PLANCHE IV
L'humérus droit, qui fait le sujet de la planche 1v, m'a été adressé, il y a trois ans environ, par M. le professeur Roux , qui venait d'en faire l'extirpation. Ce célèbre chirurgien avait en même temps pratiqué la résection de l'extrémité externe de la clavicule , de l'acromion et de l'angle antérieur de l'omoplate.
Une coupe, à l’aide de laquelle le quart antérieur de l'humérus et de la tumeur a été enlevé, permet d'apprécier la conformation intérieure de cette tumeur et son mode d'implantation sur l’humérus.
Onsera frappéau premier coup-d’œil duvolume énorme de cette production organique, quiétait irrégulièrement ovoide et entourait de toutes parts les quatre cinquièmes supérieurs de l’humérus, qu’elle débordait en haut, si bien qu'on a du croire, avant l'opération, que l'angle antérieur de l’omoplate et l'extrémité acromienne de la clavicule étaient compromis. |
Le poids de la tumeur était en raison de son volume avant la dessiccation ; mais, après la dessiccation, ce poids était diminué des deux tiers environ , preuve évidente qu'un üUssu, susceptible de dessiccation, entrait pour deux tiers dans la composition de cette tumeur, et par conséquent que le tissu osseux ne constituait que le tiers environ de la masse.
La tumeur présente une disposition lobuleuse , mamelonnée, tuberculeuse, fort remarquable. Les lobules sont séparés les uns des autres par des sillons profonds , remplis de tissu fibreux. La surface de la tumeur n'était unie aux parties voisines qu'à l’aide d’un tissu cellulaire extrêmement lâche. Les tendons d’insertion du deltoide, du grand pectoral, du grand rond et du grand dorsal , la traversent. C'est le tendon d'insertion du deltoide qui est sur la figure accroché à l’aide d’une érigne. Du reste, la surface de la tumeur présente l'aspect cartilagineux : elle est entourée d’une espèce de gangue fibro-celluleuse, très dense, d'inégale épaisseur, qui remplit en partie les intervalles des lobules, et masque la saillie des mamelons ou tubercules Lorsqu'on a dépouillé la tumeur de cette gangue, ainsi que cela a été fait en GC , et, dans plusieurs autres points, la ligne de démarcation des lobules, la disposition mamelonnée ou tuberculeuse de la surface de ces lobules, l'indépendance des mamelons et tubercules qui sont groupés par petites masses, mais parfaitement isolés les uns des autres, leur implantation par un pédicule sur un noyau commun, apparaissent dans tout leur jour. On dirait l'aspect d’un choufleur. |
Les coupes faites à la tumeur montrent les particularités de texture qui suivent: 1° La plupart des lobules ne sont cartilagineux qu’à leur surface. Pour quelques-uns, la couche cartilagineuse est extrèémement mince, et chaque mamelon ou tubercule d'apparence cartilagineuse est supporté par un mamelon central osseux. Pour d’autres, les mamelons sont cartilagineux dans toute leur épaisseur ; le centre du lobule est seul osseux. Enfin il est des lobules qui sont entièrement cartilagineux. Lorsque ces derniers ont un certain volume, ils sont creusés de cellules irrégulières (voyez en TC) ou de géodes (voyez en GA), à parois rugueuses, mamelonnées, nullement tapissées par une membrane, et néanmoins remplies d'un liquide visqueux, assez ansisgue à la synovie. L'une de ces grandes géodes contenait du pus. La disposition mamelonnée existe dans | épaisseur comme à la surface de la tumeur. 2° Inférieurement, la tumeur n'est que Juxtaposée à l'humérus ; mais, en haut et dans une grande étendue , elle est véritablement implantée sur l'os, dont le tissu compacte s’est épanoui en tissu spongieux, lequel s'enfonce et se perd, par ses couches superficieiles, dans l'épaisseur de la tumeur. Le cylindre médullaire est parfaitement conservé. 3° Indépendamment du tissu OSseUX , ion par la transformation de la substance compacte de l’humérus en substance Spongieuse, il entre dans l'épaisseur de la tumeur des masses calcaires irrégulières, qui ne présentent aucun caractere RS et née enveloppées de tous côtés par des couches inégalement épaisses de cartilage. Ces concrétions font suite au
tissu osseux proprement dit, dont il est extrémement facile de les distinguer. 4° Ontrouvait çà et là des grains osseux ou ossiformes disséminés au milieu du cartilage, en sorte qu'il ne répugne nullement d'admettre que, dans le développement de la tumeur, l'état cartilagineux a précédé l’état osseux. On peut encore supposer que plus tard toute la portion cartilagineuse de la tumeur aurait fini par se pénétrer ou s'infilter de phosphate calcaire. |
La figure 2 montre un fragment de la tumeur desséchée: c'est à l’aide de la scie que ce fragment a été séparé. Or, par le fait de la dessiccation, toute la portion cartilagineuse de la tumeur a été transformée en lamelles minces et brunes, tout-à-fait semblables à celles qui auraient résulté de la dessiccation du tissu fibreux. Ce fragment est léger, poreux. Les mamelons osseux de la surface apparaissent recouverts par une couche fibreuse mince, formée par la portion cartilagineuse desséchée, Les îles blanches, disséminées sur la conpe , sont des concrétions calcaires, qui ont été divisées avec éclats par la scie. C'est du phosphate calcaire en magma. Plusieurs géodes , de l’intérieur desquelles naissaient des lamelles fibreuses, se voient çà et là dans l'épaisseur du fragment. |
La transformation en tissu fibreux de la portion cartilagineuse de la tumeur prouve manifestement que le cartilage était imparfait ; car les vrais cartilages conservent en grande partie leur volume et leur solidité.