‹ Anatomie, physiologie et histoire naturelle des galéodesChapitre 29 sur 61 · CERVEAU · texte numérisé non relu

CERVEAU

Avant d'aborder sa description, arrètons nous un moment sur cette dénomination de cerveau. Voyez où nous entraîne cette ambitieuse manie des innovations technologiques, ce coupable dédain des termes investis d’une consécration séculaire. Pourquoi, même dans les écrits les plus récents, s’aheurter à désigner sous les noms de ganglion cérébroïde, de ganglion susæsophagien, que tout le monde répète par écho, un organe qui n’est point un ganglion, un organe qui par son poste, sa texture, ses fonctions, justifie, dans les animaux dits articulés, Papplication du nom de cerveau, qu'il partage légitimement avec la zoologie supérieure, un organe qui est le centre des sensations et des volitions, le siége des nerfs qui se distribuent aux sens, le trône de lintelligence, ou, si vous voulez, de linstinct, un organe enfin dont le prolongement donne naissance à la moelle épinière ? Oui, le galéode a un cerveau comme le scorpion, son voisin, comme la plupart des articulés. C’est une violation de la conformité organique, une erreur flagrante, une injustice, de lui dénier cette appellation. |

Je l'ai déjà dit, et je tiens à le répéter, dans les animaux, en général, le cerveau est dans la tête; 1l en est autrement dans le galéode, où cet organc est situé tout à fait en arrière de Ja cara-

pace ou voûte crânienne, qui tient lieu de tête et où les yeux sont placés. Le scorpion, remarquez bien cette curieuse transition, quoique ayant un véritable céphalothorax, a néanmoins le siége de son cerveau correspondant juste à sa partie antérieure, qui représente la tête tant par sa proéminence que par l'existence des yeux. Ainsi, dans ce chef des arachnides pulmonaires, la nature, tout en nous donnant, par cette soudure de la tête et du thorax, un seul tout portant à juste titre le nom de céphalothorax, a encore été fidèle à son plan de corrélation organique; mais elle en à dévié pour le galéode. L’opulence créatrice semble se jouer de notre prétention à lui imposer des lois, avant d’avoir sondé ses nombreux et souvent impénétrables mystères.

La texture du cerveau du galéode diffère essentiellement de celle des ganglions; sa pulpe a une mollesse, une finesse comparables à celles des cerveaux de beaucoup de vertébrés, et il fournit directement les nerfs optiques. Comme celui du scorpion, il présente cette particularité d'être sessile à la partie antérieure et supérieure du ganglion thoracique, dont il ne semble au premier aspect qu'une proéminence; 1l est subarrondi, médiocrement convexe et à peine échancré en avant. Cette échancrure, un peu plus prononcée dans quelques sujets moins altérés, peut être considérée comme une ébauche de la forme bilobaire si générale dans les animaux. Il faut, dans la microtomie, savoir apprécier ces traits vestigiaires, tout insignifiants qu'ils paraissent.

Quoique sessile sur le ganglion thoracique, le cerveau du galéode n'a dans sa partie moyenne inférieure que des rapports d'étroite conliguité de sa surface avec celle du ganglion, tandis que ses parties latérales sont continues avec ce dernier par des espèces de très-courts piliers. Qu'on veuille bien se pénétrer de cette disposition anatomique, que je crois avoir convenablement signalée.

C’est dans cette partie moyenne contiguë que passe l’æœsophage : cest là le collier æsophagien. Ce fait est entièrement nouveau pour la science.

DES GALÉODES. ‘ 61

Kittary (L. c. tab. vur, fig. 13) désigne sous le nom de masse cérébrale à deux ganglions réunis l’ensemble du cerveau proprement dit et du ganglion thoracique. Toutefois il dit cette masse composée d’un ganglion supérieur plus petit et d’un ganglion inférieur plus grand, s’unissant l’un à l’autre par toute leur largeur. Îl y aurait donc entre eux non une simple contiguité, mais une continuité, ce qui, suivant moi, est contraire au fait anatomique acquis par mes dissections.

Cet auteur a figuré un trou rond assez grand, ayant son siège à la partie postérieure même de son ganglion supérieur (cerveau), et ce trou serait pour lui le collier œsophagien.

En admettant existence de ce trou (que je conteste formellement), voyons son mode de fonctionner. Le ganglion thoracique étant immédiat au plancher ventral du thorax et continu au cerveau, suivant Kittary, comment l'æsophage peut-il, en s'enfonçant dans ce trou, ne pas venir butter contre ce plancher, et comment de là doit-il se fléchir pour arriver à la bouche? Mais, dans cette marche, combien d'obstacles insurmontables ne rencontre-t-1l point dans le squelette intrathoracique et dans d’autres tissus qui garnissent le dessous du ganglion?

Toutes ces difficultés anatomiques, tous ces embarras physiologiques cessent dès qu'on admet comme fait avéré la simple contiguité entre la partie moyenne du cerveau et le ganglion thoracique.

M. Blanchard, du moins dans le système nerveux du galéode primitivement décrit et figuré dans les Annales des sciences naturelles pour 1847, a parfaitement distingué le cerveau du ganglion thoracique, et il a placé sur ce dernier un trou rond comme celui de Kittary, qu'il appelle aussi le collier œsophagien. Je ferai à son égard les mêmes objections que j'ai adressées au savant russe. Je ne saurais me défendre de l'idée que ce trou ou cette lunette est schématique ou artificiel.

Mais revenons au cerveau du galéode; il fournit directement une paire de nerfs, les optiques. Ceux-ci naissent, non pas pré-

cisément du bord même des insaisissables lobes cérébraux, mais d'un point de la face supérieure de ceux-ci, un peu en arrière de ce bord, où ils sont comme implantés; ils se font remarquer par leur longueur, leur simplicité, leur rectitude. Qu'on se rappelle la situation du cerveau en arrière du bouclier céphalique, et, par conséquent, la distance des yeux du siége de ce cerveau, et on aura une rationnelle explication de cette longueur des optiques; ceux-ci se terminent chacun par un bulbe oculaire. Je ne reviendrai pas sur ce que J'ai déjà dit de celui-ci à l'article des yeux.

Je n'ai point suffisamment constaté les nerfs spéciaux qui du cerveau vont se distribuer au rostre buccal. Je crois à leur existence, et M. Blanchard les a signalés comme allant «se ramifier dans les muscles de la lèvre supérieure. » Kittary (Anatomie des galéodes) les représente aussi comme se rendant aux palpes.

ARTICLE II

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