CANCER ARÉOLAIRE DES OS
transverse de l'os maxillaire supérieur; on observa alors un développement considérable du front qui offrait de deux à trois pouces d'épaisseur, accompagné d’un très grand ramollissement. Cet os présentait une multitude de petites cellules remplies d’une matière jaunâtre ayant l'aspect du pus concret, , analogues par leur disposition aux alvéoles d’un gâteau de miel, ou mieux encore aux cellules que présente une grenade coupée verticalement. L’ethmoïde avait subi la même transformation ; les autres os de la face avaient presque tous éprouvé une certaine altération. Le nerf optique gauche semblait se perdre dans la tumeur ; mais une dissection attentive montra qu'il se continuait jusqu’à l'œil.
La dure-mère était presque partout saine; cependant, dans la fosse temporale gauche, elle semblait transformée elle-même en cellules contenant une matière de même apparence que les os. De semblables cellules soulevaient en plusieurs points la muqueuse nasale, en sorte que l'affection, originairement déclarée dans les os, semblait avoir fini par se répandre dans les parties molles voisines.
Les organes de la poitrine étaient sains, et ne présentaient pas un seul tubercule. Les organes de l’abdomen ne présentaient aucune altération. L’utérus seulement offrait plusieurs tameurs fibreuses; lun des ovaires contenait une masse blanchâtre, adipocireuse par sa consistance, qui était analogue à du suif.
La colonne vertébrale présentait une double courbure latérale très forte.
Un morceau de la substance du frontal ayant été mis dans l’eau chaude et pressuré, toute la matière contenue dans les alvéoles fut dissoute, et il ne resta qu’un tissu spongieux à mailles assez serrées. Cette matière fut totalement dissoute sans former d’yeux ; l’eau de savon donna le même résultat.
Soumise à l'analyse par M. Boutin-Limousineau , aide de M. Gay-Lussac, elle présenta les mêmes élémens que le caséum.
— Voici les réflexions faites par M. le rédacteur de la Gazette :
« Les réflexions que fait naître cette observation sont d'abord relatives à la difficulté du diagnostic. Quel est, en effet, celui que l’on devait porter dans ce cas? L'expérience n’est pas là pour nous éclairer. M. Amussat ne croit pas qu'on ait observé ou du moins décrit une altération semblable. Il semble que l’affection ait consisté dans une hypertrophie des cellules du diploë, avec ramollissement et absorption des particules terreuses de l'os, puis dépôt de pus concret dans ces cellules. |
« L'opération fut tout-à-fait insuffisante contre les progrès du mal, que l'on croyait être un polype. Dans un cas pareil, M. Amussat pense qu'il faut s'abstenir de toute opération, à moins que la maladie ne soit tout-à-fait circonscrite. » | |
Explication des figures.
Fig. 1. La fig. 1 représente le profil de la tête de la malade. Le cuir chevelu, y compris le périoste du frontal, ont été disséqués et renversés : une cicatrice déprimée et un orifice fistuleux OF se voyaient au dessus de la racine du nez : un stylet enfoncé par cet orifice sortait par la narine gauche.
La tumeur conoïde et bosselée qui occupe la région frontale est constituée par l'os frontal lui-même, qui a subi une dégénération et une déformation considérables. La surface de la tumeur est aréolaire.
Fig. 2. La coupe représentée fig. 2 a été faite sur la ligne médiane, et verticalement d'avant en arrière. On y voit la coupe de l'os frontal, celle des os propres du nez, de l’ethmoïde, du sphénoïde et de l'os maxillaire supérieur : les fosses nasales, la surface orbitaire et la fosse sphénoiïdale de la base du crane, la faux du cerveau sont à découvert : la dure-mère a été détachée au niveau des fosses antérieure et latérale de la base du cräne : dans certains points, elle a été envahie dans la presque totalité de son épaisseur, et il n’est possible de séparer qu'une lame excessivement ténue.
Cette coupe met dans tout son jour la structure aréolaire des os malades. Au premier aspect, on dirait un corps glanduleux dont les granulations oblongues et inégales en volume sont contenues dans des cellules fibreuses. Le phosphate calcaire a complètement disparu; les parties osseuses dégénérées se coupent à la manière des parties molles.
Les granulations sont formées par une matière concrète ayant la consistance et la couleur du suif ou du saindoux un peu solidifié. Au milieu de cette matière concrète, on sent à l’aide du doigt quelques petites concrétions calcaires. Les cellules dans lesquelles est contenue la matière concrète ont des parois fibreuses tres résistantes. |
Les os qui ont subi la dégénération sont : 1° le /rontal, qui l'a éprouvée dans toute son étendue, dans sa portion orbitaire comme dans sa portion frontale proprement dite; 2° l’ethmoide ; 3° les os propres du nez; 4° le cornet inférieur ; 5° le corps, les petites ailes et les grandes ailes du sphénoide.
Les os dégénérés ont acquis une très grande épaisseur, et sont plus ou moins déformés. Le frontal a deux pouces d'épaisseur dans quelques points; la portion orbitaire offre un diamètre antéro-postérieur tres considérable; les apophyses orbitaires externe et interne ont subi la même altération. La coupe de Ja fis. 2 établit que l'augmentation de volume du frontal s’est faite non-seulement à l'extérieur, mais encore