Le sang se distingue partout par une grande liquidité
IV. Homme. — Paralysie du côté gauche depuis plusieurs mois. Ramollissement rouge de l’hémisphère droit du cerveau. Les vaisseaux capillaires sont très-injectés. Les canaux nerveux
ont disparu ou sont difficiles à reconnaître et n'existent qu'en petits fragments dans la partie du cerveau qui est ramollie. Ils sont intacts dans le reste du cerveau.
Les globules composés se trouvent partout en grand nombre dans la substance ramollie blanche et grise.
Y. Apoplexie précédente. — Ramollissement rouge dans le cerveau. — Globules composés dans la partie ramollie.
VI. Femme. — Chute subite quatre semaines avant la mort. Paralysie du côté gauche et contracture des membres. Epanchement de sang dans le ventricule droit et ramollissement dans le même. — La masse ramollie ne contient que des fragments de canaux nerveux mêlés avec un grand nombre de globules composés : ils se trouvent dans la substance grise et blanche. Dans toutes les parties du cerveau qui environnent le ramollissement, les vaisseaux sont extrêmement injectés.
VIL Homme de 50 ans. — On ne sait pas si une attaque d’apoplexie a précédé. Il a séjourné dix-huit jours à l’hôpital : délire continuel, sensibilité extrême de la peau au toucher le plus léger, contracture légère du bras droit, pas de paralysie.
Il existe dans le lobe droit du cerveau un endroit qui offre un ramollissement profond et rouge. Le ventricule gauche contient une quantité de liquide jaunâtre, le corps strié est ramolli à la surface, le pont de Varole offre comme le corps calleux un ramollissement blanc, dans l’intérieur du cervelet, ramollissement rouge-gris. Toutes les differentes couleurs de ramollissement cérébral se trouvent ici réunies !
Le sang pris dans la veine crurale n’offre rien de remarquable au microscope. Le liquide jaune épanché dans le ventricule, contient des globules rares sanguins et quelques globules composés.
Dans le ramollissement blanc, il y a des fragments de canaux nerveux à peine reconnaissables , et des globules composés.
Le ramollissement rouge contient une quantité énorme de ces derniers.
Dans le milieu du cervelet se trouve un endroit, grand comme une pièce d’un sou, qui offre un ramollissement gélatineux, qui de même se laisse tirer en fils. J’y distinguais facilement les ca-
naux nerveux, beaucoup de globules composés, et outre cela, beaucoup de globules de pus , de manière que précisément ce mélange avec le pus parait produire cet aspect gélatineux (1).
VIII. Femme de 40 ans à peu près. — Chute il y a quatorze jours. Paralysie du bras gauche, la jambe du même côté, peu paralysée.
La partie postérieure de l’hémisphère droit offre tous les degrés de ramollissement rouge jusqu’aux points jaunâtres, en petit nombre toutefois, la partie ramollie n’est pas diffluente un point de deux centimètres de largeur sur quatre de longueur de la substance blanche n’offre que le ramollissement blanc, sans coloration aucune.
1. Substance blanche médullaire. — Les canaux nerveux sont comme des fds, rétrécis, comme j’ai pu facilement m’en convaincre en les comparant avec des parties saines du même cerveau. Il se trouve une substance blanche et amorphe entre les fragments des canaux.
Le ramollissement n’occupe qu’un petit point. Il ne s’y trouve aucune trace de globules composés.
2. Ramollissement rouge-grisâtre. — Les globules composés s’y trouvent en nombre très-considérable, et il n’existe presque plus de trace des canaux nerveux, ou ils sont réduits à des stries, et on ne reconnaît plus deux lignes latérales. Les points jaunes dont j’ai parlé ressemblent sous le microscope à un amas de gouttelettes de graisse.
IX. Malade affecté depuis longtemps de céphalalgie, stupeur, fourmillements dans les membres.
Excavations de la grandeur d’une noisette occupant en grand nombre une grande partie du cerveau, savoir : les hémisphères cérébraux et la protubérance annulaire. Les excavations sont formées par une sorte de membrane, elles contiennent une matière rouge membraniforme, la substance cérébrale qui l’environne est ramollie.
(1) Dans plusieurs des cas précités les globules composés se trouvaient encore dans les vaisseaux sanguins On pouvait les isoler facilement de manière qu’il est impossible de douter que les globules se forment dans les vaisseaux sanguins mêmes.
La matière membraniforme se présente comme uae fausse membrane, le ramollissement contient un grand nombre de globules composés.
X. Homme. — Ramollissement blanc d’une grande partie du cerveau. Les vaisseaux capillaires sont extrêmement injectés, les canaux nerveux sont détruits ou n’existent qu’en fragments mêlés à un nombre immense de globules de pus.
J’ai observé encore quelquefois le pus , constituant le seul produit morbide, qui était mélangé aux fragments des canaux nerveux.
Ramollissement par lésion extérieure.
XI. Jeune homme; chute du premier étage d’une maison; contusion du cerveau, coma, mort; fracture du crâne à l’endroit où il forme la cavité pour le cervelet; épanchement de sang à la base de celui-ci, de même dans les deux ventricules et dans quelques autres endroits du cerveau ; plusieurs endroits ramollis réduits en bouillie, contenant seulement des fragments de canaux nerveux, et pas une trace de globules composés. Le coagulum du sang renferme des fragments de vaisseaux capillaires et de canaux nerveux. Cette observation présentait un cas de ramollissement purement mécanique par le sang épanché. La substance cérébrale a-t-elle été en même temps déchirée par suite de la chute?
J’ai en outre observé deux cas de ramollissement blanc où aucuu produit morbide ne paraissait mêlé au détritus du cerveau; mais malheureusement ils étaient conservés dans l’alcool , de manière que je n’ose attacher une grande valeur à ces observations.
Ramollissement apoplectique sans production inflammatoire.
XII. Apoplexie du cervelet. Le foyer apoplectique contient dans son caillot un nombre très-grand de fragments déchirés de vaisseaux sanguins et de canaux nerveux. Le ramollissement autour du foyer apoplectique ne contient aucune trace de globules composés. Les fragments des canaux nerveux sont faciles à reconnaître et n’offrent pas de changement.
XIII. Apoplexie dans le pont de varole. Jeune fille de 16 ans. — Mort le même jour de l’attaque.— Elle s’était seulement plaint
de maux de tête. Partout l'épanchement sanguin offre des globules sanguins ; les vaisseaux sanguins forment même dans la substance médullaire des réseaux denses et fortement injectés. Il est à présumer que les vaisseaux étaient déchirés par la fluxion trop considérable de sang qui s’était faite vers le cerveau. Plusieurs autres observations d’apoplexie m'ont donné le même résultat. Le caillot contenait des vaisseaux sanguins et des canaux nerveux déchirés (I).
Opinions des différents auteurs sur le ramollissement du cerveau.
Nous allons maintenant donner un aperçu succinct des opinions des médecins les plus distingués, sur la nature de la maladie dont nous nous occupons, et nous les comparerons ensuite avec le résultat de nos propres recherches. Ce sont surtout en France MM. Bouillaud, Rostan, Andral, Cruveilhier, Lallemand, Uochoux; en Angleterre, Abercrombie;en Allemagne, Burdach, Fuchs qui se sont occupés de notre sujet.
M. Cruveilhier (2) établit comme différence entre le ramollissement rouge et le ramollissement blanc , que dans le premier il existe des foyers de sang; que dans le second, celui-ci s’est infiltré dans la substance cérébrale. Il appelle ce ramollissement rouge, apoplexie capillaire , et pense que dans l’apoplexie, proprement dite, ce sont les grands vaisseaux qui se déchirent, dans l’autre, les vaisseaux capillaires. Nous verrons que cette différence de couleur a une cause beaucoup plus profonde.
Quant à l’apoplexie, M. Cruveilhier pense que l’hémorrhagie n’est pas la suite du ramollissement, comme le pense M.Rochoux.
(1) Dans la fièvre typhoïde j’ai très-souvent observé la consistance diminuée dans tout le cerveau. Les canaux nerveux avaient perdu leurs contours nets , ils étaient à peine reconnaissables. En comparant des cerveaux d’autres malades morts depuis le même temps , nul changement semblable n’y put être observé. Cette circonstance me paraît mériter la plus grande attention. Dans ces cas je n’ai trouvé au microscope aucune trace d'un produit quelconque d’inflammation.
Le liquide épanché dans le ventricule du cei veau d’un malade mort d'une méningite ne se coagulait pas parles acides, et contenait des cellules épidermiales!
Cl) Dictionnaire de médecine pratique , tome III, 1829 , page 201 , première édition.
Il établit, en outre, que le caiilot contient rarement des fragments de cerveau. Cela est vrai quand on parle de fragments visibles à l’œil nu, mais d’après mes observations il se trouve toujours un certain nombre de canaux nerveux mêlés aux globules sanguins. Quant à l’opinion de M. Cruveilhier que les vaisseaux sont seuls affectés dans l’apoplexie, et que le déchirement de Sa substance cérébrale n’est que consécutive, mes observations les confirment pleinement. De même, quand cet illustre anatomiste pense que le ramollissement rouge n’est qu’un mélange de sang avec la substance cérébrale, cette assertion a quelque chose de vrai en parlant du sang altéré de la manière que nous l’avons dé crit, car, en général, il ne se trouve pas de globules sanguins dans le cerveau ramolli. Mais on ne peut dans aucun cas le considérer avec lui comme une faible hémorrhagie.
M. Rostan (1) pense que tout ramollissement n’est pas inflammatoire, mais bien dans le plus grand nombre de cas, et il donne comme preuve la rougeur, les maux de tête, etc. Quand la couleur est blanche il n’existe pas, selon cet auteur, d'inflammation, de même quand la couleur est lie de vin. Quant à la première assertion elle peut être juste pour un certain nombre de cas, mais nous avons biensouventtrouvédes globules de pus en grand nombre. Quanta la seconde, cette couleur est liée à un phénomène inflammatoire.
D’après M. Rochoux (2), qui donne de précieuses observations sur l’apoplexie, il existe deux espèces de ramollissements. Dans la première, qui accompagne toujours l’apoplexie, le ramollissement est jaunâtre, homogène : ïl appelle celui-ci primitif. Dans la seconde espèce, qui est d’une couleur jaunâtre ou brune, le ramollissement est tantôt primitif tantôt consécutif et constitue le ramollissement inflammatoire de MM. Lallemand et Rostan.
Il pense aussi que le ramollissement est la conséquence d’une inflammation. Les symptômes qu’on observe, le pus, la solution
(1) lecherches sur le ramollissement du cerveau , 2e édit , p. 2. D’après cet auteur le ramollissement peut être jaune , vert, rose rouge , d'un blanc mat, marron, lie de vin ,et toutes ces couleurs peuvent se présenter ensemble dans le même cerveau malade.
(2) Recherches sur l'apoplexie et sur plusieurs autres maladies de l'appareil nerveux cérébro-spinal , 2e édit., Paris 1S33.
de continuité lui paraissent confirmer cette opinion. Il ajoute qu’on ne peut pas le comparer avec la gangrène comme le font MM. Rostan et Abercrombie.
Quanta l’apoplexie, M. Rochoux pense que, dans tous les cas, on peut s’assurer que le sang s’est échappé par suite d’une rupture du tissu nerveux dont l’organisation a subi une altération. Dans 1 eDict.de méd., (2e édit., t. ni, Paris 1855, p. 486, article. Apoplexie), le même auteur ajoute que ce ramollissement, précédant l’hémorrhagie, est produit par un vice général de la nutrition des tissus.
M. Lallemand (1) adopte les espèces suivantes:
1° Congestion sans épanchement; coup de sang avec épanchement; apoplexie.
2° Inflammation du cerveau.
Ve Période : Ramollissement avec injection.
2e » Inflammation avec épanchement.
5e » ramollissement avec suppuration.
Il pense (p. 81 ) que le ramollissement est toujours la suite d’une inflammation.
Le ramollissement de la première période est produit par un épanchement de sang qui s’altère. Dans les autres degrés le pus s’infiltre. Quoi qu’il en soit, dit-il, la couleur jaune vert n’indique pas moins positivement la présence du pus (2) , que la couleur rose rouge, etc., celle du sang.
M. Récamier considère le ramollissement comme une dégénérescence « sui generis. >
L’opinion de M. Andral se résume très-bien dans ces mots (Clin, méd., t. v, p. 567, édit, de Bruxelles). « Tout ce que nous affirmons est qu’il faut chercher ailleurs que dans une inflammation la cause de tous les ramollissements. On ne saurait non plus appeler cette maladie apoplexie capillaire; dans un certain nombre de cas le ramollissement peut être accompagné d’infiltration sanguine, dans d’autres on n’en trouve pas de trace. » Le
(1 ) Recherches anatomico-palhologiques sur l’encéphale et ses dépendances, Paris, 1820.
(2) Ceci n’est pas exact, car la couleur lie-de-vin dénote la présence des globules composés.
ramollissement peut donc être ou une apoplexie capillaire ou une encéphalite, mais il n’est nécessairement ni l’une ni l’autre.
M.Abercrombie(l) compare le ramollissementavecla gangrène, mais i! pense que cette gangrène est la suite d’une inflammation comme dans les autres tissus enflammés ou d’un obstacle à la circulation. 11 pense que les cas décrits par M. Rostan se rapportent à celte dernière cause, et les siens plutôt à l'inflammation.
M. Carswell (2) dit que le ramollissement des tissus est en général une suite de l’inflammation, mais que dans le cerveau celleci peut aussi être la suite de l’oblitération des vaisseaux. Le ramollissement inflammatoire du cerveau parait d’après lui dans trois degrés. Dans le premier, le ramollissement est à peine perceptible au toucher et passe souvent inaperçu , si la couleur n’est pas changée en même temps. Dans le deuxième, le ramollissement change aussi la conformation du cerveau. Dans le troisième enfin, il y a solution de continuité. La couleur de l’endroit ramolli dépend de la présence du sang ou du pus. Une couleur jaune, brune ou orange, indique que la maladie existe depuis quelque temps.
M. Burdach (5) dit que le ramollissement du cerveau lui parait moins dépendre de faiblesse de la formation que d’une sorte d’irritation. Celle-ci peut être produite par inflammation chronique ou par une simple diathèse inflammatoire. Le ramollissement se montre d’après lui, i° à la suite des lésions traumatiques du cerveau; 2° autour d’épanchements sanguins (4); 5° autour de pseudoplasmes ; 4° autour des corps étrangers; 5° à la suite de suppuration ; C° dans le typhus avec inflammation du cerveau ; 7° dans la méningite hydrocéphalique.
Dans les belles observations de M. Fuchs, enfin, nous ne trouvons cependant pas de faits pour nous éclairer sur son opinion sur le ramollissement du cerveau.
(1) John Abkrcrombie , Pathological and practical researches ofdiseases of lhe brain and the spinal cord. , Edinburgh , 1828 , tome VIII , page 23.
(2/ Illustrations of elementary forms of disease fasc. tome V, Lond. 1831.
(3) Vont bau und leben des gehirns \ ol. III, Leipzig, 1826, tome 4 , page 26.
(4) Le sang épanché dissout la substance cérébrale.
Expériences faites sur les animaux.
Il nous reste à répondre aune question importante, qu’on aurait ledroitde nous foire. Peut-on produire artificiellement un ramollissement dans le cerveau des animaux et quels caractères offre-t-il?
Si l’on prend des lapins pour ces expériences, il fout seulement enfoncer à quelques lignes une ou deux épingles à travers le crâne ; les animaux vivent une semaine avant que les convulsions , paralysies’, etc. annonceut la mort. On trouve alors des points ramollis autour du corps étranger , qui offrent les globules composés; d’autres fois, il s’opère seulement un épanchement sanguin qui entraine des fragments de cerveau; le sang s’infiltre dans les parties environnantes et les ramollit, le cerveau change alors seulement de couleur dans cet endroit. Plus l’épingle pénètre, plus l'épanchement sanguin devient grand et d’autant plus rapidement périssent les animaux, de manière qu’il faut les plus grandes précautions pour faire une lésion du cerveau, telle que l’animal puisse y survivre 8 à I5jours,ce qui nous a réussi après une longue habitude de ces sortes d’expériences.
De cette manière se produisent les changements de couleur qu’on observe si souvent dans les apoplexies. J’ai vu que la coloration prenait son origine du centre de la lésion. Je ferai remarquer que l’épanchement et non la lésion cérébrale est la cause principale de la mort et certainement aucun ramollissement ne précède cette apoplexie artificielle.
La production artificielle du ramollissement avec les globules d’inflammation et celui à la suite d’un épanchement sanguin sont donc tous les deux possibles. Je communiquerai plus tard les détai's de ces observations laites sur des animaux.
Jusqu’ici je ne sais pas si on pourrait déterminer dans les animaux le ramollissement sans changement de couleur de la substance cérébrale telle qu’elle a été observée plusieurs fois sur l’homme et sans la production d’aucun phénomène inflammatoire. Ce sera l’objet d’expériences ultérieures.
Résultats obtenus par mes recherches.