‹ Anatomie philosophiqueChapitre 8 sur 10 · OBSERVATION GÉNÉRALE · texte numérisé non relu

OBSERVATION GÉNÉRALE

Un certain nombre d’anatomistes, qui ont bien voulu prêter quelque attention au Mémoire sur la Comparaison des membres , dont celui-ci n’est que le complément, pensent que les différentes assertions qui s’y trouvent, telles que la torsion de l’humérus et la composition du chapiteau tibial, auraient besoin d’êlre confirmées par l’étude embryologique de l’homme ou des animaux. Je ne partage pas cette opinion. En effet, à quelque âge qu’on étudie un embryon de Mammifère terrestre ou aquatique , on trouvera toujours que son humérus est tordu de 180°. L’humérus n’est, point un os d’abord droit, qui se torde ensuite. Il y a mieux ; l’humérus est tordu avant d’exister; car, lorsque dans le fœtus âgé de quelques semaines la main apparaît sur les côtés du tronc, elle est en demi-supination, dirigée en avant, et par conséquent l’humérus, qui doit se développer plus tard, est déjà virtuellement tordu

• Nouvelle comparaison des membres, lig. 19, ou de Blainville, Ostéographie. 3 Ibid., fig. 25.

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de 180°. L’embryologie ne nous enseigne donc rien dans ce cas particulier.

11 en est de même de la composition du chapiteau tibial. L’embryologie zoologique, celle qui nous apprend à saisir la signification d’un organe dans les animaux supérieurs, par l’étude de ce même organe dans les animaux inférieurs, nous dévoile cette composition. Les deux extrémités, qui se ressemblent parfaitement dans le Phascolôme-Wombat , deviennent plus dissemblables dans les Phascolarctos , les Dasyures, les Phalangers, etc. ; mais le péroné porte toujours la rotule et représente complètement le cubitus :1e tibia n’est, qu’un radius. A partir des Kangourous , la coalescence a lieu, et elle se maintient dans toute la série jusqu’à l’Homme. Cette coalescence n’est pas plus surprenante que celle des deux métatarsiens qui forment le canon des Ruminants; seulement elle est moins évidente, parce que le chapiteau du tibia est formé par la soudure d’un os, le radius, avec la moitié postérieure du tiers supérieur d’un autre os , le cubitus ; mais, quoique soudées, les parties ont conservé leur forme et leurs connexions originelles; la rotule reproduit l’olécrâne, la facette articulaire externe du tibia celle du cubitus, et la crête tibiale est l’image de la crête postérieure du même os. La ressemblance n’est pas moindre que pour les moitiés inférieures des quatre os , qui se ressemblent tellement deux à deux , que les extrémités carpiennes du radius et du cubitus semblent être une simple réduction des extrémités tarsiennes du tibia et du péroné. Mais, conclure de la nature complexe du chapiteau tibial qu’on doit trouver un point d’ossification particulier pour la portion cubitale du tibia, comme si celle-ci était une épiphyse surajoutée au radius, me paraît complètement illusoire ' . La coalescence est un fait antérieur au développement embryonnaire, qui peut nous dévoiler le mode d’évolution des organes, mais non leur nature morphologique: celle-ci est pour ainsi dire déterminée à priori dans le plan de la nature, avant que l’être ne se développe. L’embryologie zoologique, qui nous montre toutes les variétés du type animal réalisées par des êtres distincts, jette au contraire le jour le plus vif sur les questions où la comparaison de l’état embryonnaire

1 L’ossification n’est que le complément du développement d’un os : un tibia est déjà un tout achevé , un tibia complet, lorsqu’il est encore à l’état cartilagineux. Le dépôt des sels calcaires n’est qu’un procédé de solidification de tissus cartilagineux ou fibreux préexistants.

d'un être avec son état adulte, ne nous fournit [aucune lumière. Il faut donc se servir concurremment de ces deux méthodes d’investigation, mais reconnaître que l’une d’elles est capable de résoudre des problèmes que l’autre est impuissante à élucider.

DE QUELQUES MUSCLES QUI SE FIXENT PRÈS DES ARTICULATIONS DU COUDE ET DU GENOU.

Pour compléter cette étude, nous présenterons un petit nombre d’observations sur les muscles principaux des deux articulations que nous avons étudiées ostéologiquement * .

Le brachial antérieur correspond à la courte portion du biceps crural ; en effet , tous deux se fixent à la partie moyenne de l’humérus et du fémur, le premier en avant, le second en arrière, à cause de la torsion de 180° de l’os du bras. Le premier s’attache au cubitus immédiatement au-dessous de l’apophyse coronoïde , point homologue de la tête du péroné à laquelle s’attache la courte portion du biceps crural. Le rond pronateur est bien le représentant du poplité. Le nom de triceps, donné à l’extenseur principal des deux membres, montre que les plus anciens observateurs avaient été frappés de leur homologie. Mais quel est le vrai point d’attache de ces muscles à l’avant-bras et à la jambe? Le triceps crural se fixe-t-il à la rotule, ou bien le ligament rotulien est-il le véritable tendon du triceps, qui s’insérerait alors à la crête du tibia? Philosophiquement, il esti mpossible de considérer la rotule comme l’os d’insertion du triceps. En effet : 1° quand on examine la rotule avec soin, on voit que le tendon passe au-devant d’elie, mais ne l’embrasse pas ; 2° dans les animaux dépourvus de rotule, les Kangourous, beaucoup d’Oiseaux et les Reptiles, le triceps vient s’insérer directement à la crête du tibia ; 5° lorsque la rotule est péronéale, comme dans les Marsupiaux inférieurs, elle ne donne point attache au triceps. J’ai disséqué, en 1857, une Sarigue avec mon collègue et ami le professeur Rouget, et nous avons constaté que cette rotule donnait attache à un faisceau musculaire qui se dédouble entre le jumeau

1 Voyez le Tableau comparatif de tous les muscles des deux extrémités, dans ma Nouvelle comparaison des membres, in-4°, pag. 522; in-8°, pag. 95.

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externe et le plantaire grêle ; le triceps crural se fixait directement à la crête tibiale et n’avait aucune connexion avec la rotule. L’anatomie comparée démontre donc que le ligament rotulien n’est autre chose que le tendon du triceps, et que la rotule n’est pas le point d’insertion de ce muscle.

Si, à la jambe, le triceps s’insère à la crête du tibia, à l’avant-bras le même muscle doit s’insérera la partie osseuse homologue; cette partie c’est la crête postérieure du cubitus. Les anthropolomisl.es admettent que le triceps brachial s’insère à l’olécrâne, et que c’est l’anconé qui s’attache à cette crête du cubitus ; mais si l’on examine l’insertion avec soin, on remarque que la portion charnue du triceps se continue avec l’anconé; en outre, dans les animaux à olécrane rotulien , tels que les Roussettes et le Pingouin, le triceps se fixe à cette crête. L’anconé est donc la véritable attache du triceps: un faisceau de renforcement part de l’épicondyle, et, comme je l’ai déjà dit ailleurs ', il représente la portion du ligament rotulien qui s’épanouit sur le condvle interne du fémur, comme le tendon de l’anconé sur l’épicondyle de l’humérus. Le remplacement des fibres tendineuses par des fibres musculaires n’éveillera, je pense, les scrupules d’aucun anatomiste. Ainsi, tout est homologue dans les deux articulations, et les homologies musculaires confirment les homologies osseuses; celles des artères et des nerfs viennent encore à l’appui des idées que nous avons émises sur la torsion de l’humérus et la composition du chapiteau tibial. On les trouvera développées dans le mémoire dont celui-ci n’est que le complément.

1 Nouvelle comparaison des membres, in-4°, pag. 225 ; in-8°, pag. 99.

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