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GANGLION THORACIQUE

Ce grand ganglion représente à lui seul tout le système nerveux rachidien de notre belle arachnide. Abrité, enfoncé, enclavé sous la carcasse thoracique, et au milieu des divers tissus qui se rattachent à celle-ci, on ne peut, malgré l'enlèvement circonspect des trois segments constitutifs du thorax et du bouclier crânien, le mettre à découvert, et surtout l’arracher dans son intégrité du sein de ses entraves. Sa présence est alors plus particulièrement révélée par les forts troncs nerveux qui partent de son pourtour.

Le meilleur procédé pour l’évulsion de ce centre médullaire consiste à amputer préalablement les troncs nerveux dont je viens de parler. Alors une pince hardiment adroite peut l'extirper, non sans quelque mutilation, et, en le plaçant dans l'eau d'un verre de montre, 1l se présente sous une forme ovalaire, déprimée, sublenticulaire; mais ce n’est certainement pas là sa véritable configuration durant la vie ou après une mort récente, lorsque rien n'a été dérangé. La forme en carré allongé du thorax ne se

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Quoi qu'il en soit de ces variations de formes, le ganglion thoracique émet dans son périmètre les nerfs principaux suivants :

1° Une paire de nerfs mandibulaires;

2° Deux paires de nerfs palpaires;

3° Trois paires de nerfs cruraux;

4° Trois nerfs abdominaux.

Je n’entreprendrai point de donner une description détaillée de chacun de ces grands troncs nerveux qui vont distribuer la vie et la motilité dans les appendices locomoteurs du thorax; leur dénomination est assez explicite. Je me contenterai de dire que leur grand calibre se maintient simple jusqu'à leur entrée dans ces appendices, mais qu'en y pénétrant ils se divisent à Pinfini. Je me bornerai donc à une exposition plus spéciale des nerfs mandibulaires et des nerfs abdominaux.

Nerfs mandibulaires. — Je me suis surabondamment expliqué sur la légitimité du nom de mandibules, au point de vue des caractères extérieurs et des attributions fonctionnelles. Je vais poursuivre ma thèse sous le rapport des nerfs qui les animent.

Kittary (1. c.) a figuré les nerfs qui se distribuent, soit aux palpes, soit aux pattes (et pour lui ce sont cinq paires de pattes), avec un double tronc, l'un plus petit que l'autre. Je n'ai rien vu de semblable dans mes nombreuses autopsies, non plus que M. Blanchard.

Les nerfs mandibulaires tirent-ils leur origine du cerveau ou du ganglion thoracique? C’est là une question anatomique d'une grande portée. Toutes mes dissections m'ont acquis la certitude qu'ils naissent du ganglion et non du cerveau. J'ai aussi, dans mon anatomie des scorpions, représenté ces mêmes nerfs comme émanant du grand ganglion thoracique. Cependant d'illustres ana-

tomustes, Von Siebold, Newport, Blanchard, soutiennent que c'est le cerveau qui fournit ces nerfs. Ne se serait-on pas laissé séduire par l'idée de justifier par cette origine la dénomination antiphysiologique d’antennes-pinces? Je crois avoir fait raison de cette technologie; je n’y reviendrai point.

Les théories préconçues, les affinités organiques établies de gré ou de force, entraînent au delà des limites du vrai. Pourquoi cette téméraire invocalion au système nerveux de sanctionner une étroite filiation entre les galéodes, animaux atmosphériques à respiration trachéenne, et les crustacés, animaux aquatiques à respiration branchiale? II y à là rapprochement forcé, antipathie flagrante, atteinte portée à la méthode naturelle, violation de la succession des organismes, de cette échelle zoologique l'honneur de la création comme la consolation du naturaliste.

Mais indépendamment des grands troncs nerveux issus du ganglion thoracique, et dont je viens d'indiquer la destination, ce ganglion émet un nombre indéterminable de petits nerfs qui naissent, soit de ses bords, soit de sa face inférieure. Ces nerfs, disposés sans doute par paires symétriques (ce que leur petitesse ne m'a point permis de constater), se distribuent surtout aux masses musculaires considérables qui garnissent le thorax et la tête, ainsi qu'aux autres organes et aux divers Ussus.

Nerfs abdominaux. — Ils partent, au nombre de trois, du bord postérieur du ganglion thoracique; ils sont d'abord simples; mais, après avoir franchi le détroit thoraco-abdominal, ils se ramifient pour se distribuer aux tissus et aux viscères de l'abdomen. De ces trois nerfs, deux sont latéraux, pairs ou symétriques; le troisième est médian et unique.

Les nerfs latéraux, à leur sortie du thorax, se divisent chacun en deux branches principales émettant à droite et à gauche une foule de rameaux. De ces branches, l’interne, ou le nerf génital, envoie ses subdivisions aux organes de la génération dans les deux sexes; l’externe, tout aussi ramifiée, mérite le nom de nerf

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hépatique, parce qu'elle se distribue surtout dans l'énorme masse du foie.

Le grand nerf médian se dirige suivant l'axe du corps, et Je l'appellerai pour cela rachidien. Dans son court trajet depuis sa naissance jusqu'à un fort petit ganglion vestigiaire que je vais faire connaître, il ne m’a présenté qu’un seul nerf, dont les ramifications se perdent à la base de la cavité abdominale sans que j'aie pu connaître positivement sa destination spéciale.

Malgré son exiguité, le ganglion rachidien offre un grand imtérêt comme organe de transition, ou, si l’on veut, de décadence. IL est ellipsoïdal - oblong et ne semble qu'une simple et fort légère nodosité du nerf rachidien. Cette ébauche du ganglion est, dans le fait, le représentant solitaire de la chaine pluriganglionnaire du scorpion; c'est un jalon anatomique précieux qui met sur la voie des organismes échelonnés. Dans quelques autopsies heureuses j'ai pu ÿ constater deux paires latérales de nerfs excessivement courts el ramifñés, l’une en avant, l’autre en arrière des bords.

Le nerf qui fait la continuation de ce ganglionule reprend le calibre qu'il avait avant la formation de celui-ci. Il ne tarde point à se diviser en trois branches principales qui enlacent de leurs fines ramifications la partie la plus essentielle du canal digestif, le ventricule chylifique.

Ce nerf rachidien impair, ce ganglionule, ces trois branches exclusivement ventriculaires, semblent constituer un système particulier sur les attributs duquel je suis loin d’être fixé et que je ne saurais encore désigner par un nom significatif. À cette occasion, je rappellerai que dans le scorpion, arachnide si rapprochée du galéode, j'ai découvert, sinon le système stomatogastrique complet de Brandt et d’Audouin, du moins un ganglion bien caractérisé qui s’y rattache évidemment. Jusqu'à ce jour les dissections les plus scrupuleuses ne m'ont fait trouver rien de semblable dans le galéode, sans que pour cela je nie son existence.

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Le ganglionule dont je viens de parler n’a échappé ni à Kittary ni à M. Blanchard. Quoiqu' il n'ait aucune connexion, aucun rapport avec la bouche ni avec l’æsophage, je le considère en définitive comme un renflement ganglioniforme du nerf rachidien, un rudiment de ganglion. Toutelois, les petits nerfs symétriques qui en partent semblent lui donner de importance et le faire envisager comme lébauche d’un centre nerveux qui pourra se rencontrer mieux organisé, plus explicite, dans d’autres arachnides qui auront de l’affinité avec le galéode.

À chaque coup de scalpel donné dans les entrailles difficiles des arachnides, et malgré les investigations ardues des Lyonet, des Ramdohr, des Newport, des Brandt, des Siebold, des Blanchard, des Kittary, des Milne-Edwards, on peut se convaincre de lindigence de la science en faits positifs qui puissent autoriser à s’élever à des généralisations.

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