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CHAPITRE PREMIER

De la conservation des tissus.

$ If. De la conservation du tissu cutané.

La peau est un des organes qu’on peut le plus facilement conserver, et les procédés pour sa préparation et sa conservation forment plusieurs arts mécaniques : c’est ainsi que le {annage, l'hongroyage, le chamoiïsage, le corroyage ne sont que des moyens différents d'obtenir la conservation de la peau, à laquelle on donne, il est vrai, de nouveaux caractères La conservation de cette enveloppe du corps des animaux forme une branche de commerce considérable, et, en histoire naturelle, la taxidermig relative à la préservation des peaux est d’une grande importance.

Le savon de Becœur est le moyen le plus usité en histoire naturelle pour la conservation des peaux des animaux, dans l’état naturel (1). La plupart des liqueurs que nous avons indiquées, peuvent, en y faisant macérer la peau, la disposer à la dessiccation. NT

On peut préparer la peau humaine avec une lessive composée de deux livres de sel commun , de quatre onces de sulfate de fer et de huit onces d’alun ; on fait fondre le tout dans trois pintes d’eau presque bouillante, on y plonge la peau après l'avoir dépouillée de sa graisse, on l’a-

(x) Nicolas conseille de se servir de la pommade ou de la liqueur suivante , préférablement au savon de Becœur. 1° Z Savon blanc une livre, potasse demi-livre , alun en poudre quatre onces, eau commune deux livres, huile de pétrole quatre onces , camphre quatre onces. Ce savon s'emploie à l’intérieur des peaux.

2°. Liqueur pour mettre sur les robes des quadrupèdes afin de les préserver des insectes. % Savon blanc découpé par tranches très-minces une once, camphre réduit en petits fragments deux onces , coloquinte grossièrement pulvérisée deux onces, alcohol deux livres ; on laisse infuser à froid pendant plusieurs jours , puis on passe et met la liqueur en bouteille.

( 258 ) gite pendant une demi-heure , et on la laisse macérer pendant un jour ou deux dans ce liquide, qu'on renouvelle, et l’on répète la lixiviation et la macération ; enfin, on retire la peau pour la faire sécher à l'air, sans l’exposer au soleil.

M. le docteur Geoffroy, médecin de l’'Hôtel-Dieu , raconte que les habitants de quelques parties de l'Afrique et de l'Asie ne connaissent pas d’autres moyens de conserver les peaux des animaux qu’ils ont tués à la chasse, qu’en les exposant à l’ardeur du soleil, qui les dessèche rapidement, mais en les racormissant. Alors ils frottent ces peaux à plusieurs reprises différentes avec de l’huïle ou du beurre, les exposent de nouveau au soleil, et leur rendent ainsi de la souplesse. Quelques peuplades américaines se servent d’un procédé différent ; c'est avec du tabac qu’elles préparent leurs pelleteries. M. Geoffroy s’est lui-même servi de ce moyen pour conserver et apporter en Europe une assez nombreuse collection d'oiseaux du nouveau continent.

L’alcohol pur ou mêlé avec un peu d’oxymuriate de mercure, de l'huile de térébenthine pure ou mélée à de l’esprit-de-vin, une solution d’alun, une décoction de noix de galle, conservent bien la peau humaine.

SIL. De la conservation du tissu lamineux et du tissu adipeux.

M. le professeur Chaussier recommande, pour faire voir la différence qui existe entre les tissus lamineux et adipeux, de choisir un sujet gras et infiltré, et de faire congeler une partie, soit en l’exposant à l’air froid pendant l'hiver, soit en produisant artificiellement cette congélation. On voit alors que la sérosité forme de petits glaçons dans les maïlles ou aréoles du tissu lamineux, tandis que la graisse est retenue dans de petites poches disposées comme une grappe de raisin, et ces utricules sont plongées au milieu du tissu lamineux.

Le tissu lamineux peut se conserver par la dessiccation, mais il prend la forme membraneuse , et il perd son caractère essentiel; j'en dirai autant de la méthode d’insufflation, de l'usage des liqueurs lannantes, et de l'alcohol. Une, solution aqueuse. de nitrate d’alumine dans laquelle on ajoute une petite quantité.d’esprit-de-vin, consenve, bien, la, disposition des eux tissus dont nous parlons.

& HE. De la conservation des tissus fibreux.

Les tissus fibreux formés d'une trame peu altérable et de gélatine, élé- mént facile à dessécher, peuvent être conservés et l'être avec un plus ou moins grand nombre de leurs propriétés. On peut les conserver par la déssiccätion simple qui diminue leur volume et les prive de leur transparence en enlevant leur humidité. Ils peuvent être conservés avec le volume, l'opacité et le blanc nacré qui caractérisent une des divisions de ce tissu, et avec la couleur jaune qui caractérise l’autre (1), en retenant à l’aide d’un vernis leur eau dé composition.

Enfin ils peuvent étre conservés avec la flexibilité qui est un des attributs du tissu fibreux blanc, et l’élasticité qui est latiribut principal du tissu fibreux jaune.

Le premier mode exige, outre la préparation la plus propre à meitre en évidence la partie du système fibreux qu’on veut conserver, le soïn le plus grand de la dépouiller de Lout le tissu lamineux ambiant, de soutenir ses parties en les tenant tendues, soufflées, ou remplies de crin pendant le temps de la dessiccation qui racornit toujours ces tissus, et qui leur ferait perdre, sans cette précaution, leurs dimensions et leurs formes. A l’aide de ces précautions et d’un courant d'air sec, chaud ou froid, on voit ces tissus perdre rapidement leur humidité, et devenir transparents et assez semblables à un bâton de gélatine desséchée, élément chimique qui en forme la base, lorsque la dessiccation est complète, ce que la sécheresse et la transparence annoncent facilement ; il faut les couvrir d’un vernis, afin de les préserver de la poussière, et surtout de l'humidité , qui altère leur surface et y produirait une sorte de moisissure.

Le second mode a, sur le premier , l’avantagede conserver pendant quel-

(x) M. le professeur Dupuytren fait deux divisions du tissu fibreux ; il range dans la premièrele tissu fibreux blanc et inextensible,qui constitue les ligaments en général,les tendons;les aponeuroses d’enveloppes , etc. Dans la seconde, le tissu jaune et élastique qui compose les ligaments jaunes des vertèbres , les cérceaux meémbraneux qui séparent les cerceaux cartilagineux de la trachée-artère , la membrane moyenne des artères , l'enveloppe des corps caverneux, ete. , le ligament suspenseur de la tête chez les quadrupèdes , etc. Cette distinction établie sur des propriétés évidentes, permet de concevoir beaucoup d'actions obscures, et doit mettre fin aux discussions élevées sur la nature de la membrane moyenne des artères.

que temps au moins, aux tissus fibreux leur volume et leur blanc nacré. Ce mode a pour but de prévenir l’évaporation des liquides inhérents aux üssus fibreux, et il consisle à les vernir aussitôt qu'ils ont été préparés et avant que l'air ait pu, en les privant de leur eau de composition ou autrement, les amener à l’état de transparence. Cet état peut durer long-temps si l’on à l'attention de ne pas placer ces tissus dans des lieux trop chauds, dont l'air, en s’emparant de leur humidité, malgré le vernis, les réduirait bientôt à l’état transparent.

Le iroisième mode est encore plus avantageux que les deux autres, en ce qu'il conserve aux lissus fibreux leur volume , leur couleur propre, et même leur flexibilité , leur élasticité, et en un mot leurs principales propriétés physiques. Ce procédé , découvert par un de mes honorables compétiteurs, n’a pas encore été publié par son auteur.

Il n’est, à l’aide de ces procédés , aucune partie du système fibreux appartenant aux articulations, aux muscles, à leurs tendons, aux viscères, etc. qu'on ne puisse conserver et faire utilement servir à la démonstration.

S IV. Conservation du tissu musculaire.

Différents procédés existent pour conserver les muscles.

1° On commence-par injecter les vaisseaux sanguins, soit du corps entier, soit d’une partie, comme par exemple d’un membre; on prépare les vaisseaux et les muscles, et on plonge la pièce dans un mélange d’alcohol, de lavande et d'essence de térébenthine; on la laisse pendant plusieurs Jours dans cetle liqueur, puis on l’expose à l'air see et chaud, en ayant soin de soutenir les muscles et de’les séparer les uns des autres, ainsi que des vaisseaux, au moyen de fils, de ficelles, de morceaux de cartes, de liége, etc. Lorsque la préparation est bien sèche on y applique le vernis.

2° Quelques personnes conservent les muscles du tronc et des membres de la manière suivante : |

Si c’est un membre on le choisit aussi maigre que possible. Une solution de deux onces d’oxymuriate de mercure dans une demi-pinte d’esprit-devin rectifié doit être injectée dans les artères, et le jour suivant on Yÿ pousse autant de vernis blanc, auquel on ajoute un cinquième de vernis

de térébenthine et un peu de vermillon. Le membre est alors mis dans l'eau chaude, et y est maintenu jusqu'à ce qu'il soit convenablement échauffé; si l’on veut pousser une injection dans les artères et les veines. Pour injecter les veines, il faut les nettoyer avec de l’eau de tout le sang qu’elles contiennent, avant d’injecter dans les artères la solution d’oxÿmuriate de mercure, parce qu'il y a toujours une partie de cette solution qui pénètre dans les veines et y coagule le sang, ce qui empêche l'injection de pénétrer dans les plus petites branches.

Après que le membre a été injecté, on le dissèque ; durant cette préparation il est convenable de couvrir les parties avec un linge trempé dans de l’eau. Le membre injecté par ce procédé, n’éprouvera que très-peu de changement pendant tout le temps que pourra durer la disection.

La dissection achevée, on plongera la partie dans une dissolution de deux onces d’oxymuriate de mercure dans une pinte d’esprit-de-vin rectifié, et on l’y laissera durant une quinzaine de jours, et plus long-temps si l’on veut. On se sert pour cela d’un vase de bois verni, peint à l'huile à l’intérieur, et garni d’un couvercle pour s’opposer à l’évaporation. Les vases métalliques ne conviennent point.

On retire de la solution le membre tous les deux ou trois jours, on enlève le tissu lamineux qui peut rester, ét on le replace de manière que le côté qui était en dessus se trouve en dessous. Comme les instruments avec lesquels on dissèque les parties qui ont été plongées dans une sëmblable, solution s’altèrent, on devra:soigneusement les nettoyer.

Quand le membre a macéré assez long-temps dans la liqueur, on l'en retire pour le faire sécher et y appliquer le vernis. On le suspend, on l'essuie avec un linge propre, on passe de petits morceaux de bois, de carton ou de liége entre les tendons, etc.: alors an peut mettre le vernis; on doit l'appliquer le même jour sur tous les nerfs, les tendons et les expansions aponeurotiques, et répéter cette opération pendant les trois jours suivants.

Un mois ou environ, après avoir retiré le membre de la liqueur, les nerfs, les tendons et les muscles seront peints ét vernis de nouveau dans les points où il en est besoin; mais on laissera un jour d'intervalle entre l'application des autres couches.

On met ensuite sur les tendons et les nerfs, à l'aide d’un pinceau, de l'huile de lin bouillie: cette opération doit être faite avec beaucoup de

précaution, parce que la peinture en seroit altérée. En deux jours cette huile est parfaitement sèche, alors on en applique par-tout : on attend encore quelques jours, et l’on étend par-dessus le meilleur vernis de Uopal. On répète l'application de ce vernis quand il est sec, une seconde et même, s’il en est besoin, une troisième fois. Ces préparations doivent être commencées au printemps, pour être terminées pendant l’éte..

Les vaisseaux sanguins doivent être couverts avec un vernis de Copal, auquel on ajoute un peu de vermillon pour les artères, et du bleu de Prusse pour les veines. Ceci sera fait avant que l’on applique le vernis sur tout le membre (1).

$S V. De la conservation de l'encéphale, du prolongement rachidien et

des nerfs.

L’encéphale et le cordon rachidien paraissent, suivant beaucoup d’anatomistes, moins susceptibles de conservation que les autres organes; mais c’est une erreur; j'ai vu ces parties parfaitement préparées et conservées par M. le professeur Chaussier.

Lorsque l’encéphale et le cordon rachidien ont été enlevés des cavités qui les contiennent, qu’on les a dépouillés de leurs enveloppes et des vaisseaux artériels et veineux qui rampent à leur surface ou pénètrent dans leurs scissures et leurs sillons, enfin lorsqu'on les à lavés convenablement, on doit les placer dans une solution alcoholique de sublimé corrosif, et les laisser dans cette liqueur pendant vingt ou trente jours, et quelquefois davantage. Alors on retire les parties de la liqueur, et on les fait sécher. Si l’on veut donner à ces organes une grande solidité, on prolonge leur séjour dans la liqueur, qu’on maintient constamment au même degré de concentration. La même préparation peut être faite avec une solution aqueuse de sel mercuriel , en ne laissant les parties que peu de temps dans le liquide, et les plongeant ensuite dans l'alcohol ; on peut également la préserver de toute décomposition. Par cette dernière manière, on ne permet pas aux parties que l’on prépare, de prendre une

(1) An account of a new method of making dried anatomical preparations ; by Joseph Swan , elc.

f 263.) consistance aussi grande , et ces parties peuvent servir à des dissections ultérieures. 1h.

On doit pour l’encéphale comme pour Île prolongement rachidien , mettre les nerfs à nu, découvrir ou suivre leurs origines, et placer ensuite la préparation de manière que l'œil puisse distinguer facilement cette

structure à travers la liqueur dans laquelle l'organe est plongé. On étend lé prolongement rachidien sur une planchette ou sur une plaque de cire, et l’on étale et retient avec des épingles la gaîne méningienne et les autres expansions membraneuses qui appartiennent au cordon rachidien; les nerfs sont soulevés et maintenus dans celte siluation avec de petites. épingles. /

Quelques personnes cherchent à conserver l’'encéphale ou quelques portions de cet organe , ou par leur immersion dans une eau alumineuse , on

dans de l’alcohol, auquel on ajoute de l’acide nitrique; on donne ainsi | quelque consistance à la pulpe encéphalique ou rachidienne, et l’on peut suivre avec plus de facilité le trajet des nerfs. Ce dernier mode de conservation ne vaut pas à beaucoup près celui que nous avons décrit auparavant.

Le prolongement rachidien est moins difficile à conserver que l’encéphale lui-même , et souvent l’on ne se sert, pour le préserver de toute altération , que des liqueurs que nous avons indiquées dans un autre chapitre. Si l’on soumet ensuite cet organe à la dessiccation et au grand air, la couche externe se durcit ; mais l’intérieur passe à un grand état de mollesse , bientôt la première se déchire, et l’on voit sortir la substance intérieure à demi-fluide,

Je dois à l’amitié de M. Lobstein, chef des travaux anatomiques à la faculté de médecine de Strasbourg, la connaissance d’une liqueur qu'il met depuis quelque temps en usage.

C’est une dissolution de sucre dans del'eau-de-vie. Cette liqueur donne à la substance de l'encéphale une densité et une résistance remarquables, sans la priver du degré de consistance nécessaire pour continuer sur cet organe des recherches anatomiques ; avantage que l’on n’a pas avec l’alcohol, l’eau alumineuse, etc., qui rendent l'encéphale trop dur ou trop friable , et interdisent toute espèce de dissection.

Les nerfs peuvent être conservés à l’état de dessiccation ou dans un li-

quide. Le premier moyen est moins bon que le second , parce qu'il chänge

la direction et les rapportsde ces cordons, qui perdent aussi de leur volume, lors même que les nerfs auraient été soumis pendant quelque temps à l’action du sublime corrosif. On peut encore reprocher à la dessiccation de changer, avec le temps, les nerfs en une substance analogue à l’adipocire. L'on doit préférer de conserver les nerfs dans de l’alcohol; et quelques personnes recommandent d'y ajouter de l'acide muriatique, Lorsqu’on veut démontrer qu’un nerf n’est lui-même qu'une réunion , un enirelacement de filets, ou un véritable plexus, il convient de fixer le cordon nerveux sur une planchette noire, à l’aide de petites pointes, et d'en séparer tous les filaments pour faire distinguer leur disposition et la distribution des rameaux vasculaires, si Le nerf a été injecté.

$ VE De la conservation des systèmes vasculaires sanguins et lymphatique.

A. Conservation du cœur. L'organe central et principal de la circulation se prépare par des procédés différents : on peut le faire sécher dans l’intention de tenir ses cavités dans un état de dilatation. Pour parvenir à €e but on emploie le moyen de Nicholls, qui réussit trèsbien en’remplissant cet oïgane de mercure, et fermant toute issue à ce métal, qu'on fait facilement sortir après la dessiccation. Les vaisseaux coronaires s’injectent très-bien par cette méthode, et l'on y retient le mercure en liant les vaisseaux près de leur embouchure, ou en poussant un peu de matière commune à injection, ou simplement de la cire, derrière la colonne de mercure.

La préparation du cœur et des gros troncs vasculaires qui en partent s'obtient encore d’une seconde manière : on prend un cœur dont le tissu est maigre, et l’on conserve avec l'organe lui-même une certaine longueur des vaisseaux ; ses cavités étant bien lavées, on le met tremper pendant plusiears jours dans de l’alcohol ou dans de l’eau tenant en dissolution un peu de sublimé corrosif. Retiré de la liqueur, on fait la ligature des vaisseaux , et l’on injecte du suif dans les cavités droites par la veine cave supérieure, et dans fes cavités gauches par l'artère aorte, ou mieux encore par l’une des veines pulmonaires; puis on le suspend à l'air libre pour le faire sécher. Les cavités intérieures restent humides pendant long-temps, et il ne faut pas juger de leur degré de dessiccation par l’aspect extérieur

de l'organe. Il faut toujours plusieurs semaines pour que toute l'humidité soit dissipée.

© Lorsqu'on est certain de la dessiccation de la pièce, on coupe les extrémités des vaisseaux , et l’on pratique des ouvertures aux oreillettes et aux ventricules pour faire voir leur intérieur. Alors on présente la pièce à une distance convenable du feu, pour que le suif puisse fondre sans qu’on altère la préparation qu’on veut faire sécher rapidement. Au lieu de cire , le métal fusible composé de parties égales de bismuth, de plomb et d’étain, est avantageusement employé ; car une douce chaleur suffisant pour le liquéfier , il est facile de le retirer des cavités de l'organe desséché.

La plupart des liqueurs dont nous avons parlé conviennent pour la conservation du cœur ; enfin il peut être préparé comme les vaisseaux sanguins et desséché de même; mais il faut, avant de pousser l'injection, faire parvenir dans ses cavités un peu de sublimé en poudre, et en ajouter une certaine quantité dans la matière de l'injection.

Les sinus de la méninge, sont d’une préparation et d’une conservation faciles. L’injection faite et les coupes du crâne pratiquées, on soumet la pièce à l’action de la solution de sublimé, ou simplement à celle de l'air libre, et la méninge ne s’altère aucunement. La dessiccation achevée, on applique le vernis. Nous avons indiqué ailleurs le mode de préparation et de conservation des sinus du rachis.

Les veines distendues par une injection appropriée et préparées par la dissection, il est aussi très-facile de les préserver de la corruption; et tous les moyens que nous avons fait connaître dans nos considérations générales, sont applicables à la conservation de ces vaisseaux, comme à celle des artères. Îl est essentiel, dans la dessiccation, d’arranger et de soutenir les vaisseaux, de manière à ce qu'ils soient en rapport avec les parties dans lesquelles ils vont se distribuer ; ils ne doivent pas être abandonnés à leur propre poids, ou collés les uns aux autres.

Quelquefois les injections des: vaisseaux doivent être conservées dans des liquides. C’est ainsi que les injections avec la gélatine ou l’ichiyocole poussées dans les vaisseaux de la peau, des membranes, des intestins, etc., ou dans quelques pièces d'anatomie pathologique, doivent être conservées dans de l’eau-de-vie de cerise très-affaiblie, dans une solulion aqueuse de sublimé corrosif, et, mieux encore, dans de l'huile de térébenthine (1).

(1) Essais sur les moyens de perfectionner et d'étendre l’art de l’anatomiste , p. 54.

Les préparations des vaisseaux lymphatiques sont conservées dans de l'alcohol, ou desséchées et collées sur des planchettes (1). Quoique cette dessiccation soit indiquée par Mascagni, et que beaucoup de pièces conservées de la sorte existent dans le muséum de Florence, je crois qu'il est mieux de préserver les injections absorbantes en les immergeant dans de l’alcohol que de toute autre manière. La blancheur de ces vaisseaux et l'éclat du métal ou de l'injection qu’on y pousse, se ternit et noircit lorsqu'on veut employer la solution de sublimé corrosif ; mais c’est le seul reproche qu'on puisse faire à cette liqueur. Cependant, si l’on faisait dessécher ces vaisseaux, il conviendrait d'augmenter la force et la résistance de leurs parois, en les couvrant de plusieurs couches de vernis.

$ VII. De la conservation du tissu érectile.

( Voyez la préparation des organes de la génération )

$ VIII. De la conservation du système osseux et cartilagineux.

Pour la conservation convenable du squelette, il faut le distinguer suivant que les pièces osseuses sont unies entre elles par leurs liens naturels ou par des attaches artificielles. L’une et l’autre espèce de squelette se conserve et se dessèche de la même manière, à l'exception des parties qui correspondent aux articulations, pour lesquelles on fera l'application de ce que nous avons dit sur le système fibreux , fibro-cartilagineux et synovial.

On fait dessécher les os sur la prairie, dans le printemps ou l'été. Toutes les personnes qui font des préparations, de squelette regardent l’action de la rosée comme un moyen très-bon de blanchir les os; mais lorsqu'on a fait choix d’un bon sujet , que la macération s’est opérée convenablement et en temps chaud, que les os en sortant de la macération ont été nettoyés promptement , lavés plusieurs fois, soit avec de l’eau simple, soit avec de l’eau de savon, ou une solution alcaline, on doit les exposer à l’air et dans un lieu sec. Ils doivent être suspendus avec des fils, ou placés sur des claies. Les os des adultes, ou qui proviennent de sujets gras, ne doivent pas être

(x) Hæ præparationes in splendidissima ejusdem musei collectione surmmi principis munificentia anatomiæ cultoribus se offerunt vel conchis terræis , aut lagenis vitreis exceptæ ac in vini spirita demersæ , vel exsiccatæ , atque ligneis tabulis affxæ. Vasorum lymphat corp : hum , historia, etc. ; p. 136. Auct Paulo Mascagni. Senis , 1787.

mis au soleil, parce qu’alors on verrait sur leur surface, et sur-tout à leurs extrémités, transsuder un liquide gras et huileux. Dans ce cas, il convient de couvrir les os avec une couche d’alumine marneuse, ou de les laver avec un lait de chaux. A l'Ecole royale vétérinaire d’Alfort, M. Girard, directeur de cet établissement, a fait préparer, depuis un grand nombre d'années , les squelettes de beaucoup d'animaux; ct il est parvenu à obtenir des os d’une grande blancheur, en les exposant aux rayons d’un soleil ardent, et pour augmenter encore leur éclat, il les fait laver avec une bouillie de blanc d’Espagne. Lorsque les os sont secs , on les frolte avec une brosse ou une époussette ; mais, dans ce dernier cas, la blancheur ne me paraît être qu'une couleur empruntée, et le blanc dont on se sert s’enfonce dans tous les pores dont la surface des os est criblée, bouche ces pores, et par conséquent s'oppose à l'étude convenable de la conformation extérieure de ces organes,

L'eau de javelle est employée par quelques personnes, tandis que d’autres se servent d'acide muriatique affaibli, puis d’acide sulfureux étendu : on parvient , par tous ces procédés, à donner la blancheur aux os; mais on altère plus où moins leur substance. Si le tissu osseux a été injecté, et d’une manière heureuse, en le faisant tremper dans de l'acide muriatique peu concentré, on lui enlève les parties salines et terreuses, l'os est réduit à son parenchyme organique , et l’on peut alors apercevoir les vaisseaux qui pénètrent dans la substance et s’y ramifient; ces mêmes os, conservés dans de l'huile de térébenthine, ou humectés avec cette essence, puis des- . Séchés , deviennent très-transparents; ils offrent en outre une grande flexibilité.

Les squelettes naturels, lorsqu'on les fait dessécher, doivent être disposés de manière que toutes les articulations et les membres aient la figure, la forme et la direction convenables; le vernis ne doit être mis qu'après une dessiccation parfaite. Si des coupes ont été pratiquées pour démontrer la structure du tissu osseux, l’on ne doit point appliquer de vernis sur ces surfaces. |

Dans les os des jeunes sujets, si les épiphyses se séparent, on les collera au corps de l'os, ou bien on les attachera avec de petits clous d’épingies. Dans quelques circonstances il sera bien de ne maintenir les parties réunies que d’une manière lâche , afin de pouvoir facilement examiner les surfaces de l’épiphyse et de l'extrémité de l'os.

Les os d’embryon ou de fœtus seront isolés les uns des autres, fixés sur de la cire ou sur une planchette, et conservés dans de l’eau alcoholisée. Sœmmerring veut que tous les squelettes des très-jeunes sujets soient mis dans de j’alcohol.

Les os d'embryon préparés séparément et considérés aux diverses époques de l’ossification ne peuvent être conservés que dans des liquides, et ceux auxquels on donne la préférence sont de l’eau-de-vie, du kirschen-wasser, une solution aqueuse d’alun , de l'huile de térébenthine : cette dernière Hqueur donne à toutes leurs parties cartilagineuses une belle transparence.

$S IX. De la conservation du tissu synovial.

Le üussu synovial, formé d’éléments peu altérables, et par-tout en rapport avec des tissus moins altérables encore que le sien, est à-la-fois facile à préparer, à dessécher et à conserver dans toutes ses parties; et ses préparations , séchées et conservées avec soin, sont utiles autant et plus que celles d'aucun autre tissu.

Les sujets maigres sont ceux qui conviennent le mieux à cette préparaüon ; ainsi dépouillés naturellement du tissu graisseux qui est un des plus grands obstacles à la conservation des pièces anatomiques , leurs vaisseaux doivent étre injectés avec le plus grand soin. Cela ne suffit pas encore ; il faut faire passer à travers le tissu spongieux qui remplit les extrémités des os auxquelles le plus grand nombre des synoviales est appliqué, beaucoup d’eau tiède pour entrainer le tissu médullaire et graisseux qu'il contient : ces préparatifs achevés , il faut isoler les membranes synoviales, autant qu'elles puissent l'être des tissus voisins ; les débarrasser des paquets graisseux, si improprement appelés glandes synoviales ; mais en conservant néanmoins les tendons, les ligaments, les vaisseaux et autres parties avec lesquelles elles entretiennent des rapports importants pour la démonstration,

Cela fait, il faut vider la cavité de lamembrane synoviale de ce qu’elle peut contenir de liquides synoviaux , et soulever ses parties mobiles, en remplissant tout intérieur d'air, de crin, ou de quelque matière légère. L'air est préférable à tous les autresmoyens, en ce qu'il n’embarrasse ninesalitenrien

( 269 ) la cavité ou les parois de la synoviale, et qu'il permet de l’examiner dans tous les temps, sans obstacle et sans difficulté.

Tandis que leur intérieur est ainsi distendu et mis à l'abri d’altération, il faut, par tous les moyens ailleurs indiqués, mettre l’extérieur de ces membranes, et les tissus auxquels elles sont restées attachées , ou bien avec lesquels elles ont conservé des rapports, dans les conditions les plus favorables à leur dessiccation ; après quoi on doit les enduire d’un vernis conservateur. 5!

Les pièces ainsi préparées, desséchées et conservées, peuvent êlre soumises à une multitude de coupes propres à faire voir les parties libres et les parties adhérentes, Îles cavités, les contours, les replis et les anfractuosités , jusqu'aux rapports les plus déliés et les plus difficiles de ces membranes avec les os, les cartilages, les ligaments, les tendons et les autres parlies qui les environnent. Sous ce point de vue, on ne saurait contester à ces sortes de pièces une grande ulilité, et même, pour certaines démonstrations, une supériorité incontestable sur les préparations fraîches et extemporanées.

Un cabinet d'anatomie devrait contenir ainsi préparées et soumises aux coupes indiquées : 1° une série de pièces destinées à représenter les membranes synoviales qui revêtent les articulations diarthrodiales ; 2° une autre série de pièces destinées à représenter les membranes synoviales des tendons; 3° une dernière série de pièces représentant les kystes synoviaux ou les productions synoviales accidentelles qui se forment autour des articulations naturelles , autour des os déplacés, etc., etc.,etc., elc.

S X. Conservation du tissu séreux.

Le tissu séreux, quoiqu'il soit peu altérable par lui-même, et qu'il le soit peut-être moins encore que le tissu synovial, est pourtant beaucoup plus difficile à conserver que celui-ci. La raison de cette différence est dans la nature des parlies que ces tissus revêtent; les membranes Duo viales sont appliquées à des os, à des cartilages, à des Hénnents ou à des tendons, organes très-faciles à conserver; les membranes séreuses, au contraire, sont par-tout en rapport avec des organes éminemment altérables et putrescibles ; tels que le cerveau, les poumons, le foie, la

rate, etc., etc. De là naissent, non pas seulement des difficultés, mais encore des obstacles presque insurmontables à la conservation de certaines parties du tissu séreux, circonstances tout-à-fait indépendantes de la nature du tissu séreux lui-même. La préparation de ces tissus, leurs adhérences intimes aux organés, leurs plis, leurs replis, la grandeur, les formes variées, les prolongements, les rétrécissements, les dilatations de leurs cavités, et une multitude d’autres circonstances de position, de rapports et de configurations, apportent bien aussi de grands obstacles: à leur préparation: maïs ces dificultés sont indépendantes de la conservation.

Tant de ciréonstances réunies ont, jusqu’à ce jour ; borné à- quelque. parties du tissu séreux, les essais de dessiccation et de conservation qu’on a tentés.

On peut conserver sans difficulté la tunique vaginale du testicule et le péricarde dans toutes leurs variétés, dans tous leurs états morbides; on peut même conserver jusqu'à un certain point, les plèvres avec les médiasüns, parce que les organes auxquels les membranes s'appliquent, peuvent être eux-mêmes conservés avec elles ; mais il serait impossible, je pense, de conserver dans toute leur étendue et dans tous leurs développements ; l’arachnoïde et le péritoine. Aussi s’est-on borné à ia conservation dé certaines parties de ces membranes, telles que l’arachnoïde rachidienne, celle qui tapisse la méninge renfermée dans le crâne, etc. ; et pour le péritoine, à la conservation des duplicateurs qu’il fournit à la matrice, à la vessie, au foie , et de ses prolongements épiploïques, mésentériques, etc.

Mais si les tentatives qui ont pour but la conservation des tissus séreux, dans l'état de santé, sont nécessairement bornées par la nature des choses, ces tentatives doivent avoir des résultats plus heureux, et sur-tout plus utiles, lorsqu'il s'agira de la conservation de ces tissus amenés à un état morbide. Ainsi on peut conserver des parties du tissu séreux enflammées, en les appliquant à des corps transparents ; tels que le verre. On peut les conserver par les mêmes moyens, recouvertes ou bien séparées des fausses membranes qui sont si fréquemment dans ces tissus le produit de l’inflammation. On peut, par des moyens analogues, les conserver avec les tubercules miliaires: serophuleux, cancéreux, ou autres que l'inflammation chronique, les vices scrophuleux et cancéreux y développent quelquefois , etc. On péut sur-tout conservér les prolongements membraneux que Îes

viscères, en se déplaçant, chassent devant eux, et qui forment les sacs herniaires ; prolongements tellement nombreux et variés, et d’ailleurs si importants à bien connaître, et quelquefois si difficiles à retrouver, qu'une des premières collections dont on puisse enrichir un musée serait celle des espèces et des variétés presque infinies de cés prolongements.

Plusieurs autres sacs séreux accidentels devraient aussi être préparés et conservés avec soin; c’est ainsi que les kystes séreux de tout genre feraient partie de la collection.

À cet effet, ces parties du tissu séreux qu'on veut conserver, ayant été préparées de la manière la plus favorable à l'intelligence de l'objet proposé, il faut successivement débarrasser leur voisinage de tout ce qui leur est étranger; laver les parties de manière à entrainer tout ce qu'elles peuvent contenir de liquides et de matières putrescibles ; les faire dégorger, les plonger dans des liquides qui les mettent à l'abri des insectes ; les distendre en remplissant leur cavité d’air ou de quelque autre corps, en ayant soin de ménager leurs formes et leurs rapports avec les vaisseaux, les nerfs et autres parties, les exposer à l’air sec et chaud, et lorsqu'elles sont arrivées à un état de dessiccation parfait, il faut les enduire d’une couche légère de vernis transparent qui conserve leur lucidité, ou qui permette , suivant les cas, de distinguer les vaisseaux, les tubercules, les transformations cartilagineuses, osseuses , etc. , etc., que l’état de maladie a pu y développer.

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