‹ Anatomie pathologiqueChapitre 14 sur 65 · DE L^INFLAMMATION · texte numérisé non relu

DE L^INFLAMMATION

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DE l'inflammation.

L'inflammation est une maladie si générale , qu il est bon d'en donner une ide'e avant de décrire les alte'rationsdes divers systèmes. Tous les auteurs, depuis les anciens jusqu'aux modernes, se sont spécialement occupés de l'inflammation. Nous n'exposerons point les diverses opinions de chacun d'eux à cet égard, et nous ne parlerons simplement que de ce que l'observation nous démontre. Avant d'en traiter , nous rappellerons succinctement les organisations différenles de nos diverses parties. Chaque système a d'abord une substance propre, plongée dans un tissu commun composé de tissu cellulaire, de nerfs, de vaisseaux, etc. La plupart présentent, d'une manière sensible , des artères et des veines , et un tissu capillaire extrêmement abondant, tels sont la peau, les muscles, etc. D'autres au contraire ne présentent pas sensiblement de vaisseaux, tels sont les os ^ les tendons , les aponévroses. En général partout où les capillaires abondent , outre

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la nutrition , il s'opère encore une fonction particulière, comme dans les membranes se'reuses où il se fait une exhalation. On ne doit point perdre de vue cette disposition , car la fréquence et l'intensité de finflammation sont toujours en raison directe du nombre des vaisseaux. Quant à la vitalité , on sait que chaque système a son mode particulier d'existence. Celui du cellulaire est tout différent du muqueux , ce qui vient de la diversité des propriétés vitales de chacun.

Cela posé , il est aisé de savoir ce que l'on entend [)ar inflammation. On dit qu'une partie est enflammée quand elle est rouge, douloureuse, chaude , tendue ; mais ces quatre symptômes , quoique très fréquents, n'existent cependant pas toujours. Pour bien concevoir cette maladie, il faut la considérer succinctement dans chaque système , en commençant par son degré le plus simple et remontant jusqu'à ses plus grandes complications. Si l'on prend d'abord l'inflammation dans le système cutané , on voit qu'elle est susceptible d'y parcourir tous les périodes possibles. La rougeur causée par une légère irritation , par la trop grande proximité du feu , sont déjà les rudiments de l'inflammation; déjà l'on observe constamment un changement préliminaire dans la sensibilité de la partie. Ce n'est jamais que consécutivement à ce changement que

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les autres phe'nomènes se manifestent. En rassemblant ainsi la somme de toutes les inflammations^ dans lesquelles les forces vitales sont constamment exaltées , on est porte à conclure que laugmentation de ces forces joue un rôle dans la maladie, et qu elle en est la cause. Par l'accroissement de sensibilité, l'afflux du sang s'opère ; la partie rouge de ce liquide passe dans des vaisseaux où elle ne circulait pas auparavant. Ce phénomène est sensible dans les membranes séreuses. Quand l'inflammation est plus forte , il paraît qu'alors il s'opère des extravasations qui ne permettent plus de suivre les petits vaisseaux rouges, et n'offrent que des plaques irrëgulières et plus ou moins larges , comme on le voit à f inte'rieur du poumon dans la péripneumonie. Si l'inflammation devient encore plus intense, il survient un autre phénomène, c'est la chaleur, qui paraît ordinairement plus considérable qu'elle ne l'est réellement, puisque le thermomètre prouvequ'elle ne dépasse guère la température naturelle de deux ou trois degrés. Le sentiment qu'en éprouve le malade est aussi très vif. Le dégagement plus ou moins abondant du calorique se remarque non seulement dans les inflammations , mais encore dans toutes les parties où l'énergie vitale a été excitée. Il n'est pas de notre objet d'expliquer ici ce phénomène.

Si rinflammation se présente encore à un plus haut degré' , alors à tous ces symptômes se joint un mouvement fébrile, phénomène qui suit toujours les grandes excitations ; quelquefois il précède ou vient après l'accès inflammatoire. Cette fièvre est toute différente des fièvres essentielles. Un autre symptôme qui accompagne encore l'inflammation 5 c'est le gonflement , qui est plus ou moins considérable, suivant l'abord plus ou moins grand du sang qui le cause. On voit d'après cela que cette circonstance n'est que purement accessoire et doit toujours varier.

L'inflammation varie encore suivant deux principales circonstances: i** suivant les maladies dont elle se complique ; 'j!" suivant le système où elle a son siège.

L'inflammation se complique souvent d'affections plus ou moins graves, dont les symptômes sont quelquefois si intenses quils masquent la maladie primitive; ainsi les signes de l'inflammation peuvent s'unir à ceux de l'adynamie, comme on en a de§ exemples dans les péripneumonies putrides , dans les fièvres puerpérales , qui sont quelquefois mêlées de putridité , et dans le phlegmon, qui est souvent suivi de mortification. On pourrait citer des exemples de ces complications dans l'inflammation de chaque système. L'ataxie la complique rarement ; cependant on a vu après

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quelques pleurésies s'ope'rer une métastase au cerveau 5 mais elle durait peu de temps.

Une complication extrêmement fréquente de l'inflammation sont les embarras gastriques ; dans presque tous les hôpitaux , il est peu d'inflammations qui ne soient accompagnées , dès leur invasion, de cette affection. Du reste, dans les embarras gastriques , il faut bien distinguer ce qui appartient à Testomac d'avec ce qui appartient au foie-

Quant aux symptômes muqueux^ ils se compliquent rarement d'inflammation.

Les autres systèmes se ressentent plus ou moins de l'influence de la partie malade. Les organes en souffrent plus ou moins ; ainsi, dans la péripneumonie, l'action du cœur augmentée produit la fièvre , l'estomac se dérange par sympathie , les urines deviennent rares, la peau se sèche. Si * l'on examinait dans le début des inflammations graves l'état des organes , on verrait que tous sont plus ou moins lésés dans leurs fonctions.

Telle est l'inflammation considérée sous le rapport de ses complications. Maintenant voyons ses différences , suivant le système qu elle affecte. Les auteurs n'ont point eu égard à cette distinction; cependant elle est essentielle, et la différence d'inflammation d'un système à un autre ne doit jamais être méconnue.

D'abord tous les systèmes très vasculeux tels que le cellulaire, le muqueux, le séreux, etc., sont très sujets à s'enflammer. Ceux qui pre'sentent une disposition contraire, tels que Tosseux , le cartilagineux, le tendineux, ne s'enflamment presque jamais. Sous ce rapport, on voit donc que 1 organisation des tissus influe sur le mode des différents symptômes. La douleur que cause le tissu cellulaire enflammé ne ressemble point à celle de la peau dans cet état ; ainsi la douleur de l'inflammation a un mode particulier suivant chaque système. La rougeur et la chaleur suivent aussi ce rapport ; ainsi la peau se colore au moindre excitant, tandis qu'il faut un temps considérable aux membranes séreuses pour que leur surface devienne rouge. Le mécanisme de cette rougeur se conçoit bien pour certains systèmes, mais dans d'autres, où l'on n observe pas de vaisseaux, il est difficile de l'expliquer; ainsi l'on ignore le mode inflammatoire des organes peu vasculeux, tels que les os, les cartilages et les tendons. La chaleur présente encore un caractère différent, suivant que tel ou tel système se trouve enflammé : dans l'érysipèle , elle est acre, mordicante; dans le phlegmon, elle est augmentée, mais elle a le typé ordinaire. Le rhumatisme en offre .encore une autre espèce. Toutes ces considérations suffisent pour prouver que

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l'inflammation n'est point la même dans tous les systèmes.

L'inflammation est susceptible de se terminer de trois manières différentes : 1 ^ naturellement ou par re'solution ; 2° par suppression ou répercussion; 3° par suppuration ou autre maladie.

L'inflammation , dans ses périodes naturels, se termine par résolution. D'abord elle augmente, parvient à son apogée', puis diminue et se re'sout. Ces phénomènes roulent sur les symptômes principaux. C'est d'abord la fièvre qui cède, puis la rougeur, la tumeur et la douleur.

L'époque de la résolution des diverses inflammations est extrêmement variable , et , quoique ces maladies affectent un type général , il est tellement modifié qvi'elles diffèrent toutes les unes des autres. D'abord la résolution varie suivant les complications , ce qui la rend plus ou moins tardive; elle varie aussi suivant le système affecté, par la seule raison de leur organisation et de leur vitalité différente : ainsi dans celui où elle sera énergique , la résolution sera plus prompte , comme dans les muscles, la peau , etc. ; au contraire, dans les os 5 les cartilages , où la vie semble languir, rinflammation parcourt ses périodes d'une manière extrêmement lente; ailleurs elle serait chronique, tandis que chez eux elle est purement aiguè.

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Celte différence est remarquable non seulement dans les inflammations spontanées , mais encore dans celles que produisent les solutions de continuité, pour la cicatrisation. On sait qu'un os est quarante jours à se cicatriser, tandis que la peau n'en met que six. Cette différence dans la durée de la résolution existe encore même entre les systèmes doués ^de plus de vitalité : ainsi le séreux est remarquable par la rapidité de son inflammation , tandis que dans le tissu du foie, dans celui du rein , l'inflammation est beaucoup plus lente.

L'intensité de l'inflammation suit donc le degré de vitalité des divers organes.

On connaît encore d'autres causes accessoires qui accélèrent ou ralentissent la résolution, telles sont le traitement, la température et la constitution.

L'inflammation qui se termine par résolution présente un phénomène assez ordinaire, c'est l'augmentation des sécrétions , que l'on nomme crise. Nous n'en rechercherons point ici la cause, seulement nous dirons que tantôt c'est une sueur abondante, tantôt une expectoration muqueuse, etc., suivant l'endroit de l'affection. Cette excrétion est toujours un signe favorable , mais il est impossible de déterminer son rapport avec la maladie; il est tout aussi inconnu que celui des phénomènes

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qui la précèdent. A cet éjjard , on doit observer que toute inflammation ne se termine pas ainsi. Ceci paraît subordonné au système qu'elle affecte. Celle du tissu muqueux se juge facilement par excrétion, tandis que celle de Fosseux n'en est pas susceptible.

Quelquefois l'inflammation s'arrête dans le cours de ses périodes naturels, et tantôt c'est.un effet de la maladie , tantôt un moyen employé par l'art j tel que dans la brûlure, traitée par les répercussits. Pour les inflammations internes , nous ne sommes pas maîtres de les arrêter ; ainsi , en général, cette pratique est dangereuse. On sait combien il est souvent funeste de réperctiter un érysipèle ; aussi presque toujours maintenant les abandonne-t-on à leur marche naturelle : il en est de même du phlegmon , etc. Ce phénomène n'est point particulier aux inflammations , car toute maladie imprudemment supprimée se reporte souvent sur un autre organe, où elle produit une affection plus grave, ou même la mort. Quels funestes effets n'arrivent pas dans l'interruption des premiers périodes d'une fièvre intermittente, dans la répercussion d'une petite-vérole, d'tm simplecatarrhe? Cependant il est évident que dans les maladies où l'expérience a appris que la terminaison^ serait peut-être funeste si on l'abandonnait à la nature ou doit chercher à appeler ailleurs l'exci-

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talion, comme clans la përipneumonie , par l'application des vésicaloires.

Il est beaucoup d'inflammations qui naissent spontanément. Il en est dont la nature semble être mobile et se porter alternativement d'une partie à une autre, tel est le rhumatisme aigu. Ceci de'pend aussi des divers systèmes ; ainsi le ctUane' souvent offre de ces me'tastases , tandis que l'osseux n'en présente jamais. Cette suppression spontanée a éie' connue de tous les anciens médecins.

L'inflammation se termine encore par d'autres maladies, telles que la suppuration, l'inflamma^ tion chronique. Quand la résolution ne s'opère pas, presque toujours la suppuration se forme; mais il est impossible de la prévoir, puisque la marche inflammatoire est la même; d'ailleurs les systèmes sont encore plus ou moins disposés à cette terminaison. Le tissu cellulaire y est très propre, ainsi que le séreux, lemuquetix; d'autres, au contraire, ne suppurent presque jamais, tels sont les tendons, les os, dont l'inflammation est encore peu connue des pathologistes.

Deux causes principales modifient singulièrement la suppuration , ce sont les diverses complications et la nature du système affecté. Certains systèmes , comme nous l'avons déjà dit, sont très disposés à la suppuration , et chez eux l'inflam-

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mation fait des progrès rapides ; d'autres , au contraire, en paraissent peu susceptibles.

Le mode même de la suppuration diffère dans chaque système; dans le muqueux, elle n'est autre chose qu'une sécrétion augmentée des glandes subjacentes à la membrane. Dans le séreux, au contraire, elle n'est qu'une exhalation extraordinaire 5 et quelquefois mêlée de flocons, sans que l'on aperçoive jamais aucune érosio^îi à la surface. Quant au système pulmonaire ou celluleux, il est difficile de déterminer d'après l'inspection comment la suppuration s'y comporte. Presque toujours le pus est infiltré dans le poumon; dans la peau , le pus se ramasse en petits abcès ; dans le tissu cellulaire , il forme une poche considérable : le tissu séreux ne s\abcède jamais. Ainsi Ton voit que le mécanisme de la suppuration diffère suivant chaque système. Elle n'est donc point une fonction comme la nutrition, qui partout s'opère de la même manière.

La nature du pusvarie singulièrement , malgré que nous rallions toutes ses espèces à fidée générale que nous présente celui du tissu cellulaire; mais dans nul système il ne se ressemble* Quelquefois c'est une sérosité pure, d'autres fois mêlée de flocons; tantôt c'est une fausse membrane; tantôt enfin il prend une consistance de boni Ue. De là nous vient l'idée fausse que

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nous nous formons cle la sanie. Le pus de telle nature serait une vraie sanie s'il venait de tel système, tandis qu'il ne Fest pas venant de tel autre.

Les symptômes que procure la présence de ce fluide sont encore différents. Dans le tissu cellulaire, il se manifeste par une pesanteur, une tension particulière; sur les surfaces muqueuses^ il produit une irritation qui nous porte à nous en débarrasser comme dans le coryza. Jamais il ne séjourne impunément dans les os; il y cause une douleur particulière, et des accidents lorsqu'il ne s'ëpanche pas. Il est d'autres parties où il peut séjourner sans grand inconve'nient. Après la pleurésie , un malade peut garder du pus dans sa poitrine, pendant long-temps, sans en e'prouver un sentiment très pe'nible.

L'induration a été présentée par les anciens auteurs comme une terminaison de l'inflammation; mais elle fait rarement suite î\ cette maladie, et au lieu d'en parler nous traiterons d'une maladie beaucoup plus commune dans la terminaison de l'inflammation aiguë, c'est l'inflammation chronique; cette terminaison est la plus fréquente après la résolution et la suppuration, surtout pour les organes internes.

C'est une maladie où les parties enflammées présentent un aspect à peu près semblable, mais

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où les principaux symptômes , tels que la douleur, la chaleur, éprouvent une diminution sensible. Pour bien concevoir cette terminaison , nous en citerons quelques exemples.

Quelquefois l'inflammation du péritoine se termine ainsi : les symptômes inflammatoires diminuent, niais le ventre reste embarrasse, sensible à la pression , le vomissement a lieu de temps à autre, il y a tension et douleur obscures. Cela est encore commun dans les përipneumonies. L'inflammation, après avoir parcouru ses pe'riodes , éprouve une rémittence vers la fin ; les symptômes restent peu sensibles , mais le point de côte se soutient et s'oppose aux grands mouvements. Ordinairement cette maladie se termine par Thydropisie, ou la phlhisie. Dans le système maqueux , les affections inflammatoires chroniques sont extrêmement remarquables. Rien de plus commun que de voir le rhumatisme se tourner de l'aigu au chronique.

Il y a des différences essentielles entre ces deux espèces d'inflammations. Jamais les chroniques ne se compliquent, parceque ces complications étant aiguës ne peuvent durer autant qu'elles. La terminaison des inflammations chroniques varie aussi suivant les systèmes; dans le séreux, c'est presque toujours par Thydropisie; dans le poumon, c'est par la phthisie; dans les membranes

muqueuses, par la dysenterie. Il est assez ordinaire que le malade périsse.

L'inflammation peut encore se terminer par d'autres maladies, telles que le stéatôme, etc. Mais il n'y a pas sur cet article de donne'es assez nombreuses pour en parler. Enfin la dernière terminaison est la gangrène. Elle présente aussi des différences suivant les systèmes. Il en est où elle ne se rencontre jamais, par exemple, dans les cartilages, les neri's, les os; d'autres y sont plus disposés, comme le tissu cellulaire, les membranes muqueuses , les séreuses et la peau. Cette terminaison peut élre déterminée par deux causes différentes : par la nature, ou par l'excès de l'inflammaiion.

L'inflammation qui porte un caractère adynamique se termine souvent par la gangrène; mais ceci est subordonné à Tinfluence générale ou locale de la complication. Dans le deuxième cas , il y a gangrène. Ainsi on ne l'observe point dans la péripneunionie putride; mais quand la complication est locale, souvent la parlie se pulrcTie, comme dans le charbon. Celte complication est extrêmement variable dans son intensité. Quclquelois elle morlifie subitement la partie; d'autres fois cette putréfaction n'a pas lieti.

Quelquefois, quand la vie est trop active dans la partie , la gangrène survient aussi. Cet accident

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est plus à craindre dans les campagnes que dans les villes. Du reste, il faut bien distinguer la gangrène d'avec la putre'faction, à laquelle les antiseptiques ne s'opposent point.

Nous avons remarqué que les divers systèmes de l'économie, dans quelques endroits qu'ils se rencontrent, présentent toujours des maladies analogues. Or, il est assez indifférent de commencer par tel ou tel de ces systèmes. Nous choisirons celui dont les affections sont les plus connues. Le système séreux, le glanduleux, le muqueux , viennent les premiers.

Le système séreux est, comme on sait, composé d'un certain nombre de membranes qui tapissent l'extérieur de plusieurs organes. Elles forment un sac sans ouverture, et présentent deux surfaces, dont l'une, lisse et polie, se correspond à elle-même, et dont l'autre adhère à l'organe enveloppé et aux parties voisines. Ces membranes sont spécialement composées de tissu cellulaire, d'absorbants, et d'exhalants, ce qui leur donne la plus grande analogie avec le tissu cellulaire, dont elles sont néanmoins distinctes par leurs affections. Dans l'état sain, elles ne

jouissent point de la sensibilité animale; dans l'état inflammatoire , elle y existe au plus haut degré. Elles suivent dans leurs développements les progrès des organes qu'elles entourent.

Les maladies de ce système, comme celles des autres, se rapportent à deux classes générales , les essentielles et les symptomatiques. La première des affections essentielles de ce système est l'inflammation.

ARTICLE I

DE l'inflammation DES MEMBRANES îiÉREUSES.

Peu de systèmes, si ce n'est le muqueux et le celluleux, sont plus fréquemment attaqués d'inflammation que le séreux ; mais toutes les membranes qui le composent n'en sont pas également susceptibles; tel est leur ordre sous ce rapport : la plèvre, le péritoine, le péricarde, la tunique vaginale et enfin le plus rarement l'arachnoïde.

Les causes de l'inflammation sont ici extrêmement variées : en général nous n^aurons jamais égard aux causes éloignées ; les prochaines sont surtout la suppression de la transpiration, ce qui a surtout lieu pour la plèvre et le péritoine. Ces causes agissent , non sur la membrane qui en sera affectée, mais sur l'organe voisin. Quand une fois la maladie est développée, voici les caractères qui

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ia distinguent: d abord le début s accompagne de tous les phénomènes généraux : fièvre, frissons, sueur ; en général il est singulièrement variable. L'invasion extrêmement rapide se manifeste par une douleur excessive de la partie, comme on le voit dans la pleurésie. Dans aucun système elle n^est aussi vive ; les périodes se parcourent avec une rapidité étonnante; au bout de trois ou quatre jours la maladie est jugée : dé plus, la fièvre concomitante de toute affection un peu grave est ici très intense; le danger est toujours plus manifeste. Cette inflammation influe aussi sur Tétat des organes où la membrane se développe ; du reste ces symptômes varient singulièrement.

Quant afétat des surfaces séreuses enflammées, il est difficile de le déterminer dans fétat de vie. Néanmoins dans l'opération de la hernie, et dans quelques expériences sur les chiens, la membrane périionéale a été aperçue dans l'état d'inflammation; elle était alors exlrcmemcnt ronge. Quant à la tuméfaction, elle n'est pas scnsihle, et ce n est tout au plus qu'un cpaississenient de la memîorane.

L inflammation se comporte dans ce système comme |)nrtoni aiilenrs, à fexce|'tion des adhérences qui luisent cxcluî-ives. Ce phénomène lient sans douie à ce que, dans les membranes séreuses , Tinflammation supprime pendant un temps

considérable le fluide qui s'exhalait auparavant , ce qui donne aux deux faces de ces membranes le temps de contracter adhérence. Cette terminaison accompagne presque toujours celle par re'solution. Ces adhérences sont de deux sortes : les unes ont pour moyen d'union une espèce de matière aibumineuse en forme de fausse membrane; les adhérences proprement dites sont celles où les deux membranes semblent s'identifier à leur surface.

Toutes les membranes séreuses ne sont pas également sujettes à celte adhérence. La plèvre présente ce phénomène sur les deux tiers des cadavres ouverts dans les amphithéâtres. Vient ensuite le péritoine^ qui queiquefois adhère au diaphragme et au foie, rarement aux intestins; puis viennent successivement le péricarde , la tunique vaginale, et Tarachnoïde.

On voit par cette échelle que les plus susceptibles d'inflammation présentent le plus souvent des adhérences. Il y en a quatre espèces : dans la première, les deux portions sont tellement unies que l'on ne peut les distinguer. Le péricarde, qui s'est trouvé dans ce cas , a fait naître par là des doutes sur son existence. Dans la deuxième espèce, les membranes sont unies d'une manière beaucoup plus lâche; dans la troisième, il y a une foule de petits prolongements fibreux qui passent d'une

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surface à l'autre. Dans la quatrième, ce sont aussi des brides , mais plus lar^^es , plates , et disposées de manière qu'on les croirait naturelles. Peuton reconnaître pendant la vie ces sortes d'adhë- , rences? Les auteurs ont bien indique' comme signe la persistance de la douleur, mais elle nHndiqueque le reste de Finflammation, qui dure plus ou moins long-temps. Du reste cette affection est la plupart du temps sans danger.

Un autre mode de terminaison de l'inflammation des membranes séreuses, c'est la suppuration. Certains signes la font reconnaître. Quand la maladie passe le sixième ou huitième jour, que le malade ressent une pesanteur locale, on présume alors que la suppuration est formée. Il est assez rare de ne trouver alors dans les membranes séreuses qu'un fluide exhalé pur; ordinairement il est mêlé d'une matière albumineuse qui lui donne l'aspect d'une sérositéJactescente; d'autres fois on rencontre des flocons plus ou moins gros qui surnagent , comme dans la fièvre puerpérale. Quelquefois enfin, chez les enfants morts de l'inflammation de la plèvre , on trouve une matière absolument analogue au pus. On trouve encore , mais rarement, une espèce de fausse membrane , produit d'une matière albumineuse plus concrète que dans l'état naturel. Enfin le fluide séreux dégénère quelquefois tellement qu'il prend

MALADIES OU SYSTÈME SEIlEUX. L^O

une couleur et une odear répugnante, comme on le voit quelquefois à la suite des inflammations du bas-ventre. Ces divers fluides peuvent séjourner plus ou moins long-temps sur leurs surfaces respectives ; il en est quelquefois qui datent de six mois d'existence. Dans Tinflammation chronique d'une membrane séreuse^ ordinairement forgane subjacent est affecte', tandis que dans l'aigu il ne l'est jamais. Du reste , la suppuration de ces membranes est toujours extrêmement funeste. Ordinairement la mort les termine. Cependant quelquefois la résolution se fait , mais rarement. La gangrène est une autre terminaison bien plus rare que les autres. L'endroit où elle arrive le plus souvent est au péritoine ; même à l'ouverture des cadavres, cette membrane ne se trouve que rouge. La couleur noire d'ailleurs n'indique pas toujours la gangrène.

ARTICLE il.

DE l'inflammation CHRONIQUE DES MEMBRANES SEREUSES,

Une autre terminaison de l'inflammation aiguë dans les membranes séreuses , c'est l'inflammation chronique appelée par les anciens induration. Il est peu de tissus où elle soit plus commune. Il serait diflicile de déterminer par les symptômes

le passage de Télat aigu au chronique , parceque leur rëmittence est trop peu sensible. Telle terminaison prolonge la maladie jusqu'au quarantième ou cinquantième jour, quelquefois même jusqu'à trois ou quatre mois. Ces époques sont très variables, et par là impossibles à de'terminer précise'menl.

Les inflammations chroniques des membranes séreuses ne succèdent pas toujours à l'inflammation aiguë; elles peuvent être produites par une re'percussion subite et imprudente, de même que par l'affection d'un organe voisin. On a vu aussi une membrane communiquer son affection à une autre, comme le pe'ritoine à la plèvre. Cependant cette simultanéité d'affections est r: re dans ce système, ^t d'autant plus que les parties qui le forment sont rarement voisines. Dans les autres, au contraire, ce phénomène est beaucoup plus commun. Souvent un catarrhe des fosses nasales s'étend à toutes les membranes muqueuses, qui , par communication, tapissent l'estomac, le pou-

mon, etc.

Du reste^ les effets de ces inflammations lentes dans les membranes séreuses sont une douleur sourde et des symptômes analogues qui les ont souvent fait méprendre , parcequ'autrefois les médecins n'avaient égard qu'à l'hydropisie qu'elles produisent. Toujours il y a plus ou moins de dé-

rangement dans l'organe recouvert. Un effet marque de ces inflammations, c'est ime ve'ritable hydropisie par exhalation augmentée. Quand ces hydropisies sont à leur dernier degré, il est souvent difficile de reconnaître d'où elles viennent, et de juger si elles sont produites par l'affection d'un organe voisin, ou par celle de la membrane. Il faut avoir recours aux circonstances comme'moratives; car l'hydropisie symptomatique commence tout autrement que l'idiopathique. D'ailleurs, comme nous l'avons de'jà dit^ presque toujours dans celle qui dépend des organes , le tissu cellulaire est infiltré, tandis que dans l'autre, la sérosité se borne à la cavité de la membrane. Il en est de même pour les hydropisies enkystées.

Les fluides produits par l'inflammation chronique varient singulièrement dans leur quantité, leur consistance et leur couleur ; rarement ils sont purs, presque toujours troubles , comme lactescents , etc. Un phénomène encore très ordinaire de ces affections , ce sont les hémorrhagies où le sang passe en nature dans les cavités séreuses : on les trouve alors pleines de sérosité rougeâtre, quelquefois en si grande quantité, qu'il paraît que le sang est pur, toujours fluide, et sans caillot. Comment cela peut-il se faire? C'est évidemment par les exhalants, car on n'aperçoit à la membrane Aucunef e'rosion. Cette hémorrhagie est donc ma-

nifestement passive , et il faut la ranger à côte de celles des membranes muqueuses. On trouve aussi quelquefois de ces hëmorrhagies après les inflammations aiguës; mais les auteurs n!en ont point indiqué la cause.

Tels sont les principaux effets de Imflammation chronique des membranes séreuses, qui finissent toujours par faire périr le malade plus ou moins tard.

A Tautopsie cadavérique, ces membranes sont en général un peu gonflées, épaisses de deux ou trois lignes; la dotileur a été tantôt générale et tantôt partielle

ARTICLE III

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