QUATRIÈME OBSERVATION
Madame C * * **, âgée de 54 ans, portait une hernie crurale du côté gauche, qui avait peu-à-peu acquis le volume d’une grosse noix. Elle était indolente, réductible en partie seulement, et ne causait d’autres incommodités que quelques légères coliques de temps à autre : aussi la malade négligea-t-elle de la contenir par un bandage. Il y avait quatre ans qu’elle était dans cet état, lorsqu'un jour elle éprouva une syncope qui fut suivie d’un tremblement universel; bientôt des coliques, des vomissements se manifestèrent, la tumeur devint dure, douloureuse, et augmenta de volume. La malade se coucha, et essaya pendant long-temps , mais sans succès, de la faire rentrer; enfin elle y parvint par des pressions très-fortes. Les accidents se dissipèrent bientôt après; la malade ne mit pas de bandage. Dans le cours des années suivantes elle éprouva, à diverses époques, plusieurs fois des accidents semblables. Toujours une syncope, suivie d’un tremblement général, en était le signe précurseur : les coliques, les vomissements, la douleur à laine , ne s'étaient jamais manifestés qu’après. Cependant ces accidents étaient bien moins intenses que la première fois, et se dissipaient d'eux-mêmes par vingt-quatre heures de repos. La tumeur augmenta un peu de volume, et cet accroissement fut tout entier irréductible ; les coliques devinrent habituelles. Quinze ans après l'apparition de la hernie, la malade, qui vaquait à ses affaires, se sentit tout-à-coup défaillir; ses jambes fléchissaient, ou tremblaient; elle était près de se trouver mal. Instruite par l'expérience, elle se coucha : sa
(55 ) hernie était plus dure qu’à l'ordinaire, mais point douloureuse. Pendant la nuit, elle éprouva des anxiélés, un malaise général; sa hernie augmenta de volume, et le lendemain matin elle était dure, sensible au toucher. tendue, et résistait à tous les efforts de réduction : des coliques, des nausées, des vomissements se manifestèrent. Le pouls devint petit, fréquent, serré ; il y avait constipation.
La malade entra à l'Hôtel-Dieu le même jour : les tentatives de réduction ayant été inutiles, on pratiqua le soir même l'opération : les téguments furent incisés dans l'étendue de trois pouces, suivant la direction de l'arcade crurale ; trois feuillets membraneux , distincts les uns des autres, et ressemblant à autant de sacs herniaires, furent ouverts au moyen d’un bistouri conduit sur une sonde cannelée ; on découvrit alors une tumeur du volume d’une grosse noix, lisse, polie, humectée, rénittente , et présentant un aspect tellement semblable à celui de la surface externe de l'intestin, qu’on hésita à décider si c'était véritablement lui qui se présentait; dans le doute, on débrida de la manière accoutumée , mais sans toucher à cette tumeur ; on essaya la réduction. Ce ne fut qu'après cette partie de l'opération, qu’on reconnut que ce qu’on avait pris pour l'intestin, n’était autre chose que le sac herniaire luimême ; car, au lieu de rentrer, cette tumeur se vida presque en totalité. Une petite portion, qu’on reconnut appartenir à l’épiploon, resta adhérente à l’intérieur du sac. C’est cette même portion qui, avant que la hernie ne s'étranglât, formait la partie irréductible de la tumeur : on laissa le sac intact; on pansa la plaie comme à l'ordinaire; on fit donner à la malade du petit-lait avec des demi-lavements purgatifs : les vomissements et les hoquets cessèrent; la malade eut des coliques toute la nuit ; on lui fit donner le lendemain une infusion de camomille. Elle éprouva dans la plaie des douleurs assez vives ; l'appareil fut levé au quatrième jour; la plaie et ses environs étaient enflammés ; des cataplasmes furent appliqués: Le sixième jour on fit cesser, par l'emploi d'un purgatif, les symptômes gastriques qui s'étaient manifestés. Une suppuration assez ‘abondante fournie par fa plaie, obligeait de réitérer le pansement deux fois par jour : le pus s'amassail entre les muscles qui s’attachent à l’épine antérieure et supérieure de l'os ilium. On soutint les forces de la malade par un régime fortifiant; le pus s'amassait toujours, malgré la compression méthodique, et malgré les cataplasmes. On pratiqua une contre-ouverture à
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la partie externe et supérieure de la cuisse ; la collection de pus fut évacuée ; les bourgeons celluleux et vasculaires qui s'étaient élevés de l’extérieur du sac s’affaissèrent et se réunirent à ceux que fournissaient les lèvres de la plaie : tout fut cicatrisé en quelques jours. Les coliques, qui avaient été assez violentes les premiers jours, maïs qui paraissaient tenir aux gaz qui remplissaient les intestins, disparurent. Aucun symptôme de péritonite ne se manifesta. La malade sortit parfaitement guérie, quatre-vingt-treize jours après son entrée à l'hôpital.