‹ Anatomie, physiologie et histoire naturelle des galéodesChapitre 35 sur 61 · NUTRITION · texte numérisé non relu

NUTRITION

L'absence d’un véritable cœur et la présence d’un système vasculaire aérifère me confirment et me corroborent dans la négaüon d'une circulation sanguine, pour le galéode comme pour tous les articulés trachéens.

J'ai déjà expliqué ailleurs le mode de nutrition dans les insectes; cette même explication s'adapte de tout point au galéode. Je me bornerai donc à en résumer ici les traits principaux. Ainsi, dans notre arachnide, l'air puisé dans l'atmosphère par les stigmates ou orifices respiratoires est livré à la circulation par les innombrables ramifications de brillantes trachées et, s’insinuant dans leurs infinis ramuscules, va donner le baptème de l’oxygène et imprimer la faculté assimilatrice aux éléments liquides preparés par l'appareil digestif, soit que ceux-ci se trouvent épanchés dans les cavités splanchniques, soit qu'ils pénètrent par in-

DES GALÉODES. 75 filtration dans 1es plus délicats tissus de lorganisme. Le galéode est donc, dans le cadre de la classification, le premier des articulés qui cumule dans un seul et même appareil les deux hautes fonctions de la respiration et de la circulation.

L'air respiré, ayant perdu son principe vital par un procédé de chimie organique, à nous inconnu, est ensuite expulsé par les mêmes stigmates qui l'avaient inhalé. C’est par cette alternative d'inspirations et d’expirations que se manifeste dans le galéode, comme dans les animaux supérieurs, l'acte respiratoire. Ainsi, par cette irrigation organique, pour me servir de l’heureuse expression de M. Lacaze-Duthiers !, le liquide réparateur se répand incessamment dans tous les coins et recoins de l’organisme.

Ce peu de lignes exprime toute ma pensée sur la nutrition du galéode. Oui, cette belle et agile arachnide du désert, quoique privée de cœur et de circulation sanguine, non-seulement n’est pas pour cela déshéritée des attributs qui caractérisent la vie des animaux le plus haut placés, mais elle les possède tous. Elle voit, elle sent, elle respire, elle poursuit, saisit et dévore une proie vivante, elle attaque et se défend avec énergie, elle vaque à ses amours, elle s'accouple, et, devenue mère, elle en remplit tous les devoirs, elle en a toutes les sollicitudes, elle prend soin de l'éducation de ses enfants. Et qui nous dira son industrie, ses ruses, sa vie privée?

Devant ce galéode sans cœur et sans circulation, que devient la loi de la théorie unitaire et de la concordance organique? Il faut l'abroger ou la reviser. Notre ignorance ou notre amour-propre qualifie d'anomalies ces organismes rebelles ou réfractaires à nos classifications, à nos prétentions législatives. C’est là un moyen provisoire de sauver, d'esquiver l'embarras physiologique jusqu'à plus ample informé de faits plus nombreux où mieux compris. J'en ai dit assez sur ce point dans mes prolégomènes.

© Organisation du dentale, Annales des sciences naturelles, 1857, L VI, p. b.

Page 1