FIN DE LA TABLE MÉTHODIQUE DES MATIÈRES DU TOME SECOND
nn >ÇD IMPRIMÉ CHEZ PAUL RENOUARD, Qu —
rue Garancière, n. 5,
RADFO QUE BRARY) |
Cancer areolaire des os.
L'observation qui fait le sujet de la planche 1, xxr° livraison a été publiée sous le titre de Degénérescence singulière du tissu osseux dans les os du crâne et dans les os de la face (1). Voici le texte littéral de l'observation et des réflexions qui la suivent. Dans une question aussi difficile , il ne sera pas sans intérêt de mettre en regard les diverses manières de voir auxquelles elle a donné lieu. |
Mademoiselle Phl..., était tourmentée depuis sa jeunesse par une migraine des plus intenses. Des revers de fortune la forcèrent de s'occuper exclusivement de peinture et de musique; elle travaillait habituellement dix-huit heures par jour. À 42 ans, ses maux de tête se changèrent en douleurs aiguës, dont la racine du nez était le siège principal; elle s'aperçut aussi, à cette époque, que son nez s’élargissait, et écartait les deux yeux. Malgré ses souffrances continues, mademoiselle Ph]... continua ses travaux. À 52 ans, elle s’occupa d’un grand tableau qu’elle avait promis à une époque fixe, et fut obligée d'y travailler avec beaucoup d’assiduité. Elle ne put le faire cependant qu’en ayant continuellement le front couvert de compresses d’eau froide ou vinaigrée; sans cela, sa vue était trouble.
A cette époque, l’écartement de ses yeux augmenta d’une manière sensible; une petite tumeur souleva la peau entre les deux sourcils, obstrua la: narine gauche, et fit en peu de temps de tels progrès, que le front prit un développement extraordinaire. Les médecins consultés, craignant d’avoir affaire à une exostose d'origine syphilitique, prescrivirent des mercuriaux sous toutes les formes , qui ne produisirent aucun effet. Une consultation, à laquelle prirent part MM. Larrey, Rostan, Emery, eut lieu, et on s’accorda à penser qu'on avait affaire à un polype des sinus frontaux ; ce qui contribua surtout à accréditer cette opinion, c'est qu'on voyait dans la narine gauche une masse charnue d'apparence polypeuse, et qu'on entendait sur le front un bruissement qui indiquait une communication avec les fosses nasales. On ne put jamais apercevoir la moindre trace de battemens dans la tumeur.
L'opération ayant été décidée, M. Amussat la pratiqua devant MM. Girardin, Garnot et plusieurs autres médecins, le 23 novembre 1838. Il fit une incision cruciale sur le front, et traversa avec le bistouri une croûte osseuse d'un pouce d'épaisseur, formée par des milliers de petites granulations d'apparence graisseuse renfermées dans un tissu aréolaire. La surprise qu’excita la vue de cette tumeur d'apparence nouvelle fut partagée par tous les assistans. M. Amussat en excisa une grande portion; il arriva jusqu'à la dure-mère, qu'il reconnut aux battemens du cerveau; il ne crut pas devoir aller plus loin, parce que le mal avait de profondes racines, et que la malade avait perdu beaucoup de sang.
Au bout de deux mois, la hic était tout-à-fait cicatrisée ; la malade se crut guérie; mais la tumeur reprit un grand développement, malgré lès moyens accessoires que l’on employa, et quoique M. Amussat excisât de temps en temps des excroissances charnues. Cinq ou six mois après l'opération, mademoi selle Phl.... perdit l'œil droit, et pendant les deux derniers mois de sa vie, elle voyait à peine de l’œil gauche; son intelligence S'AMDRE, la mémoire s’altéra beaucoup, et le 25 RÉ 1834, mademoiselle Phl....., après avoir diné comme de coutume, mourut sans agonie. |
Elle fut ouverte le lendemain en présence de MM. Girardin, Emery, etc. ; une incision cruciale ayant été faite à la partie supérieure de la tête, on disséqua les lambeaux, puis on scia verticalement le crâne, ce qui permit d'enlever la partie postérieure de cette boîte osseuse, en laissant sur le devant toutes les parties qui étaient FR
Le cerveau était à l’état normal, excepté les lobes antérieurs qui présentaient un léger ramollissement; l'extrémité de ces lobes, qui était en rapport avec la tumeur, était convertie en bouillie. On fendit verticalement la tumeur : le scalpel divisa facilement la partie antérieure du crâne et de la face jusqu’à l’'apophyse
(1) Observation communiquée à l’Académie royale de médecine , dans sa séance du 2 septembre 1834, par M. Amussat, Gazette médicale, tome 2, 13 décembre 1834. M. Amussat a bien voulu me communiquer la pièce pathologique.