ENVOI
Princesse de ma vie et Prêtresse du rite Simple que suit mon cœur dont la candeur s'irrite Du seul heurt dissonnant des mots, regarde et vois Si notre oeuvre est utile aux porteurs de pavois Et vois si mon esprit est pur ou démérite.
Nous n'avons délaissé l'estille que ce soir
Et l'Œuvre est là qui luit,, comme en l'ombre un miroir >
Pesante de la trame altière que tu files
La navette court, alourdissant d'ors ductiles
La chaîne que ma main distribue au vautoir.
Tous deux, bons tisserands de l'œuvre perennelle, Gais de l'espoir facile à ceux qui croient en elle, Nous avons, côte à côte, ourdi le tissu clair Qui dans l'ombre se froisse et luit comme un éclair, Cependant qu'au métier chantait la ritournelle.
De ta quenouille blonde au creux du fin fuseau Coulait le fil, qui parfois se rompait au saut Brusque de ma navette au travers de la chaîne : Pinçant ta lèvre et retenant ta fraîche haleine Tu te courbais alors,, démêlant le réseau.
Voici l'œuvre parfaite et le métier sonore S'est tu, ce soir ; et l'Œuvre est là que ton vœu dore Du leurre qu'elle est bonne, au point que nous croyons Qu'en scintillent aux plis de stellaires rayons : Quelle fièvre nous tient et nous aveugle encore ?
Tu le sais, elle est vaine et futile, mon cœur, Cette Œuvre, gerbe vide et grappe sans liqueur; Et le sang s'est figé dans la coupe d'or claire Où nous trempions la laine en la pourpre ; et, salaire De ces heures, voici rire un écho moqueur;
Nous avons, côte à côte, ourdi pour quelque Faste Imaginaire un gonfanon d'Iconoclaste-, Mais Tldole sans voix reste Dieu pour ceux-ci : Vois la foule prostrée ! — et nous restons ici Devant notre œuvre vaine et devant l'ombre vaste ?
Sur nous dont la vigueur pour la bataille s''oint L'Avenir faditique en ses splendeurs a point Et pour avoir ouvré For roux de la Parole Je sais que l'art du Verbe, ainsi que la corolle. Est futile et d'un jour, et qu'il ne sera point.
Mais, côte à côte, assis dan s l'ombre qui nous pèse Cependant que la nuit sur nous se fait épaisse Et que le bruit des foules mornes tombe et meurt, Nous entendons grandir, surhumaine clameur, L'hymne des trois Chanteurs élus de la fournaise !
Princesse de ma vie et Sœur de mon désir Œuvrons pour notre joie égoïste, au plaisir De nos rêves révélateurs, quelqu'hypostase; Et chantons, côte à côte, au métier qui nous jase, Un double chant sonore au loin vers l'Avenir.