OBSERVATIONS SUR LE GALEODES ARANEOIDES DE DIVERS AUTEURS
Le phalangium arancoides de Pallas (Spicil. zool. fase. IX, tab. nr, fig. 7, 8, 9) est le point de départ, le berceau du genre galéode ou solpuga. Grossièrement figuré et défectueusement décrit par ce célèbre auteur, 1l est devenu de nos jours un type problématique dont la synonymie est presque inextricable. Je vais essayer de la débrouiller.
À en juger par les figures de Pallas, le galéode des steppes de la Russie méridionale, vu l'existence à l'abdomen d’une série dorsale simple de lunules noires dont l’échancrure est postérieure, est bien l'arachnodes Herbst (tab. 1, fig. 2); mais il ne saurait être ni l’araneoides d'Olivier, dont, selon ce savant, l'abdomen est sans taches ei qui habite le Levant; n1 l’'araneoides de Blanchard, que cet auteur rapporte à l'espèce susnommée d'Olivier; ni l’'araneoides de Savigny, qui a l'abdomen sans taches; ni l’araneoides de Koch, qui a sur l'abdomen deux rangées de taches noires. Mais par une inadvertance ou un flagrant quiproquo que je ne saurais m'expliquer, l’intrepidus de Kittary (4. c. tab. 1, fig. 1), rapporté par cet auteur au type de ce nom, dont je donne la description et la figure (voir plus bas), et qui a l'abdomen unicolore, cet intrepidus n’est pas autre que l’araneoides Pall. et il habite la même contrée. Ainsi tous ces araneoïdes, sauf le primitif de Pallas, devront changer d’épithète spécifique.
Notre Dasluquei, n'ayant non plus aucune tache sur l'abdomen,
semble avoir par sa conformation générale, amsi que par sa
DES GALÉODES. 47 grande tulle, des affinités avec l’arancoides d'Olivier et de Savigny. Nous allons voir quels traits l'en distinguent.
Le cirrhe du mâle de l'araneoides Sav. ainsi que de celui d'Oliv. et Blanch. ne ressemble pas du tout à celui du Dastuguei. Le leur est court et droit, étroitement lancéolé; le mien est long, fortement renflé à sa base et terminé en une soie cornée, flexueuse.
La tête de laraneoides Oliv. et Sav. est largement arrondie en arrière, tandis que, dans le Dastugquei, la partie postérieure est un côté droit plus court faisant le trapézoïde.
Les segments du thorax ont, dans Savigny, une configuration qui n’a aucune analogie avec ceux du Dasluquet.
Les soies bulbeuses du palpe antérieur du Dastuquei font défaut dans l'aranceoides Sav. et c'est un trait organique appréciable. Ces soies bulbeuses sont représentées dans l’araneoides Oliv. par la figure de M. Blanchard.
Enfin, le nombre des articles tarsiens est conforme dans Savigny à celui de mon Dastuquei : quatre aux tarses postérieurs et trois aux autres; tandis que la figure de M. Blanchard aurait cinq de ces articles aux tarses postérieurs et trois aux autres.
Je conclus de cette dissertation synonymique que le g. Dastuguei est une espèce distincte de tous les arancoides des auteurs.
M. Lucas (Bull. Soc. ent. 1855, p. 66) cite le q. arancoides Pal. et Sav. comme ayant été trouvé à Laghouat par mon confrere et ami le docteur Reboud. J'ai de bonnes raisons de présumer que ce galéode n'est pas autre que le Dastuguei de Boghar.
3. G. inrreripus. Dufour, pl. [, fig. 3. ç Dufour, Annales des sciences physiques de Bruxelles, t. V, pl. LXIX, fig. 7. Savigny, Arachn. Egypt. pl. VIT, fig. 8 & G. porsazis. Latreille, Nouveau Dictionnaire d'histoire naturelle, nouvelle édition ,t. XEI.
Lucas, Anim. artic. de l'Algér. t. I, p. 281. « Setæ binæ antennæformes.
«Tarsi postici triarticulati, reliqui biarticulati. Ungues vil- « lost. Rufo - ferrugineus, villosus ; abdomine interdum obscu-
«riore; capite subsemicirculari; cirrho simplici lanceolato. Long. 6-8 lin.
« Hab. in Hispania (Madrid, Valence), in Algiria et in Ægypto. »
En 1808, je découvris ce galéode à Madrid, et je le communiquai à Latreille, qui le mentionna sous le nom de dorsalis ({. c.). Je publiai plus tard la description et la figure du mâle, et Audouin, qui en eut connaissance, en appliqua la dénomination spécifique à un galéode sans nom représenté par Savigny (/. c.). Mon dessin et la lithographie, qui était à son début, ont des incorreclions auxquelles je cherche à suppléer aujourd’hui par la figure d’une femelle adulte et de forte taille.
La tête n’est point rigoureusement demi-circulaire, car son contour postérieur est un peu tronqué, et une bonne loupe y constate un fin rebord. Mandibules hérissées de poils uniformes assez roides, mais non bulbeux; mors supérieur à neuf dents placées ainsi : deux incisives, une canine, une incisive, une canine, quatre molaires sur une même ligne, dont une excessivement petite. Ligne de la seconde rangée des molaires dépourvue de dents; mors inférieur à deux canines séparées par une incisive.
Pattes, ainsi que les palpes, avec des poils et des piquants fidèlement représentés dans la figure, ce qui me dispense d’en parler; ongles perdant souvent leur villosité, mais bien constatables dans des individus moins dégradés. Du reste ce trait, ainsi que celui des poils, des piquants et des articles, ne saurait être bien mis en évidence qu'après une convenable macération.
Dans la femelle adulte et de grande taille qui a posé pour mon dessin, l'abdomen avait une teinte obscure; mais ce caractère est loin d’être constant.
Quelquefois les deux derniers articles des palpes antérieurs sont un peu noirâtres. J'ai déjà dit plus haut que le q. intrepidus Kitt. est l’arancoides Pall.