‹ Anatomie pathologique du corps humain, ou descriptions ... des diverses altérations morbides dont le corps humain est susceptible (volume 5)Chapitre 63 sur 122 · DENT · texte numérisé non relu

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EXPLICATION DES FIGURES

Fic. 1. — Phlébite rénale.

La figure 1, planche v, xxxvr° livraison , représente une phlébite rénale, observée chez une femme morte à la Maternité pendant une épidémie de typhus puerpéral. La phlébite est exactement limitée à la veine rénale , et ne déborde en aucune façon son embouchure dans la veine-cave: elle se termine, d’une autre part, abruptement après les premières divisions de la veine rénale. Le caillot est adhérent dans le tronc de

la veine rénale et sans adhérence dans les divisions. Au centre de ce caïllot était du pus cohérent. Le tissu du rein est pâle, mais sain.

Ce n'est pas la première fois que j'ai rencontré des phlébites rénales, indépendantes de la phlébite de la veine-cave et de celle de la veine ovarique gauche. Je ferai observer, d’une autre part, que l'embouchure des veines rénales est presque toujours la limite des phlesmasies de la veine-cave.

Comment se rendre compte de ces phleogmasies circonscrites à un point isolé du système veineux ? Pourquoi cette inflammation limitée aux grosses veines, les veines capillaires étant parfaitement intactes ? | |

Le pus contenu au centre du caïllot était parfaitement enkysté, comme cela à lieu œénéralement, comme je l'ai presque toujours observé. On sait le parti que M. le docteur Tessier(1) a tiré de cet enkystement du pus contre la théorie de la phlébite, comme cause des abcès viscéraux, suite des plaies ou des opérations chirurgicales: puisqu'à toutes les périodes de l'inflammation veineuse, dit cetobservateur dans un travail fort remarquable, le pus est séquestré dans le canal de la veine enflammée par des caillots ou des fausses membranes; le passage du pus dans le sang est donc impossible. D'un autre côté, se fondant sur un certain nombre de faits où l'examen le plus attentif n'a pu faire découvrir la moindre trace de phlébite, malgré l'existence de nombreux abcès dans les différens points de l'économie, il conclut que les doctrines de la phlébite et de la résorption purulente sont fausses dans leur principe, leur methode , leur théorie, et à-peu-près nulles dans leur application ; et, dans l'ardeur qui l'entraine contre la phlébite, il va jusqu'à dire que, même en admettant le passage du pus dans le sang, on ne peut expliquer par ce mélange les altérations pathologiques qu'on lui attribue.

A la doctrine de la phlébite si compacte, si bien liée, appuyée sur un si grand nombre de faits et d'expériences qui établissent l'infection du sang par le pus formé dans une veine enflammée, déposé en nature dans le torrent de la circulation et porté de là dans tous les capillaires, où il agit à la manière d'un corps étranger irritant, quelle théorie à substitué M. Tessier? La théorie de l’altération du sang par la diathèse purulente. Mais qu'est-ce que la diathèse purulente? C'est, dit-1l, une modification de lorganisme caractérisée par la £endance à la production du pus dans les solides et les liquides coagulables de léconomie, et cette disposition purulente reconnait surtout pour cause la réunion de nombreux malades dans la même salle, les influences morales tristes, les douleurs très vives supportées pendant les opérations, etc.

(1) Voyez l’Expérience, Journal de médecine et de chirurgie, Paris , 1838, tome +1, page 545; tome 11, pages 1 et De Bulletinde l Académie royale de médecine , Paris, 1840 , tome vi, pages 14 et suivantes. XXXVI® LIVRAISON. 1

Quelles sont les preuves de l'existence de cette diathèse purulente ? Je cherche en vain dans le mémoire de M. Tessier des faits positifs à l'appui de cette doctrine qui n'est autre chose que

l’humorisme de l’ancienne école rajeuni, je n'y trouve que des preuves négatives; savoir :

1° L'insuffisance des preuves sur lesquelles repose la théorie de la phlébite: dans la phlébite suppurée, le pus étant toujours séquestré par des caillots ou des fausses membranes à toutes les périodes de linflammation vemmeuse, il ne peut pas y avoir passage du pus dans le sang : 2° les mêmes altérations que l'on a vues assez souvent coincider avec la présence du pus dans les veines se sont présentées dans des cas où l’autopsie n a pas fait découvrir la moindre trace de pus dans les vaisseaux.

Jusqu'à ce que des preuves nouvelles et directes nous aient été fournies, je ne considérerai donc la diathèse purulente, cette modification inconnue de l'organisme, cette tendance des solides et des liquides à la production du pus, que comme une hypothèse gratuite qui tombe devant ce grand fait, que l'introduction directe du pus, du mercure, d'un corps étranger dans le système veineux a pour résultat des phénomènes identiques à ceux de la phlébite suppurée, suite de plaies ou d'opérations chirurgicales. Que le sang puisse s'infecter directement par d'autres voies, par l'inoculation , par l’inflammation des vaisseaux lÿmphatiques ; qu'une mauvaise alimentation , que de mauvaises conditions atmosphériques puissent infecter indirectement le sang dans des circonstances particulières, ce n’est pas là la question ; je suis loin de nier tout cela; mais ce que je soutiens, c'est l'intoxication de l'économie par le pus de la phlébite suppurée, comme source des abcès viscéraux à la suite des plaies et des opérations chirurgicales.

Sans doute on n'a pas trouvé de phlébites initiales, comme source d'infection du sang, dans tous les cas d'abcès viscéraux, suite de plaies ou d'opérations chirurgicales. Mais a-t-on toujours bien cherché ces phlébites? Pour mon compte, j'en ai trouvé plusieurs fois dans des cas où d’autres n'avaient pas été aussi heureux. Les phlébites osseuses surtout sont une source féconde et souvent ignorée des abcès dits métastatiques, et le nombre des abcès multiples, sans point de départ dans une veine enflammée, va diminuant à mesure que les autopsies sont faites avec plus de soin et dans une meilleure direction.

Quant au grand argument dirigé contre la phlébite, savoir : la présence d'un caillot sanguin aux limites de la suppuration de la veine, la séquestration du pus , je dirai d'abord que cette séquestration du pus n'est peut-être pas aussi constante qu'on veut bien le dire ; que dans les phlébites osseuses, en particulier, soit du crâne, soit du fémur, soit du tibia, je n'ai vu autre chose que des cellules blanchies par le pus à côté de cellules remplies de sang non coagulé; que dans un certain nombre de cas j'ai trouvé le pus séparé du sang en circulation par un caillôt disposé en membrane n'ayant qu'une demi-ligne d'épaisseur. Mais j'admets que la circonscription du pus par un caillot soit constante et complète, ne serait:l pas possible d'expliquer le mélange du pus et du sang autrement que par une large communication ouverte entre le foyer veineux purulent et le sang? L'infection du sang ne pourrait-elle pas avoir lieu par un simple phénomène de capillarité? Le phénomène de l'exosmose et de l'endosmose auquel on a fait jouer un rôle si exagéré dans l'économie en l'appliquant à des choses qui sont du domaine exclusif de la vitalité (1),ce phénomène de l’exosmose et de l’endosmose

ne s'applique-t-il pas ici dans toute sa plénitude? Le pus ne peut-il pas s’inbiber à travers le

caillot obturateur et se méler au sang liquide? Ne voit-on pas tous les jours un phénomène analogue dans la phlébite suppurée, dans les fausses membranes des séreuses ? Lorsqu'une phlébite, d'adhésive qu'elle était d'abord, devient suppurative, le pus occupe

constamment le centre du caillotsanguin, Jamars le pus n’est intermédiaire à la paroi veineuse

et au caillot : or, d'où provient ce pus? Il ne peut venir que de deux sources, ou bien c'estun

(r) Dutrochet , Memoires pour servir à l'histoire anatomique et physiologique des végétaux et des animaux , Paris, 1837, tome 1, pages 1 et suivantes.

produit de sécrétion de la veine ,ou bien c’est un produit de sécrétion du caillot ; mais le caillot sanguin n'est pas doué de la vie;le caillot peut éprouver des changemens de densité, de couleur, d'épaisseur, mais dans aucun cas, dans aucune condition possible, qu'il soit dans une poche anévrismale , dans une varice ou dans le tissu cellulaire, par cela seul qu'il est coagulé, le sang ne donne plus signe de vie, à plus forte raison n'est-il pas susceptible du grand phénomène de l'inflammation et de la suppuration. | |

Or, si le pus contenu au centre du caillot ne vient pas du caillot lui-même, il vientdonc des parois veineuses; et,s1l vient des parois veineuses, il filtre à travers les couches les plus extérieures, qui sont en même temps les plus cohérentes du caillot, pour être déposé au centre moins cohérent de ce caillot.

Je sais bien que, dans ces derniers temps, la présence du pus au milieu des caillotssanguins a été expliquée d'une manière bien plus commode par les observateurs micrographes. La transformation des caillots sanguins en pus se concoit facilement, disent-ils, car ces caillots sont déjà dépouillés de leur matière colorante et ne sont plus constitués que par la fibrine. Or, ajoutentils, 1l est démontré par les expériences chimiques et microscopiques du docteur Mandl(1) que les globules du pus sont des globules de fibrine et qu'il n’y a pas de différences réelles entre eux et les globules blancs du sang.

Que le pus vienne du sang, que les globules du sang vivant, du sang en circulation se transforment en globules purulens, cela me paraît infiniment probable; mais admettre que le caillot sanguin puisse se transformer en pus, que le grand phénomène de la suppuration puisse se passer au sein d'un caïllot sanguin que tous les faits démontrent incapable de toute vitalité, voilà ce que je ne saurais admettre.

Quant à la démonstration de cette proposition, que le sang coagulé est incapable de toute vitalité, quil se comporte constamment à la manière d'un corps étranger, inoffensif dans un grand nombre de cas, les preuves abondent, et je prie les personnes qui ne partagent pas mon opinion, de citer un seul fait positif qui établisse que le sang coagulé ait été capable de maladie, c'est-à-dire de vie ; sous ce rapport le sang coagulé diffère essentiellement des fausses membranes qui s'organisent de la manière la plus évidente. Il en est de même des produits de sécrétion qui occupent les cavités des fausses membranes: les fausses membranes, qui ne sont pas encore organisées, mais qui datent de quelques jours, sont composées de couches concentriques de densité différente. Or, constamment les couches les plus extérieures, celles qui avoisinent la plèvre, le péricarde ou toute autre membrane séreuse, ont une densité de beaucoup plus considérable que les couches les plus intérieures, qui présentent, pour ainsi dire, les premiers linéamens de la fausse membrane et qui ont certainement été formées les dernières; comment ces couches les moins cohérentes, les plus intérieures, c'est-à-dire les plus éloignées de la membrane séreuse, et qui, par conséquent, ont été formées les dernières, comment et par quoi ont-elles été sécrétées? Ce n'est pas par la couche pseudo-membraneuse adjacente qui est à peine disposée en membrane; ce ne peut pas être non plus par la couche plus voisine de la séreuse que nous avons supposée ne pas être encore organisée ; ce ne peut donc être que par la membrane séreuse elle-même, dont les produits de sécrétien, au lieu de se déposer entre la séreuse et la couche pseudo-membraneuse contiguë, filtrent à travers toutes les couches jusqu'à la surface libre. Le même raisonnement s'appliquerait parfaitement à la fausse membrane organisée dans ses couches les plus extérieures.

Je conclus que, pour expliquer le mélange direct du pus et du sang dans la phlébite suppurée, il n’est pas nécessaire d'admettre l'absence de tout cailiot aux limites de la collec-

tion purulente; que ce mélange peut s'effectuer même à travers les caillots par suite de limbibition.

(1) Anatomie microscopique, Paris, 1839, 1v° livraison, Du Pus , in-fol. fig. — 1raite pratique du microscope , Paris, 1839, in-8, page 117.

ki. MALADIES DES REINS.

Fic. 2 et 2’.

Les figures 2 et 2’ représentent des loupes graisseuses développées dans l'épaisseur de la substance corticale du rein. C'est la première fois que j'ai observé des productions graisseuses dans le rein. L'atrophie de cet organe accumule souvent la graisse dans son enveloppe adipeuse, mais jamais dans l'épaisseur de son tissu propre. Sous ce rapport, il y a une différence énorme entre les reins et le foie. I] serait curieux d'établir une hiérarchie entre les organes sous le rapport de leur compatibilité et de leur incompatibilité pour la graisse. Ainsi la rate, les corps caverneux, les poumons, l'utérus, sont des organes incompatibles avec la graisse. Il en est de même du cerveau et de la moelle. La transformation et les productions adipeuses n'y ont jamais été observées, tandis que les muscles, le foie(1), les glandes salivaires, le tissu cellulaire séreux sont très fréquemment le siège d’un développement adipeux.

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