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Anatomie pathologique

Tout en reconnaissant les immenses services que l’anatomie pathologique a rendus, jusqu’ici, au diagnostic des maladies, nous devons dire que son influence sur la connaissance de leur nature et de leur traitement, a été très-restreinte. Il devait en être ainsi, car les moyens ordinaires d’investigation W. suffisaient pas pour nous faire connaître les changements dans la structure et la composition intime des organes. C’est dans les vaisseaux, de 1/100 millimètre de diamètre, entre des fibres beaucoup plus fines encore, que les phénomènes physiologiques et pathologiques se passent. L’œil nu ne saurait pénétrer jusque là : voilà la cause pour laquelle nous savons bien que tel ou tel organe a changé de consistance, etc., mais qui nous permet rarement de préciser quels sont les tissus affectés.

Prenons, par exemple, l’affection des reins connue sous le nom de maladie deBright ; aussi longtemps quenos connaissances se bornaient aux changements de couleur et de consistance, on ne

(1) Les observations que je viens présenter au public médical étaient, daits l’origine, destinées à faire partie d’un ouvrage plus étendu sur le ramollissement des centres nerveux. Un extrait succinct en a été publié dans le compterendu de l’Académie des sciences de Paris en 1837. D’autres travaux m'ont empêché de donner, jusqu’à présent, plus d étendue à mon mémoire, cependant, je ne crois pas pouvoir différer plus longtemps la publication de ces observations afin d’engager les pathologistes à s’occuper plus activement, et dans la voie expérimentale, de ce sujet important. J’ajouterai bientôt les dessins et les résultats des nombreuses expériences que je viens de faire sur des animaux et qui confirment pleinement mes observations sur le cerveau de l’espèce humaine. Bruxelles, 20 janvier 1840.

pouvait pas être étonné que les uns rangeassent cette maladie à côté des hypertrophies, les autres, au nombre des inflammations. Pour pénétrer plus avant il aurait fallu observer les canaux urinifères des reins, les vaisseaux capillaires, le sang, etc. — L’action des remèdes est plus difficile encore à expliquer; là, l’observation présente de bien grands obstacles à surmonter, car pour apprécier en entier cette action il faudrait pouvoir reconnaître les combinaisons qui s’opèrent entre les molécules de ces substances et celles des tissus auxquels on les applique.

Cette nécessité de connaître plus exactement la nature des modifications de structure des organes est généralement sentie, et c’est avec infiniment de plaisir que nous voyons, dans le sein des différentes sociétés médicales de l’Europe, les praticiens les plus distingués recourir aux deux moyens qui seuls contribuent à la solution d’un grand nombre de problèmes. — Je veux parler du microscope et de l’analyse chimique.

Pour arriver à la détermination de la nature du ramollissement des centres nerveux, je tire le plus grand avantage du microscope;mais avant d’exposer mes recherches sur cet état morbide, je crois devoir décrire la structure intime de ces organes, telle qu’elle a été adoptée par un grand nombre d’anatomistes et confirmée par mes propres observations.

§ 1. Structure du cerveau.

Le cerveau se compose, essentiellement, comme on sait, d’une matière blanche et grisâtre parcourue par des vaisseaux.

Substance blanche ou médullaire. — Soumise à un grossissement de 250 fois, on voit toute la substance composée de corps cylindriques blanchâtres, non interrompus, élastiques, et qui forment par cette élasticité même des renflements assez réguliers d’un 1/100 millimètre de diamètre.

Nous n’avons pas à nous occuper ici de la question de savoir si ce sont de véritables canaux , quoiqu’ils en présentent toute l’apparence. Des réseaux nombreux de vaisseaux capillaires remplissent les intervalles qui séparent ces canaux nerveux (nous leur donnerons ce nom afin d’abréger notre description).

Substance grise ou corticale. — Des vaisseaux capillaires beaucoup plus nombreux la parcourent. Elle contient principalement des canaux semblables aux précédents, mais plus étroits, entremêlés de corps globuleux pointillés.

§ 2. Structure de la moelle épinière.

La moelle épinière se compose de canaux semblables à ceux du cerveau; mais un certain nombre d’entre eux présentent dans leur intérieur une substance demi-globuleuse. Le nombre des vaisseaux capillaires se rapproche de celui delà substance blanche du cerveau.

Comme on peut poursuivre bien loin chaque canal nerveux , il est à présumer que chaque fibre commence dans le cerveau , parcourt les nerfs, et la moelle épinière, et se termine à la périphérie du corps.

Tels sont les détails que nous avons cru nécessaires pour pouvoir exposer plus clairement nos observations sur le changement que subit le cerveau dans le ramollissement.

Il me reste à faire connaître les résultats de nos recherches sur l’inflammation, parce que c’est principalement celle-ci qui nous occupera plus tard (1).

§ o. De l’inflammation.

Le sang considéré dans son cours dans les vaisseaux capillaires contient en suspension dans un liquide incolore, des corpuscules de 1/100 de millimètre de diamètre, aplatis, lenticulaires, colorés en rouge.

Le liquide contient en dissolution l’albumine, la fibrine et quelques sels. Les corpuscules contiennent un petit noyau solide renfermé dans une enveloppe membraneuse.

Pour empêcher le contact des globules avec les parois des vaisseaux, une couche de sérum reste en repos. L’eau ôte aux globules leur rougeur sans dissoudre l’enveloppe. D’après mes observations, je distingue les cinq changements morbides suivants dans les vaisseaux capillaires, dont le premier et le second

(1) Voyez Gluge, Anatomisch microscopische untersuchungen Minden and, Leipzig, 1838, dont la Gazette médicale de Paris 1839 , a donné un extrait.

nous occuperont le plus dans le courant de notre travail.

1. Congestion. Dans cet état les vaisseaux capillairesd’un tissu se remplissent d’une grande quantité de sang. — La couche inerte de sérum est envahie en même temps, de là, rougeur des tissus enflammés; en même temps lenteur de la circulation et dissolution de la matière colorante dans le liquor sanguinis.

2. Engorgement. Jusqu’ici on n’a pas eu d’idée bien nette sur le changement réel que l’on observe dans cet état morbide. Mes recherches m’ont permis d’établir les faits suivants :

Dans un des premiers degrés de l'inflammation et toutes les fois qu’un obstacle s’oppose à la libre circulation du sang, les parties enflammées peuvent se transformer de la manière suivante: les globules sanguins perdent leur couleur et leur volume et s’agglomèrent au nombre de trente à quarante; les agglomérations obstruent les vaisseaux, et la circulation ne se fait plus. Ces agglomérations d’une couleur noirâtre se présentent sous la forme de grands globules; on sépare facilement par la compression les globules qui les composent. Nous les appellerons, pour abréger, globules composés.

Ceux-ci ont 1/30 de millimètre et plus de diamètre. Les petits globules qui les composent sont demi transparents et ont 1/400 à 1/300 de millimètre.

Comme les globules de pus constituent des corpuscules sphériques, de 4/100 de millimètre avec des points noirâtres il est impossible de confondre ces corps qui appartiennent à des périodes très-diflerentes de l’inflammation.

11 est encore impossible de le confondre avec les cellules d’épithélium, comme parait le craindre le savant anatomiste de Berlin, M. Ilenle; car ces cellules se présentent même dans les canaux uriniféres comme des cellules plus ou moins régulières renfermant un noyau.

Les parties liquides du sang transsudent à travers les parois des vaisseaux capillaires et changent la consistance et la couleur des organes. Les vaisseaux eux-mêmes se déchirent par cette véritable macération et on voit alors les agglomérations des globules, qu’on distinguait auparavant dans les vaisseaux, se mêler au liquide épanché, et se répandre dans les tissus.

La transformation des reins dans quelques degrés de la maladie de Bright, offre un exemple remarquable de ce changement. Ou trouve là, dans le plus grand nombre de cas, les corps de Malpighi (dernières terminaisons des artères) remplis de ces agglomérations qui continuent à remplir les vaisseaux jusqu'à la substance médullaire, où le sang normal recommence. De là, décoloration de la substance corticale, transsudationdu sérum dans les canaux urinifères, urine albumineuse, quelquefois teinte par la partie colorante dissoute du sang (1). L’engouement inflammatoire des poumons offre un second exemple remarquable de ce changement. Là aussi, tous les vaisseaux capillaires contiennent le sang altéré de la manière que nous venons d’indiquer. Il suffit de faire une légère incision et d’examiner le liquide adhérent au scalpel, pour trouver les agglomérations de globules. La manière la plus facile de provoquer leur formation, est d’injecter dans les veines jugulaires d’un chien, une petite quantité de mercure. On a cru longtemps que la matière blanche qui se rassemble autour des globules de mercure, était de la matière tuberculeuse. Il n’en est rien, c’est le sang et notamment ses globules qui sont changés. J’ajouterai que le ramollissement des tubercules se fait en général, de manière que les globules sanguins s’arrêtent, forment des agglomérations, et le. sérum qui transsude détermine une véritable macération. C’est une des causes fréquentes du ramollissement des tubercules, et c’est pourquoi on trouve si souvent ces agglomérations mêlées dans les cavernes des phthisiques, à la matière tuberculeuse qu’on distingue facilement des globules composés.

Du reste, chaque lésion mécanique peut produire en quelques jours les modifications du sang que nous venons de décrire.

3. Dans un autre degré de l’inflammation c’est la fibrine qui transsude dans les tissus. (Nous citerons comme exemple l’hépatisation.)

4. Formation de pus, qui ramollit les tissus dans l’hépatisa-

(1) Nous communiquerons plus tard quelques cas où les reins dans la maladie de Bright offrent une transformation tout à fait différente. Voyez mes Recherches anatomico-pnlhologiques , Minden et Leipzig, 1838, et Gazette médicale 1839.

tion grise des poumons par exemple; celle-ci n’es!;, d'après mes recherches, qu’une suppuration. Je n’y ai jamais trouvé autre chose que des globules de pus.

5. Gangrène. Dans les degrés précédents, les liquides seuls s’altèrent; dans la gangrène au contraire, ce sont les tissus mêmes qui changent. Ils se dissolvent en molécules visibles au microscope, qui, pendant quelque temps, conservent même encore la direction des fibres (1).

Telles sont les recherches dont nous avons dû d’abord exposer les résultats, pour faire comprendre nos observations sur le ramollissement du cerveau.

De la nature du ramollissement du cerveau.

Observations.

L’aspect extérieur du ramollissement a été décrit si souvent et avec tant de soin, que nous croyons pouvoir nous occuper immédiatement des modifications qui s’opèrent dans la structure intime du cerveau.

Les cas de ramollissement de l’encéphale que nous avons observés se rapportent aux âges les plus différents, depuis celui de 15 ans jusqu’à la vieillesse. Les sujets qui les ont offert, avaient présenté, pendant la vie, un nombre plus ou moins grand de symptômes de paralysie, ou des dérangements des fonctions cérébrales.

Les ramollissements que nous avons rencontrés, se divisent, quant à la couleur, en deux classes.

La première présentait une teinte rouge jaunâtre très-variable.

La deuxième une couleur parfaitement blanche.

Nous avons en outre observé le ramollissement du cerveau dans les parties suivantes ayant affecté tantôt la substance blanche, tantôt la substance grise, et enfin, dans plusieurs cas, toutes deux à la fois.

Nous avons observé le ramollissement de la plus grande parti) Voyez mes observations Annales de Laurent et Bazin, 1837.

tie du cerveau et du cervelet (ramollissement blanc); le ramollissement des lobes antérieurs de l’hémisphère droit, du cervelet, du pont de Varole, de toute une moitié du cerveau des deux ventricules, des corps striés, des corps calleux.

Nous n’avons pas eu occasion d’observer le ramollissement de la moelle épinière de l’homme. Tous les cerveaux que nous avons examinés n’ont jamais présenté un ramollissement général de manière que nous avons toujours pu comparer des parties saines avec des parties malades.

Le ramollissement nous a présenté différents degrés. Depuis la diminution de consistance, qui était sensible seulement au toucher jusqu’au plus haut degré de diffluence, circonstance dans laquelle la substance cérébrale était réduite en bouillie.

De même la couleur a varié depuis celle qui est naturelle à la substance blanche et grise jusqu’à la coloration rosée rouge et jaunâtre. Dans les cas que j’ai observés, le dernier changement de couleur était le plus fréquent, de manière que je puis en conclure que le ramollissement rouge est plus fréquent que le ramollissement blanc. Je vais rapporter maintenant les cas de ramollissement que j’ai observés. Quant aux histoires des maladies, on en a déjà publié un si grand nombre que je crois inutile de les relater. Nous ferons remarquer d’ailleurs que nous ne nous occupons ici que de la nature du ramollissement.

Ramollissement par cause interne.

I. Femme. — Ramollissement par cause intérieure; paralysie précédente. — Dans la substance grise, et surtout dans la substance blanche du cerveau et du cervelet se trouvent des points ramollis de la grandeur d’une pièce d’un sou. La substance est réduite en bouillie. La partie environnante a la consistance normale.

Analyse microscopique. — Les canaux nerveux n’offrent que des fragments, mais leur aspect ne diffère pas de l’état normal : je trouve mêlés avec ces fragments des corpuscules de la forme suivante : sphériques , peu transparents, dix fois plus grands que les globules du pus, ils sont composés par des globules beaucoup plus petits, comme on peut s’en assurer par une légère compression, de manière que ces corps présentent une agglomé-

ration de petits globules. Ces derniers isolés étaient sphériques et transparents.

Le scalpel plongé dans le ramollissement la goutte adhérente présente un nombre immense de ces corps, auxquels étaient mêlés les fragments des canaux nerveux. Il n’y en avait aucune trace dans la substance non ramollie du reste du cerveau et du cervelet.

II. Homme. — Symptômes cérébraux sans paralysie; ramollissement dans le lobe antérieur du cerveau occupant quelques pouces d’étendue. — La masse ramollie contenait quelques fragments de canaux nerveux et un grand nombre d’agglomérations de globules que nous venons de décrire. Les vaisseaux capillaires de la substance blanche sont plus nombreux et plus injectés, que dans l’état normal.

III. Femme. — Apoplexie ; paralysie du côté gauche ; après quinze jours nouvelle attaque. Mort. — L’hémisphère droit est ramolli jusqu’au thalamus nervorum opticorum , sa couleur est changée, c’est un rouge mélangé de gris. L’autre hémisphère est injecté, mais sa consistance est normale. Dans les deux hémisphères il se trouve des foyers de sang épanché, et dans les deux ventricules un liquide rougeâtre.

1. Le liquide contient les globules composés et des fragments de canaux nerveux.

2. Le sang coagulé renferme des fragments de canaux nerveux (c’est à tort qu’on a donné à ces fragments du cerveau entraînés par lepanchement du sang, le nom de caillot).

3. Dans la substance cérébrale du côté droit il se trouve une quantité énorme de globules composés, dans le côté gauche, ils sont en très-petit nombre seulement.

4. Les canaux nerveux sont à peine reconnaissables dans le coagulum du sang, et ne forment que de petits fragments dans la partie ramollie, mais ils sont sans lésion dans le reste du cerveau.

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