‹ Anatomie pathologique du corps humain, ou descriptions ... des diverses altérations morbides dont le corps humain est susceptible (volume 5)Chapitre 51 sur 122 · PL 2 L · texte numérisé non relu

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Kystes acéphalocystes de la rate.

Les kystes acéphalocystes appartiennent à ces productionsaccidentellesqui peuventse développer dans tous les tissus, dans tous les organes. L'idée à priori de Bichat, qui pensait que chaque tissu avait ses altérations propres, et que les altérations générales, c'est-à-dire communes au plus grand nombre des tissus, étaient excessivement rares, trouve donc ici, à l'occasion des acéphalocystes ,un démenti formel. C'est parce que Dupuytren était bien convaincu de cette vérité que les kystes acéphalocystes peuvent se développer dans toutes les parties du corps quil a porté le diagnostic suivant qui est un des plus remarquables faits de diagnostic qui existent dans la science. Une femme vint le consulter pour une amygdale gauche très volumineuse : Dupuytren prononça que c'était un kyste probablement acéphalocyste. Il l'ouvrit et une membrane acéphalocyste s'échappa par l'ouverture. Quelque temps après, cette

malade ayant souffert dans la région des reins, Dupuytren diagnostiqua un développement

d'acéphalocyste dans les reins, ce que l’autopsie démontra plus tard. Les kystes acéphalocystes de la rate sont assez rares; on a souvent considéré comme tels(1) des kystes développés dans l'épaisseur de l'épiploon gastro-splénique. Les deux faits représentés planche 1, xxxv° livraison, serviront à l'histoire de cette singulière production organique. à

EXPLICATION DES FIGURES

La rate représentée fig. 1 a été rencontrée sur un cadavre. Je n’ai pu me procurer sur le sujet qui nous l’a présentée aucune espèce de renseignement.

Le SE occupait, comme de coutume, la face interne de la rate, dans l'épaisseur de laquelle il s'était

creusé une cavité. Ses parois étaient extrêmement épaisses , fibreuses, et paraissaient formées de plusieurs couches superposées. Le tissu propre de la rate ne recouvrait que la moitié externe du kyste, soit que la totalité de ce tissu propre eüt été rejetée de côté, soit que ce tissu propre eüt subi la transformation fibreuse dans toute la partie qui répondait à la moitié interne du kyste.

Les acéphalocystes présentaient toutes ce caractère singulier que chacune d'elles contenait un nombre “plus ou moins considérable d'acéphalocystes plus petites. Le n° 2 de la figure 1’ montre parfaitement cette disposition. On remarquera, en outre , que les acéphalocystes présentaient des formes très variées qui résultaient probablement des pressions auxquelles ces productions libres avaient été soumises. Au reste, cette irrégularité de forme ne prouve pas plus le défaut de vitalité, que leur forme, si régulière dans d’autres cas, ne prouve cette vitalité. On peut admettre que les petites acéphalocystes contenues dans l'acéphalocyste-mere sont le produit d’une sorte de génération, dont le mécanisme est un problème insoluble dans l'état actuel de la science.

La fig. 2 représente une rate qui m'a été adressée de Dijon, le 23 février 1839 , par M. Agnely, interne de l'hôpital et prosecteur de l’école secondaire de médecine de la même ville: elle a été recueillie sur un homme âgé de quarante-six ans, mort dans le service de M. Séné, professeur de pathologie interne à la même école. Voici les détails qui m'ont été transmis par M. Agnely.

Un homme grand, fort, bien constitué journalier, A6 ans, entra à l'hôpital de Dijon dans le mois de janvier 1839. II raconte que, depuis Der mois, il est sous l'A d’une fièvre intermittente tierce, qui ne lui a pas permis de recouvrer cette plénitude de santé dont il se félicitait auparavant; que cette fièvre, qui dura d’abord deux mois, s'est reproduite à divers intervalles; que, depuis la même époque, 1l avait constamment éprouvé, dans la zone supérieure de la cavité abdominale, un embarras plutôt qu'une douleur , qui parfois dérangeait ses digestions et le rendait moins apte à des travaux pénibles et à des courses prolongées. Il a été obligé d'interrompre quelquefois ses fatigantes occupations ; mais, homme fort et courageux , il a cherché à An de ses douleurs. Il travaillait encore un mois et qu avant son entrée à l'hôpital. Voici les symptômes qu’il offrit pendant le mois qui s’écoula entre son entrée et sa mort.

(1) Voyez article Acérnarocysre du Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques ; tome 1 ; page 243.

Face amaigrie, teint pâle et un peu jaune, soif, mauvais goût à la bouche, langue blanche, rénitence et matité dans toute la zone supérieure de l'abdomen , ventre indolent , selles assez rares. Toux sèche, oppres- ‘sion, point de côté au niveau de la mamelle gauche (ce symptôme datait de douze jours), matité dans toute l'étendue de la moitié gauche du thorax et dans la parte inférieure de la moitié droite, absence du bruit respiratoire à gauche, point d'égophonte. Bruit respiratoire normal à droite, mais obscur et lointain en bas, pouls très fréquent, peau chaudeet sèche.

Diagnostic. Pleurésie compliquée d’altération organique du foie.

Le traitement a consisté en antiphlogistiques modérés, plus tard en apéritifs, en fondans, en révulsifs. Nonobstant toute médication , l'oppression a augmenté ; la teinte ictérique s’est fortement prononcée ; des vomissemens assez fréquens sont survenus. Bientôt diarrhée, émaciation, sueurs colliquatives, fièvre hectique, infiltration générale, mort sans douleur bien prononcée et avec l'intégrité de son intelligence.

Ouverture du cadavre. Cavités pleurales remplies de sérosité jaunâtre ; cœur et poumons sains ; foie ayant son lobe gauche hypertrophié. Le lobe droit presque en totalité transformé en une vaste poche distendue par un liquide très jaune, au milieu duquel nageaient de nombreuses acéphalocystes et d’épaisses fausses membranes. Rate « ayant un kyste d'une näture si curieuse, que c’est ce qui nous a fait naître, à M. Paris, « professeur.d’anatomie , et à moi, l’idée de vous communiquer ces pièces » ; tube intestinal sain; reins sains.

Voici le résultat des observations que j'ai pu faire sur le foie et sur la rate qui m'ont été adressés.

Le foie présentait , à la place de son lobe droit, une vaste poche, pleine d'un pus horriblement fétide , au milieu duquel nageaient quelques acéphalocystes. Cette poche avait-été ouverte. Le lobe gauche était tres considérable, ce qui me paraît tenir, non à une véritable hypertrophie, mais bien au refoulement de la substance du lobe droit, en sorte que ce lobe gauche était constitué à-la-fois et par le lobe gauche et par le lobe droit, refoulé à gauche du sillon antéro-postérieur.

Cette vaste poche ou kyste était tapissée d’un détritus gangréneux, coloré en jaune-orange. À ses parois étaient appendus de grands lambeaux membraneux , que J'ai pu prendre d’abord pour des lambeaux de fausses membranes, mais que j'ai bientôt reconnus pour des débris du kyste acéphalocyste. Plusieurs de ces débris présentaient çà et là des plaques ou épaississemens cartilagineux , crétacés. La plupart adhéraient encore par un certain nombre de points. Quelques-uns étaient complètement libres et teints en jaune orangé

.de la nuance la plus belle et la plus vive possible.

À sa partie supérieure, ce vaste kyste présentait une arrière-cavité, située entre le diaphragme et la face convexe du foie , et s'ouvrant dans le kyste par deux larges ouvertures. Cette arrière-cavité offrait également des débris gangréneux. Le diaphragme était sur le point d’être perforé, et peu s’en est fallu que cette arrière-cavité ne s’ouvrit dans la plèvre. Du reste, des adhérences intimes unissaient le diaphragme au foie dans tout le pourtour du foyer. En examinant la cavité du kyste, je reconnus qu'il présentait à gauche deux ouvertures, qui n'étaient séparées l’une de l’autre que par une bride. L'ouverture supérieure se terminait en cul-de-sac. Un stylet introduit dans l'ouverture inférieure conduisait directement dans la branche droite du canal hépatique et de là dans la branche gauche. La vésicule du fiel avait été repoussée en avant de l'extrémité gauche du kyste, et necommuniquait pas avec lui.

Cette communication du kyste avec les voies biliaires explique parfaitement l’nflammation gangréneuse du kyste acéphalocyste : elle explique, en outre, la coloration jaune orangé du détritus et des lambeaux sangréneux du kyste. On conçoit très bien que cette même communication pourrait permettre l'évacuation par le duodénum du liquide contenu dans le kyste , et peut-être celle des membranes acéphalocystes ; mais il est évident que, pour peu que les acéphalocystes fussent considérables, ce passage des membranes ne se ferait pas sans de graves accidens et sans l'oblitération, au moins temporaire , des voies biliaires.

Le kyste acéphalocyste de la rate, fig. 2, pl. 1, xxxv° livraison, présente les particularités suivantes. Ce kyste proémine du côté interne de la rate, qui se moule en quelque sorte sur la moitié externe de sa surface. Il est par conséquent tout-à-fait superficiel dans sa moitié interne. Ses parois sont très denses, coriaces, comme élastiques et crient sous le scalpel. Ce kyste est rempli par des acéphalocystes vides et par une boue platreuse. On aurait cru, au premier abord, qu’il y avait un grand nombre de membranes acéphalocystes pressées les unes contre les autres; mais un examen plus attentif démontra qu'il n'y avait qu'une seule membrane épaisse, artistement plissée sur elle-même, flétrie et comme ridée, ratatinée, Sa surface externe a une couleur glauque fort remarquable ; sa surface interne est sans couleur. Son épaisseur, d’ailleurs très inégale dans les divers points de son étendue, permet de la diviser en lamelles. C'est l’une des portions les plus épaisses de la membrane qui a été figurée en CL sur un fond noir. Je ferai remarquer que la couleur glauque de la membrane acéphalocyste diffère essentiellement de la teinte bilieuse qui la revêt.

La boue plâtreuse ou caséiforme remplit les vides des plis de l'acéphalocyste. Cette boue adhère à la lamelle la plus externe de la membrane, qui est très mince et très adhérente , et s’enlève avec elle. Cette boue tapisse en outre la surface interne du kyste MT, MT, et semble augmenter de densité à mesure qu’on approche des

KY5TES ACÉPHALOCYSTES. <

parois du kyste. Ces parois présentent des plaques calcaires PC, PC, lesquelles sont contenues dans l’épaisseur du tissu fibreux qui constitue ces parois.

Réflexions. Ces réflexions s appliqueront au kyste acéphalocyste dégénéré du foie aussi bien . qu'au kyste acéphalocyste de la rate. 1° Un malade éprouve pendant les dix-huit derniers mois de sa vie une fièvre intermittente tierce rebelle qui revient par intervalles, et à lautopsie on trouve un kyste acéphalocyste du foie et un kyste acéphalocyste de la rate. Le type périodique semble donc affecté d'une manière toute spéciale aux lé$rons de la rate et peut-être aussi à certaines lésions du foie: à l'époque où la fièvre tierce parut, il devait y avoir long-temps que le foie, que la rate étaient le siège de la production accidentelle enkystée, et il est probable que c'est au moment où s'est établi dans les kystes un travail d'élimination ou d'inflammation que sont survenus les accidens. Souvent, en effet, il arrive que les kystes acéphalocystes du foie ou d’autres organes ne niberhédi lége présence que par leur volume et par la gêne toute mécanique qui résulte de ce volume; et que d'autres fois cette présence n'est révélée que par un travail inflammatoire plus ou moins aigu qui s'établit dans la poche. Ce travail dont la véritable cause est difficile à déterminer, à moins qu'on ne l’attribue à la distension, peut avoir pour résultat une perforation, salutaire quand elle porte les acéphalocystes en dehors, mortelle lorsqu'elle a lieu dans une cavité séreuse ; 1] peut encore avoir pour conséquence une suppuration, une matière caséiforme, une mauère platreuse, phosphatique, au milieu de laquelle les membranes acéphalocystes sont tellement altérées qu'elles deviennent méconnaissables et qu’on croirait avoir affaire à un abcès tuberculeux ou à un kyste rempli de phosphate calcaire: les membranes acéphalocystes peuvent-elles disparaitre complètement? Jen ai toujours rencontré vestige; mais je suis convaincu qu'elles peuvent finir par être complètement résorbées, bien que ces membranes soient extrêémement réfractaires à l'absorption, et dans ce cas, le caractère fibreux du kyste révélerait encore l'origine de la maladie. Dans le cas qui nous occupe, le kyste acéphalocyste de la rate a dù être tout-à-fait étranger aux accidens qui ont amené la mort. La transformation qu'il avait subie peut être considérée comme un mode de guérison. On peut juger par l'ampleur de l'acéphalocyste solitaire qu'il contenait, combien avait dü être considérable le kyste avant sa réduction: la membrane acéphalocyste avait résisté au travail inflammatoire chronique qui s'était emparé de la poche et qui avait amené la sécrétion de cette boue plâtreuse, caséiiorme, tuberculiforme qui la remplissait en partie.

Les accidens qui ont précédé et amené la mort sont exclusivement dus au travail qui s'était emparé du kyste acéphalocyste du foie, travail qui avait eu pour résultat l'ouverture de ce kyste dans un rameau biliaire. Il est évident que la conséquence nécessaire du passage continuel de la bile dans la poche acéphalocyste devait être une inflammation extrêmement aiguë de cette poche, inflammation qui s'est terminée par gangrène, qui sest étendue de la poche aux parties adjacentes et a produit cet arrière-foyer gangréneux, interposé au diaphragme et au foie, lequel aurait pu s'ouvrir plus tard dans la cavité pleurale.

Si lon se rappelle-combien de vaisseaux sanguins, combien de divisions de conduits hépatiques sont accolés aux kystes fibreux acéphalocystes développés dans l'épaisseur du foie, si l'on considère en outre que si ces conduits et ces vaisseaux sont souvent oblitérés par adhésion, il arrive non moins souvent qu'ils conservent leur perméabilité, on concevra que non-seulement ces kystes peuventsouvrir dans les voies biliaires, mais qu’ils peuvent encore s'ouvrir dans les veines et entrainer des accidens dont il est bien difficile, pour ne pas dire impossible, de déterminer, pendant la vie, le véritable caractère. Voici un fait fort curieux qui à été soumis à la Société anatomique (Séance du 10 août 1836).

Un peintre en bâtimens entra dans un hôpital avec une douleur abdominale assez vive, surtout dans Khypachondre droit. Il y avait fièvre, ictère. On crut néanmoins à la colique de plomb, que l’on traita par la méthode dite de la Charité. Le traitement fut continué pendant cinq jours, au bout desquels le malade mourut de péritonite.

A l'ouverture du corps, on trouva tous les caractères anatomiques d’une péritonite suraigue. Un kyste

m1 MALADIES DE LA RATE.

hydatique très considérable occupait le voisinage du bord antérieur du foie: il contenait une hydatide solitaire. Ses parois étaiént très saines. À l'extrémité gauche du foie existait un foyer purulent contenant, avec du pus, des débris d'acéphalocystes. Plusieurs veines et plusieurs conduits hépatiques présentaient des orifices béans dans la cavité du foyer. Les veines du foie étaient remplies de pus. Le canal cholédoque était obstrué par un lambeau de membrane acéphalocyste, roulé sur lui-même et ayant plusieurs pouces de longueur.

Réflexions. Peintre en bâtimens; coliques; donc, colique de plomb; donc, traitement de la Charité; mais la coloration jaune de la conjonctive, mais la fièvre, mais le siège de la colique, mais ses caractères devaient écarter toute idée de colique de plomb. Gardons-nous des à-peu-près dans le diagnostic et dans le traitement des maladies.

Dans beaucoup de cas, l'inflammat'on ne se borne pas au kyste, elle envahit encore le üssu cellulaire qui entoure le kyste et qui s'infiltre de pus. Dans un cas de kyste acéphalocyste du foie présenté à la Société anatomique, le pus formait une couche épaisse autour du kyste; les parois de celui-ci étaient comme vermoulues, de telle sorte que la cavité de ia poche communiquait avec l’abcès ambiant. On pouvait discuter la question de savoir si C'était inflammation du tissu cellulaire qui avait précédé, ou si c'était l'inflammation de la poche elle-même.

Les kystes acéphalocystes du foie sont très souvent la cause d'une ascite qui, lorsque l'acéphalocyste a échappé à ae Ron présente tous les caractères de l'hydropisie essentielle et active. Dans les cas où je lai observée, cette hydropisie était la suite d'un travail inflammatoire ou éliminatoire qui s'était établi .dans la tumeur. Dans le cas représenté 5° livraison, pl. v, il y avait dans le foie deux kystes remplis par un liquide boueux, jaunâtre, au milieu duquel nageaient des acéphalocystes, les uns vides, les autres pleins. l'un de ces kystes présentait un commencement de travail de perforation; il avait cédé dans un point qui présentait un amincissement , indice d'une rupture imminente.

Dans un cas d'hydropisie ascite, lu à la Société anatomique par M. Bosc, on trouva la cause de l'hydropisie dans un kyste acéphalocyste dégénéré du foie. Voici les particularités que nous offrit ce kyste : il occupait la moitié droite du foie et faisait saillie du côté de la face convexe. Frès superficiel à son centre, où il touchait le diaphragme, 1l était recouvert par une couche de tissu hépatique qui allait en augmentant à mesure qu'on s'éloignait du point central. Les vaisseaux sous-péritonéaux étaient extrêmement développés. La substance du foie était saine, sa couleur un peu jaune. Le kyste était rempli par une sorte de détritus verdâtre, jaune, jaune orangé, couleur de bistre, au milieu duquel il me fut {acile de reconnaitre des débris d'acéphalocyste. Le kyste était fibreux, cartilagineux, parsemé de plaques calcaires. La couche qui le tapissait immédiatement était couleur de bistre foncé. Autour du kyste se voyaient les ramifications du conduit hépatique, accompagnant celles de la veine porte et enveloppées dans ce tissu réticulaire normal que j£ regarde comme du tissu dartoïde. |

Une remarque importante a trait à la coloration des kystes acéphalocystes du foie. Je n'ai jamais observé cette coloration, lorsque les kystes étaient dans leur état d'intégrité, si l'on pe parler d'intégrité à deslsiané d'une maladie; mais je l'ai observée constamment dans les kystes SAR dates du foie dégénérés. Cette coloration jaune, jaune orangé, ne peut s'expliquer que par la matière colorante de la bile; et la pénétration de la bile dans ces Kystes suppose une érosion de quelques conduits biliaires. Comment se fait-il que la présence de la bile dans une poche organisée ne produise pas plus de désordre et ne détermine pas constamment cette inflammation gangréneuse que nous avons signalée dans le fait rapporté plus haut : c'est sans doute parce que l'épanchement de bile est trop peu considérable pour produire des accidens inflammatoires très intenses. Il est, d'ailleurs, probable que c'est la présence de la bile qui fait mourir les acéphalocystes, irrite les parois du

kyste et détermine les produits au milieu desquels il est quelquefois difficile de reconnaitre ia membrane acéphalocyste elle-même. (1)

(1) Voyez Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques, article AcéPæHAroCYsTE, tome 1, page 228, où les kystes acéphalocystes du foie sont traités avec beaucoup de détail. LA SP - ÉQ)+ CRSNSES PRERR Emmmn mmmremmcre oem rom

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MALADIES DES NEREFS.

EXPLICATION DES FIGURES

La figure 1 représente les détails de la dissection d’une cicatrice résultant de l'amputation du bras , audessous de sa partie moyenne.

La cicatrice C de la peau P, P, adhérait intimement à l'extrémité inférieure H7de l’humérus, lequel se terminait par un renflement spongieux. L’artère humérale À , la veine humérale V avaient singulièrement diminué de calibre.

Les extrémités de tous les nerfs , qui ont été divisés dans l’amputation , présentent des renflemens extrèmement remarquables , qui pouvaient se sentir à travers la peau avant toute dissection. Les renflemens les plus considérables appartiennent au nerf médian R M et au nerf radial RC. Le renflement du nerf médian semblait se prolonger à une certaine hauteur au-devant de ce nerf.

Du reste la structure de ces renflemens gangliformes n’a offert rien de particulier : c’est un tissu fibreux grisätre , au milieu duquel se perdent et s'éparpillent les filets nerveux.

Réflexions. I] serait difficile de dire pourquoi les cicatrices des nerfs, divisés dans les amputations, présentent constamment un renflement gangliforme. Les frottemens, les pressions auxquelles sont soumises ces extrémités nerveuses, entrent-ils pour quelque chose dans la production de ces renflemens gangliformes. On serait tenté de le croire, si l'on considère que, dans les expériences faites sur les animaux vivans, la section des nerfs, pratiquée dans la continuité des membres avec ou sans perte de substance, donne pour résultat des cicatrices ou très légèrement renflées ou nullement renflées. Ces renflemens sont-ils un moyen de protection pour les extrémités des nerfs ? Je ferai remarquer que, en opposition avec les vaisseaux artériels et veineux , les nerfs qui appartiennent à un membre amputé et qui par conséquent n'ont plus qu'une sphère d'action extrémement restreinte, ne diminuent pas sensiblement de volume. Il est vrai que l’atrophie des nerfs ne se juge pas par la dimension du volume des cordons nerveux, mais par celle du tissu propre des nerfs lui-même.

La fig. 2 représente une tumeur sphéroïdale du volume d’une petite noix , développée sur le trajet et aux dépens du nerf radial NR, au moment du passage de ce nerf entre le muscle long supinateur et le brachial antérieur. Le long supinateur aminci était déjeté en dehors par la tumeur, sur laquelle il se moulait. Le nerf semblait interrompu au niveau de cette tumeur ; mais la plupart des filets qui le constituaient avaient été respectés dans leur continuité ; seulement ils étaient éparpillés, et pouvaient être suivis, les uns en avant, les autres en arrière de la tumeur. Plusieurs se perdaient dans l'enveloppe fibreuse. Aucun ne traversait la tumeur.

La fig. > montre la tumeur vue par sa face antérieure. La fig. 2’ montre la même tumeur vue par sa face postérieure.

La fig. 2" montre la tumeur divisée: elle était molle, blanche, sans développement vasculaire notable, et sa nature était encéphaloïde. Le sujet sur lequel cette tumeur a été trouvée venait de l’amphithéâtre de l'école pratique. Je manque de toute espèce de renseignemens sur la maladie à laquelle 1l a succombé. Il est

probable que c'est à un cancer siégeant dans telle ou telle partie du corps et que la tumeur décrite n’était qu'un des effets consécutifs de l'infection cancéreuse.

Les fig. 3 et 3’ représentent un fragment

quable.

de nerf(je ne sais lequel) , ayant subi une altération remar-

La fig. 3 représente ce nerf vu avant la dissection et sous différens aspects. On voit qu'il offre un renflement dur, gangliforme. La dissection (fig. 3) a démontré que chaque filet nerveux avait son renflement particulier. Je regrette beaucoup de n'avoir pas soumis ce nerf à l'analyse par l'acide nitrique; car il est probable que j'aurais rencontré au centre de chaque petit renflement le tissu propre du nerf atrophié, mais non détruit , et peut-être sans aucune altération notable dans son tissu. Il est à regretter que nous soyons

privés de toute espèce de renseignemens au sujet de cette altération remarquable. XXXV® LIVRIYSON.

Les fig. 4 et 4’ représentent une tumeur encéphaloïde développée sur la branche collatérale interne du médian NC, destiné au doigt indicateur. Les filets nerveux ont été tous rejetés au-devant de la tumeur.

La fig. À’ représente cette tumeur ouverte: elle contenait un caillot sanguin, comme cela arrive si fréquemment dans l’encéphaloïde. On m’a rapporté que le sujet auquel appartenait cette pièce présentait un grand nombre de tumeurs cancéreuses dans diverses parties du corps.

Réflexions. L'anatomie pathologique des nerfs est encore à faire. Son peu de progrès tient, d'une part, à la rareté de ces lésions; d'une autre part, à ce que les nerfs ne sont généralement étudiés qu'à leur surface: 1ls ne sont point disséqués. Or, la dissection d’un nerf comprend l'étude des cordons nerveux et des filets qui le constituent et dans leur névrilème et dans

Leur tissu propre.

Il résulte de toutes les recherches anatomiques que J'ai pu faire à cet égard, que les lésions anatomiques des nerfs ne portent pas sur la fibre nerveuse elle-même, mais bien sur le névrilème et sur le tissu cellulaire séreux, et quelquefois adipeux , qu'on rencontre en assez grande quantité dans l'épaisseur de chaque cordon nerveux ; que le tissu propre n'est susceptible que d'hypertrophie et d’atrophie.

L'atrophie des nerfs présente plusieurs degrés et plusieurs formes bien distinctes. L'atrophie se juge, non d'après le volume du cordon nerveux, mais d'après le volume et l1 couleur du tissu propre lui-même. Ainsi J'ai disséqué avec beaucoup de soin les nerfs sciatiques d'individus

qui avaient succombé à des paraplégies d’une date très ancienne. Ces nerfs avaient conservé leur volume apparent; mais la dissection démontrait, sous le névrilème d’enveloppe, une orande quantité de tissu adipeux, interposé aux filets nerveux, qui avaient singulièrement diminué de volume. Ces filets nerveux eux-mêmes, disséqués, ont montré un tissu propre moindre en volume et d’une couleur grise presque transparente, tout-à-fait différente de la couleur blanc-de-lait, du tissu nerveux dans l’état d'intégrité. Il est bien difficile de dire si chacun de ces filamens, aussi ténus que le fil du ver à soie, a diminué de volume; mais il le faut bien, puisque la réunion de ces filamens forme un volume moindre que dans un nerf qui n'a pas été soumis à des causes d'atrophie.

Dans un dernier degré d'atrophie, le nerf ne présente plus la disposition filamenteuse ; mais il est réduit à un tissu transparent grisâtre, non disposé linéairement et semblable à une gelée concrète. Le nerf optique est de tous les nerfs celui dans lequel on observe le plus fréquemment l’atrophie portée à son maximum. Les particularités de structure que présente ce nerf ne s opposent nullement à ce qu'il soit considéré comme le type de l'atrophie des cordons nerveux. Or, cette atrophie débute tantôt par l'extrémité périphérique, tantôt par l'extré: mité centrale : elle débute par la périphérie dans le cas de cécité par contusion de l'œil, par désorganisation de l'œil à la suite de phlegmasie; le plus souvent elle débute par l'extrémité centrale.

Une des causes les plus fréquentes d'atrophie, c'est la compression, ou mieux la distension du nerf par une tumeur développée, soit dans le voisinage du nerf, soit dans son épaisseur. Cette atrophie peut être portée jusqu'à la disparition complète du nerf. Le cordon nerveux s'aplatit, devient rubané ; ses filets s'éparpillent; leur tissu devient grisâtre , et als finissent par disparaître complètement.

Des kystes synoviaux, de petits corps fibreux gangliformes, sont les altérations qui se développent le plus habituellement sur le trajet et dans l'épaisseur des cordons nerveux. Les nerfs soumis à des pressions considérables présentent aussi très souvent des renflemens sangliformes, qui ne sont autre chose que le résultat de l'épaississement du névrilème.

La matière tuberculeuse peut-elle se développer dans l'épaisseur des nerfs ? Je ne l'ai jamais rencontrée dans l'épaisseur des nerfs ; mais je l'ai rencontrée autour des nerfs, autour du nert diaphragmatique en particulier chez quelques phthisiques, et on cite un cas dans lequel le nerf, situé au milieu d'une masse tuberculeuse avait éprouvé une solution de continuité. M. Nelaton a présenté à la société anatomique le cerveau d’un enfant de dix à douze ans, chez

lequel tous les nerfs de la base du crâne présentaient à leur origine apparente une couche mince de matière tuberculeuse, irréguliérement déposée tout autour de cette origine.

La dégénération cancéreuse des cordons nerveux est excessivement rare. Enveloppés de toutes parts par les masses cancéreuses du creux de l’aisselle, les nerfs du plexus axillaire résistent à la dégénération, et, lors même qu'ils sont tellement confondus avec les masses dégénérées, qu'on ne peut plus les en séparer par une dissection attentive, les coupes de ces masses présentent encore le tissu nerveux propre intact. Il est incontestable qu'il finit par subir le niveau fatal de la dégénération. Encore est-il douteux si la disparition des nerfs ne tient pas plutôt à leur disparition atrophique qu'à leur dégénération proprement dite.

Dans le cas d'infection cancéreuse, lorsque tous les tissus imprégnés, pour ainsi dire, du vice cancéreux, présentent des tubercules cancéreux, il est rare de rencontrer ces tubercules dans le cerveau, mais bien plus rare encore d'en trouver dans la moelle épinière et dans les nerfs, et cest le motif pour lequel j'ai cru devoir faire représenter les tumeurs cancéreuses développées dans l'épaisseur des nerfs médian et radial.

J'ai vu un cas plus curieux encore que ceux qui les précèdent, c'est celui d'une femme de la Salpétrière, qui, affectée de cancer à la mamelle, éprouva tous les accidens de la névralgie faciale la plus douloureuse. Cette névralgie avait cela de particulier qu'elle suivait, non le trajet radié dans le sens vertical des branches de la cinquième paire, mais le trajet radié dans le sens horizontal des filets du nerf facial. Cette névralgie s'accompagna bientôt d'hémiplégie faciale incomplète, qui se manifesta successivement dans les divers départemens du nerf facial, au lieu d'envahir simultanément toutes les branches de ce nerf. Je pensai qu'une tumeur cancéreuse, développée sur le trajet du nerf facial, était la source de tous les accidens. À l'autopsie, je trouvai que toutes les ramifications du nerf facial étaient comme noueuses et, pour ainsi dire, enveloppées d'une gaine cancéreuse, inégalement épaisse. Je me disposais à faire dessiner cette pièce; mais, mon préparateur ayant voulu suivre le nerf facial à travers le rocher, et ayant plongé, à cet effet, la tête dans l’acide nitrique étendu d'eau, le üssu fut dissous avec le névrilème, et il ne resta plus que la substance nerveuse proprement dite, qui ne différait en rien de la substance nerveuse du nerf facial du côté sain.

(RADFORD LIBRARY

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