CHAPITRE PREMIER
$ si, Considérations générales et historiques.
Tour ce qui est tend à se détruire, ou du moins à changer d'état. Cette tendance est plus grande dans les corps qui ont autrefois joui de la vie, que dans les autres : elle est plus grande dans les corps des animaux que dans ceux des végétaux ; et, dans les uns et dans les autres, elle est en raison directe de leur vitalité. Cette loi ne s'exerce pas seulement sur ces corps pris en masse ; elle s'étend jusqu’à leurs parties considérées séparément. Ainsi, on voit leurs tissus s’altérer de plus en plus rapidement à mesure qu’on remonte des os, des cartilages , des ligaments, aux tissus parenchymateux et viscéraux. *
( 206!) Tant que ces corps et ces tissus sont soumis à la puissance active de la vie, leurs éléments nombreux restent invariablement enchaïînés dans les
mêmes combinaisons. Ce principe vientl àêtre détruit ? les éléments qu'il -
avait contraints à entrer et à rester dans ces combinaisons , se Gissocient, se repoussent, retombent sous l'empire des lois physiques et chimiques, et, entrant dans des composés nouveaux, ils forment bientôt des corps tout différents de ceux d’où ils sortent. Des lors tout est modifié, changé, ou bien altéré au point qu’on chercherait vainement dans ce qui est maintenant, les vestiges de ce qui fut autrefois.
C’est pour s'opposer à cette tendance continuelle à la destruction, qu'ont été imaginés , dans des vues diverses , les arts qui ont pour but de prolonger la durée tOAQUES fphéqere, et prquire qe sa0rps) que la vie à
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abandonnés. 0: À Ru PU
C'est dans cette vue qu’a été créé l’art de l’anatomiste. Les travaux dont il s'occupe sont trop longs et trop déhcats ; les difficultés de se procurer certains sujets de recherches, ou d'obtenir dans quelques circonstances les cadavres nécessaires aux dissections , sont trop grandes, pour que, depuis long-temps, on ne se soit pas occupé de conserver ce qu'on avait découvert et mis en état d’être démontré.
Il semble par-là que l’art-de conserver les:préparations d'anatomie , aurait dû marcher avec les progrès de cette science , et même en faciliter l'avancement. Cependant, quoique les connaissances anatomiques aient été portées très-loin ; la conservation des pièces disséquées demande encore une étude Pc et des travaux assidus.
Quelques anatomistes anciens ont placé dans leurs ouvrages un article à part sur les administrations anatomiques, dans lequel ils parlent de plusieurs procédés de dissection et, de conservation. C’est ainsi que Galien (x),
Charles Etienne (2), Ambroise Paré (3), PIRE (4), Read (5),
(1) De administ. anatomicis , lib, 1X.
(2) De dissect. part. corp. humani, Bb. III.
(3) Œuvres d'Amb. Paré, De l’administ. anat.
(4) Methodus anatomica, etc., Venet. , 1593.
(5) Manuel of dissection, London, 1650,
( 207 ) Lyser (1) , Paul Barbette (2), Gaspard Bartholin (3), Gunz (4), JF. Cassebohn (5), Sue (6), Tarin (7), Duverney (8), ont écrit sur les préparations anatomiques ; mais les moyens de conservation ne sont exposés que très-brièvement dans leurs ouvrages, et quelquefois 1ls sont entièrement omis.
L'anatomie pratique doit beaucoup sans doute aux travaux de Vésale, d’Ingrassias, de Colombus , de Simon Pauli, et sur-tout d'Euslachi ; ainsi qu’à ceux de Fabrice d’Aquapendente , de Spigel , Riolan , Rudbeck , Malpighi, Willis, Vieussens, Cowper, Douglas , Albinus , Winslow et Bertin ; mais tous ces hommes célèbres n’ont parlé que très-rapidement, ou d’une manière accessoire, de la conservation des pièces anatomiques.
- Aïnsi nous ne possédons que peu de chose sur l’art de conserver les pièces d'anatomie , et les hommes les plus faits pour l’avancer , ont mis souvent un soin coupable pour cacher leurs procédés d’investigations et de conservation. |
On doit peut-être, sous ce rapport, faire de graves reproches à Ruisch, qui possédait, dit-on, des moyens de conserver à nos tissus la mollesse et la plupart des autres propriétés qui sont l'apanage de la vie. Lorsque l’anatomiste hollandais vendit son cabinet au czar Pierre Ier, il donna un manuscrit dans lequel il faisait connaître la composition de la liqueur conservatrice dont il se servait, et il y déclarait expressément que cette liqueur n’était autre chose que de l’esprit-de-vin, de l'esprit de Dréche , auquel on ajoutait seulement, dans la distillation , une poignée de poivre blanc. Mais il paraît que Ruisch n’avait pas donné la véritable composition de sa liqueur , ou bien l’on en a exagéré les vertus; car elle est loin de produire ce qu’on a publié des moyens qu’il employait. Après la mort de Ruisch, on crut avoir trouvé son moyen de conservation. En 1731, Geoffroy fut chargé par l'académie royale des sciences
(x) Culter anatomicus. 7/07. la Bibliothèque anatomiq. de Manget, tom. IT. (2) Anatomia practica, Amstelod. , 1659.
(3) Novus modus præparandi viscera , etc., 1676. Foy. la Biblioth. anatom. de Manget. (4) Præparata anatomica in liquore, sicca sceleta et ossa gunziana , Dresdæ , 1750. (5) Methodus secandi musculos , Hall, 1739.
(6) Anthropotomie , ou l’art d'injecter , de disséquer ou d’embaumer, etc. , Paris, 1749, in-8. (7) Anthropotomie , ou l’art de disséquer , etc., 1750. (8) L'art de disséquer méthodiquement , Paris , 1749. | 27:
( 208 ) de composer la liqueur et de faire des expériences ; maïs les résultats ne répondirent pas aux espérances qu’on avait conçues (1).
La difficulté de préparer les vaisseaux lymphatiques avait fait sentir le besoin de conserver les préparations : les savants qui ont étudié spécialement cette branche de l'anatomie, ont fait connaître les procédés qu’ils employaient.
Les ouvrages publiés en France depuis quelques années sur l’art de lanatomiste, ne contiennent que quelques considérations générales sur les moyens de conservation; la manière dont les autres parties y sont traitées , fait vivement regretter que leurs auteurs n’aient pas cru devoir parler de toutes les branches de l’art avec les mêmes détails.
Nous possédons cependant un ouvrage qui traite spécialement de la préparation et de la conservation des pièces anatomiques (2). L'esprit qui a présidé à la rédaction de cet opuscule , les connaissances profondes de l’auteur dans toutes les branches de la médecine, et sur-tout dans l’anthropotomieet la zootomie, sa grande expérience dans les travaux anatomiques, font désirer qu'il veuille donner à ce sujet de plus grands développements.
Quelques anatomistes étrangers ont publié des ouvrages sur la matière dont nous traitons ; mais aucun d’eux n’a considéré ce sujet sous tous ses rapports (3). On peut reprocher à l’un de ces auteurs d’avoir présenté comme
(2) Histoire naturelle , générale et particulière , avec la description du Cabinet du roi; par Daubenton , tom. IT, Paris, 1749. — Geoffroy composait cette liqueur de la manière suivante :
On pulvérisait une once six gros de poivre noir, une demi--once de petit cardamome mondé, et égale quantité de gérofle ; on jetait ces matières dans une cucurbite de verre, avec douze livres d’esprit-de-vin ; on suspendait au milieu de la liqueur un nouet, dans lequel étaient contenues deux onces de camphre , et l’on distillait le tout au bain-marie jusqu’à siccité. Geoffroy ayant suivi ce procédé , eut onze livres trois onces de liqueur distillée ; il reconnut dans la suite qu’il fallait y ajouter un tiers d’eau filtrée pour l’adoucir.
(2) Essai sur les moyens de perfectionner et d’étendre l’art de l’anatomiste , Paris , 1803.
(3) The London dissector ; or, system ofdissection, etc., London , 1813. — A system of dissections, explaining the anatomy of the human body, with the manner of displaying the parts , the distinguishing the natural from diseased appearances , etc.; by Charles Bell , London, 1809. The anatomieal instructor or, illustration of the modern and most approved methods of preparing and preserving the differents parts of the human body and of quadrupeds ; by Thomas Pole, London , 1813.
( 209 ) nouvelle et comme lui appartenant, une méthode de conservation (1) qu’on sait avoir été découverte et proposée depuis long-temps par M. le professeur Chaussier (2) ; c'est de l’emploi du sublimé corrosif que je veux parler.
Vainement on cherche dans les écrits des naturalistes et des zoologistes, des moyens pour la conservation de leurs collections ; on voit que cette partie, sous plusieurs rapports, est encore peu avancée, malgré les travaux de Daubenton (3), de Mauduyt (4), de Manesse (5) et de Nicolas (6). Cependant quelques zoologistes habiles , dans ces derniers temps, se sont occupés de recherches pour découvrir les meilleurs moyens de conserver les pièces d'anatomie ou de zoologie ; et l’art doit de la reconnaissance à M. Dufresne (7), à l’infortuné Péron et à son ami Lesueur (8).
$ IL. Du choix des sujets qui dowent servir aux préparations à conserver.
Le choix des sujets n’est pas une chose indifférente pour la préparation et la conservation. Ce choix variera cependant suivant l'espèce de préparation que l’on veut faire. Les jeunes sujets, les femmes chargées de peu d’embonpoint sont préférables pour les pièces de névrologie et d’angéiologie ; les adultes et les vieillards grêles et secs pour la prépara-
(x) An account of a new method of making, dried fanatomical preparations ; by Joseph Swan.
(2) Voyez Bulletin des sciences de la société philomatique , tom. II], sixième année, n° 3.
(3) Histoire naturelle , générale et particulière , avec la description du Cabinet du roi ; par Daubenton , tom. IT, Paris, 1740.
(4) Voyez la 5° livraison de l'Encyclopédie méthodique, Histoire naturelle des oiseaux; tom. Î, seconde partie, pag. 435 , et Journal de physique , année 1773, tom. 11, pag. 480.
(5) Traité sur la manière d’empailler et de conserver les animaux et les pelleteries , in-12 ; par l’abbé Manesse , 1786.
(6) Méthode de préparer et de conserver les animaux de toutes les classes; par P. F. Nicolas , membre de l’Institut national , Paris , an IX. - (7) Foy. art. taxidermie du nouveau Dictionnaire d'histoire naturelle , appliquée aux arts, tom. XXI, Paris, 1803, chez Déterville. Voy. Instruction pour les voyageurs et pour les employés dans les colonies, sur la manière de recueillir, de conserver et d'envoyer les objets d'histoire naturelle , etc.; rédigée par l'administration du Muséum d'histoire naturelle, Paris,
(8) Voyages aux Terres-Australes, etc., tom. II, pag. 373, Paris , 1816.
tion des os qu’on veut articuler et qu’on désire avoir à leur plus haut degré de développement ; les individus d’une constitution athlétique pour la préparation des muscles; les sujets lymphatiques légèrement infiltrés et dans un commencement de putréfaction, pour certaines injections, telles que celles des veines ou des vaisseaux absorbants, etc. Mais, absiraction faite de la préparation des parties , et pour ne parler que des circonstances favorables à la conservation, sur-tout par la dessiccation, nous dirons que les sujets maigres et secs sont préférables à ceux chez lesquels le tissu adipeux est abondant en huile animale ; les sujets qui ont succombé à une maladie chronique, à une fièvre hectique, par exemple , conviennent mieux que ceux qu'une maladie aiguë a fait mourir.
I est d'observation que la putréfaction s'empare avec une grande rapidité des cadavres des personnes qui ont succombé à certäines maladies gangréneuses, à celles qu'on appelle putrides, adynamiques, etc.
Le choix des sujets peut varier suivant le genre de préparation que l’on veut conserver, quelquefois la même pièce doit être prise sur des sujets différents sous plusieurs rapports les uns des autres, relativement à la disposition des organes, à leur mode de développement, etc. Nous ne
pouvons pas entrer dans l'exposition de toutes ces différences.
: PT S IL. Temps favorables à la préparation et à la conservation des pièces analomiques.
Le contact de l’air, l'humidité et une température douce, sont des circonstances favorables au développement de la fermentation putride, et par conséquent ‘contraires à la dessiccation (1). Les extrêmes de tempé-
(1) M. Humphry Davy admet que la présence de l’oxygène est nécessaire pour la putréfaction des substances animales, au moins pendant la première période. C’est sur cela qu’il appuie son raisonnement sur la conservation des substances animales par la pression de l’air. Voici comment il s'exprime : « Lorsque de la viande ou des végétaux doivent être conservés en grand , pour »l’usage d’une flotte ou d’une armée, par exemple , je suis porté à croire qu’en accumulant par »force dans le vase qui les renferme de l’acide carbonique , de l'hydrogène ou de l’azote., au moyen »d’une pompe comprimante , semblable à celle dont on se sert pour faire l’eau artificielle de »Seltz, aucune altération n’aura lieu dans les substances conservées. Dans ce cas, aucun fluide »élastique ne pourrait se dégager, si l'épaisseur ou la force du vase étaient assez considérables
(ann)
rature conviennent davantage pour la conservation, que les degrés moyens de chaleur, sur-tout lorsque l'humidité s’y joint. C'est ainsi que dans les climats septentrionaux et sous les zones glaciales, des animaux sont conservés pendant plusieurs mois, et même plusieurs années, sans éprouver aucune altération. Il suffit de prendre quelques soins préliminaires avant de les soumettre à la coction ; ils peuvent ensuite être servis comme aliments. Les marchés de Saint-Pétersbourg sont fournis en hiver d’animaux qui viennent du fond de la Sibérie, et qui ont été tués plusieurs mois auparavant. | |
Dans les régions voisines du pôle-nord, on a vu des animaux très-bien conservés, et qui étaient enfouis dans les neiges ou les glaces depuis un temps immémorial. Dans ces climats, les cadavres abandonnés à l'air ou cachés sous la neige et la glace se conservent donc indéfiniment. C’est ainsi que les habitants de la Sibérie, du Kaïmtschatka, et du nord-ouest de l'Amérique, gardent du poisson pendant plusieurs mois (1). M. Cuvier, dans son grand ouvrage sur les ossements fossiles des quadrupèdes , rapporte que deux animaux ont été trouvés au milieu des glaces, et il croit qu'ils y étaient depuis la dernière catastrophe terrestre. Il assure que la peau et les muscles de l’un de ces animaux étaient si bien conservés, que les chiens furent très-avides de le dévorer. é
L'extrême opposé de température produit un effet analogue , mais avec quelques différences. Une grande sécheresse jointe à une haute chaleur de l’air atmosphérique, s’opposent à la décomposition putride, en s’emparant avec promplitude de toute lhumidité dont les corps organisés sont pourvus; et plus cette humidité est grande , plus les corps offrent de disposition à se putréfier. M. Geoffroy - Saint-Hilaire m'a dit que, dans l’expédition des Français dans la Haute - Égypte , On avait plusieurs fois trouvé sur les sables ou dans des grottes, des momies humaines et des momies d'animaux parfaitement conservées, el qui paraissaient avoir élé le résultat de l'exposition tes cadavres à un air très - chaud et trèd-sec. Ces momies, qui offraient une conservation
»pour résister. La putréfaction ou la fermentation ne pouvant marcher sans génération de fluides »élastiques,la compression agirait probablement dans ce cas avec autant d'efficacité que le froid, »pour conserver, sans altération, des substances animales ou végétales. » — Elements of agricultural chemistry ; by sir Humphry Davy , pag. 242 ,in-4 , London, 1813.
(1) Voyage au nord-ouest de l'Amérique, par MM. Chwostow et Dawidow, de 1802 à 1804.
(ren) assez parfaite des formes principales, avaient une légèreté surprenante.
L'air atmosphérique sec et chaud, l’eau à l’état de congélation , ne sont pas les seuls milieux dans lesquels les substances organisées privées de vie, peuvent se conserver. Des cadavres ont été trouvés sous les sables brûlants de l'Asie et de l'Afrique dans un véritable état de momification. On sait même que dans nos climats tempérés, lorsque l’inhumation est faite dans des terrains secs et sablonneux, ou très-avides d'humidité, les cadavres , au lieu de se putréfier, se dessèchent. ds.
Les saisons qui, dans nos climats, auront le plus d’analogie , par leur température, avec les zones dont nous avons parlé, seront les plus favorables aux préparations et conservations des pièces anatomiques.
Un hiver froid et sec, ou la chaleur ardente de l'été, convient pour cette opération ; plus l’évaporation de l'humidité des matières animales sera rapide, plus leur conservation est assurée. Pendant ces saisons, en faisant des lotions ou des aspersions avec des liqueurs très-évaporables, alcoholiques, huileuses ou éthérées , on hâte encore la dessiccation , et l’on s'oppose soit à la congélation des liquides en hiver, soit à la putréfaction des parties molles en été. ;
Dans cette dernière saison , si la pièce anatomique est à l’air libre, il faudra la placer de manière à ce qu’elle soit exposée à un courant très-rapide, et pour cela on peut disposer des ventilateurs, des soufflets, ou d’autres moyens dont nous parlerons. Il faut éviter de placer les pièces au soleil, parce qu’il rend la graisse liquide ; et quand cette humeur est profondément située dans l'épaisseur des tissus que l’instrument n’a point entamés, cette huile animale, en se liquéfiant, transsude à travers les parties, l’évaporation en devient difficile, et la préparation n'atteint pas le même degré de perfection. |
Les lotions avec l'essence de térébenthine ou l’alcohol, tout en hâtant la dessiccation, ne suffisent pas toujours pour assurer la conservation des parties. Il faut s'opposer à ce que les insectes aillent déposer leurs œufs sur la préparation, et que la mouche carniaire, par exemple , aille y placer ses larves.
Le meilleur moyen de prévenir cet inconvénient, est d’arroser la pièce avec la liqueur conservatrice de M. le professeur Chaussier : cette liqueur est une solution aqueuse ou alcoholique de sublimé corrosif.
Du soufre qu’on ferait brüler à peu de distance de la préparation qui en recevrait les vapeurs, pourrait encore éloigner ou détruire les insectes. Ce procédé est moins bon que le premier; il ne peut pas convenir lorsqu'on a des couleurs que l’on veut conserver. Mauduyt regardait ces fumigations sulfureuses comme le meilleur moyen d’anéantir les insectes, pendant ou après la dessiccation. Il en avait fait adopter l'usage à Daubenton pour le muséum d'histoire naturelle au Jardin du roi ; mais on fut bientôt forcé d’y renoncer (1). Cependant nous devons toutefois reconnaître que les inconvénients des vapeurs de soufre ne sont pas aussi marqués pour les pièces d'anatomie que pour les collections zoologiques, -etsur-tout pour celles des oiseaux et des insectes.
Daubenton (2) a recommandé, pour défendre les pièces contre l’attaque des insectes, de les laver pendant leur dessiccation avec du vinaigre, dans lequel on ajoutait de l’acide nitrique, du sublimé corrosif et de l’arsenic (3).
Certains états de l'atmosphère paraissent hâter la putréfaction et devenir tout-à-fait contraires à la conservation des substances animales : en hiver le dégel, et en été les temps orageux produisent des effets analogues.
S IV. Des lieux les plus favorables à la dessiccation et à la conservation.
Les lieux élevés, secs, où l’air peut avoir un libre accès, et où l’on peut établir et diriger des courants, conviennent à la dessiccation et à la conservation, tandis que les lieux bas et humides, mal éclairés, où l'air arrive par de trop petites ouvertures, où il ne circule que difficilement, sont contraires aux travaux préparatoires à la conservation et à cette conservation elle-même.
Les croisées des pièces destinées aux travaux anatomiques dont nous nous occupons, doivent être nombreuses, ouvertes sur toute la hauteur
(1) Dufresne, article taxidermie du Dictionn. d'histoire naturelle , tom. XXI, Paris, 1803.
(2) Descript. du Cabinet du roi, tom. HT , pag. 148.
(3) On met sur une pinte de vinaigre une once d’eau-forte du commerce, deux gros de sublimé corrosif et deux gros d’arsenic. On arrose de cette liqueur , matin et soir , pendant plusieurs jours , la pièce que l’on veut dessécher ; mais bientôt l’on voit se former sur la surface une sorte de mucilage ou d’écume produite par l’action des acides , et cette couche masque
ou fait disparaître les couleurs.
des parois de la salle, et placées dans des points opposés, pour favoriser ks courants atmosphériques. Des carreaux ou des parties des croisées doivent pouvoir s'ouvrir séparément, les murs doivent être gaxnIS de boiseries et d’armoires largement ouvertes, dans lesquelles les pièces puissent être placées librement, afin qu’elles ne se touchent point entre elles, ou qu’elles ne portent ni sur le fond, ni sur aucun point des armoires qu les contiennent. Des stores ou des rideaux seront posés devant les croisées pour protéger certaines pièces contre les rayons solaires, sous le rapport de leur chaleur ou de leur trop vive lumière.
Des poêles seront placés dans ces salles, dont quelques-unes seront considérées comme de simples étuves, et ne contiendront les pièces anatomiques que jusqu’à leur préparation définitive ; ou dans celles où ces pièces seront conservées, afin de favoriser dans quelques circonstances le renouvellement de l’air, d'établir plus facilement des courants, et d’élever la température de manière à dissiper l'humidité, ou pour s'opposer à la congélation des liqueurs salines, acides ou alcoholiques faibles dans lesquelles les pièces sont plongées, et à prévenir ainsi la rupture des vases. On devra aussi éviter de donner à cette température une trop grande élévation.
$ V. De la nature des pièces que l'on veut conserver.
La conservation des pièces ou sujets d'anatomie pe être provisoire où définitive.
Les conservations définitives peuvent appartenir, 1° à l'anatomie proprement dite; 2° à l'anatomie pathologique. Cette dernière parte de l’art de l’anatomiste n’a pas encore été cultivée en France avec assez de soin ; le plus souvent les parties malades sont disséquées fort incomplétement ; rarement on fait des recherches assidues; on ne les injecte pas, ou l’on ne cherche point, en les plongeant dans les liquides appropriés, à Conserver aux organes malades la plupart des caractères qu'ils avaient pendant la vie. Nos muséum d'anatomie pathologique laissent beaucoup à désirer, soit sous le rapport du nombre des pièces qui s’y trouvent, soit sous le rapport dont elles sont conservées et disposées. Mais c’est moins la faute des conservateurs que des circonstances , ou des anatomistes et des pathologistes qui n’ont pas assez senti l'importance de l'anatomie morbide, et l'utilité
de la conservation des diverses parties malades que l'instrument du chirurgien où que la mort du sujet auraient mises à notre disposition. Des mesures prises dans les hôpitaux ou dans lés facultés de médecine , pour faire conserver et placer dans des salles appropriées les pièces d’anatomie pathologique qui montreraient les différents degrés d’une maladie, et les altérations profondes et variées qu’elle apporte dans nos tissus, seraient un moyen très-puissant de hâter les progrès de la médecine.
Pièces à conserver pour des dissections ultérieures. — Nous voulons parler ici de la conservation provisoire des sujets d'anatomie, pour des dissections ajournées ou remises à une époque plus ou moins éloignée. La dessiccation ne peut pas convenir dans cette circonstance, à moins qu'on ne voulût avoir qu'une partie de l'animal, ou qu'on le destinât plutôt à faire partie d’une collection qu’à servir à des recherches anatomiques.
Dans le nord cette conservation provisoire sera facile à obtenir, en soumettant l’animal à la congélation ; mais dans d’autres climats , ce moyen ne pourra pas être employé.
Les poudres absorbantes et aromatiques , les solutions salines plus ou moins rapprochées , les sels, et particulièrement le muriate de soude , le sulfate d'alumine et le nitrate de potasse, sont les agents les plus ordinaires de ces conservalions. Cependant ils ne peuvent pas être comparés aux liqueurs spiritueuses. La solution de sublimé-corrosif convient peutêtre moins dans cette circonstance que dans toutes les autres, parce qu’elle donne aux tissus une densité et une résistance qui rend toute dissection difficile. Cependant je crois qu’on pourrait parer à cet inconvénient en soumettant la pièce à des lotions aqueuses ou alcoholiques , peu de temps avant d’en faire la dissection. L'emploi du sublimé serait moins dispendieux que celui de l'alcohol ou des liqueurs spiritueuses, dont l'évaporation est toujours considérable dans les pays chauds ; et dans la même solution saline, on pourrait mettre , sans craindre aucune altération , un plus grand nombre d'animaux que dans l'alcohol.
Péron et Lesueur ont eu tort de ne point se servir du muriate suroxygéné de mercure. Ils ne donnent contre ce moyen que de faibles raisons, et ils n’en auraient sans doute aucune s'ils en avaient fait usage. Cependant ils allèguent un motif excusable pour ne s'en être pas servis ;
c’est la crainte qu'ils avaient de voir commettre des méprises à bord d’un vaisseau, et les zdées criminelles que cette profusion de liqueurs empotsonnées pouvait faire naître, et qui seules devaient aularmer les marins les moins prévoyants. |
La dissolution du sulfate d’alumine dont le modeste et savant François de la Roche avait tenté l'usage dans son voyage aux îles Baléares, ne lui avait pas réussi; car il perdit, par l'emploi de ce liquide , une grande, partie des animaux dont il croyait s'être assuré la conservation provisoire.
L'eau salée ne donna pas des résultats plus satisfaisants à Lesueur et à Péron; mais ils furent moins malheureux en se servant du sel lui-même ; et, dans un cas de nécessité pressante , ils disent que le naturaliste peut en tirer quelque utilité. Ils recommandent de choisir des vases assez grands , et particulièrement des tonneaux de bois, et d’avoir l’attention,au bout de quelques jours, de faire sortir la saumure , pour la remplacer par du sel. Ils recommandent aussi de ne confier au muriate de soude que les animaux les plus frais, et de ne faire ces salaisons que dans la nuit ou pendant les heures les moins chaudes du jour.
L'huile d'olive, au défaut d’alcohol ou d’autres liqueurs spiritueuses, doit être employée pour les animaux qui ne peuvent pas être salés, comme, par exemple, les petits mollusques et quelques zoophytes pélagiens.
Péron et Lesueur, à qui nous empruntons ces détails intéressants (1) , croient qu'un vinaigre de bonne qualité vaut mieux que l'huile d'olive, et comme celui qu’ils avaient était faible,ils augmentaient sa verlu conservatrice en y ajoutant du muriate de soude, ou en le laissant digérer pendant plusieurs jours sur beaucoup de poivre ou de piment très-âcre. Mais à tous ces moyens ils préfèrent les liqueurs alcoholiques ; ils employèrent successivement le rack ou eau-de-vie de riz, le rum, l’arrak ou tafa, l’eau-de-vie ordinaire de France , et quelquefois l’alcohol ; et, à l'exception de ce dernier, ils n’ont pas observé de différences dans le mode d’agir de ces liqueurs.
D’après toutes les observations qu'ils ont pu faire pendant leur voyage à la Nouvelle-Hollande , ces deux naturalistes ont reconnu, 1° que les liqueurs alcoholiques , toutes choses égales d’ailleurs, sont d'autant
(1) Voyages de découvertes aux Terres- Australes, tom. 11, pag. 382.
plus favorables aux collections zoologiques , qu’elles sont plus incolores ;
2° Quelles sont d'autant plus susceptibles d’altérer les couleurs des animaux, qu’elles donnent plus de degrés à l’aréomètre , et que par conséquent l’un des premiers soins du zoologiste consiste à chercher les moyens de les avoir le plus faibles possible ;
3° Que l’alcohol pur détruit la plupirt des couleurs animales, et d'autant plus promptement et complétement qu'il est plus concentré, et qu’on l’'emploie à une plus grande quantité relative ;
4° Enfin ils ont reconnu que pour la plupart des animaux, il suffisait d'employer une liqueur alcoholique de 16 à 22 degrés, suivant les espèces que l’on veut conserver (1).
S VI. Dispositions préliminaires à l'emploi des moyens de conservation.
Il est des soins indispensables que l’anatomiste doit prendre avant de procéder à l'emploi des moyens de conservation à proprement parler. Ces opérations préliminaires sont :
° Les injections, 2° Les lavages, 3° Les corrosions, 4° La dissection, 5° Le dégraissage , 6° La ligature des vaisseaux, 7° La séparation et la distension des parties.
1° Les injections. Elles sont: À. évacuatives; B. réplétives; C. antiseptiques ou conservatrices. |
A. Les injections évacuatives sont faites pour priver certains tissus ou certains viscères des liquides ou des matières qu’ils contiennent; c’est ainsi que le pharynx, l’œsophage, l'estomac, les intestins, la vessie, le cœur, etc., devront être, par des lavages, des injections d’abord aqueuses, puis acidules ou légèrement alcoholiques, débarrassés des matières alimentaires, des matières fécales, de l'urine ou du sang que ces viscères peuvent
(x) Voyages de découvertes aux Terres-Australes , historique , tom, 11, Paris, 18:6,
(2781) renfermer. Quelquefois il sera convenable de pousser de l’eau ou de l'alcohol dans les vaisseaux sanguins pour les préparer à recevoir l'injecüon qui doit servir à la préparation, ou favoriser la conservation.
B. Injections réplétives. Elles sont faites dans l'intention de conserver aux organes leurs formes, leur figure, etc. Toutes ces injections sont poussées tantôt dans les vaisseaux , tantôt dans certains organes creux, comme le cœur, le globe oculaire, les articulations, Futérus, le vagin, certains kystes ou poches membraneuses , les gaines lamineuses ou fibreuses de certains organes, etc. Ces injections réplétives sont définitives ou temporaires. Les premières se font avec des substances solides, telles que du suif, de la cire, de la résine, du soufre , le métal fusible de Homberg (1), faussement attribué à Darcet, avec de la térébenthine, du plâtre , etc., ou bien avec des matières dont la consistance ou la liquidité pourra en permettre la sortie lorsque la dessiccation ou autres moyens de conservation auront été employés. C’est principalement du mercure dont on se sert dans ces dernières circqnstances.
C. Les injections anti-septiques ou conservatrices se font également dans les vaisseaux et dans les viscères creux. C’est ainsi que l’on injecte dans tous ces organes des baumes, des liqueurs spiritueuses et aromatiques , des vinaigres préparés, des solutions salines, mercurielles, arsenicales, ou autres, etc. La solution alcoholique de sublimé corrosif est sur-tout un moyen employé avec succès par quelques modernes , d’après la recommandation de M. le professeur Chaussier. Je tiens de M. le baron Larrey et de mon ami le docteur Ribes, qu’ils ont souvent employé ce moyen dans l'opération de l’'embaumement.
2° Des lavages. — Les lavages préliminaires ou pendant la préparation avec des liqueurs acides, sont pour donner de la-blancheur à certains tissus , et de la résistance à d’autres. C’est ainsi que l’eau, ou l’alcohol faible dans lesquels on ajoute un peu d'acide muriatique, augmentent la consistance des nerfs et les rend plus apparents. Les lotions avec des liqueurs alcalines, ou simplement avec de l’eau de savon, nettoient les pièces, leur enlèvent le mucilage qui peut rester à leur surface, et les débarrasse de la graisse diffluente dont elles sont recouvertes dans quelques parties. Ces lotions sont sur-tout utiles pour les os qui sortent de là macération.
(x) Mémoires de l’Académie royale des sciences , année 1699, page 165.
Avant la dissection comme après, et lorsqu'on veut procéder à la conservation des parties, il faut soumettre les pièces à l’action de liquides aqueux , huileux, alcalins , salins, acides, alcoholiques , ou dans certains mélanges particuliers.
A3 Dég gorgement des pièces anatomiques. Les pièces anatomiques , celles même qui ont été le plus soigneusement préparées , contiennent toujours une plus ou moins grande quantité de liquides sanguins et séreux ou autres qui ne nuisent pas moins à l’effet qu'à la conservation de ces pièces.
Les liqueurs sanguines et les autres liqueurs animales colorées, en se desséchant sur les tissus , leur donnent une teinte rougeâtre uniforme, ct leur ôtent la couleur et l'aspect propres à les caractériser. Les autres liquides ajoutent à la tendance que ces pièces ont à se putréfier.
J'appelle dégorgement l’opération qui à pour but de débarrasser les pièces qu’on veut conserver dans des liquides divers ; et celte opération consiste à placer et à laisser plus ou moins de temps dans de l’eau simple ou composée, les pièces qu’on veul faire dégorger.
L’eau simple est le liquide qu’on emploie le plus communément à cette opération. On la renouvelle jusqu’à ce qu’elle ne se charge plus d'aucune matière colorante. On peut l’employer suivant la saison , l’espèce et l’état des pièces, depuis o de température , jusqu'à 20 à 25 degrés, en observant que plus elle est basse, moins elle dispose les parties à la putréfaction ; que plus elle est élevée , plus elle leur donne de tendance à s’altérer. La durée de cette opération varie depuis quelques heures jusqu'à quelques jours ; passé ce dernier terme elle nuit aux parties , et les dispose à la décomposition putride, ou bien elle les fait passer à l'état gras.
On peut ajouter à l'efficacité de ce moyen en substituant de l'eau courante à l’eau stagnante ; par-là on éloigne encore la tendance à la putréfaction. I} faut d’ailleurs, aussitôt que cette opération est terminée, bien sécher les pièces, et les mettre dans les conditions les plus propres à dissiper promptement l'humidité dont leurs. tissus ont été pénétrés.
On peut, suivant les circonstances, opérer ce dégorgement dans des liquides composés ; c’est ainsi que l’on se sert de liqueurs légèrement alcalines lorsque les parties contiennent beaucoup de graisse dont on veut les dépouiller ; de liqueurs acidules, ou bien de liqueurs légèrement spi-
C2200) ritueuses , lorsqu'on veut arrêter un mouvement de putréfaction commençant , ou donner un peu de solidité aux parties. :
C'est par un motif analogue qu'on lave et qu’on vide les intestins, : : à 4 É qu'on neltoie la vessie, etc., qu’on saigne les animaux qu’on veut conserver pendant un temps plus ou moins long.
3° Les corrosions. Les corrosions doivent plutôt être considérées comme des moyens d'investigation ou de préparation que sous le rapport de Ja conservation,; c’est pourquoi nous n’en dirons que quelques mots. Par la corrosion on peut enlever aux pièces anatomiques beaucoup de parties putrescibles, et l’on s'assure aussi d'une préservation plus facile. « Ce procédé, sui- » vant M. le professeur Duméril , est indispensable pour nettoyer les pièces » injectées dont on veut enlever le parenchyme, et dont on ne désire » conserver, pour ainsi dire, que la matrice formée par le calibre inté- » rieur du tissu vasculaire (1). »
La pièce injectée, on la place dans un vase de porcelaine percé près de son fond d’une ouverture, afin de pouvoir soulever la liqueur sans imprimer de mouvement à la préparation. Cette pièce doit rester pendant plusieurs jours, pour se dégorger du sang qu’elle contient, dans de l’eau qu’on renouvellera à plusieurs reprises, et qu’on remplacera par une liqueur corrosive. L'on prend ordinairement de l’acide muriatique ou de l'acide nitrique. Pour que la corrosion soit parfaite, il convient que par l'effet de l’eau ou par l’action de lP’acide, toutes les parties molles soient détruites , ainsi que les membranes des vaisseaux , en sorte que l’on voie à nu et isolée de toutes parts la matière injectée dans les vaisseaux, qui en indique le calibre, la distribution et les anastomoses. La corrosion, comme opération préliminaire de la conservation, ne doit pas être poussée jusqu’au point dont nous venons de parler ; il convient de s’arrêter au degré où l’on voit les parties que l’on veut conserver convenablement isolées. Alors la pièce doit être placée dans une liqueur appropriée. On peut aussi faire dessécher ces pièces et les conserver sous verre. Voici les soins et les précautions que recommande Thomas Pole pour conserver
des pièces par ce procédé (1).
(x) Essai sur les moyens de perfectionner et d'étendre l’art de l'anatomiste. (x) The anatomical Instructor or an Illustration of the modern and most approved methods of preparing and preserving the differents parts of human body , etc., London, 1513.
La partie étant injectée, il faut la mettre dans une liqueur composée de trois parties d'acide muriatique et d’une d’eau (1) ; on l'y laisse pendant plu- Sieurs semaines , jusqu’à ce qu’elle ne présente plus qu'une sorte de pulpe : alors on la retire en la saisissant par les troncs des vaisseaux, et on la plonge dans un bassin rempli d’eau claire, en dirigeant par-dessus un filet d’eaupour entraîner la pulpe: lorsque les vaisseaux sont à-peu-près nettoyés,on retire la pièce et on la suspend par le principal tronc vasculaire , au-dessus d’un filet d’eau qui balaie et nettoie mieux encore toutes les ramifications. Cette dernière opération ne doit être faite qu'après que la plus grande partie de la matière pulpeuse aura été détachée et emportée, la pièce étant toujours plongée dans l’eau; car autrement le poids de cette matière pulpeuse et celui du filet d’eau ne manqueraient pas de rompre les vaisseaux: Pour que la force du filet d’eau soit toujours la même, il faut qu'il passe par un tube fin et bien calibré : la pièce serait en danger d’être gâtée ou perdue si la petite colonne de liquide pouvait varier dans sa force. Lorsque la pulpe ne se détache pas avec assez de facilité , on devra replonger la pièce dans l’acide durant une semaine ou deux, et la soumettre à de nouveaux lavages.
Lorsqu'elle est parfaitement propre, on la met pendant quelques heures dans de l’eau, pour enlever le reste de l’acide qui pourrait encore y adhérer, puis on la suspend à l'air sec. Il ne faut jamais se servir d’un fil pour faire cette suspension, il couperait le vaisseau, sur-tout si la pièce était un peu lourde, ou si la matière de l'injection était molle. On doit prendre de préférence une bande d’étoffe ou un ruban, qu’on passe dans l’embranchement des artères et des veines principales. Si l’on ne trouvait
pas de troncs vasculaires assez gros, on placerait la pièce sur de la laine
ou du crin couverts d’un linge fin; on la laisserait ainsi jusqu'à ce qu’elle fût bien sèche et qu'on pût y appliquer le vernis.
Ces préparations demandent beaucoup de soi net beaucoup de temps, et quand elles sont achevées, elles sont plus que toutes les autres exposées à être détruites par le plus léger accident; c’est pourquoi il faut les défendre de toute espèce de choc. Dans ce dessein, on les fixe sur un pied de plâtre dans lequel on a fait un creux assez grand et assez profond pour recevoir le tronc vasculaire dont on veut conserver toutes les ramifications.
(2) Sue recommande l’acide nitrique.