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TRENTE-SIXIÈME OBSERVATION

Marie-Adrienne L..., âgée de 37 ans, mère de treize enfants , avait une hernie crurale depuis dix ans, survenue pendant les douleurs de l’enfantement. Cette hernie rentrait habituellement , et n'avait jamais été maintenue réduite avec un bandage. Le 11 avril 1817, elle sortit et ne put rentrer ; bientôt cette femme éprouva de violentes coliques, des rapports, des nausées', des vomissements ; elle n’alla pas à la selle, mais elle rendit des vents par l'anus.

Le 12 etle 13, persévérance des coliques, vomissements des bouillons et de tous les aliments pris peu de temps auparavant.

Le 14 et le 15, persévérance des coliques, point d’évacuations alvines ,

( 200 ) point de vomissements. Le 19, coliques violentes, vomissements des aliments pris la veille, selle peu abondante.

Le 17, même état ; le dix-huitième jour de l’apparition des accidents, la malade entra à l'Hôtel-Dieu.

Elle avait le visage abattu, grippé, la bouche mauvaise, la langue blanchâtre avec anorexie et une céphalalgie frontale ; elle se plaignait aussi de vives coliques : cependant le bas-ventre était souple, non douloureux à la pression ; le pouls petit et peu fréquent.

Au-dessous de l’arcade crurale droite, on voyait une tumeur circonscrite, oblongue , rénitente, élastique, irréductible, non fluctuante , peu douloureuse au toucher, sans chaleur , sans changement de couleur à la peau ; la malade, interrogée sur l'apparition et l’irréductibilité de sa tumeur, ne sut faire que des réponses contradictoires les unes aux autres. Dans cette incertitude sur l'existence de l’étranglement , M. Dupuytren balança quelques instants, et se détermina enfin à opérer, convaincu que si l’absence de l’etranglement rendait l'opération inutile, son omission pouvait être funeste s’il y avait étranglement.

La peau qui recouvrait la tumeur fut incisée crucialement ; toutes les parües extérieures au sac furent divisées, disséquées couche par couche; le sac se trouva bientôt à découvert ; ses parois étaient épaissies, commie fibreuses; il fut ouvert en le soulevant avec la pointe du bistouri tenu à plat, et fendu sur sa longueur avec des ciseaux ; au-dessous on aperçut deux petits tubercules blanchâtres, mous au toucher, simulant assez bien les parois de l'intestin pincé. Le doigt fut porté au collet du sac ; le bistouri tranchant sur sa convexité, conduit sur lui, fut engagé sous l’arcade crurale, et le débridement opéré verticalement en haut et en dehors. L’adhérence des tubercules ne permettait pas d’en essayer la réduction ; d’un autre côté, s'ils étaient formés par l'intestin, ils devaient être dans un état gangréneux, d’après la durée de l’étranglement ; ce qui détermina M Dupuytren à exciser l’un de ces tubercules avec des ciseaux ; rien ne s’écoula de cette incision qui pût indiquer que c'était l'intestin. M. Dupuytren essaya d'introduire par cette incision une sonde de femme; elle arriva dans la cavité de l'abdomen; de la sérosité transparente s’écoula par le pavillon, mais en petite quantité. Enfin, dans l'assurance qu'il n'existait plus d’étranglement, on procéda au pansement ; on prescrivit pour boisson du petit-lait, un bain à prendre immédiatement après l'opération, et

( 201 ) aussitôt après le bain, on fit l'application de quarante sangsues sur le ventre.

La malade reposa peu pendant la nuit; elle éprouva de vives coliques, et rendit quelques matières fécales. Depuis lors, plus de nausées , de vomissements, ni de hoquets ; le bas-ventre était tuméfié, mais souple, peu douloureux à la pression. M. Dupuytren prescrivit un lavement purgatif à prendre par quart. Dans la soirée , la malade se trouvait dans le même état ; elle avait eu une selle peu copieuse.

Le second jour de lopération { 20 avril ), persévérance des coliques. M. Dupuytren ordonna un purgatif composé de manne, deux onces , sulfate de soude, un gros, dans huit onces d’eau de camomille, à prendre par cuillerées.

Le troisième jour, il y eut des évacuations abondantes ; la malade avait bien dormi; mais elle ressentait encore des coliques : le bas-ventre restait toujours tuméfié, quoique souple et sans douleurs.

Le quatrieme jour, même état.

Le cinquième, amélioration sensible, bon sommeil, appétit, légères coliques. L'appareil fut levé; la plaie était rouge, de bon aspect; la suppuration peu abondante; on prescrivit une infusion de fleurs de camomille, des fomentations : deux soupes.

Le 25 avril, tous les symplômes généraux étaient dissipés; la plaie avait déjà sensiblement diminué; dès lors sa cicatrisation ne fut traversée par aucun accident ; la guérison était accomplie le 23 mai.

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