DES MALADIES DELA PLEVRE
De la pleurésie.
Quelle que soit la cause qui la produit, l'inflammation est la maladie la plus fréquente de cette membrane. Peut-être est-elle due au voisi-
MALADIES DU SYSTÈME SÉREUX. 5l
nage du poumon, qui se trouve sans cesse en contact avec Tair; peut-être doit-on l'attribuer souvent aussi à une transpiration supprimée. Quelle qu'en soit la cause éloigne'e , elle se manifeste par un frisson plus ou moins long, auquel succède une chaleur vague , une lassitude gëne'rale , un point de côté très vif, qui survient quelquefois subitement , el d'autres fois ne paraît qu'au bout de vingt-quatre heures. En deux ou trois jours la maladie a atteint son état. Voici quels en sont les symptômes :
Ceux de la plèvre elle-même sont une douleur pongitive, très aiguë, qui a son siège tantôt en avant, tantôt en arrière, mais le plus souvent latéralement. Cette douleur augmente à chaque forte inspiration, ce qui cause de la toux. Souvent la pression exercée avec le doigt est douloureuse. Quelquefois ce phénomène en a imposé aux médecins, qui ont cru voir une pleurésie rhumatismale. Le malade se couche difiicilement du côté affecté.
Le poumon se ressent bientôt de cette affection ; une toux plus ou moins fréquente se manifeste. La sécheresse a été donnée comme un signe de la vraie pleurésie ; cependant souvent elle est humide, surtout vers les derniers jours , où le malade crache plus ou moins. Les crachats sont d'abord sanguinolents , mais à la fin ils deviennent
Ssi CHAPITRE V.
purs. La respiration est embarrasse'e , mais autrement que dans la përipneumonie ; car ici la forte inspiration est possible quoique douloureuse.
Quant aux caractères ge'ne'raux , la rougeur de la face varie singulièrement. Quelquefois les pommettes sont rouges, d'autres fois elles ne sont* point changées de couleur ; dans la përipneumonie, pour l'ordinaire, cette rougeur est constante. Le pouls, fort, plein, est quelquefois inégal du côté malade. Les premières voies sont presque toujours en bon état , et quand il se présente des phénomènes gastriques, c'est une complication et non un symptôme. L'état des sécrétions et des exhalations varie singulièrement ; quelquefois elles diminuent au commencement et augmentent vers la fin. Les forces sont peu abattues.
D'après ces symptômes , on pourra distinguer la pleurésie d'avec la péripneumonie , pour peu que la plèvre et; le poumon soient enflammés isolément. En lisant ce qu'ont écrit les auteurs à ce sujet , on voit que plusieurs ont pris pour symptômes ce qui n'était que l'effet de la mort, savoir l'engorgement du poumon. Ils n'ont pas su distinguer la consistance toute différente qu'il acquiert par Tinflammation d'avec la simple infiltration sanguine.
Les caractères essentiels qui distinguent la péripneumonie d'avec la pleurésie sont, dans la pre-
mière , la rougeur constanie cle la face ^ quelquefois même une teinte livide , qui est d'un mauvais présage. Dans cette affection , la forte inspiralion est impossible, tandis que dans la pleurésie elle n'est que très douloureuse. La pression extérieure, toujours très sensible dans la dernière, est presque nulle dans la première. La percussion donne un son obscur dans la pe'ripneumonie ; le caractère de la douleur est plus vif dans la pleurésie, plus sourd dans la péripneumonie.
Il est des cas où ces deux maladies se compliquent ; alors il en résulte des symptômes mixtes.
L'inflammation de la plèvre se termine comme dans les autres membranes séreuses. Si c'est par résolution , c'est au sixième ^ septième , hiâtième ou neuvième jour , alors il y a rémission marquée, crachats plus abondants. Souvent il survient une évacuation critique, telle qu une sueur abondante, une hémorrhagie , etc., mais surtout une expectoration. D'autres lois il s'opère une métastase; la douleur se porte à l'épaule ou ailleurs, et c'est alors un rhumatisme. En général, le plus grand nombre des malades conservent une douleur plus ou moins obscure qui va jusqu'au quinzième ou vingtième jour : c'est un reste d'inflammation qui disparaît peu à peu. \]wjà autre terminaison fréquente , ce sont les adhérences dont nous avons déjà parlé. Il est presque impossible de déterminer d'abord
si la plèvre contient de la suppuration. Les auteurs ont cependant donne' une foule de signes à cet égard : d'abord, c'est la tendance du malade à se coucher du côlé affecté, tandis que dans le commencement c'était tout le contraire. La percussion est surtout un des meilleurs moyens ; il faut l'exercer dans tous les sens. Un autre signe dont les auteurs n'ont pas parlé, c'est la pression abdominale : en pressant la région épigastrique les malades éprouvent un sentiment de suffocation. Quand ces trois symptômes se réunissent, on peut conclure pour l'épanchement. Il y a d'autres signes, tels que le réveil en sursaut, la couleur plombée de la face, le bruit qu'entend le malade , et la dilatation plus grande de la poitrine du côté affecté , l'ondulation d'un fluide, etc.
Quoi qu'il en soit , les malades périssent presque toujours par suite de ces collections de pus. A l'ouverture du cadavre, on trouve un pus qui varie , comme nous l'avons dit ; mais il s'opère souvent des dérangements locaux dans les parties. Quelquefois le poumon du côlé affecté perd beaucoup de son volume et va au fond de l'eau ; qtielquefois le cœur est refoulé en devant, et présente des battements comme ^!ans l'anévrysme ; souvent il y a saillie de l'iiypochondre du côté malade.
Des inflammations chroniques de la plèvre.
Les inflammations chroniques de la plèvre sont, celles que Ton connaît le mieux. Comme les inflammations de cette membrane aiguës, elles sont totalement distinctes de celles du poumon. H y a bien quelques phénomènes communs, tels que la toux, mais elle offre dans Tun et l'autre cas des caractères différents. Dans la pleurésie aiguë, elle n'est point humide comme dans la phthisie; la douleur n'est pas susceptible de se déplacer ; il n'y a pas de chaleiu^ passagère des mains ni des pieds , point de sueurs nocturnes comme dans cette dernière. 11 y a difficulté de se coucher d'un côté, presque toujours hydropisie locale, tandis que dans la phihisie l'hydropisie est générale.
La plèvre, comme les autres suri'aces séreuses, peut aussi être le siège des éruptions miliaires, dont nous avons déjà parlé : elles se terminent ordinairement par un épanchement séreux plus ou moins trouble.
La plèvre peut encore contracter une inflammation chronique par le contact du poumon malade. Elle est aussi le siège d'hydropîsies symptomatiques , plus particulièrement produites par l'affection du poumon et du cœur.
ARTICLE VII