerpéral , qui autrefois sévissait chaque année dans cette maison. C'était la première fois que je rencontrais cette altération, que j'ai retrouvée deux fois encore dans le même hôpital mais que Je n'ai plus observée depuis. Aucun symptôme de la maladie puerpérale ne pouvait s'y rattacher. La malade succomba comme presque toutes les victimes du typhus puerpéral, à linflammation du péritoine, du tissu cellulaire sous-péritonéal et des vaisseaux lymphatiques utérins et ovariques.
La dénomination d’œdème noër convient parfaitement à cette altération du poumon , qui consistait dans l'infiltration d'une très grande quantité de sérosité noire au milieu d’un tissu qui se déchirait avec la plus
grande facilité. Sous la moindre pression , cette sérosité ruisselait à-la-fois et par les incisions que l'on pratiquait à cet organe, et par les tuyaux bronchiques.
Cette altération n'était pas la gangrène; Car il n’y avait aucune odeur de gangrène: elle n'était pas la conséquence d’un travail inflammatoire; car il n'existait autour d’elle aucune trace d’inflammation. On dirait d’une altération cadavérique ou plutôt d’une altération chimique. Si j'avais à rapprocher cette lésion de quelque altération analogue , je la mettrais en regard de la dégénération gélatiniforme de l'estomac et des intestins, laquelle, comme on sait, n’est accompagnée d’aucune trace de fluxion sanguine ou autre dans les parties environnantes, ce qui a donné l’idée que cette dégénération avait lieu après la mort.
Réflexions. L'intoxication du sang, qu'on ne saurait nier dans le typhus puerpéral peut-elle être invoquée pour l'explication de cette singulière altération ? Sans entrer dans cette question, qui me parait insoluble, au moins quant à présent, je me contenterai d'établir un rapprochement entre l'œdème ordinaire du poumon et cette lésion , qui serait bien mieux désignée sous le nom d'æœdèmé noir que sous celui de mélanose. On sait que le poumon est sujet à une infiltration séreuse ou plutôt à une exhalation de sérosité, suite probable de la sène de la circulation , sérosité qui remplit les vésicules pulmonaires et intercepte complètement le passage de l'air. La mort par asphyxie est la suite inévitable de cet engouement (œdème du poumon ) qui se forme souvent en quelques heures. Or, la sérosité vésiculaire, bien distincte de la sérosité intervésiculaire ou interlobulaire présente diverses nuances ASE sa coloration, depuis la limpidité la plus parfaite jusqu'à la couleur jaunâtre, brunatre, et ces variétés de coloration qui dépendent des diverses nuances de la matière colorante du san n’expliquent-elles pas la coloration noire, qui en est le dernier terme. L'action d'un acide sur la matière colorante du sang donne une idée aussi exacte que possible de la nuance noire que présentait l'altération a poumon que je décris.
La figure 2 représente une portion de poumon recouverte de plaques cartilagineuses ou plutôt cireuses, c’est-à-dire semblables à des gouttes de cire qu'on laisserait tomber à la surface de cet organe. Une coupe,
dirigée sur le milieu d’une de ces plaques, établit qu'elles sont tout-à-fait superficielles. Les lignes blanches D qu’on voit à sa surface ne me paraissent autre chose que des vaisseaux lyraphatiques oblitérés et indurés. Réflexions. Les plaques cireuses de la surface du poumon sont une des formes les plus ordinaires du cancer consécutif de cet organe. Je les a1 rencontrées très souvent chez les cancéreuses de la Salpétrière, et plus parücuhèrement dans le cas de cancer mammaire. Ces plaques cireuses échappent quelquefois : à une observation peu attentive, parce qu'elles sont demi transparentes et extrémement minces. Quel est leur siège ? Il à certainement lieu , dans la plèvre, et, dans quelques cas, ces plaques sont tellement superficielles, qu'on dirait an ‘elles ne rmrete pas la membrane séreuse ; Mais, si je suis resté quelquefois dans le doute à cetégard, le plus souvent J'ai pu reconnaitre que les couches les plus superficielles des poumons avaient été envahies. [l m'a paru que l'altération de la plèvre était consécutive. Je considère donc ces plaques cireuses comme ayant essentiellement leur siège dans la couche la plus superficielle du poumon. Des degrés ÉTME conduisent de ces plaques cancéreuses, qui sont plus ou moins denses, plus ou moins pénétrées de suc cancéreux aux rie Tes cancéreux proprement dits qui affectent toujours une prédilection pour les couches superficielles du poumon, mais qui s'observent aussi quelquefois dans les couches profondes.
Il ne faudrait pas conclure de ce qui précède que je n'admets pas de cancer pleural XXXVI® LIVRAISON. de 1
Là
n MALADIES DU POUMON.
indépendant du cancer pulmonaire. J'ai des exemples positifs de cancer limité à la plèvre, de même que j'ai des exemples de cancer du péritoine indépendant de toute lésion des viscères dont cette membrane forme le técument séreux. Je possède même un cas fort curieux de cancer de [a plèvre qui donna lieu à un hydrothorax, pour lequel j'a pratiqué deux fois la ponction avec grand soulagement pour la malade, dont la vie fut ainsi prolongée de plusieurs mois. | |
La fig. 3 représente le lobe supérieur du poumon gauche, transformé en un kyste acéphalocyste. Je dois ce fait et les détails qui l'accompagnent, à M. le docteur Laferrière.
Une femme de la campagne était sujette, depuis plusieurs mois, à des quintes de toux extrêmement fatigantes. M. le docteur Laferrière appelé, prescrivit, mais sans succès, les moyens calmanrs et adoucissans. Un jour, la malade rendit en sa présence, à la suite d’une violente quinte de toux, une pellicule blanche, ayant l'aspect d'une membrane acéphalocyste : on raconte alors que ce n’est pas la première fois que de semblables pellicules ont été expulsées ; que la malade a été constamment soulagée, et quelquefois pour long-temps, lorsque cette expulsion a eu lieu. La malade étant morte peu de temps apres pendant une quinte de toux convulsive, M. Laferrière triompha de tous les obstacies pour faire à la dérobée l'ouverture de la poitrine, et m'envoyer la pièce que j'ai fait représenter figure 3. On voit que le poumon gauche est creusé par un kyste acéphalocyste à parois fibreuses très épaisses. Ce kyste contient un grand nombre d’acéphalocystes, dont les unes sont vides, d’autres pleines, quelques-unes morcelées. La plupart de ces membranes sont hérissées de granulations, qui vues à une forte loupe, représentent l'aspect indiqué par la figure 3.
P est l'ouverture étroite par laquelle les membranes acéphalocystes s'étaient fait jour dans les voies aériennes. Cette perforation avait eu lieu dans la trachée, un peu au-dessus de sa division.
Réflexions. L'histoire de la malade, qui a fourni la pièce représentée planche im, est fort simple. Sous l'influence d'une cause inconnue, un kyste acéphalocyste s'est développé dans l'épaisseur du poumon. Ce kyste, tout-à-fait superficiel a contracté des adhérences avec la portion correspondante de la trachée dans laquelle il s'est ouvert. Cette ouverture pratiquée, les acéphalocystes ont dû avoir une continuelle tendance à pénétrer dans la voie qui leur était offerte. Cette pénétration , presque impossible à effectuer pour les acéphalocystes intactes, s'est effectuée sans grande difficulté pour les acéphalocystes vides. On conçoit quelle irritation, quelle menace de suffocation devaient résulter de la présence de ces membranes dans la trachée, et combien les accès de toux convulsive, provoqués par leur présence, devaient favoriser leur passage à travers la filière que présentait l'étroite perforation de la trachée.
La mort dans un accès de suffocation s'explique par l'obstacle mécanique , résultat nécessaire de la présence dans la trachée d’une membrane assez considérable pour intercepter le passage de l'air, et par le spasme de toutes les voies aériennes.
La figure 3' est remarquable en ce qu'elle nous montre d'une manière non équivoque un des modes de productions des acéphalocystes. Il est impossible, en effet, de ne pas voir autant d’acéphalocystes futures dans chacune de ces vésicules qui occupent la surface de la membrane.
Si le kyste avait été moins considérable, si tousles individus acéphalocystes avaient pu étre éliminés, on conçoit la possibilité, je dirais même la facilité de la guérison. La poche fibreuse qui les contenait et qui faisait nécessairement partie des voies aériennes serait revenue sur elle-même et aurait présenté à l'autopsie l'aspect d'une caverne à parois fibreuses, dont la véritable origine aurait été difficile à déterminer. C'est probablement ce qui est arrivé dans le cas consigné par Maloët dans les Mémoires de l'Académie royale des Sciences , 1732. Il est impossible de méconnaitre des membranes acéphalocystes dans 1a description que ce médecin donne de fragmens membraneux , semblables à du blanc d'œuf cuit, élastique, tremblotant, que le malade rendait par l'expectoration. (1)
D'où vient que les kystes acéphalocystes des poumons soient de toutes les maladies les plus communes chez les ruminans et soient si rares dans l'espèce humaine? Cela tient sans doute moins à des différences d'organisation qu'à des différences d'alimentation. L'expérience prouve que l'humidité des pâturages favorise presque également, chez ces animaux, le développement des tubercules et le développement des acéphalocystes.
On pourrait confondre en clinique des fragmens d'acéphalocystes expectorés avec des fragmens pseudo-membraneux ; mais la forme tubuleuse des ‘fausses membranes, la différence d'aspect que présentent les membranes acéphalocystes et les pseudo-membranes, ne peuvent permettre aucune espèce d'erreur à cet égard.
(1) Dictionnaire de medecine et de chirurgie pratiques, article Acépnarocysres, tome 1, page 245.
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