PLANCHE I
Estomac. La surface interne de l'estomac, qui n’est nullement injectée, présente un grand nombre de replis sinueux , affectant assez exactement la disposition des circonvolutions cérébrales. Ces replis, si irrégulièrement contournés sur eux-mêmes offrent cependant une direction générale de l'orifice cardiaque vers l’orifice pylorique : ils s’arrêtent à une petite distance du pylore. | |
Indépendamment de ces replis, la surface interne de l'estomac offre, dans toute son étendue , une multitude innombrable de granulations , pressées les unes contre les autres, qui ne sont autre chose que les cryptes muqueux, considérablement développés. Vus à la loupe, ces cryptes muqueux paraissent troués à leur centre. Quelques-uns sont entourés d’un cercle noirâtre ou ardoiïsé qui les limite parfaitement et rend leur étude plus facile. |
La coupe CM, CM ,a pour but de montrer l'épaisseur de la membrane muqueuse dans un des points où cette épaisseur était la plus considérable. On voit que les membranes de l’estomac, autres que la muqueuse, sont complètement étrangères aux replis sinueux, lesquels sont exclusivement constitués par un double de membrane muqueuse, dont les deux moitiés sont réunies par un tissu cellulaire très lâche. Cette membrane muqueuse aurait pu être facilement disséquée dans toute son étendue ; tant était lâche le tissu cellulaire séreux qui l’unissait aux membranes subjacentes. Si l’existence d’une membrane ou tunique fibreuse de l'estomac, intermédiaire à la muqueuse et à la musculeuse, et parfaitement distincte du tissu cellulaire sous-muqueux, avait eu encore besoin d'être démontrée, cette pièce pathologique aurait suffi pour lever toute incertitude à cet égard. | 6
La dissection de la membrane muqueuse MM, faite de dehors en dedans sur la grosse tubérosité de l'estomac , montre et la disposition de la membrane muqueuse, vue par sa face externe, et la manière dont elle se repliait sur elle-même, pour constituer les replis en forme de circonvolutions.
Du reste , sous la membrane muqueuse très épaissie, les autres tuniques de l'estomac ont conservé leur ténuité accoutumée , si bien que , préalablement à toute dissection , les replis ou circonvolutions de la membrane muqueuse se manifestaient à l'extérieur par des espèces de bosselures, ainsi qu'on peut le voir sur la figure, dans la partie de la surface externe de l'estomac qui avoisine la grosse tubérosité.
XXXIV° LIVRAISON. s
ë MALADIES DE LESTOMAC.
Considérée sous le point de vue de sa consistance, la membrane muqueuse était dense et en même temps fragile : elle se déchirait avec la plus grande facilité. Sa couleur r’offrait rien di remarquable.
G, G sont des ganglions Iymphatiques qui tenaient à la séreuse par une espece de nen celluleux. Ce sont bien des ganglions lymphatiques, et leur présence sur la grosse tubérosité de RÉSIueE n'est qu'une anomalie. Il n’est pas rare, en effet , de rencontrer ainsi des ganglions lymphatiques sous-séreux sur des points autres que la grande et la petite courbure de l'estomac. | |
La planche 2 représente le duodénum et le commencement de l'intestin grèle.
La planche 3 représente la partie inférieure de ce même intestin grèle et le gros intestin. Dans l'intestin grèle, de même que dans le gros intestin, on voit une multitude de granulations de volumes divers, presque toutes pédiculées , ainsi qu'on l'a figuré pour un grand nombre (planche 5). Il avait des pédicules composés. c'est-à-dire des pédicules qui, uniques à leur extrémité adhérente, se divisaient en deux ou trois pédicelles. soutenant chacun une granulation. Les pédicules représentaient si exactement la forme des papilies ou villosités , que j'ai dû examiner la question de savoir si les granulations n'étaient pas des espèces de tubercules développés à l'extrémité libred’un certain nombrede villosités ; mais une observation attentive m'a démontré que ces granulations n'étaient autre chose que des follicules muqueux , et que les replis maqueux auxquels elles étaient appendues étaient le résultat de la traction exercée par ces follicuies sur la membrane muqueuse qu'ils soulevaient ; que, s’il avait pu exister quelques doutes à cet égard, ces doutes auraient été levés par cette considération que les granulations présentaient tous les intermédiaires depuis le volume d'un grain de millet jusqu’à celui d’un très gros pois. LE.
Du reste , la membrane muqueuse était parfaitement saine : elle avait conservé sa couleur, sa consistance et son épaisseur accoutumée , même au niveau des granulations qu'elle recouvrait.
Les granulations de tous les ordres étaient imperforées, ce qui n’étonnera pas, si l'on considère que, dans l'état normal , les follicules de l’intestin grèle sont constamment imperforés, disposition qui n'a point encore été expliquée, et qui a fait admettre l'hypothèse d'une excrétion par exosmose.
Toutes les granulations étaient creusées d’une cavité centrale, remplies d’un mucus qui m'a paru de même nature que le mucuüs tapissant les intestins. Ces granulations n'étaient donc autre chose que l’ampoule folliculaire développée. Plusieurs de ces granulations étaient de couleur ardoisée ou noirâtre, mode de coloration si fréquent sur la membrane muqueuse et qui atteste presque toujours l'existence d'une fluxion sanguine antérieure ou long-temps continuée. Le mucus contenu dans les follicules noirâtres présentait la même coloration que les parois elles-mêmes.
Les follicules agminés n'avaient pas échappé à ce grand développement. On voit plusieurs petits groupes de follicules, planche 2. On en trouve d’énormément développés (pl. 3) sur la fin de l'intestin grèle. Ces follicules sont saillans, de couleur noire ardoisée.
La planche 3 représente la valvule iléo-cœcale, le cœcum, le colon ascendant, l'arc du colon, la fin de l’S iliaque et le commencement du rectum. Les granulations y sont plus multipliées encore que dans l'intestin grèle, et leur développement est plus uniforme. Sur les bords de la coupe de l'intestin, on voit plusieurs granulations qui ont été divisées en deux moitiés et sur lesquelles on peut tres bien apprécier la dispotion ampullaire de ces granulations , et la coloration diverse de leurs parois. Je dois dire que, bien loin d'avoir exagéré le nombre des granulations, j'ai cru en devoir faire diminuer ce nombre. Les granulations constituaient une couche uniforme , et étaient tellement pressées les unes contre les autres, qu'on ne pouvait, dans leur intervalle, apercevoir la moindre partie des parois intestinales. Du reste, ces granulations présentent identiquement la dispositiôn et la structure des granulations de l'intestin grèle. Nulle part on ne découvre de’ pertuis propre à évacuer le mucus contenu au centre des granulations ; la pression exercée sur ces granulations ne fait suinter du mucus par aucun point. On a d'autant plus lien de s'étonner de l'identité des follicules du gros intestin et des follicules de l'intestin grèle, sous le rapport de l’imperforation , qu'un de’leurs caractères différentiels dans l’état sain, c’est la présence d’un pertuis visible à l'œil nu pour le gros intestin , et l'absence de ce pertuis pour l'intestin grèle. |
Les particularités si remarquables, figurées pl. 2 et 3, ne sont qu'une partie de celles qu'a présentées l'autopsie du sujet de cette curieuse observation , la plupart des ganglions lymphatiques du canal digestif et un assez grand nombre de ganglions lymphatiques des extrémités avaient considérablement augmenté de volume. Voici, du reste, l'observation telle qu'elle à été publiée par M. Briquet dans le journal l’/nstitut médical, n° du 15 juillet 1839 : elle a pour titre: Observation d’adénite chronique avec altération spéciale des follicules muqueux du tube digestif.
« Marchand (Jean-Pierre), âgé de 41 ans, maître-maçon , d'une constitution robuste et n'ayant jamais été malade , a depuis un an ressenti de vifs chagrins et subi un changement défavorable dans son régime alimentaire.
«Il y a six mois que, sans causes connues, cet homme ressentit une légère douleur avec gonflement dan
les testicules et surtout dans celui du côté droit ; en même temps il se manifesta une tuméfaction légèrement douloureuse dans les ganglions lymphatiques inguinaux , et surtout dans ceux de laine droite.
«Peu après le ventre se gonfla , devint douloureux et tendu, l'appétit n'étant pas complètement détruit, les digestions se faisant régulièrement, mais étant suivies d’une constipation Opiniâtre qui ne permettait de gatde-robes que tous les cinq ou six Jours. K
« Enfin , il y a quatre mois, il survint une angine tonsillaire à la suite de laquelle se développèrent 4e ganglions indolens qui finirent par occuper tout le pourtour de la mâchoire inférieure.
« Depuis le moment où les ganglions ont commencé à se développer, il y a toujours eu un malaise général, un sentiment continuel de fatigue et de faiblesse dans les membres , de la fréquence du pouls, de la chaleur de la peau , une sueur continuelle, et presque constamment une éruption miliaire qui occupait tout le tronc. Le malade à continué à se livrer à ses travaux, quoique avec moins d’ardeur que de coutume: il n’est jamais resté sans prendre d’alimens.
« Enfin, ennuyé de souffrir, il s’est présenté à l'hôpital Cochin, vers les premiers jours de septembre, dans l'état suivant: Amaigrissement modéré, coryza , muqueuse de la bouche d'un ronge assez vif, sentiment de cuisson et sensibilité de toute sa surface , développement considérable des papilles de la base de la langue, gonflement et légère teinte rosée des amygdales , qui sont dures, obstruent presque en entier l’isthme du pharynx et gênent la déglutition et la respiration. Autour de la mâchoire inférieure se trouve un chapelet continu de ganglions lymphatiques serrés les uns contre les autres, et allant de l'une à l’autre oreille. Nombreux ganglions sur les côtés et à la partie postérieure et supérieure du col. Ces ganglions sont assez consistans , un peu élastiques, arrondis, non bosselés , indolens à la pression, et ne sont le siège d'aucune douleur spontanée : ils soulèvent la langue, qui peut à peine se mouvoir dans la bouche , et, d’une autre part, ils compriment le conduit auditif de manière à causer une surdité assez prononcée.
« Les organes contenus dans le thorax sont à l’état normal: il n’y a pas de toux. L’abdomen est tendu, gros , indolent à la pression : on y sent profondément des masses dures qui en occupent le centre. L’appétit est nul; cependant le malade continue à manger: sa langue est grise; la soif est assez vive. Après l’ingestion des alimens , la tension du ventre augmente. Des coliques se font sentir de temps en temps: il y a une constipation invincible ; les urines s’écoulent difficilement, mais sans douleur.
« Sous les aisselles et au pli des aines , sur les côtés du thorax , aux jarrets, ganglions lymphatiques, assez nombreux, semblables, pour l'aspect, à ceux qui se voient sous la mâchoire inférieure. Rien aux testicules: peau chaude , habituellement couverte de sueur et d’une éruption miliaire; pouls fréquent ; malaise général; sentimens de fatigue et de faiblesse. |
« Diagnostic. — Stomatite et entérite chronique avec inflammation sympathique des ganglions lymplhatiques correspondans. — Traitement. Les phénomènes d'aeuité de l'inflammation intestinale sont dissipés depuis trop long-temps pour qu’il y ait lieu d'espérer du succès de l'emploi des antiphlogistiques ; cependant le malade est mis à l’usage des bains, des boissons adoucissantes, puis à la tisane de houblonet à l’iodure de potassium à petite dose: on lui accorde quelques alimens.
« À partir de cette époque jusqu’au 12 novembre , époque de la mort, le malade s'est graduellement affaibli ; la stomatite a été en augmentant; une ulcération s’est établie sur la face interne de la joue droite; les gansions lymphatiques correspondans sont devenus plus volumineux et plus douloureux que ceux du côté gauche, tous se sont accrus, et, en se développant du côté de la bouche, ils ont refoulé la langue vers la voûte du palais. Le volume toujours croissant des amygdales a augmenté la gêne de la déglutition et rendu la respiration tellement difficile et tellement râlante, qu'il y avait à chaque instant imminence de suffocation. Une légère toux s'est déclarée avec un peu de râle crépitant en arrière et à droite. Le malade a continué à manger, la digestion se faisant enccre assez bien , et la constipation persistant , le ventre est ‘resté tendu, peu sensible à la pression et faisant de temps en temps ressentir quelques coliques. Il y a-eu de la diarrhée dans les derniers jours ;les membres inférieurs, puis les supérieurs, se sont infiltrés ; le pouls est resté fréquent, et enfin le malade, épuisé par la gène de la respiration et fatigué par le malaise, a fini par s'éteindre.
« Nécropsie. Cerveau un peu mou, petite quantité de sérosité sous la pie-mère. La membrane muqueuse de la bouche a perdu la teinte rouge qu’elle avait pendant la vie: elle est päle. Les environs de lulcération sont noirâtres. À la base de la langue on trouve des follicules muqueux hypertrophiés dune manière remarquable : il en est qui sont gros comme un pois, à base pédiculée ,avec une ouverture centrale et des parois très épaisses , dures et grisätres. Les autres follicules , moins gros, forment une couche épaisse, dans
laquelle ils sont serrés les uns contre les autres dans tout l’espace compris entre le V de la langue et l'épiglotte. Les amygdales, qui ont un volume double de celui qui est normal, offrent leur cavité centrale presque effacée: elles sont formées par un tissu grisâtre, demi transparent, dur, assez analogue au tissu de la prostate. Les glandes arythénoïdes sont volumineuses ; la muqueuse de l’épiglotte est rouge; le larynx, la trachée et l'œsophage sont à l'état normal ; l'estomac présente une altération bien remarquable. Cet organe a son volume ordinaire. La muqueuse est blanche presque partout , légèrement rosée dans quelques points : elle
offre dans toute son étendue un plan de trois à quatre lignes d'épaisseur, formé par des follicules muqueux hypertrophiés, serrés les uns contre les autres et disposés, du cardia au pylore, en une couche continue dont la surface, ayant plus détendue que la membrane musculeuse, forme de gros replis sinueux qui donnent à Léslonnäe renversé l'apparence d’un cerveau d'adulte, déni de ses membranes. Cette muqueuse est recouverte d’un mucus épais et grisâtre. Les deux autres membranes sont à l'état norfhal.
« La muqueuse des intestins greles est partout grisätre et de consistance normale; mais sa surface est hérissée de milliers de saillies , discrètes pour le plus grand nombre , confluentes en quelques points : ce sont les follicules muqueux hypertrophiés et transformés en kystes.
« Ces organes se présentent sous divers aspects. |
« Les uns sont sessiles, aplatis, lenticulaires, d’une à deux lignes de diamètre, de couleur blanchâtre, semblables à des plaques cartilagineuses. Les autres sont pédiculés, ovoïdes , semblables à une petite vessie du volume d’un pois, de couleur rosée, avec de nombreuses ramifications de vaisseaux capillaires pour les uns, violacés et même noirâtres pour les autres. On ne peut distinguer d'orifice sur aucun d'eux. En les comprimant modérément, il n’en sort aucun liquide. Si on les comprime un peu plus fort, on les écrase , et par le grattement on les enlève. En les ouvrant avec le scalpel, il en sort un liquide visqueux analogue à celui qui tapisse les parois de l'estomac ,un véritable mucus assez épais. Cette matière est grisâtre et demi transparente dans les follicules de couleur blanche, noirûtre et souillée par une matière analogue à la matière pulmonaire dans les follicules noirs, et mélés à du sang dans ceux qui sont d’un rouge violet. La cavité de ces follicules est facile à distinguer ; la couleur de sa surface est analogue à celle du follicule lui-même; les parois en sont assez épaisses, molles, et peuvent avoir une ligne d'épaisseur.
« Dans la première moitié de l'intestin grèle, ces follicules sont nombreux ; car il n’est pas de pouce carré qui n’en contienne douze ou quinze: les uns sont blancs, les autres sont colorés. Dans la seconde moitié, ils sont pour la plupart blanchâtres et du volume d’un grain de millet: leur nombre est encore plus considérable que dans la première moitié. On trouve aussi de nombreuses plaques de Peyer, qui vont en s'allongeant à mesure qu'on se rapproche de la valvule iléo-cœcale, elles sont d’un rouge assez foncé, qui tranche fortement avec la couleur grise de la membrane muqueuse elle-même. Ces plaques font saillie d’une ligne au moins, leur consistance est peu considérable, et la muqueuse qui les recouvre est tuméfiée. La valvule iléo-cœcale a pris beaucoup de développement: elle est de couleur violacée et couverte de follicules miliaires et pisiformes très nombreux et formant en quelque sorte une couche sur la muqueuse.
€ Dans le gros intestin les follicules sont encore très nombreux : leur volume est considérable ; car ils sont gros pour la plupart comme l’extrémité du petit doigt. Ils sont d’un violet foncé, pédiculés ou sessiles , et contiennent un mucus semblable à celui des follicules de l’intestin grèle. La membrane muqueuse elle-même n'offre pas la moindre rougeur et conserve sa consistance normale. Le plan des cryptes muqueux qui ne sont pas hypertrophiés est fort prononcé, ces cryptes sont serrés les uns contre les autres, et on peut facilement distinguer leurs nombreux orifices. L’appendice vermiculaire du cœcum a cinq ou six pouces de longueur, et son épaisseur égale celle du pouce: il est formé en grande partie par une agglomération de follicules hypertrophiés, et il contient dans sa cavité deux à trois cuillerées d’un pus verdâtre, épais et visqueux.
« Les tuniques musculeuse et séreuse du tube digestif n'offrent rien d’anormal : il est impossible de distinguer sur leur surface, ainsi que sur celle du mésentère, la plus petite trace de vaisseaux lactés.
«Les ganglions lymphatiques qui sont annexés aux diverses parties du tube digestif offrent un développement remarquable. Sous la mâchoire inférieure, ils forment une couche continue allant de l’une à l’autre oreille, le long des côtés du col ils représentent un chapelet. Dans le mésentére et dans les mésocolons ils composent une masse qui en contient plusieurs centaines et qui remplit tout l'abdomen. Dans ces divers lieux ils ont à-peu-près le même aspect. Ils sont allongés, assez régulièrement ovoïdes, lissés à l'extérieur, de consistance assez homogène, souples ou mous, d’un volume qui varie depuis celui d’une noisette jusqu’à celui du poing d'un adulte, et d’une couleur légèrement rosée. A l’intérieur ils sont formés d’un tissu assez homogène, légèrement rosé pour les uns, marbrés de rose, de rouge et de violet pour les autres, Les moins rouges sont ceux qui ont le plus de consistance: ils ressemblent à la substance grise d’un cerveau un peu ferme. Les autres , beaucoup plus mous, et ce sont les plus gros , ont l'aspect des masses encéphaloïdes prêtes à se ramollir ; enfin il en est qui sont à l’état de pulpe rougeâtre. Les ganglions correspondans à la joue ulcérée sont plus volumineux et plus rouges que ceux du côté opposé; ceux de l'abdomen sont les plus gros et les plus mous; quelques-uns d’entre eux sont entourés d’une coque mince d’une couleur bleue , jaunâtre et assez analogue au tissu jaune des artères.
« Le péritoine conserve sa couleur blanche; le mésentère n’est point injecté; les glandes salivaires et le pancréas ont plus de volume que d'habitude. Le foie très gros est d’un rouge foncé sans autre altération. La rate, également très volumineuse , présente, sur la séreuse qui la revêt, quelques granulations lenticulaires, blanchâtres et de consistance comme cartilagineuse. Les reins et la vessie sont à l’état normal; mais la prostate volumineuse , dure et blanchâtre , comprime la portion prostatique de l’urèthre.
« Les poumons sont volumineux, et ils adhèrent aux parois du thorax par un tissu cellulaire lâche. A droite on trouve un peu de sérosité trouble dans les mailles de ce tissu, et quelques fausses membranes sur la partie correspondante du poumon. Ces organes sont résistans, engoués d’une sérosité spumeuse à leur sommet , et d’un rouge à peine perméable à l’eau. Dans leurs deux tiers inférieufs ils sont très volumineux ; les bronches sont un peu rouges dans leurs premières divisions; quelques-unes contiennent un mueus purulent. À leur origine se voient quelques ganglions bronchiques et assez gros. Le cœur est un peu volumineux ; le ventricule gauche est un peu épaissi ; les testicules sont à l'état normal ; les ganglions lymphatiques des aisselles et du pli de l'aine de chaque côté sont gros et présentent la même apparence que les autres. Il y a une légère infiltration du tissu cellulaire sous-cutané des membres.
«Deux particularités fort remarquables dominent dans cette observation. La première est la transformation en kystes des follicules du tube digestif. Ce mode d’altération paraît n'avoir point encore été observé dans ces organes. Dans le Z raté d'anatomie pathologique de Baillie , il n’en est nullement fait mention. M. Cruveilbier, dans son Essai sur l'anatomie pathologique, n'a point eu l’occasion de parler des follieules intestinaux. M. Andral, en s’occupant de l'hypertrophie des follicules, dit qu’elle peut amener l’épaississement de leurs parois , causer l’oblitération de leurs orifices, et déterminer la formation de tumeurs assez grosses, qu’on peut rencontrer dans l’estomac des chevaux ; mais il ne dit pas que l'on en ait vu chez l'homme, où, selon lui, elles sont très rares dans l'estomac et plus communes à la fin de l'intestin grele. Billard (1) décrit un cas de ce genre qu'il observa chez un jeune enfant ; mais, comme il ne savait à quoi le rapporter, il ne pensa pas que c'était une transformation kysteuse de ces follicules. Le fait que je rapporte est donc le premier où cette affection se soit présentée d’une manière assez évidente pour écarter tout sujet de doute, et fournir
une analogie de plus entre la peau et les muqueuses, puisque ces kystes ne sont rien autre chose que les tannes de la peau.
« Maintenant quelle cause a pu donner lieu à une semblable altération, et quelles lésions de fonctions a-t-il dû en résulter ? |
« Il est probable que, chez ce malade, il y avait depuis long-temps, et peut-être depuis la naissance , une hypertrophie très prononcée des follicules muqueux de l'estomac et du tube digestif, et par conséquent une augmentation d'activité de ces organes glanduleux qui les a disposés à contracter facilement l’inflammation.
« Tout fait présumer qu'il y a eu une entérite prononcée: l'inflammationsesera portée plutôtsur les follicules que sur les autres parties de la muqueuse, et, ce qui le prouve, c’est que les plaques de Peyer étaient gonflées et rouges et que, parmi les follicules hypertrophiés, il y en avait dont la surface était fort injectée, et d'autres qui, violacés à leur face extérieure, contenaient du sang dans leur cavité. [inflammation a pu déterminer l'épaississement des parois des follicules, et, par suite, amener le rétrécissement, puis l’oblitération des orifices de ces glandes, ainsi que cela arrive aux autres orifices dont linflammation chronique cause toujours le rétrécissement. | | |
«Des renseïgnemens pris ultérieurement m'ont fait connaître que le sujet de cette observation avait été remarquable par son grand appétit et la rapidité de la digestion de ses alimens : c'était, d'après ce qu'on men a dit un grand mangeur. Du reste, les divers observateurs rapportent que, chez les individus qui avaient été pris de boulimie habituelle, on a toujours trouvé un développement considérable des cryptes muqueux ou une grande épaisseur dans les parois du tube digestif, épaisseur dépendant très probablement du volume du plan des eryptes. Depuis sa maladie, cet homme a constamment été pris d’une constipation opiniätre, qui ne lui permettait d'aller à la selle que tous les sept ou huit jours: c’est le seul dérangement qu'on puisse rapporter à la lésion des follicules. |
« Quelles peuvent être les suites de cet état kysteux et quel traitement y aurait-il à faire ? Chez les animaux, les parois des follicules , ainsi développés, se durcissent et deviennent cartilagineux; mais 1l pourrait se faire que inflammation chronique s’'emparât du follicule et le détruisit par voie d’ulcération. On ne voit guère de médication bien appropriée à cette maladie, si ce n’est l'emploi des astringens, de l'alun, de la noix de galle, de l’eau de Rabel; peut-être que des purgatifs, en excitant la contractilité des fibres musculaires de l'intestin ; pourraient en quelque sorte exprimer de ces follicules lé liquide qu’ils contiennent, en amener l'évacuation complète , puis opérer l’añnihilation de la cavité du kyste.
«La seconde particularité de cette maladie est le développement remarquable des ganglions lymphatiques. Evidemment il avait pour point de départ une inflammation de la membrane muqueuse correspondante. Cette inflammation n’a pu être prouvée dans le tube digestif, puisque les phénomènes de cette phlogose ne | sont point caractéristiques ; mais le développement des ganglions dans le mésentere était le même que celui des ganglions sous-maxillaires. Or, ces derniers étaient évidemment nés sous l'influence d’une inflammation bien positive de la membrane muqueuse de la bouche. Par une conséquence forcée, il faut bien admettre que la muqueuse intestinale a également été le siège d’une inflammation. Mais pourquoi cette entérite a-t-elle, dans ce cas, influencé les ganglions plus qu’elle ne fait ordinairement? Peut-être le chagrin, la mauvaise
(1) Traite des maladies des enfans nouveau-nes et à la mamelle, 3° édition , avec des notes, par M. Ollivier (d'Angers). Paris, 1837 ,in-80 , page 416. :
nourriture auxquels cet homme a été soumis, ont-ils prédisposé les ganglions à contracter une inflammation lente, comme cela a lieu pour les scrofuleux ; peut-être y a-t-il un rapport entre l’hypertrophie des follicules et le gonflement des ganglions. Toujours est-il que la ganglite a été sympathique. On notera comme phénomène remarquable qüe, malgré une inflammation d'une durée de cinq à six MOIS, aucun ganglion n’a présenté le plus faible aspect tuberculeux. |
« Depuis l'époque à laquelle cet article a été rédigé, il a paru dans le Journal des connaissances médicochirurgicales, un travail de M. Bretonneau, dans lequel les follicules muqueux du tube digestif sont considérés comme des espèces d’ampoules sans orifice, au travers desquelles l'absorption s'opère par une espèce d’endosmose. Sans admettre que tous ces cryptes soient imperforés , comme le pense le célebre médecin de Tours, il ne me répugne pas de croire qu'il peut se trouver, sur la muqueuse du tube digestif, des espèces de renflemens creux susceptibles de s'hypertrophier. Et alors tous les kystes dont il a été question dans cette note ne seraient pas autre chose. Toujours est-il qu'aucun vaisseau chilifère ne partait de leurs bases , et cela a été bien examiné, attendu que, voyant tous les kystes imperforés, la première pensée a été qu'ils pouvaient bien n'être que le sommet des villosités à l'état d'hypertrophie. »
J'ai peu de chose à ajouter aux réflexions qui précèdent; je ferai cependant remarquer que la coincidence du développement considérable des ganglions abdominaux et du développe ment des follicules de l'estomac et des intestins ne me parait pas démontrer une relation de cause à effet entre ces deux altérations, qui peuvent être tout-à-fait indépendantes l’une de l'autre. À l'appui de cette indépendance de lésion , je pourrais invoquer les deux argumens suivans : 1° Les engorgemens ganglonaires n'étaient pas exclusivement bornés aux ganglions correspondans au canal alimentaire. On en voyait encore sous les aisselles, au pli des cuisses, sur les côtés du thorax et au creux des jarrets. 2° Dans combien de. circonstances ne trouve-t-on pas, altérés et même profondément désorganisés, des ganglions lymphatiques qui correspondent à des muqueuses parfaitement saines. Sans doute, dans un certain nombre de cas, l'altération de la muqueuse à pu se dissiper, tandis que celle des ganglions persistant présente tous les caractères d’une lésion idiopathique, alors qu'au fond elle constitue une lésion purement symptomatique ; mais on voit tous les jours des ganglions se développer autour d'une muqueuse ou d'une peau saine. Voyez les ganglions sous-maxillaires, les ganglions cervicaux, ete. Qui n'a rencontré des ganglions mésentériques, désorganisés de manière à former des poches ou kystes remplis d'une matière semblable à du mastic de vitrier, dans des cas où la muqueuse intestinale correspondante était dans l'état le plus parfait d'intégrité ?
J'ai eu occasion de disséquer le corps de deux sujets, chez lesquels le plus grand nombre de ganglions lymphatiques avaient subi une dégénération que J'ai jugée de nature cancéreuse encéphaloide, sans qu'aucun autre organe présentät la plus légère altération. Les ganglions de laine et les ganglions axillaires constituaient des tumeurs monstrueuses.
ayant pas vus, je ne puis en juger que par la description fidèle de M. Briquet et par les deux petits ganglions, qui étaient restés adhérens à l'estomac. Eh bien! l'idée m'est venue que ces ganglions pouvaient bien avoir subi la dégénération cancéreuse encéphaloïde, et cette manière de voir se trouve confirmée par la description de M. Briquet lui-même, qui, après avoir donné à son observation le titre d'adénite chronique , décrit ainsi l'altération des ganolions : « tissu assez homogène, légèrement rosé pour les uns, marbré de rose, de rouge et « de violet pour les autres. Les moins rouges sont ceux qui ont le plus de consistance : ils « ressemblent à la substance grise d'un cerveau un peu ferme. Les autres, beaucoup plus « mous, ont l'aspect de masses enceéphaloides prêtes à se ramollir; enfin 1l en est qui sont « à l’état de pulpe rougeûtre ». Il serait difficile de ne pas reconnaitre dans cette description les principaux traits d'une dégénération cancéreuse encéphaloiïde. | |
Quant à l'altérauon des follicules intestinaux, j'ai fait sur cette lésion toutes les hypothèses imaginables. Je me suis demandé si ces granulations pouvaient étre des tubercules cancéreux ; mais j'ai été conduit à les considérer comme des kystes muqueux, formés par le développement des follicules intestinaux. Une chose bren digne de remarque, c'est l'intégrité parfaite de tous les élémens de la membrane muqueuse, autres que les follicules. L'estomac seul présentait une augmentation notable dans l'épaisseur de sa membrane interne.
Dans le cas actuel, à quelle altération rapporter les ensorgemens ganglionaires? Ne jes
(PLANCHES IV ET V, XXX1Ve LIVRAISON.)
FÉxostoses (ostéo-chondrophrtes ).
Je réunirai dans la même description la tumeur de l'humérus, représentée planche rv, et la tumeur du bassin, représentée planche v. On sera frappé de l'identité absolue d'aspect et de structure de ces deux énormes végétations osseuses, qui ont été recueillies sur deux sujets bien différens. Ce n'est pas la première fois que j'ai occasion de faire remarquer la similitade parfaite de texture qui existe entre les lésions organiques de la même espèce, preuve évidente que l'économie vivante obéit, dans l'état morbide, à des lois aussi régulières et par couséquent aussi facilement observables que dans l’état physiologique. Je ferai suivre la description des pièces pathologiques de quelques réflexions sur la nature présumée de la lésion.
EXPLICATION DES FIGURES