‹ Anatomie pathologiqueChapitre 4 sur 65 · SUR BICHAT. XIII · texte numérisé non relu

SUR BICHAT. XIII

^enie de ce grand homme, et Ta suivi dans les routes qu'il a ouvertes et dans celles sur lesquelles il a ramené les observateurs. La fière Angleterre suit aussi, mais de loin, les pas du Français qui a fait oublier Brown, Darwin, Goodwin, et même Hunter.

L'Italie reconnaît dans Bichat le digne successeur de ses innombrables analomistes et physiologistes; elle s^est consolée de voir un Français briller à son tour sur un théâtre où s'illustrèrent tant d'Italiens; là aussi Bichat a trouvé des disciples dignes de lui. Ses livres, traduits en espagnol, formeront d'habiles observateurs de l'homme dans la Péninsule, quand cette malheureuse contrée jouira des loisirs de la paix , sous les auspices d'un gouvernement assez éclairé pour ne pas redouter les sciences.

Bichat porta son génie jusque dans les descriptions anatomiques. Personne mieux que lui ne sut y déployer une admirable clarté , unie à une extrême concision et une rapidité remarquable: tels étaient les caractères de son style, sur quelque sujet qu'il écrivît. On a remarqué des incorrections, des néghgences dans ses productions; en cela sans doute, et en cela seulement, il ne faut pas l'imiter, mais il n'en est pas moins celui de tous les Français qui a le mieux compris ce que doit être l'art d'écrire sur l'anatomîe et la physiologie. Son style s'animait et prenait de la couleur quand il s'agissait des facultés inîellec-

rhistoire du brownisme pour juger ce grand homme. M. Meckel !ui a rendu un bel hommage dans un ouvrage où il s'est montré digne de marcher sur ses traces. Voyez Manuel d'anatomle générale descriptive et pathologique , par F. Meckel, professeur d'anaiomîe à l' université de Halle; traduit de l^allemand et augmenté des faits nouveaux dont la science s'est enrichie jusqu'à ce jour ; par A.'J,'L. Jourdan et G, Breschet. Paris, 1825 ; 5 vol. in-8«.

XIV NOïiCE

lueîles et des affections. Bichal n eul pas le temps detre pur, mais il a prouve' qu'il aurait pu l'être, s'il eût eu plus de loisirs, si par conse'quent il se lût moins occupé de Tavancement de la science. Unelenlalive remarquable de Bichat fut celle de reformer la thérapeutique, l^e talent le plus vaste ne peut tout enceindre : il était réservé à M. Alibert d'appliquer la physiologie à la science des médicaments.

Le professeur Pinel eut la gloire d'avoir inspiré Bichat, en émettant l'idée delà distinction des tissus; mais Bichat s'est véritablement rendu propre cette grande idée, en l'appliquant à la physiologie. Il n'était pas douteux que si la mort n'était venue le surprendre , il en eût fait une application plus vaste encore à la pathologie ; mais la génération présente n'avait à cet égard aucune donnée positive , lorsque le mantiscrit actuellement offert au public fut placé sous mes yeux.

Le lecteur attentif reconnaîtra aisément que Bichat désignait sous le nom d'anatomie pathologique la véritable pathologie, c'est-à-dire la connaissance des phénomènes morbides observés pendant la vie, et des altérations organiques trouvées après la mort. Il apercevra combien les vues de cet homme si cher à notre pays étaient profondes ; avec quelle ardeur il recherchait les notions positives ; avec quelle chaleur il saisissait les rapprochements pour en faire jaillir les différences caractéristiques; avec quelle netteté il avait tracé le plan de son cours; avec quelle rapidité il exposait les caractères des maladies; avec quelle candeur il avouait l'ignorance où l'on était sur tant de points obscurs de la pathologie. Puisqu'une mort prématurée nous a ravi ce beau génie , et

SUR BÎCHAT. XV

nous a prives de rouvrage dans lequel il aurait par ia suite consigne ses vues pathologiciues^ felicitons-nous de ce qu'un de ses zele's auditeurs a recueilli l'esijuisse du dernier cours dans lequel on vil briller son esprit lumineux. Le croquis d'un talDleau de Raphaël n'est pas sans valeiu* : on V de'couvre au moins les linéaments de la pensée du peintre immortel.

On trouvera dans l'ouvrage qu on va lire bien des idées qui font aujourd'hui parti du domaine public, et dont on faisait honneur à d'aulres qu'à Bichat : qu'on n'oubhe pas que le manuscrit a ceriainement été écrit par Béclard en i8o5.

I! résulte de cette date qu'il n'a pas été recueilli aux leçons de Bichat par Béclard lui-même, mais par une personne dont l'exactitude et la sagacité lui étaient connues, puisqu'il s'est donné la peme de l'écrire en entier. Peut-être l'a-t-il rédigé sur les notes qui lui avaient été communiquées. Ce qui me fait croire qu'il l'a copié tel qu'on va le lire, c'est que partout on y remarque îe tour vif et pressé de la parole ; les mêmes locutions familières revierment sans cesse , et plusieurs se retrouvent dans les ouvrages de Bichat. On sait qu'il écrivait avec une grande rapidité, sans jamais se relire, et par conséquent à peu près comme il parlait.

Je me suis fait une loi de respecter le texte de ce manuscrit ; je me suis borné à en corriger le style, qui était très défectueux; mais j'ai préféré y laisser quelques taches, de peur d'altérer le sens par la substitution d'un mot à un autre, ou par un changement dans la tournure des phrases. Enfin je me suis conduit comme je l'eusse fait si j'avais eu le bonheur de transmettre au public un travail inédit de Bichat iui-même.

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