OVAIRES
Au lieu des quatre grandes mailles quadrilatères qui forment les ovaires du scorpion, il existe dans le galéode, de chaque côté de la cavité abdominale, un seul sac ovarique simple, long, plus ou moins plat, qui de la base de l'abdomen se porte à son extrémité. Il est logé sous le foie, entre le parenchyme et la tunique hépatique. Dans une gestation avancée il s'engage au milieu des utricules du parenchyme.
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Ce sac ovarique est garni, à son bord externe seulement, de deux, parfois de trois rangées de gaines ovigères sphéroïdes uniloculaires, sessiles, plus ou moins serrées entre elles, rappelant celles du scorpion, et s’ouvrant par un col imperceptible dans la cavité du sac. Jusqu'ici je n'avais pas vu de semblables ovaires dans les autopsies des nombreux articulés trachéens qui ont passé sous mes yeux.
Mais ce sac ovarique varie pour sa forme et son développement suivant l’âge et la période de gestation des galéodes. Lorsque celle-ci approche de son terme, le bord externe, celui qui est le siége des capsules ovigères, offre trois festons quelquefois bien prononcés. Îl ne présente aucune trace de ces derniers dans les femelles ou jeunes, ou vierges quoique adultes, ou récemment fécondées, ou après le temps de la parturition.
Dans le seul individu du quadrigerus soumis à mon scalpel, j'ai constaté ces trois festons, ce qui prouve qu'il était adulte.
Lorsque les œufs ou les fœtus sont pondus dans l’ovaire, les gaines ovigères, surtout les plus marginales, ont une forme non pas sphérique mais oblongue ou conoïde.
Le bord interne du sac ovarique n’a, ainsi que je l'ai déjà insinué, ni gaines ovigères ni festons. D'un tissu un peu plus compact que l’autre bord, il est côtoyé immédiatement par une trachée de fort calibre, qui envoie à tout le sac d'innombrables ramifications nutritives, témoignage authentique de la valeur physiologique de l'organe.
À la base de l'abdomen les deux sacs ovariques deviennent confluents pour s'ouvrir à la vulve. Mais avant cette confluence, chacun d’eux présente une dilatation dont le développement et même l'existence sont variables suivant certaines conditions. Ainsi dans des femelles du barbarus, que j'avais des raisons de supposer récemment fécondées, cette dilatation semblait mériter le rom de poche copulatrice ou de réservoir séminal.
Dans d’autres individus de ceite même espèce, mais d'une gestation très-avancée, tantôt cette poche était nulle et remplacée par
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un col utérin long, cylindrique, à peine renflé à sa connivence ou à sa soudure avec son congénère, et tantôt cette poche était bien dilatée, et j'observais en arrière de chacune d'elles un très-pelit lobule appendiculaire oblong.
À la confluence des deux poches ou des deux vagins se voit un ligament suspenseur des ovaires qui se fixe au détroit thoracoabdominal.
Quant à la texture des sacs ovariques, elle consiste en deux tuniques, lune externe, l'autre interne. L’externe est mucosomembraneuse, opaque, souple, extensible, parfois comme cintrée par des rameaux trachéens rapprochés et même contigus qui m’en avaient d'abord imposé pour des fibres transversales. L’interne est éminemment fibreuse. Le microscope y constate des fibres longitudinales parallèles séparées par de fins intervalles hyalins.
En arrière les sacs ovariques ont un mode de terminaison qui varie suivant les espèces de galéodes et suivant des circonstances difficiles à préciser. Dans le barbarus, ce bout fermé et arrondi est maintenu en place par de fins ligaments ramifiés, fixés au tégument ventral de la partie postérieure de l'abdomen. Toutefois, dans un individu de ce même type dont la gestation était tellement avancée que le sac ovarique était farci, c’est le mot, de fœtus, le bout postérieur détaché et courbé en hamecçon était totalement dépourvu de ligaments, par conséquent libre et flottant. Sans doute que cette abondance des fœtus a déterminé par la distension du sac la rupture et, par suite, la disparition des ligaments et enfin la contraction de l'organe en hamecçon.
Dans une femelle du brunnipes adulte, mais encore vierge, ou au moins au début de sa gestation, les deux sacs ovariques grèles, filiformes et sans gaines ovigères visibles, communiquaient entre eux, en arrière, par une anse continue tout à fait dépourvue de ligaments de fixation. Jai exprimé par une figure ce fait très-posiuif, que la simple loupe a parfaitement constaté, et qui est peutêtre propre à l'espèce brunnipes. Mais cette anse, malgré lidentité apparente de sa texture avec les sacs ovariques, est un cordon
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Dans deux sujets femelles du nigripalpis J'ai constaté une anomalie ou un état particulier des sacs ovariens, qui m'a Jelé, pendant plusieurs jours, dans le plus cruel embarras physiologique. Pour prémunir les microtomistes contre de semblables cas, J'en donnerai succinctement l’histoire.
Lors de la dissection de ces deux sujets, que, d’après leur taille, je reconnaissais pour adultes, malgré tous mes soins à déblayer les pincées de pulpe hépatique soumises au plus scrupuleux examen, je ne découvris aucune trace des sacs ovariques dans leur siège ordinaire, aucun vestige de gaines ovigères. Mais je trouvai à la base de la cavité abdominale deux énormes sacs oblongs, remplis d'une pulpe homogène, blanchâtre, confluents ensemble à la vulve et dégénérant en arrière en un col. La loupe et les plus amplifiantes lentilles ne me décélèrent rien qui me rappelàt les sacs ovariques qui m'étaient devenus si familiers. Je me creusais la cervelle à donner quelque valeur fonctionnelle à
cette sorte d’aberration que, dans mes idées de conformité orga-
nique, je qualifiais parfois de mole, lorsque , trois jours après, je fis lautopsie d’un troisième nigripalpis, qui me donna la solution de lénigme. J’y rencontrai les deux sacs ovariques à l’état normal.
Il est probable que les deux premières femelles venaient de recevoir l'approche du mâle lorsqu'elles trouvèrent une mort subite dans l'alcool. Les gaines ovigères n'avaient pas eu le temps de se développer, et la matière qui remplissait les sacs dont j'ai parlé n’était peut-être que du sperme coagulé.
Voici, relativement à l’époque de l'accouplement et de la parturition des galéodes, quelques faits qui peuvent mettre sur la vole.
Dans un convoi de ces arachnides, reçu au commencement de juillet 1857, et dont les individus avaient été plongés dans Palcool vers la mi-juin, je trouvai des barbarus dans un état de ges-
tation fort avancée, puisque les sacs ovariques étaient farcis d’embryons; tandis que les nigripalpis, malgré leur taille avantageuse, étaient vierges ou presque vierges, les sacs ovariques étant plats, subpellucides, avec quelques granulations imperceptibles, tenant lieu des gaînes ovigères.
Dans les premiers Jours d'août, il m'arriva de Boghar un fort grand nombre de jeunes individus d’âges divers du barbarus.
D'après cela, il est permis de croire qu’au mois de mai, époque où la température est déjà fort élevée dans le sud de l'Algérie, l’accouplement de ce galéode doit avoir lieu, et que la gestation peut se prolonger pendant deux mois environ, de manière à ce que, vers la mi-juillet, la parturition s'effectue.