CHAPITRE IL
Conservation des vicères creux, parenchymateux et pulpeux.
Les vicères peuvent se diviser sous le rapport de la conservation, 1° en organes creux , 2° en organes parenchymateux , 3° en organes pulpeux.
1° Les premiers se subdiviseront en organes creux et membraneux comme les méninges, le pharynx, l’œsophage, les intestins, la vessie, etc.: et en organes creux et charnus, dont les cavités ont des parois épaisses. À la plupart de ces parties, après avoir été lavées, soit avec de l’eau simple, soit avec des liqueurs préservatrices, peuvent se conserver par la dessiccation en ayant soin de les distendre. Avant d'en venir aux moyens de conservation, le plus communément on injecte dans les vaisseaux de ces organes des matières plus ou moins fines pour les faire parvenir dans les réseaux capillaires les
plus déliés.
On procède à ces injections en prenant toutes les précautions que les opérations exigent , et l’on fait choix soit de vernis à l'esprit de vin, soit de vernis à l'essence, ou l’on prend simplement de l’alcohol ou de l'huile de térébenthine colorés ; on peut aussi pousser dans les vaisseaux une solution aqueuse d’ichtyocolle ; mais lorsque la pièce doit être desséchée, cette injection est moins bonne que les autres liquides dont nous venons de parler.
La distension de ces organes se fait avec de l’air atmosphérique ; on peut ensuite les arroser, sort avec de l'essence de térébenthine , soit avec de Palcohol chargé de sublimé corrosif, et on les expose à l’air ou dans une étuve pour en obtenir la dessiccation ; alors on applique le vernis.
Pour l'estomac et le canal intestinal, on peut faire une injection triple, 1° dans les artères, 2° dans la veine porte , 3° dans les veines lactées.
Les organes creux et charnus sont d’une conservation moins facile et moins simple que celle des organes précédents ; mais cependant avec quelques soins , on parvient à préserver de la putréfaction et à dessécher parfaitement le cœur, l'utérus , etc. Ce dernier organe se conserve par des procédés analogues à ceux que nous avons indiqués pour le cœur: on le fait tremper dans une liqueur préservatrice , puis on le distend avec du crin ou toute autre substance , et on le fait sécher. Si les organes de la génération proviennent d’une jeune fille, et qu'on veuilleconserver la membrane hymen , on lie les trompes utérines , et l’on introduit du mercure par l’ouverture que laisse cette membrane , de manière à distendre la cavité de l'utérus, a nsi que celle du vagin, et l’on fait sécher les parties en plaçant l’orifice du vagin dans le point le plus élevé; on conserve par ces procédés très-simples des parties génitales de sujets d’àges trèsdifférents , ou même de plusieurs jeunes filles pour observer et connaitre les variétés de forme que présente la membrane hymen. Ce mode de conservation est préférable à l'immersion et au séjour des pièces dans l’alcohol ou dans d’auires liqueurs.
2° Organes glanduleux et parenchymateux.—VLes organes dontnous voulons faire connaître le mode de préparation dans ce paragraphe, sont, aux yeux de beaucoup de personnes, d’une conservation difficile, sur-tout par la dessiccation; cependant ces difficultés sont moins réelles qu'apparentes.
A. Le foie peut être desséché ou conservé dans une liqueur. On injecte
(273 ) l'artère hépatique avec de la matière rouge, Les veines hépatiques avec de la matière verte, et la veine porte doit recevoir une injection noire, landis que celle du conduit hépatique ainsi que de ses ramifications sera jaune. Ce viscère soumis ensuite à l’action d’une solution alcoholique de sublime , se dessèche très-bien, et n’est pas plus altérable que les autres organes.
B. Le pancréas se conserve , soit par la dessiccation , soit par l’immersion dans les liqueurs. Le premier procédé s’exécule en injectant celte glande avec du mercure par son canal excréteur ; on retient le métal dans ces conduits en poussant un peu de matière résineuse derrière le vifargent.
Ainsi préparé et arrosé avec la liqueur conservatrice de M. le professeur Chaussier, on fait sécher la glande, qui perdrait beaucoup de son volume dans cette opération si l'on ne prenait pas le soin de la distendre avec des fils. |
C. La rate. — En injectant de l’eau par l'artère splénique, le liquide revient ordinairement par les veines, après avoir rempli et lavé tout le parenchyme de l’organe.Si l’on répète un grand nombre de fois cette opération, on réduit la rate à sa trame fibro-celluleuse et vasculaire, et après y avoir poussé par une dernière injection de l’eau ou de l’alcohol chargés de sublimé corrosif, on l'insuffle et on obtient très-aisément sa dessiccation, On peut préparer ainsi et conserver dans leurs rapports tous les organes qui composent le système de la veine porte. Cette préparation est fort curieuse et fort instructive. |
D. Les reins. Les injections poussées dans la glande chargée de sécréter l'urine, réussissent presque toujours, même sur des cadavres entiers, desüinés à des leçons d’angéiologie. Il est donc certain qu'une injection partielle devra arriver dans tous les vaisseaux des reins ; la matière des injections ordinaires suffit le plus communément pour obtenir ce résultat. (Six livres de suif, deux livres de cire jaune, douze onces de térébenthine, ct presque autant de vermillon.) Cette matière, après avoir rempli la substance corticale, revient par la tubuleuse, et s’épanche quelquefois dans le bassinet. Le-plus souvent c’est le suif seul qui distend ce petit réservoir, tandis que la matière colorante reste dans les vaisseaux. On plonge le rein dans la liqueur de M. Chaussier, et on le coupe en deux partout les faire sécher, ce qu’on obtient assez promptement; et l'organe ne perd que'très-peu de son volume.
4, Des organes de la respiration. Le poumon paraît facile à préparer et à conserver en le mettant dans un état permanent d'insufflation ; cependant rien n’est plus difficile que de retenir l'air dans l’intérieur de cet organe: Jamais cette expérience ne réussit parfaitement; l’air finit toujours par s'échapper par la surface de la membrane de ce viscère. M. le docteur Lobstein est cependant parvenu à préparer les organes de la respiration en retenant de l'air dans les bronches, sans qu'il y eût beaucoup d’affaissement et de racornissement pendant la dessiceation. Pour obtenir ce résultat, il faut d’abord injecter tous les vaisseaux sanguins de l’organe, puis Pinsuffler, et répéter l'insufflation un grand nombre de fois. Quant aux ramifñications des bronches on réussit ordinairement sur le poumon du fœtus en remplissant avec du mercure la trachée- artère; on colle ensuite des portions de cet organe, sur une plaque de verre. Alors les vaisseaux aériens, remplis de vif-argent jusque dans la dernière vésicule, se laissent très-bien apercévoir et distinguer: c’est sur-tout vers les bords du viscère qu'on observe le mieux cette disposition.
L'usage de remplir les bronches et la trachée-artère avec le métal fusible de Homberg, pour que cette injection représente le tronc et les branches d’un arbre, n’est qu'un puéril amusement et ne saurait être qualifié du nom d'administration See
Les poumons peuvent être préparés et conservés ne cou plus facilement en les nec dans des liquides.
Les cellules aériennes de cet organe sont beaucoup plus grandes dans les reptiles qui vivent sous l’eau que dans les autres animaux ; c'est pourquoi les plus belles préparations de ce genre se font avec des poumons de reptiles, soit batraciens , soit chéloniens ou autres. En Angleterre on fait souvent cette préparation avec le poumon des tortues de mer. On la rend très-belle en emplissant tous les vaisseaux sanguins avec une injection fine colorée en rouge. On plonge ensuite la partie dans de l’alcohol en ayant soin que le vase soit assez grand pour que le poumon n'éprouve aucune compression. Alors on injecte par la trachée-artère une quantité suffisanie d'esprit de vin pour dilater toutes les ramifications bronchiques sans les rompre, et l’on fait la ligature de la trachée. On abandonne pendant quelques rs la préparation dans de la liqueur. Puis avec un scalpel bien tranchant on fait une incision qui divise longitudinalement les branches principales des bronches. Celte section doit se pratiquer avec la précaution de ne
(275 ) toucher ou presser la pièce que le moins possible, dans la crainte d'affaisser les cellules aériennes. Cette pièce est ensuite suspendue dans un vaisseau de verre contenant de l’alcohol rectifié. Les poumons de tous les animaux peuvent être préparés de cette maniere ; mais ceux des reptiles amphibies doivent être préférés pour la raison que nous avons énoncée.
Le poumon se conserve aussi dans l'huile de térébenthine, et le procédé de cette conservation présente quelques variétés : les artères et les veines étant injectées comme dans la préparation précédente, on remplit les bronches de mercure, si elles sont très-petites, car autrement la quantité qu'il faudrait de ce métal ne manquerait pas de les déchirer par l'effet de son poids. Le mercure doit rester dans les cellules de l'organe jusqu’à ce que la dessiccation soit complète ; et pour éviter la putréfaction on lavera plusieurs fois la pièce avec la solution de sublimé corrosif, ou bien on là plongera dans de l'esprit de vin pendant quelques jours pour la dessécher ensuite beaucoup plus facilement. Des coupes variées peuvent alors étre faites ; le mercure s'échappe, et la pièce se conserve ainsi, ou bien on la met dans de l'huile de térébenthine (1).
Si le poumon est trop grand pour être distendu avec le mercure, on le plonge dans la solution alcohèlique de sublimé corrosif, on l'insuffle et l’expose dans l’étuve, ou à un fort courant d’air atmosphérique. Aussitôt que la surface extérieure de l'organe est un peu desséchée, on pousse de nouveau de l'air dans les bronches, et l’on äpplique une couche de vernis qui s'oppose plus ou moins à l'issue de l’air. La dessication est-elle complétement achevée , on divise l’organe pour en faire voir la structure, ou bien on le laisse dans son intégrité pour en montrer les formes. Le poumon ainsi préparé peut être gardé à l'air ou mis dans de l'huile de térébenthine pour lui donner de la transparence.
Nous pourrions joindre ici la description circonstanciée des moyens de conservation des organes de la voix, si cette conservation n'élait pas la plus simple de toutes.
Le larynx réduit à ses cartilages, à son fibro-cartilage, et à ses meimbranes, peut être facilement desséché, puis irérmDé dans de lhuile de térébenthine , et séché de nouveau pour lui donner une transparence que l’on n'obtient pas toujours par le vernis lorsqu'on ne fait pas l'immersion
(1) The anatomicel Instructor, etc.
(2760 préalablement. Toutes les pièces réunies ou séparées peuvent être conservées de la sorte. Si l'on veut montrer l'intérieur de l'organe, on fait une coupe longitudinale en avant, on maintient séparées les deux portions des cartilages thyroïde et cricoïde, pour laisser voir les cordes appelées vocales.
Le larynx, avec ses vaisseaux, ses muscles et le corps thyroïdien, peut être obtenu à l’état sec en plongeant cet organe pendant un jour ou deux dans de l’alcohol, pur ou dans une solution alcoholique de sublimé corrosif ou d’arsenic, et l’exposant ensuite à l'air:
Les mêmes parties doivent être laissées dans les liqueurs si l’on veut conserver convenablement les nerfs.
F. Préparations des organes des sens. — 1° Organes du toucher. Pour l'organe du toucher, il n’y a guère que l’épiderme qui puisse être conservé : l’on peut lui donner la formedes pieds et des mains en l’emplissant avec du coton. Le derme peut cependant l'être aussi lorsqu'il est bien injecté et séché. C’est ainsi qu'on voit dans quelques muséum les téguments du visage représenter des espèces de masques enduits d’un vernis rouge. Le tissu de Malpighi doit étre mis dans l’alcohol pour être conservé d’une manière utile.
2° Organe du goût. — La langue préparée par la coction légère pour démontrer sa structure , puis conservée dans la liqueur, convient à quelques démonstrations. Les vaisseaux injectés, les nerfs et les muscles isolés de toutes parts, on la fait sécher ou bien on la garde dans l’alcohol : on peut obtenir séparément l’épiderme détaché de dessus le corps papillaire. Par cette opération, tous les nerfs de l'organe du goût sont suivis jusque dans leurs dernières ramifications, la langue se trouve réduite en une sorte de membrane. C’est aussi dans l’esprit-de-vin qu’on placera cette pièce, et si l'injection a été heureuse, on pourra distinguer très-aisément les différentes papilles qui appartiennent à la face supérieure de cet organe.
3° L'organe de l'odorat est, à l'exception des nerfs qui s’y rendent, d’une préparation et conservation faciles. On peut par la dessiccation conserver les nerfs palatins et naso-palatins ; cependant il est bien de mettre toutes ces préparations sur les nerfs des sens dans des liqueurs : l’on pourrait peut - être retirer quelque avantage de pièces sèches pour démontrer divers points délicats de névrologie, comme par exemple les origines du nerf trisplanchnique, la terminaison de ce nerf, l’origine , le passage,
les anastomoses et le mode de distribution &t de terminaison de la corde du tympan. Cela donnerait aux étudiants une idée assez nette des choses, qu'ils saisiraient mieux que sur des pièces plongées dans des liqueurs.
4° Organes de la vue. — Les muscles du globe de l’œil et les nerfs de l'orbite peuvent être desséchés après avoir été bien préparés : cette pièce est même fort jolie. On doit avoir le soin de peindre légèrement en blanc les cordons nerveux. Le globe oculaire sera vidé, puis distendu en y injectant de la matière résineuse ou de la cire , puis on le peint à l'extrémité pour lui donner son apparence naturelle. Toutes les parties constituantes de ce globe lui-même peuvent être conservées soit dans leur ensemble, soit séparément dans de l’alcohol. Cette liqueur à cependant l'inconvénient de faire perdre à certaines parties la couleur qui les caractérise ; c’est ainsi qué l’espritde-vin efface la tache jaune de la rétine et le corpus luteum des ovaires,
Plusieurs membranes de l'œil, telles que la sclérotique, la cornée transparente, l'iris, et même la rétine, les procès ciliaires et la membrane pupillaire, peuvent être conservés par la dessiccation. On étend ces dernières membranes sur du verre ou sur du carton mince, qu’on perfore dans le point correspondant à la pupille. Ces membranes bien injectées font un assez bel effet préparées comme je l'indique. Le cristallin se dessèche et se conserve avec la plus grande facilité.
Les voies lacrymales sont moins aisées à conserver; cependant le sac lacrymal, le canal nasal, les points et les conduits lacrymaux offrent plus de difficulté dans leur préparation que dans leur conservation, qui peut cependant se faire dans des liqueurs ou par la dessiccation. La glande lacrymale et ses canaux excréteurs ne peuvent être bien vus que sur des pièces plongées dans de l’esprit-de-vin.
5° De l'organe de l'ouïe. Les préparations des différentes parties qui composent l'organe de l’ouïe peuvent presque toutes être faites sur des os ou sur des parties qui se conservent très-bien à sec. Quelques préparations du labyrinthe exigent cependant d’être placées dans de l’alcohol ou dans toute autre liqueur appropriée. C’est ainsi que si l’on veut conserver et montrer la membrane qui tapisse tous les canaux et cavités de ce labyrinthe, ainsi que les ampoules qu’elles forment, et que Scarpa et Sæmmerring ont représentées sur leurs planches, il n’y a que les liquides qui
puissent les préserver de toute altération. J'en dirai autant pour ce nerf, ne
pour ses anastomoses avec des nerfs situés dans Le tympan, ainsi que pour toutes les distributions et les communications de plusieurs branches nerveuses décrites, il y a quelques années, par M. Jacobson (1). Je crois que de nouveaux travaux et des préparations devraient être faites sur les canaux appelés les aquéducs de Cotugno (2) : peut - être que ces recherches changeraient les idées surles usages que l’on assigne à ces parties de l'oreille interne. Le: canal spiroïde ou aquéduc de Fallope, et le nerf qui le parcourt, demandent aussi une nouvelle étude ; mais ces parties ne peuvent être bien conservées que dans des liqueurs.
6° Organes de la génération. Lorsqu'on injecte le testicule avec du mercure par le canal déférent , il est difficile , et le plus souvent impossible , de faire arriver le métal dans les canaux séminiferes et de les injecter tous ; il ne parvient le plus communément que dans les cônes vasculeux de l'épididyme et les conduits rectilignes qui pénètrent dans la glande. La dessiccation de ces pièces est simpleet très-facile.
Quant aux vaisseaux sanguins de la substance même du testicule, leur injection est le plus souvent très-heureuse en la faisant avec de l’ichtyocolle coloré en beau rouge; cependant il n’est pas rare de voir la matière s'extravaser après avoir rempli les plus petits vaisseaux. Dans ces cas, les préparations ne peuvent plus être desséchées ; il faut les conserver dans de l’alcohol. — Le dartos se conserve très-bien , lorsqu’après avoir injecté ses vaisseaux sanguins, l'avoir excisé.et isolé de toutes parts, on l’insuffle ou on le colle sur une planchette. Ce dernier procédé lui donne l’apparence d’une membranepar la dessiccation; alors on ymetun vernis. Cette préparation n’a plus à la véritéle mérite decelles dans lesquelles on respecte les rapports des parties, mais elle peut servir à faire voir la distribution irrégulière de ses vaisseaux. L'apparence de cette expansion membraniforme est telle, qu'un œil exercé distingue aisément un morceau de dartos desséché, de toute autre partie du tissu lamineux injectée et conservée de la même manière; cette différence tient principalement à la manière dont les petits vaisseaux s’y ramifient.
Le corps caverneux du pénis, la portion bulbeuse de l’urèthre, et toutes
(1) Descript. anat. d’une anastomose, etc.
(2) Dom Cotunnti de aquæductibus auris humanæ internæ anatomica Dissertat. Thes’ dissert. Ed, Sandifort, vol, 1 , pag. 389.
les parties du tissu érectile, se préparent et se conservent très-bien par di: vers procédés. Le plus simple est l'injection plusieurs fois répétée d’eau pure dans ce tissu, afin d'enlever tout le sang qui s’y trouve, et après ces lavages, on le distend en y poussant de l’air, on le fait desséchéer, puis l’on y pratique des coupes diverses pour montrer sa structure. Les enveloppes fibreuses de ce système érectile peuvent être préparées isolément sur quelques pièces; on suit pour cette conservation les procédés que nous avons indiqués pour le système fibreux.
Les corps caverneux du pénis et du clitoris se préparent encore en les injectant avec du mercure. On fait sortir ce métal après sa dessiccation , alors on distingue très-bien les mailles et les vacuoles de cette partie. On procède de la même manière pour le corps spongieux de l’urèthre. Les veines qui entrent dans sa composition peuvent être rendues très-apparentes, et ces plexns admirables se distinguer jusque sur la surface du gland. Le mercure injecté, on peut l'y laisser et l’y retenir en bouchant avec une matière résineuse l’ouverture par laquelle il a été introduit.
On peut encore préparer et conserver dans leur ensemble toutes les parties de la génération de l’homme en y joignant la vessie. On pousse dans les artères du pénis une injection colorée en rouge par les deux artères génitales lorsqu'elles passent en dedans de l'ischion. On enlève alors ces organes en conservant le pubis, et l’on injecté du mercure dans le corps caverneux , puis on dissèque les parties et on les fait tremper dans l’alcohol ou dans une solution aqueuse de sublimé corrosif, Deux ou trois jours de macération suffisent; alors on fait sécher les parties. Lorsque la dessiccation est parfaite, on prend un scalpel bien tranchant, avec lequel on divise le pénis dans sa longueur, en deux moitiés égales, et l’on ne termine l'incision qu'à l’arcade du pubis ; le mercure s'écoule, les deux parties restent écartées l’une de l’autre , et la structure intérieure devient évidente. Si on plonge la pièce dans de l'huile de térébenthine, elle devient transparente ; les cellulés et les ramifications artérielles injectées dans l'épaisseur du tissu érectile du corps caverneux ét spongieux paraissent encore plus distinctes.
De la conservation du tissu érectile. (1).
Le tissu érectle, ainsi nommé d'une de ses propriétés les plus saillantes,
(3) Dictionnaire des sciences médicales.
( 280 ) par M. le ‘professeur Dupuytren, et après lui par MM: Rullier (1) et Adelon (2), est un de ceux dont on ne trouve pas même d'indication dans lanatomie générale de Bichat.
IL existe dans les organes de la génération de presque tous les animaux, réuni à un plus ou moins grand nombre d’autres tissus, et il est l'agent principal de leurs fonctions. Il forme autour de la tête de beaucoup de gallinacés , les saillies et les prolongements divers et de couleur écarlate qu'on y observe ; c'est lui qui forme les plaques rouges ét saillantes dont les fesses de plusieurs sortes de singes sont marquées; il'existe dans une multitude d’autres espèces d'animaux et d'organes ; et il est encore un de ceux que l’on voit se développer le plus souvent par maladie ou par vice d'organisation; d’où il résulte que, bien qu'il soit moins généralement répandu que beaucoup d’autres tissus, il n’est ni moins curieux ni moins utile de le connaître. En attendant qu'une monographie: en donne une description détaillée, nous allons indiquer quelques moyens de le préparer, de le dessécher et de le conserver.
Il est, en général, plus développé dans les mâles que dans les femelles ; aussi faut-il, pour le préparer; donner la préférence aux organes tirés des premiers.
Il existe pur et sans mélange dans le pénis; aussi est-ce de cet organe qu'il faut prendre ce tissu, lorsqu'on veut mettre en évidence sa structure et ses propriétés principales.
Il est peu développé dans l'enfance des animaux ; il se flétrit dans leur vieillesse , et il est dans la plus grande activité lorsque leurs organes sont arrivés à leur plus grand développement. C’est donc à cette époque qu'il convient de l’examiner.
Il se compose d’une membrane d’enveloppe, laquelle est toujours formée de tissu fibreux jaune, qui sert également, par son élasticité et par sa résistance, à permettre et à borner le développement du tissu érectile; d’un réseau fibreux né de la face interne de la membrane d’enveloppe, et dont les mailles sont plus ou moins serrées , suivant les organes et les animaux qu'on examine; d’artères et d’un lacis innom-
(x) Cet article ayant été égaré lors de l’impression de cette thèse, il n’a pu s’y trouver le jour de la discussion. — Voyez l'indication, $ VIII, page 266.
(2) Propositions de chirurgie et de médecine, Paris, 1808.
( 281 ) | brable de: vaisseaux capillaires artériels et veineux, mais sur-tout artériels , soutenus par les mailles du réseau fibreux ; de nerfs qui sont, dans ce tissu , les agens de l'érection, qu’une nourriture abondante, les frottements, la pensée et une multitude d’autres excitants mettent en jeu; enfin, d’une plus ou moins grande quantité de sang qui est l’agent matériel de l'érection.
La membrane d’enveloppe des tissus érectiles, très-épaisse au pénis, plus mince par-tout ailleurs, doit être préparée dans deux états : dans l’état de flaccidité et dans celui de tension simulant l'érection; et, afin de mettre en évidence ses fibres alternativement flexueuses et déployées, elle doit être soigneusement dépouillée, dans ces deux cas, de tout ce qui lui est étranger, être à demi séchée pour être vernie avant que la perte de toute son eau de composition l'ait amincie et rendue transparente.
L'implantatiou de la membrane d’enveloppe des corps caverneux à des parties osseuses où ils prennent un appui; la rencontre de cette membrane avec le périoste qui revêt les os, exigent une préparation composée qui montre ceite implantation et cette continuité entre des tissus fibreux de nature différente. La conservation de cette pièce n’exige que des soins ordinaires.
La disposition du réseau fibreux est plus difficile, mais plus essentielle aussi à préparer et à conserver. Ce réseau, né de la face interne de la membrane d'enveloppe, peut être préparée aussi dans l'état de flaccidité et dans l’état de distension du pénis,simulant l’état d’érection de cet organe,
La première préparation, destinée à faire voir ses colonnes raccourcies, ses mailles serrées , exige la coupe de l’un des corps caverneux parallèlement à son axe; de fréquentes lotions qui le dépouillent du sang qu'il contient presque toujours en plus ou moins grande quantité; une dessiccation au grand air, et un vernis délié et transparent qui permette à l'œil de pénétrer jusque dans Les détails de cette organisation délicate.
La seconde préparation exige que le corps caverneux soit distendu par de l'air poussé avec ménagement dans ses vaisseaux artériels. Le corps caverneux ayant été rempli, il faut, par des ligatures placées sur les vaisseaux, ou mieux encore sur la racine du pénis, s'opposer à l’écouiement du fluide qui le distend. On le fait alors sécher pour en faire des coupes parallèles ou perpendiculaires à son axe, et destinées à faire voir la disposition de la membrane d’enveloppe, les embouchures des
( 282 ) vaisseaux artériels principaux, la cloison des corps caverneux ; les cellules du réseau fibreux, leur forme et leur capacité relatives dans'les sexes , les individus et les espèces différentes.
Les vaisseaux artériels principaux, tant de l'extérieur que de l’intérieur des tissus érectiles, exigent des préparations et une conservation qui permettent d’apercevoir leur origine, leur trajet au dehors, leur entrée, leur trajet au dedans et leurs distributions principales, aussi loin que l'injection permet de les suivre.
Au delà de ce pointil exisle un système de vaisseaux tellement nombreux et déliés, que l'effort des plus habiles anatomistes n’a pu, jusqu’àce jour, le remplir d'injection, sans le déchirer et sans produire des épanchements.
L'injection grossière qui produit le volume et la distension extraordinaires des pénis qui remplissent si mal à propos nos musées; n'apprend rien sur la disposition des vaisseaux dont il s'agit. 11 est probable qu'on la verrait beaucoup mieux cette disposition, en soumettant à la congélation le pénis vide et flasque, où bien à demi rempli par le sang qui s’y trouvait au moment de la mort, ou mieux encore qui est retenu dans ces parües dans quelques cas de mort violente.
Je ne connais pas d'injection au mercure, à la cire-et à la térébenthine unis , ou bien encore d'injection d'air ou d’eau, qui ne détruise-ces vaisseaux ; on doit pourtant préparer et conserver du tissu érectile qui ait été ainsi injecté.
Les veines jouent, dans ce tissu, un rôle moins grand, mais ne méritent pas moins d'attention que les artères : elles sont beaucoup moins connues dans les tissus érectiles ordinaires, que dans ceux qui sont produits par un état de maladie ; le développement excessif qu’elles ont souvent dans ces derniers, pourrait les faire connaître dans les tissus ordinaires, mieux qu’elles ne le sont,
Les nerfs jouent dans les tissus érectiles un rôle qui donne un grand prix à leur préparation et à leur conservation; car, outre qu’ils remplissent dans ces tissus les fonctions générales du système nerveux, ils y président encore à des sensations spéciales qui avaient fait considérer les organes génitaux, comme un sixième sens. Leurs sources, leur trajet, leurs communications, leur distribution simultanée aux muscles, au corps eaverneux; le mode de leur terminaison dans ces corps, tout est icr d'une grande importance,
Le sang qui, suivant l'opinion commune, est la cause matérielle de l'érection, peut-il être l’objet de préparations et de conservation ? Il serait à désirer du moins qu'il pût être remplacé par quelque liquide, qui distendit sans les altérer, les conduits qui le renferment. Nous avons déjà vu que ce dernier vœu ne saurait être rempli. On pourrait peut-être retenir le sang dans les vaisseaux, en liant chez quelques animaux le pénis au moment de la copulation: mais l'instruction qui résulterait de cette expérience pourrait-elle justifier la barbarie du sacrifice ?
La préparation et la conservation des tissus érectiles, moins caractérisés que ceux des corps caverneux, seront faites d’après les mêmes règles : mais elles doivent avoir pour but et pour résultat, de rendre évidente la dégradation successive de ces tissus par leur mélange avec d’autres, comme cela se voit dans les mamelons, les lèvres, etc., etc.
La préparation et la conservation des tissus érectiles, produits d’un vice d'organisation on d’un état de maladie, n’offrent pas moins d'intérêt que les précédentes. |
Elles doivent faire voir dans les tissus érectiles sans mélange d'aucun autre vice d'organisation et de maladie, la situation, l’origine, les formes, le volume de ces corps nouveaux, l'épaisseur toujours plus faible de leur membrane d’enveloppe, leurs mailles toujours plus déliées, leurs vaisseaux arlériels plus ou moins apparents suivant les cas, leurs nerfs toujours peu développés, leurs systèmes veineux équivalant quelquefois au système artériel, et le surpassant dans certains cas, elc.
Elles doivent faire voir, dans la production des tissus érectiles compliqués d’autres maladies , le développement des artères voisines qui constitue une sorte de varice artérielle ; celui des artères de la tumeur qui luidonnentune sorte de pulsation qu’on n'observe dans aucun tissu érectile naturel; celui d’un élément cancéreux qui les met ordinairement au-dessus de toutes les ressources de l’art, soit que celui-ci attaque l'élément anévrismatique par la ligature, ou l'élément cancéreuxpar l'extirpation oumême par l’amputation.
Toutes ces préparations, toutes ces conservations sont d’une extrême importance pour l'intelligence de l’organisation, des propriétés et des fonctions de ce tissu; mais, il faut l'avouer, l’art de préparer, l'emporte de beaucoup sur l'art de conserver: celui-ci n'a pour ces üssus, comme pour les autres que la ressource des lotions, des dégorgements, des in-
jections, de la-dessiccation, où bien de l'immersion dans des liqueurs spiritueuses ou auires.
H. De l'embryon et des enveloppes du fœtus: Des recherches très-curieuses ont été faites depuis quelques années sur l’œuf des quadrupèdes : des mammifères, des oiseaux et des reptiles : ces travaux ont eu des résultats très-importants relativement à la formation et au développement de l'embryon ; il est donc utile de conserver des embryons et des fœtus aux diverses époques de la gestation pour voir et étudier l’évolution de tous les organes , et pour vérifier et reconnaître tout ce que rapportent MM. Lobstein, Dutrochet, Cuvier, Oken, Meckel, Fleishmann Hæchstetter, Bojanus, Emmert, etc.
L'œuf considéré aux diverses époques de la gestation ne peut être conservé que dans des liqueurs ; et l’alcohol est celle qu'il faut préférer, en ne lui donnant pas trop de concentration, afin qu'il ne racornisse pas les membranes. Un kirsch-wasser léger, dans lequel on fait dissoudre du nitrate d'alumine, forme une liqueur limpide dans laquelle l'œuf se conserve sans aucune altération. On peut, suivant l’âge de l'embryon, montrer successivement le développement des organes et leurs divers changements, et injecter plusieurs parties : dans les premiers temps, le pédicule de la vésicule ombilicale admet le mercure, qu'on y porte avec une petite seringue de verre dont le tube est filé à lampe : cette injection doit être faite du côté de la vésicule, et quelquefois on voit le métal passer jusque dans l'intestin. Les vaisseaux ombilico-mésentériques doivent aussi être injectés pour donner plus d'importance à la préparation. L'ouraque sera ouvert, et l’on démontrera sa communication avec la vessie, d’une part, et avec l’allantoïde de l’autre. Foutes ces parties seront tenues écartées les unes des autres , et attachées avec de petites épingles sur un plateau de cire. s
Dans le fœtus près du terme de la gestation, on injectera les vaisseaux par lesquels il s'établit une communication entre lui et la mère.
Les os d’embryon, après avoir été injectés, seront plongés dans de l'huile de térébenthine, sans qu'il soit nécessaire de les mettre auparavant dans un acide affaibli. Cependant, pour avoir cette transparence plus grande, on peut les laisser, mais pendant très-peu de temps, dans une liqueur acide faible.
Quant aux enveloppes du fœtus et au placenta qu’on veut conserver après un accouchement à terme, on pousse d’abord une injection colorée différemment dans les artères ombhilicales et dans la veine du même nom. Cette injection ne doit pas être trop délicate ou poussée avec
beaucoup de force ; car alors elle passe de l'un des vaisseaux dans l’autre. On laisse tremper pendant quelques jours ces deux parties dans une eau alumineuse , ou mieux dans la liqueur conservatrice de M. le professeur Chaussier, puis on place une vessie de cochon dans la cavité des membranes, on insuffle la vessie, et les parties ainsi disposées sont exposées à l'air pour obtenir la dessiccation; alors la vessie est retirée. On peut conserver de la sorte des membranes avec le placenta, en plaçant la face utérine de celui-ci, tantôt en dedans, tantôt en dehors de la cavité des membranes. Ces mêmes parties peuvent être conservées dans des liqueurs ; enfin , quelques personnes se servent de la méthode de la corrosion pour préparer et conserver le placenta.