‹ Anatomie, physiologie et histoire naturelle des galéodesChapitre 34 sur 61 · VAISSEAU DORSAL · texte numérisé non relu

VAISSEAU DORSAL

Avant d'aborder la question physiologique de la nutrition dans le galéode, et pour ne rien négliger de l'anatomie de cette illustre arachnide, je donnerai une description sommaire de ce qu'on a appelé le vaisseau dorsal. Je ne reviendrai point sur la valeur scienüfique de cette espèce de cœur vestigiaire et encore problématique. Je crois avoir épuisé ce sujet dans divers écrits qui, si je ne m'abuse point, sont demeurés victorieux dans la lutte. Je répète aujourd'hui, comme je le dis depuis vingt-cinq ans, cette vérité proclamée par le célèbre Cuvier, qu'une circulation vasculaire d'air et une circulation vasculaire de sang sont incompatibles.

Il est nécessaire de se rappeler, pour l'intelligence et l’appreciation des successions organiques, qu’en descendant l'échelle des articulés le galéode est le premier genre où l’on constate le vaisseau dorsal. Le scorpion, qui dans la méthode naturelle le précède, a sur lui une haute prééminence organique, et par l'existence incontestable de sa circulation vasculaire sanguine, par celle de poumons circonscrits, et par un véritable cœur dorsal. Notre brave arachnide trachéenne n’a conservé de ce dernier organe que le mince et insignifiant héritage d’un simulacre de cœur, d’un tube infonctionnel. Mais la nature, dans ses infinies créations, où on dirait qu'elle a voulu, en défiant notre intelligence, nous forcer à la contemplation, ne déshérite aucun de ses organismes si disparates de ses droits à une existence qu’elle sauvegarde pour le maintien du tout universel.

Dès que le tégument abdominal du galéode a été enlevé, de manière à laisser en place sur le foie la double rangée de tendons articulés où se fixent les muscles perforants, le vaisseau dorsal

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apparaît à nu entre ces deux rangées, logé dans une légère gouttière du foie et sans aucune connexion organique, soit avec celuici, soit avec les tissus voisins. Il est très-simple, c’est-à-dire sans la moindre division où ramification, sans nul vestige de ces ouvertures latérales si gratuitement décorées du nom d'oreillettes par les partisans quand même d’un cœur dans les insectes. Il ne faut. pas s’en laisser imposer par quelques rares trachéoles, qui, ayant perdu par la macération, comme je viens de le dire, leur aspect nacré, peuvent ètre prises pour des vaisseaux sanguins. Ces trachéoles témoignent simplement de la participation du vaisseau dorsal à la vie.

À cette occasion, je déplore encore vivement de n'avoir pas eu à étudier des galéodes vivants. J'aurais été témoin, je n’en doute pas, de ces intermitiences de contraction et de dilatation, de ces semblants de systole et de diastole que j'ai cent fois constatés dans les divers ordres et les divers âges des insectes, et que l'on a si différemment interprétés.

Dans les individus plus frais où moins altérés par un court séjour dans l'alcool, je me suis assuré que la portion abdominale du vaisseau dorsal était tout d’une venue, plus ou moins cylindroïde, partout de texture identique, sans aucune interruption dans son trajet, telle enfin que je l'ai représentée dans la figure consacrée à l’occasion du foie. Dans les galéodes qui ont séjourné longtemps dans les liqueurs conservatrices, ce vaisseau est parfois plat comme un ruban, et il n’est pas rare qu'il offre des intersections, des espèces de fausses articulations, dues évidemment à la contractilité des segments tégumentaires qui y ont laissé chacun leur empreinte. Dans mon anatomie du scorpion j'ai déjà fait connaître ces effets cadavériques sur le cœur de cette arachnide pulmonaire, source de si graves erreurs de la part des illustres anatomistes qui m'ont précédée dans cette étude. Pourle galéode, ce sont les mêmes causes, le même mécanisme, les mêmes effets.

Le vaisseau dorsal qui nous occupe s’atténue en entrant dans le thorax, de manière à y prendre le plus souvent une finesse,

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74 HISTOIRE NATURELLE une simphcité, une pellucidité égales à celles de l'æsophage qu'il accompagne.

J'ignore si, comme dans beaucoup d'insectes, le vaisseau dorsal du galéode se fixe à l’œsophage. Je le présume sans lavoir constaté; mais en arrière 1l s'attache aux derniers segments dorsaux

de l'abdomen, ainsi que je l'ai pareillement observé dans les insectes.

Nora. Kittary, partageant le préjugé général, et n'ayant eu aucune connaissance de mes écrits sur la prétendue circulation du sang dans Îles insectes, consacre un chapitre et des figures au système sanguin du galéode. I appelle cœur une dilatation thoracique (accidentelle, suivant moi) du vaisseau dorsal, et il réserve cette dernière dénomination à la portion abdominale de celui-ci, que tout le monde désigne sous ce nom. Il admet de prime abord une circulation sanguine, et, par une contradiction accablante, il déclare n'avoir vu aucune branche sortir ni du cœur ni du vaisseau dorsal. Une semblable dénégation suffit pour faire écrouler sa théorie

de circulation, en même temps qu’elle paralyse, qu'elle anéantit toute critique de ma part.

ARTICLE Il.

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