‹ Anatomie pathologiqueChapitre 3 sur 65 · F.-G. BOISSEAU · texte numérisé non relu

F.-G. BOISSEAU

Vicq d^Azyr n'existait plus, mais lejs Chaussier, les Corvisart^ les Desgenettes, les Halle, les Pinel , préparaient la gloire de Fécole de médecine de Paris, lorsqu'on vit paraître, au milieu des élèves de Desault, un, de ces esprits supérieurs, nés pour la régénération des sciences et le perfectionnement des connaissances humaines. Bichat, disciple de Marc- Antoine Petit, se réfugie à Paris pour se soustraire aux massacres de Lyon, et fixe aussitôt Taltention du premier chirurgien de FHôtel-Dieu. Dès ce moment , il lui voue la tendresse d'un fils , lui prête sa plume , l'assiste dans ses opérations, et répond pour lui à de nombreuses consultations ; en même temps il médite les écrits des grands maîtres , il dissèque et il opère sur le cadavre. Après la mort de Desault ^ il publie le dernier volume du Journal de chirurgie, et rend un pieux hommage à la mémoire du grand chirurgien qui avait deviné son génie.

Après deux années de silence et de recherches y Bichat fait des leçons sur Vanatomie, la physiolo-

X ISOTICE.

gie, les maladies des os e( les opérations. A peine convalescent d'une hémoptysie abondante, il reprend le cours de ses dissections^ de ses expériences ; il publie les oeuvres chirurj^icales deDesault, fonde la société médicale d'émulation, et enrichit les Mémoires de cette société d'observations originales sur les membranes synoviales, les rapports d'organisation des membranes, etla symétriedes organes. Ledix-neuvièmesiècle conmience, le Traité des membranes, les Recherches sur la vie et la mort, l'Anatomie générale, paraissent; Bichat s'occupe à classer d'une manière invariable les maladies, ouvre un nombre immense de cadavres, pour en dévoiler la nature et le siège, et lait des cours danatomie pathologique: la France retrouve en lui Bordeu, Vicq d^Azyr, et se console de n'avoir vu naître ni Haller, ni Morgagni.

Les plans du génie sont si vastes, que luimême ne peut les exécuter qu'en partie ; Bichat aspirait à reconstruire l'édifice médical sur les bases inébranlables de Tanatomie physiologique et de l'anatomie pathologique. Mais la nature semble quelquefois se plaire à mettre des bornes aux progrès de l'esprit humain, en condamnant à une tin prématurée les esprits pénétrants quila suivent de trop près, et avec trop d'ardeur, dans ses admirables procédés. Bichat, âgé de trente ans, épuisé par les veilles , le travail intellectuel , et le séjour dans les amphithéâtres, Bichat mourut peu après le commencement du siècle qu'il allait éclairer. Sandil'orl avait dit de [m'.y^varit six ans y il aura passé noire Boerhaave. Corvisart écrivit au premier consul : a Bichat vient de mourir sur un champ de bataille qui compte aussi plus d\me

SUR BICUAT. XI

victime : personne en si peu de temps n'a fait tant de choses , et aussi bien,>^

Pourquoi pleurer les grands liommes / ils onl assez vécu, dès qu'ils onl assez fait pour leur gloire; mais il faut rappeler leurs vertus, pour qu'elles servent de modèles, et leurs succès, pour la confusion de Fenvie.

u Les plus aimables qualités morales, dit Buisson, relevaient dans la personne de Bichat l'éclat de son mérite. Jamais on ne vit plus de franchise et de candeur, plus de facilité à sacrifier ses opinions , lorsqu'on lui proposait une objection solide. Incapable de colère et d'impatience, il était aussi accessible dans les moments où un travail pénible l'occupait, que dans ses moments de loisirs. Sa générosité fut toujours une ressource assurée à ceux de ses élèves que l'éloignement de leurs familles mettait pour quelques moments dans l'indigence, ou que le défaut de moyens empêchait de se procurer ailleurs l'instruction nécessaire. Habile à distinguer les talents, il les encourageait de toutes les manières possibles dès qu'il les avait découverts. Personne n'était plus porté que lui à donner sa confiance, dès qu'il ^vait cru reconnaître dans ceux qui rapprochaient un attachement sincère. On ne résistait point à ses manières aimables et prévenantes , et , pour peu qu'on l'entretînt , on connaissait parfaitement son caractère , tant il était éloigné de cette réserve d'expressions, de cette politesse affectée , qui servent si souvent à masquer les sentiments véritables. Aussi eut-il pour amis tous ceux qui le connurent, excepté ceux que l'esprit de jalousie sépara de lui. L'envie s'attacha quelquefois h ses pas, et chercha à lui ravir sa réputation, ne

Xll NOTICE

pouvant lui pardonner son niërile; mais il se contenta de me'priser de vaines attaque s , et ne se mit jamais en devoir de les repousser directement, toujours prêt à renouveler avec ses détracteurs une amitié qu^eux seuls avaient rompue. »

La généralisation des faits est l'œuvre la plus féconde du génie, et celle qui le caractérise le mieux. Bichat a laissé en ce genre un grand monument. Jusqu'à lui, les organes avaient été étudiés les uns après les autres, dans l'ordre des fonctions ou de leur situation ; il classa les tissus dans sa vaste pensée selon leurs analogies, et réalisa ainsi la grande vue de Bordeu sur les départements organiques ; en un mot il créa Tanatomie générale.

Ce qu'il avait fait pour la structure des organes, il voulut le faire pour les fonctions ; mais ici, pourquoi ne pas l'avouer, il paya tribut à la faiblesse humaine. Au lieu de se borner à retracer d'une manière supérieure les lois des actions organiques connues, il suivit Barthez dans l'adoption d'un principe vital , et attribua aux tissus des propriétés dont plusieurs étaient des fonctions, et les autres des qualités douteuses. Mais il fonda parmi nous la physiologie expérimentale , créée audelà du Rhin par Haller; et c'est à l'exemple qu'il donna par ses recherches sur l'alliance fonctionnelle du cerveau, du poumon et du cœur, durant la vie et à l'instant de la mort , que sont dues toutes celles qui ont été faites depuis vingt-cinq ans sur l'action des organes respiratoires et circulatoires, de Tencéphale , de la moelle épinière et des nerfs.

L'influence des ouvrages de Bichat ne s'est pas bornée à la France; l'Allemagne (i) a compris le

(i) Kurt Sprengel a été injuste envers Bichat, parcequ'il ne suffisait pas d'une vaste érudition et d'une profonde connaissaoce de

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