‹ Anatomie pathologique du corps humain, ou descriptions ... des diverses altérations morbides dont le corps humain est susceptible (volume 5)Chapitre 62 sur 122 · EXPLICATION DES FIGURES DE LA PLANCHE IV, XXXVI° LIVRAISON · texte numérisé non relu

EXPLICATION DES FIGURES DE LA PLANCHE IV, XXXVI° LIVRAISON

FIG: 1 1 Le 1e

Dans le mois de décembre 1839, M. le docteur Vayton apporta à mon laboratoire, au nom de M. Récamier, un rein qu'il me priait d'examiner, avec le plus grand soin et sur lequel M. Amédée Perrot devait me donner les renseignemens les plus circonstanciés. Je venais de faire représenter le rein de la planche rm, et le rapprochement de deux faits analogues devait piquer ma curiosité.

Ce rein avait le volume représenté fig. 1, pl. iv :il exhalait une très mauvaise odeur. Je priai M. le docteur Bonamy, mon préparateur particulier, de le conserver avec soin. Quel n’est pas notre étonnement lorsqu'en ouvrant ce rein , nous le trouvons rempli de matières fécales ! C'étaient bien des matières fécales: elles en avaient l'odeur, la couleur, tous les caractères possibles. Nous examinâmes alors la surface du rein et nous vimes qu'au niveau de sa face antérieure, il avait dû exister une adhérence intime entre cette face antérieure et le colon ascendant, si bien que la séparation du rein et du colon n'avait pu se faire sans entamer le premier de ces organes, et c’étaient les matières fécales échappées par cette ouverture, qui donnaient à la pièce une odeur si fétide. Dès ce moment il fut démontré qu'une communication morbide s'était établie entre la cavité du colon et la poche formée par le rein, et que les matières fécales avaient passé du colon dans cette poche. Débarrassé de ces matières, qui le remplissaient entièrement, sans mélange d'urines

‘et de matières purulentes, le rein (voyez fig. 1) offre la transformation en poche multiloculaire, à

cellules très inégales pour la capacité , ici plus minces, là plus épaisses, mais sans vestige aucun de tissu propre du rein. Plusieurs de ces poches ne sont séparées les uns des autres que par des brides. L'une des poches était remplie par un calcul fort remarquable. Ce calcul (fig. 1) était étranglé au niveau de l’orifice de la cellule, et présentait dans ce point une espèce de col, qui supportait une tête, laquelle était reçue dans une autre cellule. Scié dans sa portion la plus volumineuse, ce calcul à présenté un noyau central

À NS U 229 y j » ° très coherent (fig. 1”), formé de lamelles superposées, dont quelques-unes noires , et une masse amorphe non cristallisée, occupant la circonférence.

La figure 1” présente la coupe de la masse ,et la figure 1” la coupe du noyau.

Voici d’ailleurs un résumé de l'observation très exacte et très circonstanciée, qui m'a été adressée par M. Perrot, ami de la malade.

Le 7 octobre 1859, M. Perrot fut appelé auprès d’une dame, avec laquelle il avait des relations de société, et qui était retenue au lit depuis neuf Jours par une violente colique néphrétique. Il la trouva au milieu d'atroces douleurs: elle poussait les hauts cris. L’abdomen , ballonné dans toute son étendue, présentait, au niveau du flanc droit et de la région ombilicale, une proéminence remarquable. Cette proéminence était due à une tumeur dure, résistant à la manière d’une balle de caoutchouc pleine. Il n’y avait pas‘de fluctuauon proprement dite. La tumeur commencait au dessous du foie, dont la séparait un sillon sonore et se terminait immédiatement au dessus du pubis. Dans le sens transversal , elle atteignait la ligne blanche.

Les urines étaient rares, peu abondantes, rendues sans douleur (on n’a pas noté leur qualité). Éructations saccadées ; langue couverte d’un enduit très épais; pouls à 85.

Commémoratifs. Enfance maladive qui fait place à une jeunesse brillante de santé, lors de l’époque de la menstruation. Mariée à vingt-six ans , elle accoucha, au bout de dix-huit mois , d’un enfant bien portant. Il y a quinze ans, qu'elle éprouva pour la première fois une crise de coliques néphrétiques. Les crises se succédèrent d’abord tous les six mois, puis tous les quatre mois, et dans les derniers temps tous les huit jours. Elles étaient si vivlentes qu'on craignit plusieurs fois pour la vie de la malade : elles se terminaient par l’émission d'une grande quantité d'urine sédimenteuse. Dans l'intervalle des crises , il y avait absence complète de douleurs, et la santé redevenait parfaite. Le seul symptôme de maladie était la fétidité habituelle des urines. D'après ce qui précède, le diagnostic était facile, il parut évident à M. Perrot que le siège de la tu- meur et le principe de tous les accidens étaient dans le rein, que la maladie consistait dans une distension du rein, du calice et du bassinet, produits par un obstacle au cours des urines existant dans l’uretère; toute crainte de dégénérescence de tissu fut éloignée, dit l'observateur, par cette circonstance que la malade était exempte de toute espece de douleurs lorsque la crise était passée; maïs je ne puis partager cette manière de voir.

M. Récamier, appelé en consultation le 8 novembre , eut l’idée d’une ponction exploratrice : il ne fut arrêté un instant que par la crainte de blesser le colon. Le lendemain, M. Récamier, accompagné de M. Amussat, pratiqua avec la hardiesse de la certitude une ponction capillaire en arrière et en dehors de la tumeur, à trois pouces du bord externe du carré des lombes. Le trois-quarts qui lui servit à cette ponction n'avait qu'une ligne de diamètre. Il s'écoula trois pintes d’un liquide trouble, d’une odeur spermatique très pro-

noncée , et la malade fut immédiatement soulagée. Aux cris affreux qu’elle poussait depuis dix jours, succé-

derent la joie, le calme et le bien-être. Cette ingénieuse ponction ralluma la vie près de s'étendre. (1)

L'amélioration se maintint sans incident remarquable depuis le 9 octobre jusqu’au 8 novembre, c’est-àdire pendant un mois. Les urines sont albumineuses, muqueuses, souvent avec graviers.

Le 8 novembre, tout-à-coup vomissemens infects , ayant l’odeur des matières fécales ; les éructations et les urines ont la même odeur que les selles , et tout l'appartement en est infecté. En même temps altération profonde des traits, face terreuse, dilatation des ailes du nez ; pouls petit, dépressible, à 96. L'identité d'aspect et d’odeur des matières rendues par le vomissement et de celles rendues par les urines et par les selles, fait soupçonner une communication du rein avec le colon ascendant.

Les mêmes accidens persistent les jours suivans (2), mais avec des alternatives d'exacerbation et de di-

(1) Le liquide, retiré par la ponction , fut analysé immédiatement par M. Chevallier. Examiné au microscope, ce liquide présentait une agglomération de globules en masse, groupés comme le docteur Rayer représente ceux du mucus (Traite des maladies des reins et des altérations de la sécrétion urinairé 3 tome 1*). Plusieurs de ces globules étaient entourés d'une auréole huileuse. Il semblait qu'un globule opaque recouvrait un globule huileux plus grand que lui, de manière à laisser à découvert l’auréole huileuse indiquée. Du reste, le champ du microscope n’offrait aucun globule de pus isolé.

Voici le résultat de l'analyse faite par M. Chevallier. « 1° De l’eau , 2° une matière animale glaireuse particulière, 3° de l'acide « urique, 4° du phosphate de chaux, 5e divers sels et notamment des sels ammoniacaux , 6° de l’albumine en quantité assez con- « sidérable, 5° une matière grasse, 8° de l’urée, 9° une combinaison de matière animale et de chaux, 10° la plupart des sels qu'on « rencontre dans les autres urines. » | |

Conclusions de l'analyse. « Les particularités remarquables qui résultent de l'examen de cette urine sont: 1° la présence d’une « matière glutineuse ayant l'odeur du sperme , 2° la présence de l’albumine en assez grande quantité, 3° la présence d'une matière

« grasse, 4° enfin celle d’une combinaison de chaux et de matières animales, que nous considérons comme une combinaison mélangée « à un savon d’une nature particulière. »

(2) Je trouve le passage qui suit dans l'observation de M. Perrot, à la date du 11 novembre : « La malade a rendu une énorme « quantité d'urine purulente : elle trouva dans son lit une quantité assez considérable de graviers blancs, brillans, cristallisés, sucrés , « ayant toute l'apparence du sucre de canne ». M. Perrot croit que ce sont des graviers venus des voies urinaires, et moi , je pense que ce sont tout simplement des fragmens de sucre qui sont tombés dans le lit de la malade.

minution. Vomissemens toujours infects ; urines d'abord purulentes , puis sanguinolentes, Les urines sanglantes sont expulsées avec douleur vive ; épuisement. Mort le 24 novembre.

Ouverture du cadasre. Une tumeur énorme, mais flasque , formée par le rein , occupait le flanc droit et la moitié droite de la région ombilicale. Le colon ascendant longeait le côté gauche de cette tumeur. I] ‘adhérait si intimement au rein dilaté, que le bistour1, porté avec beaucoup de précaution dans le lieu de l’adhérence , a entamé le rein, et que des matières infectes, qui rappellent exactement celles rendues par le vomissement et avec les urines, s’'échappent par la solution de continuité, Une ligature est faite autour de l'ouverture, pour empêcher l'écoulement de la matière {contenue dans la poche rénale. L'uretère (fig. 1) présentait plusieurs pierres d’un volume considérable. |

Le rein gauche était visiblement hypertrophié ; les calices et le bassinet étaient remplis dé pus.

Réflexions. Ainsi, depuis quinze ans, gravelle, coliques néphrétiques , séparées par un état de santé parfaite. En octobre 1839, coliques néphrétiques des plus intenses. Transformation du rein en une poche très volumineuse ; accidens très graves; ponction à l'aide d’un trois-quarts très délié; soulagement immédiat qui se maintient pendant un mois; invasion d’accidens d'un nouveau genre; vomissemens stercoraux; urines stercorales; soupçon de communication du rein droit avec le colon ascendant. Mort. A l'ouverture, communication du celon avec la poche rénale, qui est remplie de matières fécales : un calcul rénal, plusieurs caculs dans l’uretère : telles sont les circonstances principales qu'a fournie l'observation précédente.

Quelques considérations générales sur les lésions de canalisation du rein feront ressortir la valeur et l'importance des faits ci-dessus; mais, avant de commencer, jai à donner quelques explications sur les figures 2 et 3.

Les fig. 2 et 3 représentent deux reins appartenant à une femme âgée de la Salpétrière: ces reins occupaient les calices et le bassinet. Il y avait dans le bassinet plusieurs calculs moulés les uns sur les autres, et l'aspect lisse de leur surface contigué établit qu'il y avait frottement. Plusieurs de ces calculs sont coralliformes, parce qu’ils envoyaient des ramifications dans les calices voisins de celui dans lequel ils étaient contenus (voy. fig. 2”). Les reins n’ont d’ailleurs subi aucune dilatation générale, mais bien des dilatations partielles atrophiques qui résultent du volume des calculs et de la pression mécanique qu'ils ont exercée sur les calices et sur le rein lui-même. Plusieurs de ces calculs sont blancs, durs et demi transparens.

Des lésions de canalisation des reins.

Les lésions de canalisation de l'appareil des voies urinaires constituent la plus large et la plus importante partie des maladies de cet appareil si compliqué: elles embrassent tous les dérangemens qui ont lieu dans le cours des urines, les rétentions, les incontinences, les, fistules, tous les obstacles par rétrécissement, par lésion organique ou vitale: elles embrassent, en outre, l'étude des sables, graviers et calculs urinaires, source si fréquente de tant de lésions de cet appareil {r). Les lésions de canalisation des reins reconnaissent presque toujours pour cause des calculs urinaires. Les sables et graviers peuvent devenir obstacle dans l'uretère et dans le canal de l'urèthre, mais jamais dans le rein. (2)

Tous les accidens que déterminent les calculs rénaux peuvent se rapporter: 1° à l'obstacle mécanique qu'ils apportent par leur présence à la libre circulation de l'urine; 2° à l'irritation qu'ils provoquent directement sur le rein et sympathiquement sur les organes plus ou moins éloignés. |

Pour qu'il ÿ ait obstacle au cours des urines par suite de la présence d’un calcul rénal, il faut que ce calcul occupe le bassinet et fasse bouchon ou soupape: aussi les rétentions d'urine dans le rein reconnaissent-elles presque toujours pour cause la présence d'un calcul ou d'un obstacle quelconque dans luretere.

(1) Ce point important de la science vient d'être traité avec tout le développement qu'il comporte, par M. le docteur Rayer. Voyez son onvrage : Traité des maladies des reins et des altérations de la sécrétion urinaire, Paris, 1839, 1840, 2 vol. in-8. Les planches xir , XIII , XIV, XV et xvi de son magnifique atlas , sont consacrées à la pyélite calculeuse et aux calculs rénaux.

(2) J'ai eu long-temps dans mon service un malade affecté depuis longues années d'une maladie du rein gauche : il éprouvait souvent de grandes difficultés à uriner, et rendait avec les plus vives douleurs du sable blanc mêlé de mucus, avec lequel il formait un magma assez cohérent. Ce sable , mêlé de mucus, était ordinairement expulsé après l’urine, et remplissait le canal, de l’urèthre, qui ne s'en débarrassait que difficilement, Ce sable était constitué par de l'urate d'ammoniaque et du phosphate ammoniaco-magnésien.

IL est rare que les calculs contenus dans les calices et le bassinet s'opposent à la circulation de l'urine, qui peut, dans le plus orand nombre des cas, suinter librement entre la surface du calcul et la poche membraneuse, dans laquelle il est contenu. Si donc ce calcul ne détermine pas, par sa présence , linflammation, soit de la membrane interne du rein, soit du tissu propre de cet Organe, rien ne donnera l'éveil sur l'existence d’un calcul rénal, qui pourra rester inaperçu pendant longues années, s'accroitre graduellement et se prolonger dans les calices , de manière à présenter assez bien la forme rameuse du corail ou d'un polypier. Cest ce que j'ai eu occasion d'observer nombre de fois à la Salpétrière, chez les vieilles femmes , lesquelles sont beaucoup plus sujettes aux calculs rénaux qu'on ne le croit généralement. La femme qui a fourni le sujet des figures 2 et 3, planche 1v, xxxvr° livraison, était dans cette catégorie. L’immobilité de ces calculs rameux, stalactiformes, doit sans doute favoriser leur innocuité. Le tissu du rein satrophie tout autour de ces calculs, et cette atrophie peut avoir lieu de deux manières, par compression Où par distension: 1° par compression , lorsque le calcul augmentant continuellement de volume, finit par intercepter plus ou moins la circulation dans la portion de rein qui l'embrasse ; 2° par distension , lorsque le calcul engagé dans un calice bouche l'orifice de communication de ce calice avec le bassinet. L'atrophie par compression, de même que l'atrophie par distension , sont donc partielles ou générales, suivant que les causes de compression ou de distension agissent sur une partie ou sur la totalité du rein. Ainsi, dans quelques cas de calculs rénaux siégeant dans le bassinet, jai trouvé des reins petits, granuleux, jaunâtres, représentant assez bien l'état du foie, qu'on désigne sous le nom de cyrrhose. Cette altération atrophique suppose une liberté pleine et entière dans le cours des urines. (Voyez fig. 1, pl. 117, xxxvi° livraison.)

Dans d’autres cas de calculs siégeant dans le bassinet, on trouve le rein converti en une poche multiloculaire , dont les parois membraneuses sont constituées par le tissu propre du rein atrophié. | |

Pour résumer les principaux effets de la présence des calculs dans le rein, je dirai :

1° Que, dans un certain nombre de cas, ces calculs ne donnent aucun signe de leur présence ;

2° Que, dans d'autres cas, ils génent plus ou moins la circulation de l'urine et deviennent une cause de rétention plus ou moins complète; que c'est dans les cas de rétenuon complète que le rein acquiert des dimensions considérables et se transforme en une poche multiloculaire :

3° Que, dans d'autres cas, et quelquefois concurremment avec la rétention , les calculs déterminent une inflammation aigué ou chronique, soit de la membrane interne des calices et du bassinet, ce qui constitue le catarrhe du rein , soit du tissu propre du rein, qui se termine par des milliers d'abcès miliaires ou par un ou plusieurs abcès plus ou moins considérables.

Occupons-nous ici un instant de l'effet le plus remarquable de la rétention d'urine dans le rein, je veux parler de sa distension ou de son Lydropisie ; car c'est sous ce dernier nom que la distension du rein a été généralement désignée par les auteurs.

La distension du rein et sa transformation en une poche multiloculaire peut être primitive, lorsque l'obstacle existe dans le bassinet, ou consécutive lorsque l'obstacle existe dans l'uretère, dans la vessie ou dans le canal de l’urèthre.

Dans un certain nombre de cas, la distension porte exclusivement sur le bassinet et les calices, qui acquièrent le volume d’une grosse vessie, et alors le rein atrophié se trouve rejeté sur un des côtés de la tumeur ; mais le plus souvent la distension porte non-seulement sur les calices, mais encore sur le tissu du rein lui-même. l'urine retenue comprime d'abord les mamelons.des cônes du rein , qui s’effacent, puis la substance tubuleuse qui s’efface à son tour en s'éparpillant par suite de la distension, et finit par disparaitre ainsi que la substance granuleuse , de telle facon que chaque cône plein du rein est transformé en une poche conoïde qui fait suite au calice. Pour peu qu'il existe encore vestige du tissu du rein, 1ly a de l'urine sécrétée ; mais, lorsque le rein tout entier est transformé en membrane ou

kyste multiloculaire , dont chaque cellule remplace none du rein , alors le liquide contenu dans la poche rénale ne renferme aucun principe de furime : c'est de la sérosité pure, et la dénomination d'hydropisie du rein lui est alors bien plus applicable que celle de rétention d'urine. Toutefois, il est rare que la transformation du rein soit complète, et qu'on ne trouve pas à la surface du rein, dans les points épaissis qui séparent les bases des cônes et les cellules, quelques traces de la substance propre. C'est sur deux fœtus mort-nés que J'ai observé la transformation membraneuse du rein au plus haut degré possible. Sur l'un de ces fœtus, un seul rein, etsur l'autre les deux reins étaient convertis en autant de cellules à parois minces et transparentes qu'il y a de cônes rénaux. Dans le premier cas, l'uretère manquait : 1l est probable que les deux uretères manquaient également dans le second cas. Lorsquil ÿ à interception complète du cours de l'urine par oblitération de l'uretère , on ne comprend pas que la vie puisse se maintenir, et cependant il existe un osrand nombre d'exemples d'individus dont l'un des reins était transformé depuis longues années en une poche multiloculaire , sans communication aucune avec la vessie. Cela s'explique par cette loi générale des maladies des appareils de sécrétion, savoir, que toute rétention complète d’un liquide excrété a pour conséquence définitive la suppression, incomplète d'abord, puis complète de la sécrétion.

La rétention d'urine dans le rein peut être intermittente. On conçoit que, lorsque la distension du rein est portée à un certain degré, la résistance qu'apporte le rein distendu à l'accumulation d'une nouvelle quantité de liquide, la dilatation qui s'étend par degrés jusqu à la portion du canal occupée par le calcul, le déplacement de ce calcul, doivent avoir pour résultat l'évacuation du liquide: tel est le cas de cette malade de la Salpétrière, dont j'ai déjà parlé, qui entrait de temps en temps à l'infirmerie pour des douleurs néphrétiques extrèmenent intenses, pendant la durée desquelles une tumeur très considérable se manifestait à la région lombaire et à la région du flanc droit, tumeur qui disparaissait subitement avec les douleurs, à la suite de l'émission spontanée d'une grande quantité d'urine purulente.

Dans un certain nombre de cas, l'obstacle au cours de l'urine ayant cessé d'exister, le rein, transformé , fournira son contingent de sécrétion morbide chaque jour à la vessie; alors les urines seront un mélange de liquide normal, sécrété par le rein du côté sain, et de liquide anormal , albumineux, purulent, ou autre, qui vient du côté malade ; or, il existe un bor nombre d'exemples qui établissent que la santé a pu se concilier pendant longues années avec une pareille lésion, parce que le rein du côté sain suffit aux besoins de l'économie. L'observation de la femme Laberthe (PL. 111, xxxvi° livr.) vient à l'appui de cette proposition.

La distension du rein peut étre excessive, et cette distension produire des accidens qui paraissent nécessiter la ponction : c'est ce qui a eu lieu pour le cas représenté PL 1v, xxxvi° livraison ; c'est ce qui à eu lieu pour un certain nombre de cas, qui sont dans le domaine de la science. Dans l'observation suivante, publiée par Corvisart (1), et qu'on peut considérer comme le type des accidens causés par la rétention d'urine dans le rein, ce grand praticien se refusa à la ponction qu'il avait inutilement mise en usage dans un cas analogue.

Voici le résumé de cette observation.

62 ans, tumeur oblongue, étendue de l'hypochondre droit à la fosse iliaque gauche; recourbée de telle manière que la concavité regarde en haut et la convexité en bas; fluctuation obscure.

Cette tumeur, qui paraissait formée par l'agglomération de plusieurs tumeurs plus petites, causait des douleurs intermittentes : elle était sensible à la pression. Depuis deux mois seulement, les douleurs avaient été assez vives pour empêcher le malade de vaquer à ses affaires: il n'avait pas un instant de sommeil.

Corvisart reconnut que la tumeur avait son siège dans le rein droit: il rappelle que, dans une circonstance semblable, le rein étant devenu le siège d’une collection séreuse et lymphatique, il avait, mais sans succès, fait pratiquer la ponction, et comme cette opération ne pouvait évidemment produire qu'un soulagement momentané , il jugea inutile d'y avoir recours. Corvisart se contenta donc de calmans et de dépuratifs, dont le malade fit usage jusqu'à sa mort, qui arriva deux mois et demi après son entrée à l'hôpital.

Æutopsie. Tumeur énorme, inégalement bosselée, occupant tout le côté droit de l'abdomen et une grande

(1) Journal de médecine, par Corvisart , Leroux et Boyer, tome vir , page 387.

partie du côté gauche. L'extrémité supérieure refoulait en haut le foie: l'extrémité inférieure occupait la fosse iliaque gauche et remplissait le détroit supérieur. Cette tumeur était formée aux dépens du rein, dont

elle avait la forme. Son volume était de trente à quarante fois plus considérable que celui de l'organe dans l'état sain.

L'incision de la tumeur donna issue à sept pintes d'un liquide trouble, en partie rougeûtre, en partie jaunâtre, mêlé de flocons blancs, jaunes et verts, semblables à du mucus un peu épaissi, dans lequel la chimie démontra la présence d’une grande quantité d’albumine. L'intérieur de la tumeur était composé de poches, qui toutes s’ouvraient dans un sac commun, représentant le bassinet du rein. Dans ce sac commun, 11 y avait quatre calculs du volume et de la forme d’une grosse noisette, flottans librement dans cette cavité. L'uretère venait aboutir à ce sac commun ; mais il fut impossible de découvrir son ouverture mférieure , en sorte qu'il n'y avait aucune communication entre la cavité du rein dilaté et l’uretère. Les parois du kyste rénal étaient formées : 1° par le péritoine, qui lui formait une sorte de mésentère, 2° par une membrane interne, véritable membrane muqueuse, fongueuse et granuleuse; 3° par un tissu cellulaire placé entre ces deux membranes. Ces parois avaient trois lignes d'épaisseur dans les points les plus ténus ; dans les autres points, elles offraient un état d’engorsgement qui participait du squirrhe non ulcéré (ce n'était là probablement qu'une induration du tissu propre du rein). L'uretère, qui ne communiquait pas avec le bassinet, ne communiquait pas non plus avec la vessie. Dans l'intervalle, il présentait une dilatation telle que son diamètre avait dix-huit lignes. Le pus contenu dans cette ampoule ayant été évacué, l'intérieur de l'uretère présenta tous les caractères d’une membrane muqueuse. L'autre rein était parfaitement sain.

liéflexions. Ainsi le rein malade n'avait plus de conduit excréteur, et cependant la vie à pu se maintenir, ce qui tient, d'une part, à ce que le rein distendu a cessé de sécréter un liquide morbide ; d'une autre part, à ce que le rein malade a été suppléé par le rein sain. Supposez une rétention complète de bile, survenue dans le foie, organe impair, et vous aurez des accidens incompatibles avec la vie.

Le rein distendu peut senflammer, un abcès se former dans le tissu cellulaire ambiant. Cet abcès peut s'ouvrir à l'extérieur dans la région lombaire, et c'est probablement ainsi que se sont établies les fistules rénales dans le petit nombre de cas où elles ont été observées. Je ne sais si la ponction a été pour quelque chose dans l’abcès sous-diaphragmatique observé dans le cas suivant (1). Un malade présentait une tumeur fluctuante extrémement considérable dans la région du rein. Une ponction, jugée nécessaire, donna issue à une quantité considérable de pus. Le malade alla bien pendant huit jours: il succomba le quinzième. A l'ouverture, on trouva un abcès très considérable intermédiaire au diaphragme, à la rate et au rein. Cet abcès communiquait largement avec la cavité du rein , qui était converti en une vaste poche, dans laquelle venaient souvrir, à la manière d'appendices, un grand nombre de cavités sphéroïdales, dont chacune correspondait à un cône du rein. L'uretère était complètement oblitéré dans le point où il fait suite au bassinet.

Enfin les reins, transformés en poche purulente, peuvent souvrir dans le colon. Cette terminaison, que l'on considère généralement comme favorable, puisqu'elle permet l'évacuation de la poche rénale dans la cavité du colon, peut avoir les conséquences les plus funestes, attendu qu'un de ses effets est le passage des matières fécales de l'intestin colon dans la poche rénale. Le fait représenté planche 1v, xxxvi* livraison, démontre ce passage d'une manière incontestable.

(1) Observation et pièce communiquées à la Société anatomique par M. Sazie, alors interne de l'hôpital Necker.

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