‹ Anchiennes cronicques d'Engleterre (volume 2)Chapitre 104 sur 143 · CHAPITRE XLII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLII

Comment le roy Edouart retourna en Engleterre, où par grant vaillance, à l'ayde des siens, il vaincquist et occist le conte de Warvich et recouvra entièrement tout son royalme1.

Entre ces choses, le roy Edouart d' Engleterre, qui se fut longuement tenu à Bruges, receupt une grant somme d'argent illec que le duc de Bourgongne, son beau frère, lu\ iist délivrer, dontilassambla le plus de gens qu'il peust pour retourner en Engleterre où il a voit encores de bons amys : et, pour ce faire, s'en alla en Zellande avec ce qu'il avoit peu assambler de gens, aprez qu'il eut remecié ceulx de Bruges du bon recoeul et bonne chiere qu'ilz luy avoient fait tant comme il fut en ladicte ville de Bruges. Il fut en Zelande longuement et jusqes au mois de mars, attendant d'avoir le vent propice pour passer en Engleterre. Advint que leur vent fut si bon : si se partit de Zelande le xejour de mars, ou dit an lxx, et trouva sur la mer ting très dur temps et très impétueux, mais, neautnioins, en très gratis perilz et dangiers, il arriva saulvement, le xime jour du dit mois, en son royalme d'Engleterre, devers les parties de North, et s'en alla d'illec à Yorch, sa cité, et y vint le xvnr jour, où il fut receu comme seigneur. Puis alla tant qu'il vint à la rivière du Thim, qui est au millieu du royalme, et estoit le xxve jour dudit moys. Illec eust nouvelles que le duc de Suffort, grandement acompaigné de gens d'armes, gardoit ung passage affin que le roy n'y peust passer : mais sitost que le roy approcha, le dit duc s'enfuit. Et le roy passa oultre pour quérir son mortel ennemy le conte de Warvich, qui tenoit les champs à une très grosse puissance. Lequel de

I, Voir le troisième volume de Commynes, p. 281.

288 CR0N1CQUES D'ENGLRTERRF..

Warvich, sachant que le roy venoit pour le combatre, se mist saulvement, luy et tous ses gens, dedens une forte cité nommée Gonventry, devant laquelle cité le roy se mist, tost aprez, en battaille-, et fist sommer au conte de Warvich qu'il se mist aux champs pour terminer leur querelle par battaille, ce qu'il refusa par six jours continuelz, dont s'en alla le roy à la ville de Warvich, tendant affin de tirer Warvich hors de Gonventry. Le roy issit à l'encontre de son frère, le duc de Clarence, lequel, à belle compaignie de gens d'armes, s'en vint rendre et submettre à luy, et il le receupt en sa grâce. Lors eut le roy nouvelles que le duc d'Uxestre, le seigneur de Beaumont, et aultres, venoient en l'ayde du conte de Warvich : si s'en alla jusques en la cité d'Uxestre, pour le trouver. Mais ilz mirent en fuitte et ne l'osèrent attendre : il estoit lors le me jour dapvril. D'illec retourna le roy devant Conventry, pour faire issir le conte de Warvich, et y fut deux jours : mais ne vault souffrir que la ville fut assaillie, pour la pitié qu'il avoit du poeuple qui y estoit en grant nombre, car c'est une moult belle ville. Quand il veit que son ennemy ne volloit issir, il s'achemina pour aller à Londres, où estoit Henry, son principal ennemy : et il y vint lexie jour dapvril. Et incontinent qu'il y vint, il fit la tour ouvrir et se saisist de la personne du roy Henry et de l'archevesque d'York, frère de Warvich, et d'aulcuns aultres, ses rebelles et contraires. Pensant doncques Warvich que le roy entenderoit illec à solempniser la feste de Pasques, qui estoit prochaine, et que, en ce faisant, il le porroit surprendre en cité de Londres, et que la tour se tenist encores, et que la plus part du poeuple de Londres fussent pour luy, il présuma d'issir de Gonventry, et d'illec à Londres'hastivement, avec toutte sa puissance. Mais le roy, adverti de son propos malicieux, se partit de Londres, à toutte sa puissance, la veille de Pasques, xine jour d'apvril, et s'en alla de tire tenir les champs au plus prez qu'il peust de son ennemy : là où,

toutte la uuict, il se tint en bonne ordonnance, jusques à cincq heures du matin, (jui estoit le jour de Pasques, que lors il courut sus a sch ennemis, et les envayst si baudement i|u il les mist a desconfiture, non obstant qu'ilz fussent plus de xxx nulle combatans ci trop plus qu il n'en avoil avec u\ : car avec ^ arvich estoit le duc d Excestre, le marquis de Montagu, frère de Warvich, le conte d'Exenfort et le seigneur de Beaumont, avec touttes leurs gens, qui se eombatirent très durement. Neantmoins Warvich lut occis sur le camp, en fuyant, et le marquis son frère, avec grant nombre de chevaliers et d'escuyers, et d'aultres gens qui, neantmoins, se combatirent très vaillamment par l'espace de trois heures.

Aprez celle desconfiture, vindrent nouvelles au roy, le \vie jour d'apvril, que Marguerite, rovne, femme du roy Henry, et Edouart, son filz, que l'en nommoit prince de Galles, et leurs adherans, estoient retournez en Engleterre, vers le pais du West, et qu'ilz tiroient à la cité d'Excestre, devers leurs amvs qu'ilz avoient là entour et en Cornoille, si comme le duc de Sommerset, le conte Dorset, le seigneur de Vonchie, et pluseurs aultres, avec grant nombre de poeuple. Le roy, adverti de touttes ces choses, se remist aux champs à toutte son armée, et tant chemina qu'il vint à wiii mille du pais du lieu où estoient ses ennemis, et fut rapporté au roy qu'il seroit comhatu le lendemain. Et lors il se mist en bonne ordonnance sur le camp pour les combatre. Mais, quant ilz sceurent qu'il les atlendoit illec pour combatre, ilz muèrent leur propos et se retrairent vers la cité de Resteville *, qui est bonne cité et forte, là où ilz se raffresehirent de vivres et de gens, et prindrent corage de volloir combatre le roy. Et, pour ce faire, se mirent aux champs et choisirent ung beau camp, à ix mille d illec:

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