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SIXIÈME OBSERVATION

Hubert-Marie-Claude, âgée de soixante-sept ans, d’une taille ordinaire et d’une bonne constitution, portait depuis cinq ans une hernie fémorale du côté droit, survenue à la suite d’efforts, en tirant des seaux d’eau d’un puits. Cette hernie rentrait etsortaitsans causer aucune incommodité, le bandage parut inutile, Tout-à-coup la malade fut prise de ce qu’elle appelait un débordement de bile et de vomissements bilieux; ces accidents se développèrent quatorze jours avant son entrée à l'hôpital. Elle fut examinée , et l’on vit une tumeur située au-dessous de l’arcade crurale droite, de la grosseur d’une noix environ, dure, un peu douloureuse au toucher. La peau qui la recouvrait était tendue , mais de couleur naturelle.

Cette femme nous apprit que, depuis quatorze jours, elle avait cessé d’aller à la selle, et n’avait rendu ni vents, ni matières par l'anus. D'abord elle avait vomi pendant deux jours de suite, ce que l’on attribua à une turgescence bilieuse ; et pour cela, on lui ordonna de l’émétique en lavage. N’obtenant point d'évacuations intestinales, le même médecin prescrivit deux onces de manne, qui déterminèrent aussi des vomissements. Tous ces moyens paraissant sans effet, elle prit, par le conseil de gens étrangers à la médecine, un lavement d'urine, puis des lavements avec de la décoction de tabac et de jalap. Elle resta ainsi jusqu’au moment de son entrée à l'hôpital. Quand elle y arriva, elle n'avait pas vomi depuis deux jours; mais elle ne rendait ni vents, ni matières par l'anus. Elle avait des nausées et des rapports d’une odeur de gaz hydrogène sulfuré. |

M. Dupuytren, considérant le temps depuis lequel durait l’étranglement, et craignant qu'en essayant les moyens de réduction, on augmentât l’état inflammatoire des parties de la hernie, pensa devoir faire de suite l'opération. Elle fut pratiquée de la manière suivante : L'opérateur, placé à droite, fit un pli à la peau perpendiculairement à l’axe du corps, et l’incisa. Chacune des lèvres fut soulevée avec la pointe d’un bistouri placé à son milieu ; on traversa l'épaisseur de la peau de dedans en dehors, et l’on rendit

ainsi l’incision cruciale. Le tissu lamineux fut divisé couche par couche, pour mettre la tumeur à nu. Un kyste celluloso-fibreux, dur et épais, se présenta d’abord, et fut ouvert crucialement. Au fond de l’incision parut le sac herniaire transparent, et comme parsemé de vaisseaux ; il fut ouvert avec précaution ; il ne contenait point de sérosité. L’épiploon, mis à découvert, parut sain. L’intestin était en arrière et en bas; il adhérait à l’épiploon par sa partie supérieure, plus dilatée que l’inférieure, et située plus en arrière. Il existait des adhérences entre, l’épiploon et le collet du sac, circonstance assez commune, et qui rend difficile la détermination du lieu précis où l'anneau erural presse les parties. M. Dupuytren fit observer qu'il pourrait facilement débrider, en incisant entre l'intestin et l’épiploon, mais qu’il s’exposerait non-seulement à léser ce dernier , dont les vaisseaux donneraient lieu à une hémorrhagie inquiétante, mais encore à blesser une portion d’intestin qui pourrait se présenter au tranchant de l'instrument. Il ajouta , qu’en débridant entre le sac et l’épiploon, cela offrait plus de difficulté, mais qu'il éviterait les accidents dont nous venons de parler : c’est ce qu'il fit en introduisant son doigt, et en conduisant par-dessus la lame d’un bistouri convexe et boutonné. Il fit le débridement, il détruisit les adhérences de l’épiploon au sac, et celles de l'intestin à l’épiploon ; il tira l'intestin au dehors pour juger de son état ; car l'expérience lui a prouvé combien est dangereuse la réduction d’un intestin gangrené , soit dans l'étendue d’une anse, soit circulairement à l'endroit correspondant au collet du sac; mais on n’y trouva ni gangrène, ni rétrécissement, seulement l'intestin était rouge, et rendait du sang par exhalation lorsqu'on le pressait. M. Dupuytren, en comprimant légèrement cet intestin, le sentit se remplir de gaz, et se vider alternativement , ce qui fit penser que le canal intestinal n’était déjà plus intercepté. En conséquence, l'intestin fut réduit, et on laissa l’épiploon à l'entrée de la plaie.

On procéda ensuite au pansement. Une compresse trouée et enduite de cérat , de la charpie, une compresse triangulaire et le spica simplede laine, composèrent tout l'appareil. On éleva la tête , on fléchit les cuisses sur le bassin pour relâcher les muscles abdominaux.

La malade eut de légères coliques pendant la nuit. Un quart de lavement fut donné à onze heures, et procura des selles assez abondantes ; mais ces matières parurent provenir seulement du gros intestin. Depuis l’opé-

(670 ration, le hoquet, les envies de vomir, les rapports cessèrent entièrement ; elle rendit beaucoup de gaz par l'anus. Le pouls devint régulier; le ventre resta un peu élevé et légèrement sensible.

Le lendemain , elle alla une fois à la selle ; on lui mit sur le ventre des flanelles trempées dans une décoction émolliente. La nuit fut tranquille , et l’on obtint six heures de sommeil.

Le matin, M. Dupuytren la trouva bien; le pouls était régulier, les traits meilleurs, le ventre moins douloureux, plus souple. On prescrivit du petit-lait miellé et nitré, on continua les fomentations.

Le second jour, la malade eut une selle , et rendit des vents : le venire devint souple de plus en plus.

La nuit fut moins bonne que la précédente, il n’y eut ni coliques, ni autres accidents ; la malade ne dormit pourtant pas. Elle sua considérablement ; le teint devint moins bon, l’œil moins vif; du reste, le pouls était modérément fort; le ventre souple et peu douloureux.

Le troisième jour, il y eut une selle; le ventre devint plus souple. La nuit se passa sans douleur, mais point de sommeil.

. Le quatrième jour, même état satisfaisant ; cependant, agitation légère, langue sèche (limonade vineuse ).

La nuit point de sommeil, un peu de colique; le matin la langue restait encore sèche, le pouls fébrile.

Le cinquième jour, sommeil à plusieurs reprises pendant la nuit; le matin, aucun accident du côté de la hernie; mais la malade était faible: la peau sèche et chaude, la langue aride et noirâtre, le pouls petit. L’épiploon, resté au dehors, éprouva un genre de destruction particulier aux tissus abondants en graisse, et où l’inflammation s'établit difficilement. Il tomba dans une espèce de déliquium, et exhala une odeur fétide trèsforte.

Le sixième jour, M. Dupuytren, considérant les symptômes d’adynamie qui venaient compliquer la maladie, ordonna une décoction de deux gros de quinquina édulcorée avec le sirop de gomme ; sur la plaie, l'application de compresses trempées dans de l’eau-de-vie camphrée : la journée fut bonne.

Le soir, moins de sécheresse à. la langue : nuit tranquille ; la malade dormit ; elle n’éprouva aucune colique.

Le septième jour, le matin, Le pouls était bon, la langue moins sèche; l’épi-

(58 ) ploon mortifié ne se détachait pas encore : on employa la poudre de quinquina avec du camphre; même boisson.

Dans la journée et la nuit du septième au huitième jour, le pouls et la respiration offrirent un bon état; le ventre était souple, point de coliques ; il y eut une selle.

Le matin du huitième jour, la langue n’était plus noire ni sèche.

Les neuvième, dixième, onzième, douzième et treizième jours furent très- bons ; la malade n’avait ni douleurs ni coliques, ni autres accidents. L’épiploon se détacha entièrement.

La plaie étant cicatrisée entièrement le vingt-cinquième jour, la malade sortit de l'hôpital parfaitement guérie.

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